| 4 Lieu :
Sur mon lieu de
travail
Méthode :
Chantage racial,
Déplacement du Soupçon.
Le nouveau
collègue, je n'avais pas commencé à
travailler avec que je savais déjà
qu'il était arabe.
Un matin, dès mon
arrivée, les collègues m'avaient mis au
parfum: "on va bosser avec un
arabe". C'était un des premiers
emploi-jeunes du bureau. L'emploi jeune
est à la discrimination positive ce que
le Pacs est au mariage. Personne n'est
dupe, surtout pas ceux qui ont créé ce
statut et ceux qui en bénéficie, mais
on fait semblant
Ce matin là, le
chef, un brave type d'une quarantaine
d'années, qui pensait bien comme il
faut, avait réuni les collègues du
service pour les informer de l'arrivé du
nouveau. Dans la foulée, il leur avait
fait une grande leçon sur le racisme et
les difficultés d'insertion des
"jeunes". Le nouveau collègue,
"d'origine maghrébine", lui
avait expliqué que ce n'était pas
facile pour lui parce qu'il était arabe.
Il allait falloir être
"sensible" à ses problèmes,
être patient et compréhensif.
Maintenant, c'était à mon tour d'être
chapitré. Un consensus se formait entre nous: nous n'avions
pas encore bossé avec ce type que déjà, nous étions considéré
comme des racistes dés lors que "l'aut
arab" avait commencé à geindre. Ce nouveau
collègue, décidement, non seulement on n'avait pas bossé
quon savait déjà quil était arabe, quon
serait fatalement les racistes, mais on commençait déjà
à le détester. Quand il mis le pied dans le service, nous
étions sur la défensive.
Mouss arriva
donc un jour parmi nous, chaussé de
basquet', vétu d'un survet', coiffé
d'une casquet' : A quoi d'autre
fallait-il s'attendre? Il nous déclara
qu'il était musulman qu'est la vrai
religion. Il nous informa qu'il faisait
du rap parce que c'était un rebelle. Il
nous appris que sa qualité d'arabe en
faisait un grand opprimé de la société
et qu'on pouvait pas comprendre vu
quon étaient français. De temps
à autres, avec un autre emploi jeune, il
s'absentait pour aller fumer de la
"beu" parce qu'il était
"cool".
Parfois, en le regardant travailler,
je me demandais s'il ne mettait pas un point d'honneur
à prouver que toutes les lettres employées dans l'expression,
"travail d'arabe" y était bien misent dans le
bon ordre: Ce n'était pas une flèche, Mouss, c'est
le moins qu'on puisse dire, mais il semble que c'était
sa façon de lutter contre le racisme. Quand nous ne nous
lamentions pas d'avoir à bosser avec lui, sa connerie
et sa fainéantise nous fournissaient quelques occasions
de rire - mieux valait ça qu'en pleurer.
S'il avait été
blanc, nous n'aurions pas pris de gants
mais avec lui, il fallait faire
attention, le ménager, car vu les
circonstances de son arrivée, toute
prise de bec avec lui aurait
systématiquement pris une connotation
raciste. A la fin, je confiais à un
collègue qu'avoir à travailler avec
Mouss' me serrait les tripes; il me
confia qu'il éprouvait le même
sentiment, tant le personnage nous
mettait mal à l'aise.
Finalement j'ai
obtenu dans une autre administration l'
affectation que je réclamais depuis
longtemps. Mouss ne ma jamais
manqué.
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