| La dernière famille
blanche fait face à la saisie des terres A Marondera, l'appel
matinal à la radio des fermiers, commencé il y
a plus de deux ans après l'assassinat du premier
propriétaire blanc, s'est fait graduellement de
plus en plus court. Le mois dernier, il s'est
complètement arrêté. Car Nigel et Clare Hough
sont désormais les seuls fermiers blancs qui
restent dans ce qui fut la plus riche région de
plantations de tabac du Zimbabwe. Leurs 23
Voisins sont tous partis. Le mois prochain, les
Hough seront hors la loi s'ils restent sur leur
ferme.
Au sein des
ombres dansantes d'un après midi d'hiver
africain, on peut comprendre tout de suite
pourquoi la famille Hough Reste. Leurs quatre
enfants, qui ont entre un et sept ans, jouent
avec deux amis noirs, courent autour de la
piscine, tandis que le couple les surveille
depuis la terrasse. Les bougainvillées
fleurissent dans un embrassement carmin et un
soleil rouge se couche derrière les montagnes
Hwedza.
Le seul signe
qu'il manque quelque chose est l'absence
d'autruches dans une ferme qui se proclame la
"Kendor Ostrich Station". Puis les
Hough expliquent que les huttes d'où montent la
fumée de feux de bois, à moins de quatre cent
mètres, ne sont pas les maisons des employés
mais celles des soi-disant "vétérans de
guerre" qui ont commencés à occuper les
lieux depuis que le programme de réforme agraire
engagé par le gouvernement a commencé en
février 2000.
Un camion
emporte dix de leurs vingt vaches pour les
abattre. "Les gens volent les
vaches, une par semaine maintenant." a expliqué Monsieur
Hough "Nous retrouvons les
squelettes le matin, toute la viande enlevée.
C'est ce qui arrive quand il n'y a plus de
loi."
Les vaches ne
sont pas les seules choses à disparaître. Les
pompes ont été enlevées et la semaine
dernière, le câble électrique a été volé,
plongeant la ferme dans l'obscurité. Si la
police locale ne fait rien concernant de tels
vols, Monsieur Hough s'attend à être arrêté
dans deux semaines. Kendor est une des 2900
fermes litées sous la section 8 de l'acte
d'acquisition des terres, qui fixe une date
limite de quarante cinq jours pour cesser les
activités agricoles et quarante cinq jours de
plus pour que les propriétaires et leurs
familles partent.
Pour les Hough,
cela signifie qu'ils doivent partir d'ici au 9
août. Mais, contrairement à beaucoup, ils sont
déterminés à rester. "Nous
avons bâti ceci à partir de rien et nous
pensons que cela vaut le coup de se battre" a expliqué Madame Hough
"Mais nous ne nous
faisons pas d'illusions. Ce ne sera pas
facile."
L'ajout de la
ferme [Sur la liste des fermes saisies] est une
illustration criante du coté lunatique du
programme de réforme agraire. "J'ai
fais tout ce qu'il était possible pour être un
fermier modèle" a dit monsieur Hough.
Le couple a acheté la ferme en 1996 avec de
l'argent gagné en élevant des autruches en
chine et en Indonésie. En quelques mois, ils en
avaient donné la moitié à un mécanicien noir
du coin, Monsieur Chirashi. Il avait réparé
leur tracteur et n'avait aucun endroit pour
mettre ses vaches laitières.
Les Hough ont
acheté 1 500 autruches et installé une usine
produisant des sacs et des chaussures en peau
d'autruches pour l'exportation et une autre pour
des vêtements de safari. Ils ont alors commencé
à former les gens du coin. Parce qu'un de leur
employés sur trois mourrait du sida, ils ont
décidé d'ouvrir un orphelinat pour les enfants
des employés agricoles décédés. Monsieur
Hough est devenu le directeur de quatre comités
de créations d'emplois, aidant 3000 étudiants
à lancer des projets de jeunes pousses tels des
fermes d'autruches à petite échelle.
"Je
passe tous les critères du gouvernement
concernant ce qu'ils disent vouloir" dit-il "Avec
seulement 30 hectares de terre arable, notre
ferme est petite. C'est la seule ferme que je
possède. Nous formons les gens et ce que nous
produisons part à l'exportation. J'ai fait tout
ce que je pouvais pour la communauté locale. Je
passe sur tout sauf sur une chose - Je
suis blanc."
Monsieur Hough,
39 ans, est né à Marondera et vient d'un milieu
agricole. Des 36 familles de fermiers auxquelles
il est lié, seules trois restent encore.
Marondera a été le théâtre de certaines des
pires violences du pays. David Stephens, le
premier des douze fermiers blancs à être
assassiné, a été abattu d'une balle dans la
tête en avril 2000 dans sa plantation de tabac
en bas de la route. A un moment, il y avait un
incident par jour.
Ce n'est qu'il
y a un mois que les Hough ont aussi songé à
partir. Madame Hough a expliqué: "A
la radio, il y avait encore plus de propagande
déclarant que les blancs ont saboté le pays, et
j'ai simplement pensé " Je n'en peux
plus."". Le jour même, son mari était
en mission de découverte en Australie.
Bien que la
famille soit la seule à rester sur la ferme à
l'expiration de la date limite, Monsieur Hough
s'est résigné à partir, probablement à la fin
de l'année. "Même si je
vais en justice et que je gagne la ferme, nous ne
serons jamais en sécurité, " a-t-il dit
"dès l'instant qu'un type haut placé
s'intéressera à la ferme, on nous jettera". Ils ne sont pas les
seuls à avoir peur.
Akre, leur
nourrice, se demande ce qui lui arrivera, ainsi
qu'à ses deux enfants. Leur locataire, Madame
Chirashi, a dit: "Nigel nous a
traités comme un frère. Il ne nous fait payer
qu'un dollar Zimbabwéen par bête et par mois
pour la terre, et rien lorsque nous n'avons pas
d'argent. Il s'est arrangé pour nous obtenir un
prêt pour un camion. Celui qui lui succédera va
nous expulser."
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