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Lieu : Sur mon lieu de travail
Méthode :
Chantage racial, Déplacement du Soupçon.

Le nouveau collègue, je n'avais pas commencé à travailler avec que je savais déjà qu'il était arabe.

Un matin, dès mon arrivée, les collègues m'avaient mis au parfum: "on va bosser avec un arabe". C'était un des premiers emploi-jeunes du bureau. L'emploi jeune est à la discrimination positive ce que le Pacs est au mariage. Personne n'est dupe, surtout pas ceux qui ont créé ce statut et ceux qui en bénéficie, mais on fait semblant…

Ce matin là, le chef, un brave type d'une quarantaine d'années, qui pensait bien comme il faut, avait réuni les collègues du service pour les informer de l'arrivé du nouveau. Dans la foulée, il leur avait fait une grande leçon sur le racisme et les difficultés d'insertion des "jeunes". Le nouveau collègue, "d'origine maghrébine", lui avait expliqué que ce n'était pas facile pour lui parce qu'il était arabe. Il allait falloir être "sensible" à ses problèmes, être patient et compréhensif.

Maintenant, c'était à mon tour d'être chapitré. Un consensus se formait entre nous: nous n'avions pas encore bossé avec ce type que déjà, nous étions considéré comme des racistes dés lors que "l'aut’ arab’" avait commencé à geindre. Ce nouveau collègue, décidement, non seulement on n'avait pas bossé qu’on savait déjà qu’il était arabe, qu’on serait fatalement les racistes, mais on commençait déjà à le détester. Quand il mis le pied dans le service, nous étions sur la défensive.

Mouss’ arriva donc un jour parmi nous, chaussé de basquet', vétu d'un survet', coiffé d'une casquet' : A quoi d'autre fallait-il s'attendre? Il nous déclara qu'il était musulman qu'est la vrai religion. Il nous informa qu'il faisait du rap parce que c'était un rebelle. Il nous appris que sa qualité d'arabe en faisait un grand opprimé de la société et qu'on pouvait pas comprendre vu qu’on étaient français. De temps à autres, avec un autre emploi jeune, il s'absentait pour aller fumer de la "beu" parce qu'il était "cool".

Parfois, en le regardant travailler, je me demandais s'il ne mettait pas un point d'honneur à prouver que toutes les lettres employées dans l'expression, "travail d'arabe" y était bien misent dans le bon ordre: Ce n'était pas une flèche, Mouss’, c'est le moins qu'on puisse dire, mais il semble que c'était sa façon de lutter contre le racisme. Quand nous ne nous lamentions pas d'avoir à bosser avec lui, sa connerie et sa fainéantise nous fournissaient quelques occasions de rire - mieux valait ça qu'en pleurer.

S'il avait été blanc, nous n'aurions pas pris de gants mais avec lui, il fallait faire attention, le ménager, car vu les circonstances de son arrivée, toute prise de bec avec lui aurait systématiquement pris une connotation raciste. A la fin, je confiais à un collègue qu'avoir à travailler avec Mouss' me serrait les tripes; il me confia qu'il éprouvait le même sentiment, tant le personnage nous mettait mal à l'aise.

Finalement j'ai obtenu dans une autre administration l' affectation que je réclamais depuis longtemps. Mouss’ ne m’a jamais manqué.

 
 
   
 
 
 

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