11 juillet 2004
 

Les Blancs fuient le Zimbabwe en grand nombre

 
 
 
 
 

Harare - l'exode de la petite population angoissée des Blancs du Zimbabwe se poursuit tandis qu'ils quittent le pays en nombre record, principalement pour aller en Australie ou en Grande Bretagne.

Peu d'entre eux possèdent les 30 000 Rands en devises dont ils ont besoin pour faire transporter leurs possession dans de nouveaux pays, et la plupart débutent une nouvelle vie avec 22 kilos de vêtements et quelques photos.

Ils disent qu'ils se sont accrochés durant ces quatres années tumultueuses en espérant que la campagne de haine du président Robert Mugabe contre eux se relacherait, mais cela ne s'est pas produit et lorsqu'il y a deux mois, il a fermé les écoles privées au pretexte qu'elles avait augmenté leurs tarifs, ils ont perdu courage.

Les agents immobiliers disent qu'il y a eu ces dernières semaines un afflux de maisons sur le marché qui a fait chuter les prix à un niveau record. Des milliers de maisons - du bungalows à la villa - le long des avenues de banlieues sont à vendre pour aussi peu que 150 000 Rands.

Plus de trois millions de Zimbabwéens noirs se sont aussi exilés, essentiellement pour des raisons économiques, mais ils espèrent revenir un jour. La plupart des Blancs, dont il reste à peu près 30 000 au Zimbabwe, disent qu'ils ne reviendront jamais.

"C'était une décision difficile parce que c'est le seul endroit que nous connaissons" déclare Jeremy Callow, 55 ans, un des avocats les plus connus du Zimbabwe. "J'aime le Zimbabwe, j'aime les gens, mais je ne peux plus le supporter."

"La dernière goutte" est différente pour chaque famille qui monte dans un avion en partance pour de lointains pays.

Callow a succombé à la pression "incessante" dans les tribunaux pour aider des fermiers blancs à récupérer légalement leurs biens sans pourvoir, après avoir réussi, obtenir que les décisions des tribunaux soient appliquées.

"J'ai passé 80 % de mon temps avec les fermiers pour les conseiller et je ne suis pas formé pour ça. De plus, je ne peux plus supporter de voir des hommes adultes pleurer. Les tribunaux n'ont pas les capacités de gérer les milliers de saisies de fermes alors ils changent les lois et déplacent la cage de but."

Dans le cadre d'une nouvelle loi passée avant les élections présidentielles truquées de 2002, Callow a du, comme des milliers d'autres Blancs nés dans le pays, renoncer à la possibilité d'obtenir la citoyenneté britannique ou d'autres pays pour pourvoir voter.

"Maintenant, ça me coute cher de demander ma citoyenneté britannique" dit-il

Parmis les 350 fermiers qui sont encore sur leurs terres, subissant des degrés variés d'instabilité, se trouvent ceux qui n'ont pas été touchés par les militants du ZANU-PF, le parti au pouvoir, mais eux aussi abandonnent désormais leurs maisons.

"Nous avons remarqué récemment qu'un certain nombre qu'on avait laissé en paix s'en vont quand même." déclare Hendrik Olivier, le directeur de ce qui reste du syndicat des fermiers commerciaux, qui comptait plus de 4000 membres.

Quelques mois après que sa famille ait été attaquée au mois de décembre à une vingtaine de kilomêtres au sud d'Harare, un des jeunes industriels du Zimbabwe qui réussissent le mieux, qui a demandé à ne pas être nommé, a décidé de partir pour l'Australie. Sa famille a essayé de s'installer dans une superbe villa d'une banlieue verte; elle est désormais à vendre.

"Nous n'avons pas pu nous en remettre. En avril, j'ai vendu mon commerce et dès que notre permis de travail arrivera, nous partirons. Nous avons de jeunes enfants et les écoles sont un problêmes. [le Zimbabwe] va me manquer, surtout le bush. Nous avons de la famille en Afrique du Sud mais là bas aussi, le futur est incertain."

John Winward, 57 ans, a passé la nuit de lundi dans une cellule du poste de police de Karoi, jadis un petit village prospère à 210 kilomètres au nord d'Harare.

La semaine dernière, subissant des pressions d'envahisseurs du ZANU-PF cherchant à lui faire quitter sa ferme, Winward est allé voir la police locale avec les arrêtés des tribunaux prouvant qu'il était autorisé à rester sur sa ferme jusqu'en septembre pour mener à bien une récolte d'une valeur d'un million et demi de Rands.

"La police n'a pas cru ou compris l'arrêt du tribunal et m'a enfermé pour la nuit."

Maintenant, je voudrais être parti il y a deux ans quand on était sous pression mais je ne pouvais pas abandonner. J'ai gaspillé du temps et de l'argent à combattre l'inévitable.

Je reste seul pour écouler mon tabac, mon maïs et pour vendre mon bétail, puis nous partirons pour la Grande-Bretagne dans quelques semaines. Nous n'emporterons rien, nous n'en avons pas les moyens."

Chris Sheperd, 38 ans, père de quatre enfants, a été chassé de sa ferme à Karoi il y a 21 mois et il est désormais sans un sou à Harare. Il déclarait qu'il ne partirait jamais et attendait des signes d'accalmie.

"Je pars en Australie à la fin du mois pour chercher du travail, peut-être comme manoeuvre, et j'ai le coeur gros." dit-il

David Coltart, un député du Movement for Democratic Change, le parti d'opposition, a déclaré: "c'est un nettoyage ethnique, pas au sens bosniaque de la phrase, car ils savaient qu'ils ne pourraient pas s'en tirer avec un massacre général, c'est plus subtil, programmé pour chasser les Blancs parce que Mugabe croit que les Blancs founissent un soutien financier et administratif au MDC.

il y a un an, Jonathan Moyo, le ministre [de l'information], a dit que les blancs seraient chassés du pays parce qu'ils avaient créé le MDC. Ils se trompent s'ils pensent que les faire partir va broyer le MDC.

Les lois ont été changées pour déposséder les Blancs de toutes les terres qu'ils possédaient. Les écoles privées ont été fermées pour atteindre les Blancs même si la plupart des élèves sont noirs.

Mugabe a dit que les Blancs étaient "des ennemis du peuple" et il continu de les piloner."

 
 
 
 
 
 
 
 
 
         
 
Références
   
 
   
         
 
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