| 15 Lieu :
Bus, Ligne
26, XXeme, Paris
Type
dagression :
Agressions
Interethniques, Vol
Un samedi après midi dété,
vers dix huit heures, je rentre chez moi. Je viens daller
faire mes courses à lhypermarché Auchan de la porte
de Bagnolet. Toute une expédition : un bus à prendre
et le métro à lallée ; idem au retour. Dans
des sacs assez pesants, je trimbale une bonne quinzaine
de kilos de riz, de pâtes, de boulgour, de confitures,
de livres et de produits ménagers. Place Gambetta, je
me hisse dans le 26 par la porte arrière et je me ménage
un peu despace à coups d "excusez
moi" !
Cest plein à craquer,
là dedans. Des hommes, des femmes, des marmots, des petits
vieux, toutes les déclinaisons de lhumanité ;
une vraie tour de Babel ambulante. Forcement, il règne
dans le bus une chaleur à crever, chaud et étouffant comme
un jour de pic de pollution. Depuis plusieurs semaines,
je saigne régulièrement du nez, un indicateur de taux
de pollution plus fiable que tous les appareils de la
mairie de Paris.
Les jours de canicule comme
celui-là, je mhabille léger : Jean et Tee-shirt.
Cest pas plus con quêtre en casquet,
basquet survet ou de porter des lunettes de
soleil dans les couloirs du métro. Je délaisse alors mon
portefeuille pour un porte carte dans lequel je glisse
ma carte visa, ma carte didentité, un petit billet
(je ne suis pas admis au club des grosses coupures) et
une capote "au cas où" : tout ça ne tient
pas de place. Je le glisse facilement dans la poche arrière
de mon jean.
Dans la
poche arrière ? Non mais où je me
crois ? Dans une ville comme Tokyo,
où les gens laissent encore leur porte
ouverte ?
Alors que
le bus arrive lentement en vue de
larrêt Villiers de lIsle
Adam, jai comme limpression
quon me gratouille le derrière. En
dautres circonstances qui sait,
japprécierais peut-être, mais
dans un bus à lheure de
pointe ! Quelquun prendrait-il
les transports en commun pour les
transports amoureux ?
Non! je ne rêve pas! quelquun
me gratouille le derrière et la sensation est localisée
en un point précis : Limmédiate viscinité de
mon porte-carte ! Quelle déception ! Jimaginais
avoir trouvé lâme sur ; on nen
veut quà mon argent !
Je baisse les yeux, que vois-je ?!
Un nabot africain très laid, dune quarantaine dannée,
aux cheveux crépus pas plus peignés que coupés, vêtu de
vêtements crasseux ! Oh mon dieu! quel spectacle
émouvant : cest... "un damné de la terre"
Dans la main gauche, il tient
à lhorizontale un morceau de carton enveloppé dans
un sac plastique. Sous cet appareillage un paravent!
en plus il est pudique, le cher homme!- japerçois
son autre main, la droite, pas très adroite dailleurs
(tu voteras à gauche, lami, quand tu auras la nationalité
française). Et cette main là est pleine de doigts qui
bougent.
Ah, le brave homme !
Il est venu tenter sa chance en France! comment lui en
vouloir ? Il a fait sept mille kilomètres, enduré
les terribles souffrances dun trajet clandestin,
pour venir à Paris voler mon portefeuille ! Tant
de sollicitude, cest trop dhonneur !
Je nen demandais pas tant !
Je le
regarde, lair pas content. Ses
doigts noirs simmobilisent. Sa main
retombe mollement vers le plancher du
bus. Il sécarte. Il ne doit son
salut quà mes bras chargés de
victuailles et à la foule: Il sy
trouve en effet peu de blancs, pour la
plupart des personnes âgées, mais les
noirs sont nombreux. Que le pickpocket se
mette à pleurer "Raciste! Raciste!",
je serais dans de beaux draps et
solidarité ethnique oblige, même
sil est prouvé que jai
raison, jaurais tort. Jai
déjà connu ça une fois, en
dautres temps et dautres
lieux. Je le laisse donc s'écarter,
imaginant qu'il va descendre à
larrêt. Que Nenni !
Je
nai pas crié, il ne se le tient
donc pas pour dit, forcement. Un nouveau
chargement de passagers monte dans le
bus, qui les avale puis ferme ses portes
et redémarre. Nous sommes encore à
mi-chemin de larrêt suivant,
Pyrénées Ménilmontant, quune
femme se met à crier :
-Oaoh !
Quest ce que tu fais avec mon sac,
sale bâtard !"
Je
regarde. Je vois une maghrébine en
colère. Je vois louverture
dun sac grande ouverte. Je vois la
main pleine de doigts avec un africain au
bout du bras de la main. Mais cette
fois-ci, le rapport de force est
diffèrent. Plusieurs maghrébins
vigoureux fixent le nabot. Personne ne
viendra laider.
Le bus
arrive à larrêt
Pyrénées-Ménilmontant. Les portes
souvrent. Le voleur en descend sans
demander son reste. Jai le temps de
lapercevoir qui se dirige vers
lArret de bus de
Ménilmontant
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