| Menaces
de mort au Zimbabwe
Par Jaqui Goddard
Durant ces deux dernières semaines, un
ordre d'assassiner quatre membres de la direction de l'opposition
Zimbabwéenne a été émis de l'intérieur du gouvernement du
président Robert Mugabe.
Les quatre personnes ont
été averties par une source des services secrets de l'armée
qu'un commando avait été formé et avait reçu comme instruction
précise de les éliminer. Selon cette source, l'ordre a été
approuvé par au moins trois membres du cabinet du président,
un groupe de 26 fidèles du ZANU-PF, le parti du président
Robert Mugabe. Selon cette source, les cibles sont David
Coltart, secrétaire d'état à la justice du cabinet fantôme;
Roy Bennett, le représentant au parlement de la région de
Chimanimani; Mike Auret, représentant au parlement de la
région de Harare-central; et Eddie Cross, le secrétaire
d'état à l'économie du cabinet fantôme. [Ndt: D'inspiration
anglaise, le "cabinet fantôme" est une équipe
ministérielle fictive mise en place par les partis politiques
lorsqu'ils sont dans l'opposition]
"L'information
est venue d'une source fiable et bien placée." a déclaré M. Bennett au Monitor "Cette personne dit qu'une équipe
a été mise en place, mais que ses membres ne sont pas content
des ordres reçus."
Un porte-parole du ZANU-PF
nie cette affirmation. "Ces allégations
sont fausses. Nous n'avons aucune intention de tuer des
gens du MDC [Movement For Democratic Change]"
a t-il dit "Nous avons eut
des élections et nous avons été reconduit au pouvoir. Le
MDC met en avant ces allégations parce qu'ils ont perdu
aux élections."
Lorsqu'on lui a rappelé
que ces accusations émanent des services de renseignements
de l'armée, pas du MDC, le porte-parole a ajouté "Le MDC est à
la source de ces histoires"
Ce n'est pas la première
menace de mort.
Les quatre cibles sont
toutes des blancs occupants des positions importantes au
MDC dont le dirigeant, Morgan Tsvangirai,
a accusé Mugabe de fraude électorale lors des élections
du mois de mars.
Ce n'est pas la première
fois que la vie de ces personnes a été menacée. Mais depuis
les élections, selon un groupe local de défense des droits
de l'homme, il y a eut 54 assassinats politiques. Pour cette
raison, la menace est prise au sérieux.
Monsieur Coltart, un avocat
respecté et un défenseur des droits de l'Homme, est chargé
de superviser les recours légaux du MDC pour les élections
parlementaires de juin 2000 et les élections présidentielles
de mars, ainsi que d'un certain nombre d'affaires contestant
la constitutionnalité de la législation renforçant les pouvoirs
gouvernementaux et présidentiels.
M. Coltart et M. Auret ont
joué des rôles important en révélant le Gukurahundi des
années 80, une opération pendant laquelle la cinquième brigade
du commandant Mugabe est accusée d'avoir massacré 30 000
civils au Matabeleland pour écraser l'opposition. *
"Je
ne suis paranoïaque en rien et j'ai certainement reçu des
menaces de mort beaucoup ^plus directes que celle-ci avant" déclare M. Coltart; "mais ce qui
est alarmant, dans ce cas, est l'identité de la source,
qui est bien placée et fiable.
Cela
ne m'inquiète pas au sens où je considérerais changer ce
que je fais, mais cela signifie évidemment que je dois renforcer
ma sécurité. Etant donné ce qui se passe dans le pays, avec
des brutalités commises envers nos militants tous les jours,
nous devons prendre cela comme une sérieuse mise en garde."
Il ajoute: "Si on nous enlevait
de l'équation, croire que le MDC s'effondrerait sans nous
est insensé."
Il y a trois mois, M. Coltart
a reçu une autre menace de mort. Le 5 février, il a reçu
un Fax mettant en garde au sujet d'un complot des services
de renseignement de l'armée pour éliminer plusieurs fermiers
blancs et des militants du MDC qui étaient nommés. Visé
du timbre officiel du service, la liste émanait d'un colonel,
qui avait écrit une lettre en en-tête : "c'est à vous
de prendre des mesures pour évacuer ces gens immédiatement
l'acte est si barbare."
Le MDC croit que diffuser
une telle information a un effet protecteur, mais craint
de tomber dans des coups montés. Le mois dernier, il semble
que le parti ait été délibérément piégé par le Central Intelligence
Organisation (CIO) la police secrète de Mugabe, avec une
fausse histoire de femme décapitée par des militants du
ZANU-PF.
Quatre journalistes des
médias indépendants avaient été arrêtés après que les allégations
de Georges Nyadzayo -un homme se prétendant le mari de la
femme - se soient révélées être fausses. Le Daily News,
le journal indépendant du Zimbabwe, avait pu établir par
la suite que M. Nyadzayo avait des liens avec l'officier
en charge du CIO au poste de Makoni, dans la ville de Chitungwiza.
Bien que le MDC ait signalé
que Nyadzayo les avait escroqués de 410 dollars - de l'argent
donné pour le soutenir, lui et sa famille - La police a
refusé de l'arrêter. Les quatre journalistes, cependant,
font potentiellement l'objet de peine de prison pour "publication de fausses affirmations".
Etre suivi
Coltart déclare qu'il ne
croit pas que l'alerte à l'assassinat soit rien moins que
véritable. Depuis mercredi, il a été suivi à quatre reprises
- dans un cas, par ce qui semblait être un véhicule du CIO.
Bennett, un fermier et un
homme d'affaire, a connu des problèmes depuis qu'il a été
élu il y a deux ans. Dans le passé, Chimanimani, était une
des plus fortes circonscriptions du ZANU-PF. "Cela les a embarrassé
donc, depuis, ils ont sorti l'artillerie lourde contre nous." Dit-il "Maintenant,
la violence contre nos militants est dix fois pire qu'avant
les élections présidentielles en mars.
"Juste
après les élections, le CIO est venu et a saccagé nos bureaux,
brisé les vitres et arraché le téléphone," continue Bennett "l'armée est
venue et a fait s'allonger notre personnel sur le sol, les
forçant à faire des pompes et les frappant sur les fesses.
Ils leur ont dit "si vous restez, on vous tuera"
Il y a deux semaines, 19
employés du MDC dans la circonscription de Chimanimani ont
été arrêtés après qu'un membre du CIO ait déclaré que sa
maison avait été attaquée avec un cocktail molotov. Ils
ont été jetés dans des cellules, où ils disent qu'on leur
a jeté dessus des sauts d'urine et qu'on les a arrosés d'eau
froide par intervalles pendant la nuit.
"Lorsque
nos avocats sont allés les voir, ils ont été chassés sous
la menace d'armes à feu" a dit Bennett. "L'armée était
au commissariat, ils ont dit "c'est une affaire militaire
et nous tireront si vous ne vous en allez pas."
Il ajoute: "Maintenant,
dans ma ferme, je m'occupe de réfugiés dont les maisons
ont été complètement saccagées parce que ce sont des militants
du MDC. Leurs maisons ont été brûlées, leurs propriétés
ont été détruites
jusqu'à la dernière poutre et à
la dernière casserole
"
"Que
pouvons nous faire contre un gouvernement comme celui là?
Maintenant j'ai des mises en gardes comme quoi le gouvernement
veut ma mort. Je pense qu'ils pouvaient le faire, ils le
feraient."
Note du Webmestre:
Pour savoir ce quest
le "Gukurahundi" des années 80, il est nécessaire de
connaître un peu lhistoire du Zimbabwe et la composition
raciale de sa population, sans laquelle il est impossible
de comprendre les véritables ressorts de la politique Zimbabwéenne.
Il existe au Zimbabwe trois groupes ethniques distincts :
Les Shonas, les Ndébélés (ou "matabélés", qui
sont une fraction du peuple zoulou) et les blancs.
- Les Shonas sont considérés
comme la population qui sest installé au Zimbabwe
dés le début de notre ère.
- Larrivée des Matabelés
au Zimbabwe de date que des alentours de 1830. Elle coïncide
à un grand mouvement dexpansion guerrière de grands
groupes bantous dont les Zoulous. Les Ndébélés, ou "Matabélés"
sinstallèrent alors après lavoir conquis
dans le Sud Ouest du pays (dou le nom de
la province du Matabeleland). Ils imposèrent alors leur
domination aux Shonas.
- Si les Portugais ont
été présents dès le XVIIème siècle au Zimbabwe, où le
roi dun royaume Zimbabwéen " le monomotapa "
leur avait cédé les mines dor, détain de cuivre
et de fer situées sur son territoire, cest surtout
à la fin du XIXème siècle que les Anglais et les Boers
(dont la présence en Afrique du sud est en fait antérieure
à celle des Zoulous, qui y ont emigré plus tard). En 1888,
le roi Ndébélé a concédé les droits miniers au sud du
Zambeze à lhomme daffaire cécil Rhodes, qui
allait donner son nom au Zimbabwe, tant que celui ci fut
administré par les blancs : la Rhodésie.
La fin du XIXème siècle
fut alors marqué par une guerre entre les Shonas, les Ndébélés
et les blancs, qui pris fin en 1897 avec une victoire des
blancs. A partir de là, le Zimbabwe connut un régime semblable
à celui de lAfrique du Sud et devint une des nations
les plus prospères du continent africain.
Avec la chute de ce quon
appelait la "Rhodésie Blanche", au conflit des
noirs contre les Blancs succéda immédiatement une nouvelle
période de guerre civile. Officiellement, elle était motivée
par la politique : La ZANU, (le parti de Mugabe) soutenu
par la Chine était en rivalité avec la ZAPU, soutenu par
lunion soviétique. En réalité, la ZANU était majoritairement
composée de Shonas et la ZAPU, de Ndébélés et de Kalangas,
un groupe shona assimilé à lethnie Ndébélé. Le conflit
dégénère alors dès 1982 et devient une véritable
guerre civile entre Noirs. Durant cette guerre ethnique,
les colonnes infernales de Robert Mugabe, 4 500 soldats
connus sous le nom de "cinquième colonne" vont
opérer une véritable saignée dans en pays Ndébélé :
Au Matabeleland, plus de 30 000 civils sont massacrés. Le
viol, la torture et les pillages se répandent sur les terres
des Ndébélés. Des dizaines de milliers de personnes font
lobjet de déplacement de population. Cest cela,
le "Gukurahundi" des années 80.
Dans ce contexte, léconomie
Zimbabwéenne, après avoir bénéficier un temps de lélan
apporté par la gouvernance blanche, commence rapidement
à seffondrer. Le produit intérieur brut du Zimbabwe
augmente de 14 % en 1980 et de 12% en 1981. En 1982 Il naugmente
plus que de 3 %. En 1984, il diminue de 3 % et le revenu
par habitant a chuté de 20 % depuis 1981. après 20
ans et une réforme agraire plus tard , cest la famine
au Zimbabwe
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