| L'échéance
approche pour les fermiers blancs du Zimbabwe. Par Basildon Peta
Ils se sont
réunis autour de la table de cuisine de Cathy
Buckle
pour se dire au revoir. Mme Buckle et un autre
fermier blanc, Thomas Martin, sa femme ainsi que
les deux derniers employés noirs de Monsieur
Martin
"Les
yeux de toutes les personnes réunies autour de
la table étaient remplis de larmes tandis qu'ils [Monsieur et Madame
Martin] payaient leurs deux derniers
employés," disait, hier, Madame Buckle. "Ils
avaient tant partagé et je pouvais à peine
supporter de regarder leurs dernières poignées
de mains et leurs adieux."
Alors que
l'échéance du 8 août approche pour que près
de 3000 fermiers blancs du Zimbabwe quittent
leurs fermes et les abandonnent aux partisans de
Robert Mugabe, Monsieur Martin n'avait pas grand
chose emporter pour son expulsion imminente à
part ,peut-être, quelques vêtements.
Il a perdu tout
espoir et toute envie de continuer à se battre
pour sa terre. Ce samedi, lui et sa femme partent
en Nouvelle-Zélande pour commencer une nouvelle
vie.
La ferme de
Monsieur Martin, près de Marondera, dans le
Mashonaland-est, dont il est propriétaire depuis
23 ans, a été occupée par les militants du
président Robert Mugabe l'an dernier et ils ont
pillé tout ce qui leur tombait sous la main.
Monsieur
Martin, âgé de 67 ans, a perdu tout ce pour
quoi il a travaillé: sa ferme, les clôtures, sa
plantation d'arbre, les bâtiments de ferme, les
barrages, les vaches, les réservoirs, les
tracteurs, les labours, le fuel et les outils. Il
a perdu toutes ses canes pondeuses, leur
nourriture et les équipements par la même
occasion. Pour Madame Buckle:
"Il n'y a pas eut la moindre indication que
le gouvernement va changer d'avis et arrêter
cette situation catastrophique. Même le fait que
6 millions de personnes affamées ont déjà
besoin de nourriture ne le découragera
pas."
Les fermiers
commerciaux ont reçu l'ordre de cesser toute
activité agricole le 10 mai. On leur a donné 45
jours à compter de cette date pour évacuer leur
propriété ou risquer deux ans de prison.
L'échéance arrive à son terme le 8 août et
les expulsions devraient commencer le 10 août.
Contrairement
aux Martins, Cathy Buckle, Cathy Buckle attend
Les huissiers avec défi.
"Je n'irais nul part jusqu'à ce qu'ils me
jettent dehors," a-t-elle déclaré
hier.
Le Mozambique,
un pays voisin, a offert aux fermiers blancs qui
fuient des lots de terres à louer net d'impôt.
Une vingtaine a accepté cette offre. Pas le
fermier Collin Shandy. Recommencer n'est pas pour
lui, dit-il. "Où puis-je
aller? Je suis Zimbabwéen et la seule
différence est que je ne suis pas
noir
"
"J'ai
cultivé la terre pendant 40 ans. Ma ferme est ma
seule retraite et ma seule assurance. Je ne suis
pas propriétaire d'une autre maison que ma
ferme."
Jenni Williams,
la porte-parole de Justice pour l'Agriculture
(JAG) un organisme qui se bât pour le droit des
fermiers, déclare qu'au moins 60 pour cent des
fermiers blancs qui sont encore là sont prêt à
défier l'ordre de quitter leurs propriétés
samedi.
"Il
n'y a aucune indication que les fermiers seront
autorisés à rester sur leurs fermes," a déclaré Madame
Williams, "Il y a des
signes que la force de la loi s'abattra sur tous
les fermiers qui restent dans leurs maisons
après samedi."
On ne sait pas
avec certitude de quelle façon le gouvernement
de Robert Mugabe va s'occuper des fermiers qui ne
respectent pas l'échéance. Un porte-parole de
la police, Wayne Bvudzijena, a récemment été
cité déclarant que la police se mobilisait pour
des expulsions de masse.
La politique de
réforme agraire de Robert Mugabe, qui s'est
traduite par la saisie des fermes des blancs par les
membres de sa famille, ses amis ou ses
hommes de main au dépend des noirs sans terre,
a exacerbé la crise alimentaire au Zimbabwe, qui
empire de jour en jour.
Madame Buckle
et Monsieur Shandy sont d'accord sur le besoin
d'une redistribution des terres au Zimbabwe, où
les blancs contrôlent plus de 65 % des 10
millions d'acres de terres agricoles de premier
choix.
Mais ils
veulent une politique de réforme agraire faite
dans la transparence et viable, qui
n'appauvrissent pas encore plus le Zimbabwe. Si
on leur avait offert une juste compensation pour
leurs terres, ils disent qu'ils l'auraient
probablement donné sans discussion. Mais pas de
la façon dont Mugabe veut les choses
"Seul
un miracle va empêcher l'expulsion en masse des
fermiers le 10 août" déclare madame
Buckle, "si vous êtes croyant, je vous
demande humblement de prier pour nous, pour les
milliers d'employés agricoles et leurs
familles."
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