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3-1 La chronologie du racisme
· 3-2 La Diabolisation par l'exemple
· 3-3 Les Français (blancs)
et les Noirs
· 3-4 Les atténuations
· 3-5 La mythologie raciste
de Tahar Ben Jelloun
· 3-6 Conclusion
Il y a quelques temps, Tahar Ben Jelloun publiait un ouvrage
intitulé : "Le racisme expliqué à
ma fille". L'essai, d'une soixantaine de page, a reçu
un excellent accueil du public français, mais aussi
de nombre d'intellectuels. Il a donné lieu à
des débats, à des rencontres, a été
lu dans les écoles. On a vu en lui une sorte de leçon
de civisme et il s'est imposé comme le modèle
du genre, à l'origine d'une collection d'ouvrages
similaires, qui tous se proposent d'éveiller la conscience
morale et politique des enfants.
L'idée
à de quoi plaire dans certains milieux : qui de mieux
placé qu'un étranger pour parler de racisme,
et quel symbole d'intégration qu'il puisse dispenser
une leçon de morale aux enfants du pays qui l'accueille.
Louable intention donc mais qui se révèle
n'être que ça : une intention. Au fil de pages,
quiconque prend le temps de lire ce livre découvrira
toute une série d'omissions, de déformations,
de répétitions, de tournures de style qui,
prises une par une, semblent anodines mais qui, à
la lumière de regroupements et de recoupements, ne
peuvent manquer de faire aboutir le lecteur à la
conclusion suivante : sous des apparences généreuses
"le racisme expliqué à ma fille "
est un ouvrage profondément raciste, pétrit
de stéréotypes et de préjugés
racistes à l'égard des blancs.
Le lecteur trouvera, dans les pages qui vont suivre, une
brève analyse de l'ouvrage de Monsieur Ben Jelloun.
Il est nécessaire d'apprendre à identifier
les méthodes d'un racisme qui s'avance caché,
pour pouvoir s'en défendre.
3.1. La chronologie
du racisme
Par
la déformation, la calomnie raciste, le silence sélectif
et l'inversion culpabilisante, Tahar Ben Jelloun bâtit
une étrange chronologie du racisme qui reflète
le ton général de son livre.
| 1095 |
" En lan 1095, le pape Urbain
II lança, à partir de Clermont-Ferrand, une guerre contre
les Musulmans, considérés comme des infidèles.
Des Milliers de Chrétiens partent vers les Pays
dorient massacrer des Musulmans
" |
| XI XVe
siècles |
" Entre
le XIe et le Xve siècle, les Chrétiens dEspagne
ont expulsé les Musulmans puis les Juifs en invoquant
des raisons religieuses ". (P28) |
| 1516 |
" Le mot " Ghetto "
est le nom dune petite île en face de Venise,
en Italie. En 1516, les Juifs de Venise furent envoyés
dans cette île séparée des autres communautés. " |
| XVIII XIX
siècles |
" Des
Historiens, au XVIIIe et XIXe siècles, ont essayé de
démontrer quil existait une race supérieure sur
le plan physique et mental quune supposée race
noire ". |
| XIX
siècle |
" Au XIXe siècle, des pays européens
ont
occupé militairement des pays africains et asiatiques
Le
colonialiste considère quil est de son devoir,
en tant quhomme blanc et civilisé, daller
" apporter la civilisation à des races inférieures. " |
| 1830 |
" Les
Français ont débarqué en Algérie en 1830 et se sont
emparés de tout le pays. Ceux qui ne voulaient pas de
cette domination étaient pourchassés, arrêtés et même
tués. Le colonialisme est un racisme à léchelle
de létat. " |
| 1915 |
En 1915, les Arméniens, qui vivaient en
Anatolie, ont été pourchassés et massacrés par les Turcs
(plus de 1 million de mort sur une population de 1 million
huit cent mille personnes) " |
| 1933 - 1945 |
" Dés
1933, les nazis considèrent les juifs comme " une
race négative ", " une sous race ",
comme ils ont déclarés les tziganes " racialement
inférieurs " et les ont aussi massacrés (Deux
cent mille morts). " |
| 1957 |
" En 1957, à Little Rock
il
a fallut lintervention du président Eisenhower,
de la police et de larmée pour que neufs enfants
noirs puissent entrer à la Central High School, une
école pour blancs. " |
| 1968 |
" La
lutte pour le droits des noirs na pas cesser malgré
lassassinat, en 1968 à Memphis, dun des
plus grands initiateurs de cette lutte, Martin Luther
King ". |
| 1992 |
" Les Serbes, au nom de ce quils
ont appelé la " purification ethnique "
ont massacré par milliers des Bosniaques Musulmans ". |
Une
chronologie très sélective
Un
examen rapide de la liste des événements historiques
recensés par l'auteur met en lumière la pratique
systématique du Silence sélectif. Si on excepte
le génocide arménien, et une évocation
très particulière des massacres du Rwanda
(non citée dans ce tableau parce qu'elle n'est pas
datée précisément par l'auteur) qui
sera citée et analysée plus loin, aucun acte
de racisme commis par un non-Blanc n'est recensé.
Dans ce domaine, on se serait pourtant attendu, de la part
d'un homme qui vient d'une autre culture, à un éclairage
nouveau, il n'en est rien.
Monsieur
Ben Jelloun passe sous silence, par exemple, la politique
coloniale du japon (Annexion de Taiwan(1895), de la Corée(1910),
de la Mandchourie(1931-1932), massacres de Nankin, asservissement
sexuel des chinoises et des coréennes), l'invasion
et le génocide tibétain par les Chinois (en
cours), les massacres de chinois et le génocide Timorien
en Indonésie, la guerre civile en Algérie
(nous y reviendrons), l'invasion de la Grèce par
l'empire ottoman au XVe siècle et les massacres de
Chio, el cetera. Plus encore, l'auteur évite savamment
de s'attarder aussi longtemps sur les aspects embarrassants
de l'histoire de son pays d'origine que sur ceux de l'histoire
européenne. Cette attitude est d'autant plus surprenante
qu'on pourrait s'attendre à ce que l'auteur connaisse
bien l'histoire du Maroc. Monsieur Ben Jelloun est capable
de se souvenir de toutes les pages noires de l'histoire
des "européens blancs", mais il est frappé
d'amnésie concernant le reste du monde et son propre
pays...
L'exonération
de l'islamisme
Le
silence sélectif qui domine dans "le racisme
expliqué à ma fille" s'applique, entre
autres, à la religion musulmane.
Un
premier fait saute aux yeux à la lecture de la liste
chronologique établie à partir des exemples
cités par Tahar Ben Jelloun : Dans tous conflits
opposant des européens au monde arabe, ou en Bosnie,
il n'omet jamais de mentionner la religion des protagonistes
et dépeint systématiquement les Chrétiens
comme les initiateurs du conflit. Par contre, concernant
le génocide arménien, il oublie soudain, les
égorgeurs étant musulmans, de mentionner leur
religion.
Dans
le livre de Monsieur Ben Jelloun, il n'existe qu'un seul
fanatisme religieux, c'est l'intégrisme. Ce n'est
donc pas par hasard qu'il a choisit un mot souvent associé,
en France, aux fanatiques religieux chrétiens, tandis
qu'il tait le mot Islamisme, associé aux fanatiques
de la religion musulmane.
Une
autre méthode employée par Monsieur Ben Jelloun
pour blanchir l'islam, est la déformation de la vérité
historique.
Concernant
les croisades, la caricature et le mensonge sont flagrants.
L'auteur du livre donne l'impression que c'est sans autre
motif que c'est pour casser du Musulman que les Européens
sont partis en terre sainte. Les vrais motifs des croisades
sont passés sous silence, à savoir que les
musulmans de l'époque, extremement intolérants,
interdisaient aux chrétiens l'accès des lieux
saints à Jérusalem, mais aussi volaient et
assassinaient les pèlerins Chrétiens.
Concernant
l'Espagne ; il oublie que la Reconquista ne chassa pas tant
les musulmans et les juifs qu'elle mit un point final à
des siècles d'occupation de la péninsule ibérique
par les Arabes et les Maghrébins qui l'avait colonisée.
L'insistance
de Monsieur Ben Jelloun à dénigrer les chrétiens
en ayant recours au mensonge ou à l'omission de faits
est aisément compréhensible si on considère
dans quel contexte il a écrit son Livre.
Jamais
l'islam n'a autant parut aux yeux des français comme
une religion intolérante. A cette époque,
les Talibans imposent en Afghanistan un régime Islamiste
si obscurantiste que même la république islamique
d'Iran, modèle de fanatisme religieux, apparaît
depuis comme un espace de liberté. L'opinion publique
est secouée par les atrocités commises chaque
jour en Algérie, où sont massacrés
femmes et enfants tandis que les Islamistes font peser des
menaces de morts sur tous les étrangers qui se trouvent
dans le pays, menaces qui sont régulièrement
mises à exécution. (Par exemple la décapitation
de 6 moines Chrétiens par des algériens musulmans).
Enfin, La France vient de connaître une série
d'attentats meurtriers commis par des Islamistes algériens,
événements dramatiques que Monsieur Ben Jelloun,
s'il n'hésite pas à parler des " Massacres
de Musulmans par des Chrétiens", se contente
d'évoquer ainsi :
"
L'autre jour, à la télévision, quand
il y a eu des attentats, un journaliste a accusé
l'Islam. C'était un journaliste raciste, d'après
toi ?
-Non
il n'est pas raciste, il est ignorant et incompétent.
Ce journaliste confond l'Islam et la politique. Ce sont
les politiciens qui utilisent l'Islam dans leur luttes.
On les appelle des intégristes. "
Il
n'est pas question, ici, d'admettre qu'un musulman ait pu
assassiner d'autres personnes au nom de sa religion. L'emploi
du verbe " accuser " donne aussi une connotation
particulière à ce passage car une accusation,
c'est en quelque sorte une attaque. On retrouve alors un
schéma militant cher à l'écrivain :
celui d'un islam innocent, agressé par les méchant
occidentaux
3.2. La Diabolisation
par l'exemple
Le
livre de Monsieur Ben Jelloun est typique de l'utilisation
de la diabolisation. En surface, certes, Tahar Ben Jelloun
déclare que tout le monde peut être raciste,
mais avec toute une série d'exemples, il fait passer
l'idée que certains sont plus racistes que d'autres.
Il en résulte une tout à la fois un renforcement
des mythes du racisme spécifique et de la cuillère
en argent.
Qui sont les racistes?
| |
A |
B |
C |
Total |
| Blancs |
16 |
6 |
0 |
22 |
| Arabes |
3 |
0 |
2 |
3 |
| Noirs |
2 |
0 |
1 |
2 |
| Asiatiques |
1 |
0 |
0 |
1 |
| Autres |
0 |
0 |
0 |
0 |
- A
Exemples dans lesquels le raciste est explicitement désigné
comme étant
- B
Exemples dans lesquels le raciste est implicitement désigné
comme étant
- C
Exemples dans lesquels l'acte raciste fait l'objet d'une
atténuation
Qui
est victime de racisme ?
| |
A |
B |
Total |
| Noirs |
13 |
1 |
14 |
| Arabes |
8 |
0 |
8 |
| Juifs |
7 |
0 |
7 |
| Blancs |
3 |
1 |
4 |
| Indiens |
2 |
0 |
2 |
| Asiatiques |
1 |
0 |
1 |
| Tziganes |
1 |
0 |
1 |
| Autres |
0 |
0 |
0 |
-
A Exemples dans lesquels la victime est explicitement
désignée comme étant
- B
Exemples dans lesquels la victime est implicitement désignée
comme étant
3.3.
Les Français (blancs) et
les Noirs
La
description que Monsieur Ben Jelloun fait de la société
française et des quelques personnes qui la composent,
en omettant le large espace qu'il consacre à Jean-Marie
Le Pen et au Front national, n'est pas des plus flatteuses.
Qui sont donc ces français :
Les voisins :
"
Regarde par exemple nos voisins de l'immeuble. Ils se sont
longtemps méfiés de nous, jusqu'au jour où
nous les avons invités à manger du couscous
"
On
verra un peu comme le comportement "peu amical "
des voisins français contraste avec celui des marocains.
Les
employeurs :
"
Le père de Souad, la cousine de Maman, n'a pas de
travail depuis deux ans. Il cherche mais ne trouve pas.
Quelque fois, quand il téléphone pour un boulot,
c'est d'accord puis quand il se présente on lui dit
que c'est trop tard. "
Les
employeurs français sont présentés
comme racistes, règle considérée comme
générale par Tahar Ben Jelloun sans doute,
puisque Le père de Souad est présenté
comme cherchant un travail depuis deux ans. Un français
qui n'a pas de travail depuis longtemps est un chômeur
longue durée ; Un immigré qui n'a pas de travail
depuis longtemps, est forcement une victime du racisme.
Les
journalistes :
"
L'autre jour, à la télévision, quand
il y a eu des attentats, un journaliste a accusé
l'Islam. C'était un journaliste raciste, d'après
toi ?
-Non il n'est pas raciste, il est ignorant et incompétent.
"
Moins compétent, bien sur, que Tahar Ben Jelloun.
Céline,
la petite française, et ses parents :
S'il
est mentionné brièvement une invitation en
Normandie par une camarade de classe, c'est surtout sur
le cas de Céline que " Le racisme expliqué
à ma fille " s'attarde :
"
- Moi, je ne veux pas vivre avec Céline, qui est
méchante, voleuse et menteuse
- Tu exagères, c'est trop pour une seule gamine de
ton âge !
- Elle a été méchante avec Abdou. Elle
ne veut pas s'asseoir à coté de lui en classe,
et elle dit des choses désagréables sur les
Noirs.
- Les parents de Céline ont oublié de lui
faire son éducation, peut être parce qu'eux
même ne sont pas bien éduqués. "
"
Je n'aimerais pas avoir deux Céline dans ma classe
"
L'institutrice
:
"
L'institutrice nous a encore dit l'autre jour qu'Abdou,
qui vient du Mali, était de race noire.
- Si ton institutrice a vraiment dit cela, elle se trompe.
Je suis désolé de te dire ça, je sais
que tu l'aimes bien, mais elle commet une erreur et je crois
qu'elle ne le sait pas elle-même. "
Abdou,
le petit malien.
"
Si un camarade de classe, disons Abdou le malien, viens
dans ta chambre, se conduit bien et que tu le mets dehors
pour la seule raison qu'il est noir, alors là, tu
es raciste. "
Mettre
des prénoms à des individus identifie de façon
claire les acteurs du racisme. Dans le livre de Tahar Ben
Jelloun, ce sont Céline, la petite française
raciste, et Abdou, le petit malien. On remarquera que ce
dernier est toujours présenté en position
d'infériorité, comme une victime, dans les
exemples où il est cité. Ces occurrences sont
un exemple type de la façon dont se transmet le grand
préjugé.
La
vision stéréotypée que Monsieur Ben
Jelloun a des Noirs est, en fin de compte, tout aussi insultante
que celle qu'il à des Blancs.
3.4.
Les atténuations
"
Les marocains sont comme tout le monde. Parmi eux, on rencontre
des gens racistes et des gens non racistes.
- Aiment-il
les étrangers ?
- Ils sont connus pour leurs traditions d'hospitalité.
Ils aiment accueillir les étrangers de passage, leur
montrer le pays, leur faire goûter leur cuisine. De
tous temps, les familles marocaines ont été
hospitalières ; cela est aussi valable pour les autres
maghrébins, pour les Arabes du désert, les
bédouins, les nomades. "
Quel
contraste entre les traditions d'hospitalité des
Marocains et la méfiance des voisins français
!
Le
lecteur aura remarqué, dans les tableaux précédents,
une colonne C qui correspond aux exemples dans lesquels
l'acte raciste fait l'objet d'une atténuation, mais
qu'est ce qu'une atténuation ?
C'est
une méthode, une figure de style utilisée
pour minimiser la responsabilité d'un acte ou d'un
crime raciste. Dans " Le racisme expliqué à
ma fille ", sur trois exemples d'actes racistes attribués
à des marocains, deux font l'objet d'une méthode
d'atténuation. Les atténuations permettent
de faire l'aveu d'un problème, mais en le minimisant
le plus possible, voir en disculpant tout à fait
l'auteur d'un acte raciste, tout en renforçant les
préjugés racistes à l'égard
d'un autre groupe.
L'atténuation
par la surenchère.
"
Certains marocains ont eu un comportement condamnable, notamment
avec les noirs
On a pris l'habitude d'appeler les noirs
Abid (esclaves).
Bien avant les Marocains, des européens blancs considéraient
le Noir comme " un animal à part, comme le singe
" (Buffon, 1707-1788). " (P45-46)
Dans
cet exemple, Monsieur Ben Jelloun oublie que si les Noirs
étaient appelés " esclaves " parce
que pendant des siècles, comme les " européens
blancs " razziés sur les côtes de méditerranée,
ils étaient les esclaves des maghrébins et
des arabes.
Pour
minimiser l'aveu qu'il fait, du bout des lèvres,
en effleurant les sujets du racisme, de la discrimination
religieuse et de l'esclavagisme au Maroc, Monsieur Ben Jelloun
utilise la surenchère dans la Haine en citant Buffon
fort à propos. Ce faisant, il alimente sans scrupule
le mythe du racisme spécifique des blancs qu'il présente
ainsi comme antérieur et plus marqué que celui
des Marocains, minimisé par contraste. Pourtant,
la littérature du monde arabe et maghrébin
abonde en stéréotypes racistes. Il suffit
de lire attentivement " le racisme expliqué
à ma fille " pour se convaincre qu'un auteur
originaire du Maghreb peut être raciste à l'égard
d'autres groupes ethniques.
Le
lecteur appréciera maintenant une autre perle du
genre :
"
Au Maroc, les juifs et les musulmans ont vécu presque
onze siècles ensemble. Les juifs avaient leurs quartiers
; qu'on appelle Mellah. Ils ne se mélangeaient pas
avec les musulmans mais ne se disputaient pas avec eux.
Entre eux, il y avait un peu de méfiance, mais aussi
du respect. Le plus important, c'est que lorsque les juifs
se faisaient massacrer en Europe, ils étaient protégés
au Maroc
".
Sans
commentaires
L'atténuation
par le blanchissage.
"
Au Rwanda, les Hutus ont massacré les Tutsis (minoritaires,
favorisés et opposés par les Européens
aux Hutus). Ce sont deux ethnies qui se font la guerre depuis
que les Belges ont colonisé la région des
Grands Lacs de ce pays. Le colonialisme, dont nous reparlerons,
à souvent divisé pour régner. "
(P43)
Ce
court texte montre clairement non pas une, mais deux atténuations
par le blanchissage. Il laisse entendre que si les Tutsis
ont été massacrés par les Hutus, c'est
parce qu'ils ont été " favorisés
et opposés par les Européens aux Hutus "
: La cause de la mort des Tutsis, ce n'est donc pas la Haine
des Hutus, mais le comportement des européens. Il
reprend cet argument une seconde fois en signalant que c'est
l'arrivée des Européens qui marque le début
des violences dans la région des Grands lacs, donc
qu'ils sont à la genèse du génocide
Tutsi.
En
quelques lignes, Monsieur Ben Jelloun exonère les
Hutus de leur crime raciste, pour en attribuer la responsabilité
à la " toute puissance Blanche ", en utilisant
la méthode du blanchissage.
L'atténuation " Canada Dry ".
"
- C'est comme ma cousine Nadia. Elle a eu un avertissement
et elle a dit à ses parents que les professeurs n'aimaient
pas les Arabes ! Elle est gonflée, je sais que c'est
une mauvaise élève.
- C'est de la mauvaise fois !
- Mais Nadia n'est pas raciste.
- Elle utilise un argument bête pour dégager
sa responsabilité, et cela ressemble à la
méthode des racistes. " (P38-39)
On
a ici un exemple classique d'atténuation. Ce que
Monsieur Ben Jelloun appelle un argument " Bête
", c'est en fait un argument raciste : la petite Nadia
prétend que, du fait, de leur appartenance à
un autre groupe ethnique (qu'on devine probablement Blanc),
ses professeurs sont incapables de porter un jugement intelligent
sur certains élèves.
Un peu comme le Canada dry " ressemble à de
l'alcool, mais ça n'est pas de l'alcool ", l'argument
raciste de la petite Nadia, " ressemble à la
méthode des racistes ", mais ça n'est
pas du racisme.
Il
en va de même pour le " Mellah " où
habitaient les juifs marocains ; il a l'air d'un ghetto
mais ce n'est pas un " ghetto " ; c'est un "
Mellah " ! Pourtant, la création des "
Mellah " est une spécifié marocaine dans
le monde musulman. Sa création remonte au XVIéme
siècle. Il fut institutionnalisé par le sultan
du Maroc de l'époque pour protéger les juifs
des violences de leurs concitoyens maghrébins. Il
semble que les Européens n'aient pas eut le monopole
des pogroms. Bizarrement, l'écrivain marocain semble
là encore frappé d'amnésie sur ce sujet
3.5. La mythologie
raciste de Tahar Ben Jelloun
A mesure
qu'on analyse le livre de Tahar Ben Jelloun, on voit apparaître
les grandes lignes d'une mythologie raciste qui n'est pas
particulière à l'auteur, d'ailleurs, mais
très largement partagée par les racistes Antiblancs.
L'Européen Blanc y joue, le plus souvent, le rôle
de la Fée Carabosse.
-
On distingue d'abord " la période paradisiaque
", un état d'innocence symbolisée par
le Maroc : " Pendant plus de mille ans, juifs et
musulmans ont vécu dans la paix. Il existe des
chants et des poèmes qui ont été
composés en arabe par des Juifs et des Musulmans.
C'est la preuve de la bonne entente entre les deux communautés
"
- Vient
ensuite "La perte de l'innocence ". c'est la
période coloniale. L'attention de Tahar Ben Jelloun
se tourne alors vers un autre pays du Maghreb, l'Algérie.
Il s'attarde longuement sur la période coloniale
dans ce pays, y consacrant trois pages, pour montrer comment
les blancs, plus exactement les Français, ont introduit
la notion de ségrégation raciale, en traitant
différemment les juifs, les Européens et
les Algériens.
- Enfin
arrive " Le temps de la haine ". Monsieur Ben
Jelloun s'éloigne encore plus du Maroc, du Maghreb,
pour tourner son regard vers l'Afrique noire et plus particulièrement,
le Rwanda. Le génocide du Rwanda, tel qu'il est
présenté dans le livre, est le Legs des
Européens blancs, qui auraient substitué
leur héritage de haine aux traditions Locales.
La grille
de lecture de l'histoire que propose l'écrivain est
bien sure très révélatrice du Mythe
de "la toute puissance blanche " et son schéma
est fréquemment proposé pour expliquer les
troubles qui secouent les nations non-occidentales. A la
puissance coloniale, on substituera aussi parfois, la multinationale,
symbole des pays " riches ".
La
réalité, bien sur, est toute autre que celle
que propose cette mythologie raciste. Pour le comprendre,
il convient de revenir au Maroc, en se penchant sur les
exemples que nous donne l'écrivain marocain.
On découvre
alors que la société marocaine qui précède
la période coloniale européenne est déjà
frappée de tous les maux qu'on pourrait croire, en
lisant " le racisme expliqué à ma fille
", être des tares spécifiques aux sociétés
occidentales. La ségrégation raciale, l'esclavagisme,
l'intolérance religieuse étaient les fondements
de la société marocaine. Si je vais m'attarder
dans les pages qui suivront sur l'esclavage dans l'islam,
et bien sur au Maghreb, il n'est pas inutile d'apporter
un éclairage sur la tolérance religieuse au
Maroc et au Maghreb avant la période coloniale.
En
matière de religion, les personnes qui ne pratiquaient
pas l'Islam avaient le statut de " dhimmi ", c'est
à dire de protégés, s'ils appartenaient
aux religions du livre : le Christianisme et le Judaïsme.
Ce statut impliquait le Paiement d'un impôt supplémentaire,
mais aussi toute une série d'autres obligations.
Dans
tous les pays du Maghreb, les juifs devaient porter un vêtement
spécial auquel ne pouvaient être associées
les couleurs de l'islam, ce qui n'est pas sans rappeler,
en d'autres temps, l'obligation faite de porter une étoile
jaune. Au Maroc, ils n'avaient pas le droit de posséder
de terre. Il était aussi interdit aux Juifs d'utiliser
l'écriture arabe, considérée langue
sacrée ; ils l'écrivaient donc en caractères
hébreux. Aux abords des mosquées, les juifs
devaient se déchausser. Enfin, Juifs et Chrétiens
ne pouvaient porter d'armes ou monter à cheval. Dans
le domaine du mariage, un musulman pouvait épouser
une femme de confession chrétienne, ou d'origine
et de confession Juive. Un juif ou un Chrétien, par
contre n'avait pas le droit d'épouser une musulmane.
3-6.
Conclusion
Comme
on a pu le constater, le livre de Tahar Ben Jelloun est
loin d'être neutre. Son racisme, noyé dans
un discours qui se veut bien-pensant, n'est pas directement
perceptible. Il est pourtant bien présent, au détour
d'une phrase ou d'une autre, cachés entre deux leçons
de tolérance. Il utilise tours à tour la diabolisation,
le silence sélectif, l'omission, le mensonge et la
déformation, l'atténuation par le contraste,
par la négation ou l'atténuation " Canada
dry ". Sournoisement, il enseigne une vision du monde,
de l'histoire, de la société, qui constitue
le terrain fertile sur lequel proliférera le racisme
Antiblanc pour les uns, la Haine de soi pour les autres.
Est-il sain de faire lire cet ouvrage dans les écoles,
à des enfants ? Chacun se ferra une opinion, cette
fois ci en toute connaissance de cause.
Lors
de la réédition du " racisme expliqué
à ma fille ", l'ouvrage s'est enrichit des "commentaires
des enfants" ainsi que de quelques lettres d'adultes
; l'analyse de ces ajouts n'est pas présentée
ici. On y retrouve, grosso-modo, les méthodes qui
viennent d'être décrites. Je ne peux qu'inviter
Le lecteur désireux d'apprendre à décrypter
les formes discrètes du racisme Antiblanc à
se faire la main sur ces passages.
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