LE RACISME ANTIBLANC
Persécution au Zimbabwe

accueil 08 août 2002
Persécutions au Zimbabwe

L'échéance est arrivée

La fin d'une époque: Alors que la réforme agraire atteint d'amers sommets, les fermiers sont menacés d'expulsion

Un futur incertain pour les blancs qui disent qu'ils se battront en justice

Par James Astill et Rachel Palmer

Près de 3000 fermiers blancs zimbabwéens sont menacés d'expulsion à partir de minuit ce soir, la date limite que leur a fixé le gouvernement pour quitter leurs propriétés, alors qu'une bataille pour la saisie de leurs terres atteint d'amers sommets. Hier, beaucoup des fermiers concernés sont restés sur leurs terres, en dépit de la menace d'être condamné à deux ans de prison pour avoir défier l'ordre d'expulsion.

"Au moins 70 % [des fermiers] attendent de voir ce que fait le gouvernement," déclareJenny Williams, une porte-parole de la Commercial Farmer's Union (CFU) "Certains vont passer un long week-end à Harare, mais peu partent vraiment."

Le président Mugabe étant en voyage d'affaire à Singapour, ses ministres ont refusé de commenter les ordres d'expulsions imminents. Mais la radio d'état du Zimbabwe a cité Monsieur Mugabe déclarant: "Le programme de réforme agraire accélérée est désormais terminé et le gouvernement veut désormais rendre les nouveaux fermiers productifs."

Hier, la CFU a tenu des pourparlers d'urgence avec des représentants du gouvernement dans effort de dernière minute pour résoudre une confrontation qui a diminué de moitié la production de denrées alimentaires cette année, faisant empirer les pénuries alimentaires déjà graves dans le sud du pays, déjà frappé par une sécheresse.

"Nous espérons que nous pourrons trouver une solution, mais il est difficile de savoir ce que le gouvernement prépare. L'incertitude est totale," déclare madame Williams.

L'échéance de cette nuit fait suite a un amendement à la loi de réquisition des terres passé en mai, conçu pour installer les supporters de Robert Mugabe sur les terres appartenant aux blancs. On a alors donné 45 jours à plus de 2 900 des 4 500 fermiers commerciaux blancs pour cesser toute activité, et 45 jours de plus pour quitter leurs propriétés. Beaucoup des blancs qui restent ont reçu des arrêtés d'expulsion qui devraient entrer en vigueur dans les trois prochains mois.

En dépit d'une loi qui leur garanti une compensation, seuls 100 fermiers ayant reçu des arrêtés d'expulsion ont perçu, jusqu'ici, des sommes dérisoires de la part du gouvernement.

"C'est une législation odieuse," dit John Worswick, un cultivateur du sud de Chinoi, qui a reçu un arrêté d'expulsion. "Mais quasiment tout le monde s'est porté devant les tribunaux et nous avons une bonne affaire - même si nous nous préparons au pire."

La plupart des fermes visées ont contesté l'arrêté d'expulsion sur des bases de procédures, mais une audience concernant une affaire qui devrait faire jurisprudence aura lieu en octobre. Cette affaire, présentée par Georges Quinnell, un planteur de tabac de Chinoi, à 50 miles au Nord d'Harare, vise à invalider l'amendement en arguant qu'il est raciste.

"Le gouvernement dit qu'il commencera à nous arrêter vendredi, mais du fait de la loi, il devra d'abord retourner devant les tribunaux avant de pouvoir le faire," dit Monsieur Worswick. "S'ils veulent m'embarquer, ils peuvent, mais cela ne fera que mettre en lumière l'illégalité de ce gouvernement."

Une mise en garde

Ignatius Chombo, le ministre des affaires locales - qui préside le comité d…de la réforme agraire - a prévenu que tout fermier qui défierait l'arrêté d'expulsion du gouvernement serait confronté à "la colère de la loi".

Monsieur Worswick n'a rien produit sur sa ferme de 400 hectares depuis que 80 familles sans terres l'ont envahie, il y a deux ans. De celles-ci, depuis, toutes sauf six ont quitté cette terre à moitié aride, à cause de la difficulté extrême d'y faire pousser des récoltes sans irrigation.

"Ils n'ont reçu aucun soutiens du gouvernement, ni engrais, ni irrigation," déclare Monsieur Worswick. "Je produisais tous les ans 300 tonnes de cacahouètes et 500 tonnes de maïs. Tout ce qu'ils parviennent [à faire pousser], c'est une poignée de haricots. C'est un scénario de cauchemar, fou, si vous regardez la souffrance dans le pays, je devrais être en train de cultiver du blé."

Le programme alimentaire des Nations Unies estime que près de la moitié des 12,5 millions d'habitants du Zimbabwe auront besoin de nourriture l'an prochain, dont plus de 600 000 survivent déjà grâce aux aides alimentaires dans un sud desséché. Environ un quart des 2 millions de tonnes manquantes pour les ressources alimentaires du Zimbabwe sont le résultat direct des invasions de fermes, déclare le WFP [World Food Program]

"Personne ne conteste le besoin d'une réforme agraire dans le pays, " déclare Richard Miller de la CAFOD, un organisme caritatif catholique, à Harare. "Mais la destruction de l'agriculture commerciale contribue à la famine. Le problème est que pour produire de la nourriture, on a besoin d'engrais et d'outils. Les gens n'ont pas seulement besoin de terre."

Ce n'est pas un problème qui ne touche que les fermiers blancs. Les organisations des droits humains disaient hier que plus de 100 000 employés agricoles vont être transformé en sans abris.

Dans sud sec et poussiéreux du Zimbabwe, où la sécheresse a frappé le plus fort, les champs sont nus. On a refusé des aides alimentaires, distribuée par le ZANU-PF, le parti de monsieur Mugabe, à Hlau Mufemi parce que son fils est membre actif du Movement for Democratic Change, le principal parti d'opposition.

"Comment puis aider ma mère alors que je n'ai plus de travail?" demande Shoko, son fils. "Ma maison a été brûlée par les jeunes de la ZANU et je dois aussi m'occuper de mes quatre enfants ainsi que des quatre enfants de ma sœur. Nous n'avons nul part pour vivre et nous ne pouvons obtenir de nourriture. Tout ce que je veux, c'est qu'on me rende mon travail afin que je puisse subvenir aux besoins de ma famille."

John Makume, le dirigeant du comité de crise du Zimbabwe, dit: "C'est une catastrophe. Ces travailleurs agricoles sont des gens réels et le gouvernement leur prend leur moyen de subsistance et leurs maisons, sans leur donner une alternative."

Mardi, 60 fermiers de Mutorashanga, à 60 miles au Nord-Est d'Harare, se sont réunis pour une photo de groupe de fin d'époque. Environ une quarantaine pensent quitter leurs fermes avant la fin de la semaine. "L'humeur, par ici, est généralement dépressive. La plupart d'entre nous veulent rester en Afrique. Je veux rester, mais le gouvernement ne veut pas de moi à cause de ma couleur," dit un des fermiers, parlant sous couvert d'anonymat.

Un des rares fermiers se préparant à quitter sa ferme de 800 hectares de terre arable, à Chinoi - une région particulièrement touchée par la saisie des terres de Monsieur Mugabe, à cause de sa proximité de la région natale du président, au Mashonaland - a déclaré que la raison pour laquelle il y a une famine au Zimbabwe est claire.

"Il devrait y avoir 2 000 hectares de blé à ma porte, mais il n'y a pas un épi de blé en vue. A la place, il y a de pauvres gens qui balaient la route à la recherche des quelques grains de blés qui tombent des camions. C'est de la folie," dit le fermier, qui ne souhaite pas être nommé.

Le gouvernement prétend que les vétérans de la guerre d'indépendance du Zimbabwe sont en première ligne de l'invasion des terres. Mais, en réalité, peu de squatteurs ont participés au combat. "Cette terre des blancs n'est pas pour les vrais vétérans," déclare Wilfred Mahanda, de la Liberators' Platform, une association d'anciens combattants. "Elle est pour les politiciens et leurs hommes de mains - toute la meilleure terre est pour les politiciens."

Beaucoup de fermiers blancs de la région de Chinoi n'ont pas réalisé que leur expulsion devait arriver cette nuit, pensant que l'échéance tombait samedi, fête nationale de la libération du Zimbabwe.

"Rien n'est clair mais la plupart des gens pensent que nous avons jusque samedi" dit un fermier, qui a demandé à ne pas être nommé. "De toute façon, personne ne bouge, nous restons exactement où nous sommes, et s'ils doivent enfermer 4 000 fermiers en un jour, ça va être un sacré boulot."

Le fermier ne s'attendait pas à être expulsé de façon imminente non plus, mais il dit qu'il y a des signes inquiétants. "Les squatteurs ont volé une partie de mas machines ce week-end mais la police a dit qu'elle ne pouvait arrêter personne parce qu'il n'y a pas de place dans les prisons. Je me demande si cela signifie qu'ils gardent de la place pour nous?"

 

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Références
  • 08 Août 2002 - The Guardian - "End of an Era: Farmers face eviction as Land seizure battle reaches bitter climax" par James Astill et Rachel Palmer - traduit ci-dessus
  • 08 août 2002 - Business Day - "State, farmers poised for battle in Zimbabwe"
  • 08 août 2002 - Allafrica - "Msika Warns Defiant Farmers"
Précédent - 06 Août 2002 - échéance d'expulsion - 2 jours pour les fermiers blancs
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Quelques Liens sur le Zimbabwe  
 

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