Chapitre 01 : Et Allah vint à Détroit  
     
 

1918. Alors que six jours plus tôt, un armistice a mis un terme à une guerre lointaine dans laquelle les États Unis se sont impliqués tardivement, deux Américains pénètrent dans un petit restaurant situé au 803 south third street à Los Angeles. Une fois installés, Benkert et Gillibrand, ce sont leurs noms, décident de passer commande d'un steak. A leur grande surprise, le cuisinier, dont le commerce ne roule pas sur l'or et qui ne peut se permettre d'être victime de grivèlerie, leur réclame une caution de deux dollars avant de mettre la viande à cuire. Devant les protestations que déclenchent ces méthodes commerciales pour le moins inhabituelles, le ton monte rapidement : le restaurateur, en effet, est d'un tempérament peu enclin aux concessions.

Très vite, On passe des plaintes aux menaces, des menaces aux invectives. Les esprits s'échauffent. Dans un accès de rage, le restaurateur braque un revolver en direction des deux hommes puis, se ravisant, il range l'arme, sort de l'arrière du comptoir pour s'approcher d'eux, bien décidé de régler ses comptes à coups de poings. Il tente de frapper Gillibrand une première fois; le client recule et sort du restaurant. Le cuistot le suit jusque dans la rue, le frappe à nouveau et déséquilibre sa victime qui tombe à terre tandis que sa tête heurte de plein fouet la bordure du trottoir. En un instant, son agresseur s'installe à califourchon sur lui puis, l'attrapant à la gorge, lui claque la tête sur la chaussée avant de prendre la fuite.

La police, informée de l'échauffourée, se met rapidement à la recherche du restaurateur qu'elle arrête non loin de son restaurant, à South Bunkerhill Street. Au poste de police, l'homme, qui sera relâché dans les heures qui suivent - le plaignant ayant décidé de ne pas entamer de poursuites - doit répondre à un interrogatoire et décliner son état civil. Il déclare à l'agent qui l'interroge qu'il se nomme Wallie Ford : l'homme que des milliers de Noirs-américains considèrent aujourd'hui comme l'incarnation d' Allah vient d'entrer pour la première fois – et pas la dernière – dans les annales des services de police américains.3


Wallace Fard

Après cet incident, la vie de Wallace Ford, puisque c'est le nom sous lequel il est alors connu, reprend un cours normal. Grand, et mince, l'homme a la peau basanée, les cheveux noirs bouclés, les yeux de la même couleur, légèrement en amande, qui trahissent des origines métissées. Il a aussi des traits de type européen et un nez droit qui lui permettent, pendant sa jeunesse, de passer pour un Blanc. Ses fonctions de gérant du restaurant, son sourire charmeur lui valent un certain succès auprès de ses serveuses, dont certaines finissent dans son lit . C'est ainsi qu'il se lie avec Hazel Barton, une jeune blanche âgée de 25 ans originaire de l'état de New York. En 1919, le couple décide de se mettre en ménage dans un appartement situé au dessus du restaurant mais lorsque la jeune femme évoque la possibilité d'un mariage, Wallace l'informe que la chose est impossible : il est déjà marié dans l'Oregon, mais n'a pu obtenir le divorce de sa première femme, d'où a résulté une séparation particulièrement difficile.4

Un an plus tard, le premier septembre 1920, Wallace Ford et Hazel Barton, ont un enfant qu'ils nomment Wallace Dodd Ford.5 Sur le certificat de naissance de son fils, le père se décrit comme un individu de race blanche, restaurateur, né en Nouvelle-Zélande et âgé de 26 ans.6 Ce sera, pour Hazel, un indice sur les origines de son concubin car celui ci, à vrai dire, parle très rarement de son passé, de sa famille et de l'éducation qu'il a reçu. Il ne témoigne également d'aucun intérêt pour la politique, la religion ou les questions sociales de son temps. Tout au plus sait-elle qu'il est arrivé à Los Angeles quatre ou cinq ans plus tôt et, par les confidences que lui a fait une serveuse qui était sortie avec Fard, qu'il est quasiment illettré : cette dernière a souvent rédigé pour lui les lettres qu'il envoyait à ses parents en Nouvelle-Zélande, tant il avait de mal à tenir sa correspondance.7

Cette manie de la dissimulation, l'impossibilité de se marier, la relative inculture et le tempérament parfois violent du jeune homme vont peu à peu lasser Hazel. Un jour, elle découvre par hasard dans les affaires de son concubin une vieille lettre adressée à un certain Fred Dodd, à Salem, en Oregon. Curieuse, elle ne peut s'empêcher de parcourir la lettre et lorsqu'elle en a terminé la lecture, il ne fait plus de doute dans son esprit que Fred Dodd et Wallace Ford sont une seule et même personne. Dodd, c'est ce nom étrange qu'il avait tant insisté pour accoler au prénom de son fils. La découverte plonge la jeune femme dans un abîme de réflexions: pourquoi tous ces mystères ? Qu'a-t-il pu se passer en Oregon pour pousser Wallace à quitter l'état précipitamment et à refaire sa vie sous un faux nom ? Qu'est devenue sa femme ? Des questions auxquelles le mutisme de son concubin n'apporte pas de réponse.8 Les rapports du couple ne cessent plus dès lors de se dégrader. En 1921, Hazel quitte Ford en emmenant son fils avec elle. Elle se mettra brièvement en ménage avec un certain Osborne - qui mourra six mois plus tard - avant de se marier avec Clifford Evelsizer, avec lequel elle restera définitivement.9

Wallace Ford, de son côté se met à dériver vers le crime organisé. Le 16 janvier 1920, le 18ème amendement à la constitution des États Unis prend effet, interdisant la vente, la production, le transport, l'importation et l'exportation des boissons alcoolisées. C'est le début de la prohibition. Restaurateur, il intéresse forcement la pègre qui l'approche et lui propose de trafiquer de l'alcool. La perspective de gagner facilement de l'argent est trop tentante pour qu'il y résiste longtemps et bientôt, on sait dans le quartier qu'on peut se procurer à boire dans un restaurant de la troisième rue, au numéro 803. Le bruit finit inévitablement par parvenir jusqu'aux oreilles de la police. Le 20 Janvier 1926, un agent en civil se présente dans l'établissement de Wallace Ford pour y acheter du tord-boyaux. A la demande du policier, Fard téléphone pour passer commande de quatre litres de boisson prohibée. La preuve étant faite de ses activités clandestines, il est arrêté séance tenante.10

Ce premier avertissement n'est pas suffisant pour que le restaurateur mette un terme à ses activités illégales. Trois semaines plus tard, il est à nouveau arrêté par la police, mais cette fois ci pour une affaire autrement sérieuse. Car Wallace Ford ne se contente pas de vendre de l'alcool; c'est aussi un trafiquant de cocaïne et de morphine. Le 15 février, Howard Donaldson, un eurasien avec qui il s'est lié d'amitié, négocie avec un policier la vente d'une importante quantité de drogue pour 225 dollars et déclare imprudemment que la marchandise se trouve en possession du restaurateur.11 Les trois hommes se rencontrent pour conclure le marché. Tandis qu'ils discutent, Ford remarque soudain que le client potentiel porte sur lui des menottes et comprend qu'il s'agit en réalité un représentant de la loi.12 Il tente de faire marche arrière mais il est trop tard : les deux dealeurs sont arrêtés. Trois heures plus tard, trois agents perquisitionnent le 803 south third Street et découvrent une quantité importante de narcotiques, dont de la cocaïne, dissimulée dans du papier journal.13

Jugé une première fois le 04 mars 1926 pour une infraction au Woolwine Act - la loi californienne sur la prohibition- il est condamné à des peine de 1 dollars ou un jour de prison pour possession d'alcool et à 400 dollars ou 180 jours de prison en avoir vendu. Le 28 mai 1926, il est jugé une seconde fois, cette fois pour la possession d'héroïne et d'autres substances illicites, et il est condamné à quatre ans de prison.14 Ces années, Ford n'est pas obligé de les purger. Comme son complice, il pourrait bénéficier de la liberté sur parole mais son tempérament inflexible lui fait choisir une autre voie. Il veut, explique-t-il à Hazel Barton, purger l'intégralité de sa peine afin de pouvoir être véritablement un homme libre à sa sortie de prison.15 Lorsque les services pénitentiaires de la prison de Saint Quentin, en Californie, lui demande de préciser à nouveau ses origines, il se déclare de race blanche, mais originaire d'Hawaï, ayant pour parents Béatrice et Zared Ford.16

Des années que Wallace Ford passe derrière les barreaux, on ne sait rien. Un parenthèse s'ouvre à son arrivée à la prison de Saint Quentin et se ferme lorsqu'il en sort, le 27 mai 1929. Aussitôt, comme il a quitté l'Oregon pour la Californie pendant les années 1910, il décide de quitter la Californie pour recommencer sa vie ailleurs. Symbole de cette volonté de changement, il modifie légèrement son nom. Fred Dodd était devenu Wallace Ford, qui devient désormais Wallace Fard.

Dans un premier temps, Wallace Fard essaye d'être représentant de commerce. En démarcheur indépendant, il vend du matériel de petite chirurgie pour la Marcellens Chemical Compagny, à Chicago puis, ne parvenant pas à vivre correctement de cet emploi, il déménage à Detroit.17

Fard a un plan. Pendant son bref séjour à Chicago, il a découvert le Temple de la Science Maure d'Amérique,18 un culte anti-blanc qui s'est progressivement répandu dans plusieurs villes des États Unis. Depuis le début des années 20 , un gourou nommé Noble Drew Ali y enseigne que les Noirs sont les descendants de la tribu Nord-Africaine de Moabites et surtout, que ces Maures sont supérieurs aux Blancs. Il les incite à ne pas se considérer comme étant de couleur noire mais olivâtre. Il les encourage aussi à rejeter leur “nom d'esclave” - c'est à dire le patronyme qui a été attribué à leur ancêtre esclave par un propriétaire blanc - pour les transformer en «véritables noms » en y adjoignant les particules “El” ou “Bey”. A l'usage des adeptes du culte qu'il a fondé, il a rédigé son propre Coran qui mélange ses propres préceptes avec des extraits tirés du Coran traditionnel et de la Bible. Au milieu de 1929, le Temple de la Science Maure d'Amérique est en pleine débandade : des dissensions internes ont dégénéré en affrontements sanglants. Au cours d'une rixe sanglante entre factions, Noble Drew Ali est battu à mort par ses opposants.19

L'islam, s'il ne le pratique pas, n'est pas inconnu de Wallace Fard; pendant son enfance en Nouvelle-Zélande, son père Zared, un immigré originaire de la région où se situe l'actuel Pakistan, lui en a souvent parlé.20 Pendant son séjour à Chicago, il se renseigne sur les enseignements du Temple de la Science Maure d'Amérique et en pille littéralement les idées. L'ancien trafiquant de drogue sent qu'une place est à prendre et qu'il pourrait facilement gagner sa vie au dépend de la crédulité des Noirs. Devant l'abondance des prophètes noirs et la violence de leurs partisans, il juge plus prudent d'aller dans une autre ville. C'est ainsi qu'abandonnant son emploi de représentant, il s'installe à Détroit à l'automne 1929 et commence à en arpenter les rues dans un contexte social très particulier.

Pendant les années 1920, prés de 750 000 Noirs quittent le sud des États Unis en espérant trouver une vie meilleure dans les États du Nord et de l'Ouest. C'est le plus grand mouvement de migration intérieur de l'histoire de la nation américaine.21 L'exode est si massif qu'il provoque un changement rapide de la démographie des villes du Nord. Jusqu'en 1910 à Chicago, plus des deux tiers de la population noire vit dans des quartiers dont la majorité des résidents sont Blancs. De façon générale, les Noirs sont associés à la vie politique et sociale, certains étant élus dans des circonscription majoritairement blanches. L'arrivée massive des Noirs du Sud va changer la donne.

Peu éduqués, pauvres, différents des populations venues d'Europe, les Noirs issus du monde rural du Sud des États-Unis amènent avec eux alcoolisme, criminalité, délinquance et violence. Les Noirs du Nord, qui sentent que la venue des nouveaux arrivants est en train d'avoir un impact sur leurs relations avec les Blancs, expriment leurs ressentiments à travers leur presse communautaire et par une attitude hostile à l'égard des nouveaux venus.22 Bientôt, de grands quartiers noirs se forment. L'influence du milieu, qui avait permis à un nombre relativement limité de Noirs de s'intégrer harmonieusement à la vie sociale des villes du Nord, ne suffit à faire contrepoids à l'altérité des comportements des nouveaux venus. Les tensions raciales et la montée des problèmes sociaux et sécuritaires posés par cette vague d'immigration afro-américaine vont pousser les municipalités des villes du Nord - qui n'avait pas été confrontés, comme dans les états du Sud, aux problèmes inhérents à la cohabitation de grands groupes ethniques - à adopter des lois de ségrégation.23 Plus que ces lois de ségrégation, l'incapacité des migrants noirs à doter leurs communautés de structures économiques solides et autonomes - à la différence des Asiatiques ou des Juifs, par exemple - va les rendre particulièrement dépendants de l'économie de la population blanche. L'espoir de ces migrants venus s'installer “au pays du lait et du miel” de voir s'améliorer leur situation économique, ne tarde pas à faire place au ressentiment et à la rancoeur envers des Blancs, considérés comme des hypocrites et accusés de ne pas donner de travail à l'homme noir.

Reconverti en vendeur à domicile de manteaux et de soieries, celui qui s'est renommé Wallace Fard Muhammadil frappe aux portes des habitants du quartier noir de Paradise Valley. Après avoir gagné la confiance de ses hôtes, il pénètre dans les foyers noirs, évoque les pays mystérieux d'où sont originaires leurs ancêtres et, lorsqu'il sent un terrain propice, fait la promotion de sa vision particulière de la religion avec des arguments chocs: “La bible,” explique-t-il, “vous apprend que le soleil se lève et se couche. Ce n'est pas ainsi. Le soleil est immobile. Toute votre vie vous avez pensé que la terre ne bougeait pas. Mettez vous debout, regardez en direction du soleil et sachez que c'est la terre sur laquelle vous vous tenez qui bouge.” L'indigence intellectuelle de certains de ses interlocuteurs est telle qu'il n'en faut pas plus pour qu'ébahis par une telle révélation, ils se convertissent.24 Invité à partager le repas de ses hôtes, il leur explique, à la fin du repas, que la nourriture qu'on vient de lui offrir n'est pas bonne pour eux “Ne mangez pas cette nourriture. Pour vous c'est du poison. Les gens de votre pays n'en mangent pas. Comme ils mangent bien, ils sont toujours en parfaite santé.”25 Il les incite alors à la frugalité, à éviter la viande de porc et à ne prendre qu'un repas par jour.

Il est, dit-il pour se présenter, né à La Mecque le 25 février 1877 et, par la tribu de Quryash - ou Koreish - , il affirme être d'ascendance commune avec le prophète Mahomet. Il prétend être diplômé d'Oxford, en Angleterre et avoir finit ses études à l'université de Californie de Sud de Los Angeles afin de se préparer à une carrière diplomatique dans le Royaume du Hejaz.26 Retourné chez lui, il aurait décidé de quitter sa famille pour revenir aux États Unis et c'est alors qu'il a découvert son “oncle” d'Amérique - une allusion aux Noirs Américains - qui était perdu dans les jungles sauvages d'Amérique du Nord depuis quatre cents ans.27 Surtout, il est le Mahdi attendu 2000 ans après la naissance du Christ, ayant pris des traits caucasiens pour pouvoir se mélanger aux Blancs et découvrir le plan secret qu'ils veulent mettre en oeuvre pour l'extermination des Noirs.28 Sa mission, affirme-t-il enfin, commence symboliquement le 04 juillet 1930, date de l'indépendance des États Unis, qui doit devenir celle de l'indépendance du peuple Noir vis à vis des Blancs.29

En quelques mois, Wallace Fard parvient à convertir un nombre conséquent de personnes. Après avoir organisé pendant quelques temps des réunions chez l'un ou l'autre, il fonde en Novembre 1929 le Temple de l'Islam d'Allah où il organise régulièrement des offices religieux.30 Dans les mois qui suivent, l'effondrement boursier d'octobre 1929, qui provoque une grave crise économique, entraîne par effet de domino une misère généralisée au sein de la communauté afro-américaine. Avec une concurrence accrue sur le marché du travail, les Blancs vont également prendre une série de mesures pour protéger leurs emplois ou favoriser l'embauche des membres de leur communauté, au détriment des Noirs, dont la communauté n'a presque aucune autonomie économique.31 Ce climat économique et social contribue au succès croissant que rencontre le message anti-blanc propagé par Wallace Fard.

De nombreux Noirs se réunissent alors sous la bannière de l'Islam Noir. Beaucoup sont d'anciens adeptes du Temple de la Science Maure d'Amérique, d'autres, des migrants noirs du Sud. Parmis ces derniers se trouvent des sympathisants de l'Association Universelle Nègre d'Amélioration,32 un mouvement fondé par Marcus Garvey en 1914 en Jamaïque, qu'il avait importé aux Etats-Unis lorsqu'il y avait émigré. Extrêmement populaire parmi les Noirs - elle a compté une trentaine de branches en 1919 et a eu plusieurs centaines de milliers d'adhérents - cette association prônait le retour des Noirs en Afrique et affirmait que ceux-ci devaient être fiers de leur origine. En 1923, Marcus Garvey avait été poursuivi en justice pour escroquerie dans le cadre de la gestion d'une compagnie de bateaux à vapeur qu'il avait créé pour rapatrier les Noirs. Deux ans plus tard, il avait été incarcéré au pénitencier d'Atlanta avant d'être gracié par le président Coolidge, puis expulsé vers la Jamaïque.33 La débandade de l'association avait sonné le glas des espoirs de retour en Afrique des Noirs-américains, et celle d'une résolution saine des problèmes raciaux de l'Amérique.

Au printemps 1931, Wallace Fard fait une rencontre déterminante pour le futur de l'organisation qu'il a créé. Depuis quelques temps, Clara Poole, née Evans, fréquente le Temple de l'Islam d'Allah et elle décide un jour d'inviter le prophète à manger chez elle. Elle espère ainsi lui faire rencontrer son mari, Elijah et amener celui-ci à se convertir.34


Elijah Poole, dit Elijah Muhammad

Elijah Poole est l'exemple type du genre d'individu que Fard recrute sous la bannière du Temple de l'Islam d'Allah. Né en 1877 à Sanderville en Géorgie, il ignore le jour exacte de sa naissance. Enfant, il va quelques temps à l'école de cette petite ville, ne parvenant à assimiler que les rudiments de l'écriture et de la lecture. En 1919, il épouse Clara Evans à Cordele. Il travaille alors pendant quatre ans pour la Georgia and Southern Railroad, une compagnie ferroviaire à Macon, toujours en Géorgie. En 1923, comme des centaines de milliers d'autres Noirs, il émigre vers le Nord et s'installe à Detroit, dans le Michigan, où il occupe successivement plusieurs emplois jusqu'au début de la crise économique des années trente, à partir de laquelle ne trouvant plus de travail, il sombre dans l'apathie, l'oisiveté et l'alcoolisme.35 L'enseignement de Fard est une véritable révélation pour Elijah Poole. Il passe de la haine de soi à la haine envers les Blancs, pose la bouteille et commence à fréquenter assiduement la secte raciste.36

Pendant plusieurs mois, C'est quasi-quotidiennement que Wallace Fard est invité chez les Poole. Au contact du Gourou, Elijah et sa famille s'imprégnent du credo raciste de l'Islam Noir et apprennent tout de la vérité cachée sur l'origine de l'homme noir et la façon dont la race des Diables Blancs a été créée.37

A l'origine des temps, il n'y avait sur terre que le peuple originel, le peuple noir, qui était l'être suprême, Allah. Ce peuple originel habitait la meilleure partie de la terre. Il avait fondé la sainte ville de la Mecque, ainsi que celle de Jérusalem. Il y a près de 5 000 ans naquit à une trentaine de kilomètres de la Mecque un scientifique nommé Yacub. Sa naissance avait été prophétisée 8 400 ans plus tôt et il était dit qu'il créerait une race de diables. A l'âge de six ans, en observant des morceaux de métal, Yacub découvrit le magnétisme. Il déclara alors à son entourage que lorsqu'il serait suffisamment âgé pour cela, il créerait une race différente et lui enseignerait l'art de la tromperie. Cette race régnerait ensuite sur terre pendant 6 000 ans.

Pour mener à bien son projet, Yacub alla s'installer sur l'île de Pelan – mieux connue sous le nom d'île de Patmos. Yacub savait qu'il existait deux germes chez l'homme noir: le germe noir et le germe brun. Afin de pouvoir créer une nouvelle race, il édicta des lois de contrôles des naissances très strictes pour isoler le germe brun et le greffer jusqu'à ce qu'il devienne blanc. Toute infraction à ces lois par les médecins, les infirmières, les ministres où les crémateurs était punie de mort.

Il commença par s'assurer que ses partisans seraient de bons reproducteurs et de bonnes reproductrices, renvoyant tous les autres sans état d'âme. Les docteurs examinaient alors toutes les personnes souhaitant se marier. Si elles étaient sélectionnées, ils les envoyaient vers un ministre qui avait pour ordre de ne marier que des personnes dissemblables.

Ensuite venait la sélection des bébés. Les infirmières devaient tuer de façon systématique tous les enfants noirs, soit en les donnant à manger aux bêtes sauvage, soit en leur plantant une longue aiguille dans le cerveau. Dans ce second cas, elles devaient alors porter le corps à un crémateur, qui les incinérait. Les infirmières disaient ensuite aux mères que leur enfant était un ange, qu'il avait été emmené au Paradis et que lorsqu'elles mourraient, elles l'y retrouveraient. Si au contraire, l'enfant était brun, il était remis à sa mère, à qui on disait d'en prendre bien soin, de bien l'éduquer et qu'un jour, ce serait un grand homme.

Après avoir effectué ce processus pendant 600 ans, Le germe brun devint blanc et l'appauvrissement du sang originel l'affaiblit et le rendit malveillant. C'est ainsi que Yacub créa l'homme blanc. Et que l'homme blanc était le diable.

Très vite, les diables commencèrent à semer la zizanie au sein du peuple originel, mentant et poussant les uns et les autres à se battre entre eux. Les Noirs du peuple originel se rendirent compte qu'ils n'avaient d'autres solutions que d'exiler tous les membres de la race blanche, pour préserver l'Arabie et la sainte ville de la Mecque, racine de toute civilisation sur terre. Il y a 6 019 ans, le peuple originel dépouilla donc les diables blancs de tout ce qu'ils possédaient, sauf du langage. Il les fit marcher pendant 2 200 miles, jusqu'en Europe, où ils devinrent sauvages et se mirent à vivre dans des cavernes.

2 000 ans plus tard, Moïse vint civiliser le diable. Sa venue avait, elle aussi, été prophétisés par 23 scientifiques il y a 11 000 ans. Moïse était pour moitié un homme originel mais il eu du mal à civiliser le diable car celui-ci vivait comme une bête. Néanmoins, il lui enseigna comment bâtir sa maison et mener une vie digne.

Quelques siècles plus tard, Christophe Colomb, lui aussi pour moitié un homme originel, découvrit dans la partie pauvre de la terre l'Amérique, où vivaient les indiens, des hommes originels qui avaient été exilés d'Inde il y a 17 000 ans. Il y a 379 ans, un trafiquant d'esclaves se rendit à La Mecque. Il y rencontra des membres du peuple originel et il les entraîna jusque dans les jungles sauvages d'Amérique, où il les abandonna. Le diable a ensuite délibérément maintenu les membres du peuple originel d'Amérique du Nord dans l'ignorance. Le diable, en effet, craignait d'être chassé si on découvrait à quel point il était crasseux. Il s'est ensuite emparé du nom de Jésus – qui était un homme originel - pour tromper les "perdus et retrouvés" et leur faire croire à sa religion - le Christianisme – et à un dieu mystérieux. En inventant ce dieu, les diables blancs voulaient maintenir en esclavage la majorité des Noirs en leur faisant adorer un être invisible qui n'existe pas. En réalité, après l'avoir prié pendant 379 ans en espérant en obtenir une maison et des vêtements, les perdus et retrouvés n'en avaient reçu que des épreuves : la faim, la pauvreté et des brutalités commises par ceux qui en faisaient l'apologie. L'heure de la libération de l'homme noir perdu et retrouvé dans les jungles d'Amérique du Nord approchait néanmoins car la date d'expiration de la civilisation du diable était arrivée à son terme en 1914. 38

La véracité de cette histoire, explique alors Fard aux Poole, est reconnue par les diables eux-mêmes qui, dans leur journaux et leur magazines, reconnaissent que leurs ancêtres ont été des hommes des cavernes. Puis Fard continuait l'histoire et expliquait que les Noirs-américains appartiennent à la tribu de Shabazz, enlevée à La Mecque 379 ans plus tôt. Lui, Wallace Fard, le prophète, venait les sauver et les aider à renouer avec leur passé, leur véritable peuple et leurs coutumes.39

Cette révélation des origines cachées des Noirs et des diables blancs d'Amérique enthousiasme Elijah. Il contacte ses proches, tente par tous les moyens de convertir sa famille et se met à fréquenter assidûment le Temple de l'Islam d'Allah, devenant un des plus fidèles disciples de Fard. Ils sont, comme lui, parfois jusqu'à sept cent à se presser aux offices religieux dans le temple de Hastings Street, où la secte a élu domicile.40 Le prophète ne tarde pas à confier à son disciple des responsabilités au sein de l'organisation, l'autorisant à prêcher l'islam Noir à Paradise Valley avant de le promouvoir, en Août 1932, au rang de grand prêtre de la secte raciste et de le renommer Elijah Karriem.41

Ce changement de nom est un des symboles les plus importants de l'Islam Noir. Il s'agit, pour les adeptes du Temple de l'Islam d'Allah, de renoncer à leur “nom d'esclave”. Tant qu'ils ne se sont pas vu ré-attribuer leur “véritable” nom, les membres du cultes substituent à leur noms de famille un X, symbole de l'ignorance de leur patronyme originel. Si deux personnes portent le même prénom, la seconde des deux qui adopte un X y ajoute le chiffre 2, et ainsi de suite.42 Le Prophète se charge, bien sur, de révéler leur patronyme originel à ses adeptes pour la somme, assez considérable à l'époque, de dix dollars. L'attribution des patronymes donne parfois lieu à de curieuses révélations, dont la crédulité des adeptes n'est pas la moindre : Fard attribue à Elijah Poole et deux de ses frères trois patronymes différents - Sharrieff, Karriem et Muhammad - leur expliquant avoir eut la révélation divine que leur mère les a conçu, à l'insu de tous, de trois pères différents...43

Avec la nomination de responsables au sein de son mouvement, Fard va pouvoir régler quelques affaires privées qui peuvent, potentiellement, nuire à ses activités à Détroit. Son physique ambivalent suscite parfois des interrogations chez ses partisans. Il craint qu'on ne découvre qu'il a épouse une femme blanche et qu'il en a eu, de surcroît, un enfant. Jusqu'alors, il n'a jamais totalement coupé les ponts avec Hazel Barton qui lui écrit occasionnellement en poste restante pour lui réclamer une participation financière à l'éducation de son fils. Il sent qu'il faut, désormais, mettre un terme à ce qui reste de sa relation avec la jeune femme et le garçon. Il fait un bref voyage en Californie pour aller les voir et, face aux questions d'Hazel, il se montre, comme à son habitude, peu loquace. Tout au plus lui décrit-il son nouveau mode de vie, avec la prise d'un seul repas par jour, un détail qui marquera Hazel. Il lui raconte ensuite qu'il a décidé de rentrer en Nouvelle-Zélande puis, après avoir passé quelques jours à Los Angeles, il monte dans son coupé Ford et repart pour Détroit où il va se consacrer avec énergie à l'organisation du Temple de l'Islam D'Allah.44

Le mouvement de Fard va attirer pour la première fois l'attention de la presse de Détroit et de la police pendant l'automne 1932 avec un assassinat qui va lui valoir d'être qualifié de «culte Vaudou».45 Depuis quelques temps déjà, Wallace Fard, dans ses enseignements – les leçons de la nation perdue et retrouvée de l'islam - fait des allusions explicites à la pratique du sacrifice humain dont les victimes propitiatoires doivent être soit des Blancs, soit des Noirs loyaux au gouvernement des États Unis plutôt qu'envers la secte. Ainsi est-il requis de chaque adepte de réciter que “Chaque fils de l'islam doit remporter une victoire sur le diable. Quatre victoire et le fils obtiendra sa récompense”. Le catéchisme de la secte, qui consiste en une longue succession de questions et de réponses que les convertis doivent apprendre par coeur est explicite sur ce point :

Question 10: Pourquoi Mahomet et tout musulman assassine-t-il le diable? Quel est le devoir de chaque musulman concernant les quatre diables? Quel récompense reçoit un musulman qui présente quatre diable en une fois?
Réponse – Parce qu'il est méchant à 100 %. Ses manières et ses actes sont ceux d'un serpent du type greffé. Alors Mahomet a appris que ne pouvant corriger les diables, ils devaient être assassinés. Tout musulman assassine le diable parce qu'ils savent qu'il est un serpent et aussi parce que s'il était autorisé à vivre, il mangerait quelqu'un d'autre. Chaque musulman doit apporter quatre diables, et en apportant et en présentant quatre diable à la fois, sa récompense est un badge sur le revers de son veston, et également un voyage gratuit dans la sainte ville de La Mecque pour voir le frère Mahomet.”
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Le 20 novembre 1932, convaincu qu'il est prédestiné depuis 1500 ans à offrir la v ie d'un être humain en sacrifice à ses dieux, Robert Harris, un adepte de la secte, décide de passer à l'acte. Après avoir confectionné à l'arrière de sa maison un autel de fortune avec une caisse, il se met en quête de Gladys Smith, une jeune travailleuse sociale blanche qui lui a coupé les aides sociales quelques temps plus tôt. Ne parvenant pas à la trouver, il se rabat sur un voisin noir, James J. Smith, qu'il considère comme un incroyant. Commence alors, devant une douzaine de témoins, une macabre mise en scène inspirée par un magazine qu'il a lu quelques temps plus tôt. Tandis que ses enfants, âgés respectivement de 9 et 12 ans, le supplient de ne pas tuer Smith, Robert Harris et sa femme, Glenda, enfilent des vêtements cérémoniaux. Celui qui se décrit comme « le roi de l'Islam » calme ensuite la victime propitiatoire en lui défonçant le crâne d'un coup de barre de fer - un morceau d'essieu d'automobile - avant de la traîner sur l'Autel et de l'achever en lui plongeant une lame de vingt centimètre dans le coeur.47

Lorsque Robert Harris est arrêté par la police, il déclare aux enquêteurs qu'il avait également l'intention d'assassiner deux juges de Détroit, Arthur E. Gordon et Edward J. Jeffries et «de tuer beaucoups de Chrétiens». Il leur explique ensuite appartenir à l' «Ordre de l'Islam» un culte qui regrouperait une centaine d'individus.48 Aussitôt, les autorités décident d'enquêter sur le culte. Sur les indications d'Harris, ils perquisitionnent les locaux de la secte des musulmans noirs. Ils y saisissent des ouvrages religieux et découvrent que ceux-ci incitent les adeptes à «tuer des diables». En interrogeant certains adeptes, ils apprennent que ceux qui en révèlent les secrets encourent la peine de mort. Ils interpellent aussi Ugan Ali, un homme qui se présente comme «le Dieu de la Nation Asiatique».49 Ali les informe aussi qu'il n'est en réalité que le lieutenant de Wallace Fard, le fondateur du culte.50

Quatre jours après le meurtre de James Smith, Harris passe en jugement : prés de 500 musulmans noirs se rassemblent au tribunal. On craint un temps des débordements mais Harris, qui plaide coupable, est finalement ramené en cellule dans l'attente d'une expertise psychiatrique, sans qu'il y ait eu d'incident.51 Une commission composée de trois médecins le fera interner en hôpital psychiatrique le 7 décembre suivant.52

Entre temps, la police n'a pas relâché la pression sur la secte et ses dirigeants. Après Ugan Ali, elle elle a arrêté Wallace Fard. Quelques soient les arguments utilisés par les autorités, ceux-ci doivent être particulièrement convainquant car Fard accepte de quitter la ville. Ugan Ali, de son côté, promet de démanteler le culte.53 Le 7 décembre 1932, Fard se voit signifier une interdiction de séjour à Detroit et il est mis dans un train en partance pour Chicago.54 Le prophète laisse derrière lui une secte qui compte 8000 adeptes dans la seule ville de Détroit.55 Certains d'entre eux affirmeront plus tard qu'à l'époque, 25 000 personnes sont inscrites dans les registres du Temple de l'Islam d'Allah.56

L'exil de Fard ne dure pas très longtemps, dès janvier 1933, le prêcheur de haine noire rentre secrètement à Detroit et reprend discrètement ses activités. Elijah Poole – que Fard a renommé entre temps Elijah Muhammad - rouvre l'école du Temple de l'Islam d'Allah sous le nom d'Université de l'Islam et, pour tromper la surveillance policière, il rebaptise le culte, désormais désigné sous le nom sous lequel il sera plus connu: la “Nation de l'Islam”.57

Pendant son séjour, il jette les bases des structures qui vont assurer la pérennité du culte. Il cré le "Fruit de l'Islam", une milice à laquelle doivent obligatoirement s'inscrire tous les hommes de la Nation de l'Islam.58 Ses responsables se voient attribués des grades calqués sur ceux de l'armée, on y apprend les sports de combat et le maniement des armes à feu. Les femmes, elles, sont regroupées dans le programme d' "Entrainement des Femmes Musulmanes" ou dans des "classes de civilisation générale" pendant lesquelles on leur apprend la propreté et la cuisine.59 Les enfants, quant à eux, sont endoctrinés dans l' "Université de l'Islam". On y enseigne les croyances millénaristes de la secte et "notre propre connaissance" plutôt que la civilisation des diables blancs.60

Fard dote la secte de son propre drapeau, orné d'un croissant de lune et d'une étoile. Celui ci est affiché dans les temples entouré des Initiales des mots "Liberté, Justice, Egalité et Islam".61 Le gourou demande à ses adeptes d'y prêter allégeance, une exigence qui va causer un schisme dans la secte et le départ d'un Adepte, Abdul Muhammad, qui créra son propre culte des musulmans noirs qui demeureront, eux, fidèles à la constitution des Etats-Unis.62

Le 25 mai 1933, la police de Detroit, qui a eu vent de présence de Fard en ville, arrête à nouveau celui qu'elle considère comme le «chef des Vaudous» à l'Hotel Fraymore.63 Le prophète de la Nation de l'islam se pose cette fois là en martyr et, ne manquant pas d'à propos, déclare avoir 33 ans, comme le Christ lors de sa crucifixion. Il déclare aussi être Blanc et de nationalité Arabe.64 Aux policiers qui l'interrogent, il déclare que ses enseignements sont une pure escroquerie et qu'il en tire tout l'argent qu'il peut.65 Ni la première affirmation, ni la seconde ne lui valent la sympathie des autorités et il est à nouveau mis dans un train en partance pour l'Illinois.

Arrivé à Chicago, fidèle à ses habitudes de prosélyte de la haine anti-blanc il se met à prêcher aux carrefour de la ville, il est à nouveau arrêté pour trouble de l'ordre public le 26 septembre 1933. Lorsqu'on lui demande de décliner son état civil, il se présente sous le nom de Wallace Dodd Ford et se dit âgé de quarante ans. Il se décrit comme étant de race noire. Il est relâché quelques jours plus tard.66

Tandis que Fard peine à organiser un mouvement à Chicago, la police de Detroit ne relâche pas la pression sur les musulmans noirs, bien décidé de débarrasser la ville de ce qu'elle considère comme une menace pour l'ordre public et la sécurité des personnes. Au printemps 1934, les responsables des écoles publiques de la ville commencent à s'inquiéter d'une diminution alarmante du nombre d'élèves noirs. Le lundi 16 avril, les policiers perquisitionnent les locaux de l'Université de l'Islam. Ils découvrent que près de 400 enfants y sont inscrits et mettent en détention plusieurs de ses enseignants, qui sont accusés, entre autres, d'inciter les mineurs à la délinquance. L'affaire dégénère en émeute le mercredi 18 janvier lorsque, croyant que le procès des enseignants va s'y dérouler, 500 musulmans noirs passablement échauffés se rassemblent devant le quartier général de la police de Détroit. Le rassemblement bascule dans la violence lorsqu'un des responsables de la secte se met à hurler «Choppez les flics !» Aussitôt une bagarre à coups de poings éclate entre policiers et émeutiers. Dans la mêlée, 6 agents sont sérieusement blessés et des dizaines d'autres personnes, plus ou moins légèrement.67

Les efforts de la police de Détroit, auxquels s'additionnent des dissensions internes qui éclatent au sein du culte en l'absence de son dirigeant, finissent par porter leurs fruits. En septembre 1934, Elijah Muhammad monte à son tour dans un train pour Chicago et part rejoindre Wallace Fard.68 Le disciple du prophète, qui a dirigé seul pendant plusieurs mois la Nation de l'islam, a pris goût aux honneurs et au prestige que lui confère sa position. Difficile, alors, de retourner vivre à l'ombre d'un mentor. Dans les semaines qui suivent les retrouvailles des deux hommes dans la capitale de l'Illinois, Wallace Fard disparaît mystérieusement. Agissant dès lors avec l'apparente certitude que nul ne reverra jamais vivant le fondateur de la Nation de l'islam, Elijah apporte quelques modifications au credo du Culte. Il affirme que Wallace Fard était l'incarnation d'Allah, que le gourou est reparti pour la Mecque après avoir révélé ce secret à Elijah, dont il a décidé de faire son prophète. Iznogood est devenu calife à la place du calife.

 
     
 
 
 
 
 
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Au nom d'Allah, l'histoire de la Nation de l'Islam
 
 
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Au nom d'Allah!
 
     
  L'histoire des musulmans noirs d'amérique et de la Nation de l'Islam, une secte anti- blanc  
   
   
 
- Ch 1 : Et Allah vint à Détroit
**** notes du chapitre 01
 
  - Ch 2 : Armageddon, Armageddon  
  - Ch 3 : Prêcheurs de la haine noire  
  - Ch 4 : Inch Allah!  
  - Ch 5 : Les Zebra Killings  
  - Ch 6 : Renaissance  
  - Ch 7 : cure miracle et rap raciste  
  - Ch 8 : En Marche  
  - Ch 9 : Marcheurs, tueurs et dynamite  
  - Ch 10 : La Galaxie Kémite  
  - Conclusion  
  - Anx 1 : Tueurs sous influence  
  - Anx 2 : Les Juifs Noirs de Ben Yahweh  
  - Anx 3 : un sillage de sang  
  - Anx 4 : Mises à jour  
  - Bibliographie  
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