31 mai 2002
 

4 politiciens blancs menacés de mort

 
 
 
 
 

Menaces de mort au Zimbabwe
Par Jaqui Goddard

Durant ces deux dernières semaines, un ordre d'assassiner quatre membres de la direction de l'opposition Zimbabwéenne a été émis de l'intérieur du gouvernement du président Robert Mugabe.

Les quatre personnes ont été averties par une source des services secrets de l'armée qu'un commando avait été formé et avait reçu comme instruction précise de les éliminer. Selon cette source, l'ordre a été approuvé par au moins trois membres du cabinet du président, un groupe de 26 fidèles du ZANU-PF, le parti du président Robert Mugabe. Selon cette source, les cibles sont David Coltart, secrétaire d'état à la justice du cabinet fantôme; Roy Bennett, le représentant au parlement de la région de Chimanimani; Mike Auret, représentant au parlement de la région de Harare-central; et Eddie Cross, le secrétaire d'état à l'économie du cabinet fantôme. [Ndt: D'inspiration anglaise, le "cabinet fantôme" est une équipe ministérielle fictive mise en place par les partis politiques lorsqu'ils sont dans l'opposition]

"L'information est venue d'une source fiable et bien placée." a déclaré M. Bennett au Monitor "Cette personne dit qu'une équipe a été mise en place, mais que ses membres ne sont pas content des ordres reçus."

Un porte-parole du ZANU-PF nie cette affirmation. "Ces allégations sont fausses. Nous n'avons aucune intention de tuer des gens du MDC [Movement For Democratic Change]" a t-il dit "Nous avons eut des élections et nous avons été reconduit au pouvoir. Le MDC met en avant ces allégations parce qu'ils ont perdu aux élections."

Lorsqu'on lui a rappelé que ces accusations émanent des services de renseignements de l'armée, pas du MDC, le porte-parole a ajouté "Le MDC est à la source de ces histoires"

Ce n'est pas la première menace de mort.

Les quatre cibles sont toutes des blancs occupants des positions importantes au MDC dont le dirigeant, Morgan Tsvangirai, a accusé Mugabe de fraude électorale lors des élections du mois de mars.

Ce n'est pas la première fois que la vie de ces personnes a été menacée. Mais depuis les élections, selon un groupe local de défense des droits de l'homme, il y a eut 54 assassinats politiques. Pour cette raison, la menace est prise au sérieux.

Monsieur Coltart, un avocat respecté et un défenseur des droits de l'Homme, est chargé de superviser les recours légaux du MDC pour les élections parlementaires de juin 2000 et les élections présidentielles de mars, ainsi que d'un certain nombre d'affaires contestant la constitutionnalité de la législation renforçant les pouvoirs gouvernementaux et présidentiels.

M. Coltart et M. Auret ont joué des rôles important en révélant le Gukurahundi des années 80, une opération pendant laquelle la cinquième brigade du commandant Mugabe est accusée d'avoir massacré 30 000 civils au Matabeleland pour écraser l'opposition. *

"Je ne suis paranoïaque en rien et j'ai certainement reçu des menaces de mort beaucoup ^plus directes que celle-ci avant" déclare M. Coltart; "mais ce qui est alarmant, dans ce cas, est l'identité de la source, qui est bien placée et fiable.

Cela ne m'inquiète pas au sens où je considérerais changer ce que je fais, mais cela signifie évidemment que je dois renforcer ma sécurité. Etant donné ce qui se passe dans le pays, avec des brutalités commises envers nos militants tous les jours, nous devons prendre cela comme une sérieuse mise en garde."

Il ajoute: "Si on nous enlevait de l'équation, croire que le MDC s'effondrerait sans nous est insensé."

Il y a trois mois, M. Coltart a reçu une autre menace de mort. Le 5 février, il a reçu un Fax mettant en garde au sujet d'un complot des services de renseignement de l'armée pour éliminer plusieurs fermiers blancs et des militants du MDC qui étaient nommés. Visé du timbre officiel du service, la liste émanait d'un colonel, qui avait écrit une lettre en en-tête : "c'est à vous de prendre des mesures pour évacuer ces gens immédiatement… l'acte est si barbare."

Le MDC croit que diffuser une telle information a un effet protecteur, mais craint de tomber dans des coups montés. Le mois dernier, il semble que le parti ait été délibérément piégé par le Central Intelligence Organisation (CIO) la police secrète de Mugabe, avec une fausse histoire de femme décapitée par des militants du ZANU-PF.

Quatre journalistes des médias indépendants avaient été arrêtés après que les allégations de Georges Nyadzayo -un homme se prétendant le mari de la femme - se soient révélées être fausses. Le Daily News, le journal indépendant du Zimbabwe, avait pu établir par la suite que M. Nyadzayo avait des liens avec l'officier en charge du CIO au poste de Makoni, dans la ville de Chitungwiza.

Bien que le MDC ait signalé que Nyadzayo les avait escroqués de 410 dollars - de l'argent donné pour le soutenir, lui et sa famille - La police a refusé de l'arrêter. Les quatre journalistes, cependant, font potentiellement l'objet de peine de prison pour "publication de fausses affirmations".

Etre suivi

Coltart déclare qu'il ne croit pas que l'alerte à l'assassinat soit rien moins que véritable. Depuis mercredi, il a été suivi à quatre reprises - dans un cas, par ce qui semblait être un véhicule du CIO.

Bennett, un fermier et un homme d'affaire, a connu des problèmes depuis qu'il a été élu il y a deux ans. Dans le passé, Chimanimani, était une des plus fortes circonscriptions du ZANU-PF. "Cela les a embarrassé donc, depuis, ils ont sorti l'artillerie lourde contre nous." Dit-il "Maintenant, la violence contre nos militants est dix fois pire qu'avant les élections présidentielles en mars.

"Juste après les élections, le CIO est venu et a saccagé nos bureaux, brisé les vitres et arraché le téléphone," continue Bennett "l'armée est venue et a fait s'allonger notre personnel sur le sol, les forçant à faire des pompes et les frappant sur les fesses. Ils leur ont dit "si vous restez, on vous tuera"

Il y a deux semaines, 19 employés du MDC dans la circonscription de Chimanimani ont été arrêtés après qu'un membre du CIO ait déclaré que sa maison avait été attaquée avec un cocktail molotov. Ils ont été jetés dans des cellules, où ils disent qu'on leur a jeté dessus des sauts d'urine et qu'on les a arrosés d'eau froide par intervalles pendant la nuit.

"Lorsque nos avocats sont allés les voir, ils ont été chassés sous la menace d'armes à feu" a dit Bennett. "L'armée était au commissariat, ils ont dit "c'est une affaire militaire et nous tireront si vous ne vous en allez pas."

Il ajoute: "Maintenant, dans ma ferme, je m'occupe de réfugiés dont les maisons ont été complètement saccagées parce que ce sont des militants du MDC. Leurs maisons ont été brûlées, leurs propriétés ont été détruites… jusqu'à la dernière poutre et à la dernière casserole…"

"Que pouvons nous faire contre un gouvernement comme celui là? Maintenant j'ai des mises en gardes comme quoi le gouvernement veut ma mort. Je pense qu'ils pouvaient le faire, ils le feraient."


Note du Webmestre:

Pour savoir ce qu’est le "Gukurahundi" des années 80, il est nécessaire de connaître un peu l’histoire du Zimbabwe et la composition raciale de sa population, sans laquelle il est impossible de comprendre les véritables ressorts de la politique Zimbabwéenne.
Il existe au Zimbabwe trois groupes ethniques distincts : Les Shonas, les Ndébélés (ou "matabélés", qui sont une fraction du peuple zoulou) et les blancs.

  • Les Shonas sont considérés comme la population qui s’est installé au Zimbabwe dés le début de notre ère.
  • L’arrivée des Matabelés au Zimbabwe de date que des alentours de 1830. Elle coïncide à un grand mouvement d’expansion guerrière de grands groupes bantous dont les Zoulous. Les Ndébélés, ou "Matabélés" s’installèrent alors – après l’avoir conquis – dans le Sud Ouest du pays (d’ou le nom de la province du Matabeleland). Ils imposèrent alors leur domination aux Shonas.
  • Si les Portugais ont été présents dès le XVIIème siècle au Zimbabwe, où le roi d’un royaume Zimbabwéen " le monomotapa " leur avait cédé les mines d’or, d’étain de cuivre et de fer situées sur son territoire, c’est surtout à la fin du XIXème siècle que les Anglais et les Boers (dont la présence en Afrique du sud est en fait antérieure à celle des Zoulous, qui y ont emigré plus tard). En 1888, le roi Ndébélé a concédé les droits miniers au sud du Zambeze à l’homme d’affaire cécil Rhodes, qui allait donner son nom au Zimbabwe, tant que celui ci fut administré par les blancs : la Rhodésie.

La fin du XIXème siècle fut alors marqué par une guerre entre les Shonas, les Ndébélés et les blancs, qui pris fin en 1897 avec une victoire des blancs. A partir de là, le Zimbabwe connut un régime semblable à celui de l’Afrique du Sud et devint une des nations les plus prospères du continent africain.

Avec la chute de ce qu’on appelait la "Rhodésie Blanche", au conflit des noirs contre les Blancs succéda immédiatement une nouvelle période de guerre civile. Officiellement, elle était motivée par la politique : La ZANU, (le parti de Mugabe) soutenu par la Chine était en rivalité avec la ZAPU, soutenu par l’union soviétique. En réalité, la ZANU était majoritairement composée de Shonas et la ZAPU, de Ndébélés et de Kalangas, un groupe shona assimilé à l’ethnie Ndébélé. Le conflit dégénère alors dès 1982 et devient une véritable guerre civile entre Noirs. Durant cette guerre ethnique, les colonnes infernales de Robert Mugabe, 4 500 soldats connus sous le nom de "cinquième colonne" vont opérer une véritable saignée dans en pays Ndébélé : Au Matabeleland, plus de 30 000 civils sont massacrés. Le viol, la torture et les pillages se répandent sur les terres des Ndébélés. Des dizaines de milliers de personnes font l’objet de déplacement de population. C’est cela, le "Gukurahundi" des années 80.

Dans ce contexte, l’économie Zimbabwéenne, après avoir bénéficier un temps de l’élan apporté par la gouvernance blanche, commence rapidement à s’effondrer. Le produit intérieur brut du Zimbabwe augmente de 14 % en 1980 et de 12% en 1981. En 1982 Il n’augmente plus que de 3 %. En 1984, il diminue de 3 % et le revenu par habitant a chuté de 20 % depuis 1981. après 20 ans et une réforme agraire plus tard , c’est la famine au Zimbabwe…

 
 
 
 
 
*
 

Libérez Roy Bennett

Roy Bennett, le seul parlementaire blanc du Zimbabwe, a fait l'objet de plusieurs années de harcèlement du fait de ses activités au sein de l'opposition.

Actuellement emprisonné, il a besoin de votre aide

Consultez sur le site des articles concernant Roy Bennett

- 25 juin 2000 -
> 31 mai 2002 <
- 27 mai 2004 -
- 23 Décembre 2004 -

Sur Internet:
Free Roy Bennett
le site officiel pour la libération de Roy Bennett

Petition officielle
en Ligne pour la libération de Roy Bennett

 
 
 
 
 
         
 
Références
 
  • 14 mai 2002 - The Christian Science Monitor - "Death Threats roil Zimbabwe" par Jacqui Goddard - traduit ci dessus

Pour en savoir plus sur les evénements au Matabeleland, lire ce volumineux rapport publié en 1997

 
 
   
         
 
  Précédent : - 17 mai 2002 / Les conséquences de la politique raciste de Robert Mugabe
  Suivant : -03 juin 2002 - encore un fermier blanc abattu...
 
Télécharger le livre sur le racisme antiblanc