Chapitre 03 : Prêcheurs de la haine noire  
     
 

Les réunions et les conventions de la Nation de l'islam se déroulent toujours selon un cérémonial bien précis. À l'entrée, un service d'ordre composé d'hommes en costumes impeccables, arborant un petit noeud papillon, filtrent les nouveaux arrivants et les fouillent avant qu'ils puissent pénétrer dans le bâtiment où se tient la réunion. Les armes, couteaux ou revolvers, trouvées sur les uns et les autres sont temporairement confisquées et consignées dans un vestiaire pour être rendues à leurs propriétaires à la sortie. L'effet que produisent les miliciens du Fruit de l'Islam est immédiat: ils intimident d'abord mais surtout, leur caractère discipliné tranche avec le comportement plus dissolu qui est de mise dans les quartiers noirs et auxquels sont accoutumés un bon nombre nouveaux venus. Il est encore amplifié lorsque certains reconnaissent, métamorphosés en cerbères de la secte, d'anciens drogués ou des compagnons de beuverie avec qui ils ont traînés dans les rues.160

A l'intérieur de la salle, hommes et femmes sont séparés. Le long des murs, des miliciens encadrent l'assistance. Un prêcheur de la Nation de l'Islam commence à chauffer la foule, à préparer le terrain pour celui qui sera l'orateur principal. Lorsque ce dernier entame sa prédication, imitant une pratique courante dans les églises noires, les membres de la Nation de l'islam ponctuent ses diatribes d'acquiescements bruyants, d'onomatopées approbatives, d'encouragements tandis qu'il décline les thèmes racistes de l'exploitation des frères par les Blancs, des 400 ans d'oppression de l'homme noir par l'esclavagiste blanc, de la grand mère violée par le planteur blanc ou du commerçant blanc qui vend de l'alcool aux frères. Le discours de la Nation de l'islam consiste en grande partie à montrer du doigt, sans complaisance, toutes les tares de la communauté noire mais à en dédouaner celle-ci en attribuant leurs causes à la malveillance innée des diables blancs.


Louis Wallcott dit Louis Farrakhan

Il y a de la méthode dans ces réunions destinées à recruter des adeptes. Les membres du Fruit de l'islam scrutent le visage des invités pour déceler aux réactions des uns et des autres ceux qui sont les plus réceptifs au discours du ministre, qui seront approchés par la suite. Le prêcheur lui-même est informé à l'avance de qui est qui dans la foule. Cette technique donne parfois de bons résultats. En 1955, à la convention de la Nation de l'islam à Chicago, Elijah Muhammad est avertit de la présence dans la salle de Louis Eugène Walcott. L'homme se distingue des autres auditeurs parce qu'il a fait des études universitaires, ce qui n'est le cas, à l'époque, que de cinq pour cent des Afro-américains. La Nation de l'Islam, qui cherche à recruter des personnes compétentes, voit en lui un homme de talent qu'elle gagnerait à faire entrer dans ses rangs.

Chanteur de Calypso qui se produit sur scène non loin de là, Louis Eugène Walcott dit “Le Charmeur” est venu un peu par hasard à la convention alors qu'il éprouvait des réticences vis à vis de la Nation de l'islam à cause de sa réputation haineuse. C'est Rodney Smith, un vieil ami récemment converti qui l'a décidé à venir. Walcott est peu impressionné par la prestation d'Elijah Muhammad; le petit homme, qui exprime la philosophie qu'il a hérité de Wallace Fard d'une voix faible, hésitante, en un phrasé trébuchant est un piètre orateur. Il en est parfaitement conscient et sait, à l'occasion, en jouer. Pendant son discours, le Messager d'Allah se tourne soudain vers Walcott, le fixe intensément à travers la foule et lui déclare:

“Frère, ne fais pas attention à la façon dont je parle, fais attention à ce que je dis. Je n'ai pas eu la chance d'aller dans les bonnes écoles de l'homme blanc parce que lorsque j'ai essayé, les portes étaient fermées mais si tu prend ce que je dis et l'arrange avec la belle façon dont tu sais parler, tu peux m'aider à sauver notre peuple.”

Le chanteur de Calypso est totalement bluffé par cet apparent miracle; il est persuadé qu'Elijah Muhammad a lu dans ses pensées ! Le jour même, Lui et sa femme rejoignent les rangs de la Nation de l'islam Il ne s'y impliquera vraiment que quelques mois plus tard, après avoir entendu Malcolm X à Boston.161 Abandonnant son nom d'esclave, il deviendra connu sous le nom de Louis X d'abord, puis sous celui de Louis Farrakhan .

Si Elijah Muhammad dirige la Nation de l'Islam, c'est surtout à la personnalité et au charisme de Malcolm X que la secte albophobe doit son succès. Infatigable, l'homme sillonne les États-Unis, multiplie les prêches, sème les bases de nouvelles congrégations dans toute la nation américaine. Sa méthode est simple : partir d'un fait divers plus ou moins sordide pour démontrer la malveillance des diables blancs, dépeindre les dirigeants plus établis de la communauté noire comme des oncles toms – des collaborateurs des Blancs – pour présenter ensuite la secte comme la seule organisation capable de défendre les intérêts des Noirs. Enfin faire la promotion de la théologie haineuse des musulmans noirs comme alternative au christianisme, religion de l'homme blanc. Grâce à Malcolm X, entre 1955 et 1960, la Nation de l'islam connaît un essor important: le nombre de temples de la secte passe de 13 à 30, auxquels viennent s'ajouter une trentaine de lieux de culte ou de réunions auxquels n'ont pas encore été attribués des numéros.162

Le message de la secte albophobe est diffusé par la presse noire. Le New York Amsterdam News, le New Jersey Herald News, le Saint Louis Argus ou encore le mensuel Ebony publient occasionnellement des articles écrits des membres de la secte. Entre juin 1956 et Août 1959, Le Pittsburg Courrier, un hebdomadaire qui tire à 180 000 exemplaires, publie un éditorial intitulé “Mr. Muhammad speaks”. De ce nombre, près d'une centaine de milliers sont vendus par les membres de la Nation de l'islam, en échange de quoi, non seulement l'hebdomadaire publie la Rubrique de Muhammad, mais la secte touche aussi une commission sur les ventes de journaux. Après que la direction du journal ait refusé d'accorder cette commission, la Nation de l'islam se rabat sur un autre hebdomadaire, le Los Angeles Herald Dispatch, qui tire à 30 000 exemplaire et dont les éditeurs sont des adeptes du culte.163 Malcolm X y écrit un éditorial intitulé “les hommes en colère de Dieu” dans laquelle il déverse sa haine des Blancs. Faisant allusion à Elijah Muhammad, il décrit les qualités du Moïse moderne qui viendrait sauver le peuple noir, un homme qui n'apprendrait pas aux Noirs à

“aimer leur ennemis (la race blanche malveillante qui les a réduit en esclavage) mais il demanderait à NOTRE DIEU, le DIEU de nos aïeux, de détruire la race blanche malveillante et l'empire esclavagiste avec des épidémies de cancer, de polio, de maladies cardiaques de désastres aériens, automobiles ou ferroviaires... Des inondations, des sécheresses, des tremblements de terre, des tornades et des OURAGANS.” 164

il y a annonce aussi le jugement imminent de la race blanche:

“Le Dieu tout puissant Allah a révélé au MESSAGER ELIJAH MUHAMMAD qu'il n'y a pas d'enfer sous terre dans lequel nous irons après notre mort, mais que l'enfer de l'homme Noir s'est trouvé juste ici sur cette terre où se trouve la race blanche malveillante... Cette malveillante race blanche [...] de diables, qui ont prouvé par leur OEUVRES historiques et actuelles que leur véritable nature est de MENTIR, TRICHER, VOLER, TROMPER, HAIR et ASSASSINER l'humanité noire... Mais aujourd'hui, le dieu tout puissant ALLAH est ici pour juger cette malveillante race blanche de diables pour toutes leurs mauvaises ACTIONS contre l'humanité noire. Ils vont recevoir du COMPTABLE DIVIN la monnaie de leur pièce pour tout ce qu'ils ont fait pendant les 6000 ans qu'ils ont été autorisés à vivre sur la planète Terre. Le dieu tout puissant ALLAH a déclaré qu'il va LUI-MEME ôter cette malveillante race de diables de la terre (rev 19:17-21), et alors nous auront paix sur terre et bonne volonté au sein de toute l'humanité noire.... Une vrai fraternité (Rev. 21:3-8). LE PARADIS DE L'HOMME NOIR EST L'ENFER DE L'HOMME BLANC.”165

A la fin des années 50, si les prêcheurs de la Nation de l'islam cessent progressivement d'évoquer la venue imminente de l'Armée Asiatique d'Allah, ils ajoutent à leurs diatribes habituelles contre les diables Blancs un couplet sur les Juifs. Le 2 janvier 1958, Malcolm X écrit dans sa chronique du Los Angeles Herald Dispatch que :

“La plupart des Blancs aux noms Juifs, et particulièrement la classe professionnelle, sont toujours INTERESSES par la communauté soit-disant “nègre” Mais quelle est la nature de leurs véritables INTERETS ? Ils nous tapent sur l'épaule, nous sourient par devant et comme des vampires, ils sucent le sang de vie de notre communauté grâce à leurs INTERETS. Notre communauté est une MINE D'OR pour eux.” 166

En 1959, lorsqu'on lui demande pendant une réunion de la Nation de l'islam si les Juifs sont des membres de la race blanche, Malcolm X répond que le Juif:

“est un des pires des diables. Il fait plus pour tirer avantage des soit-disant Nègres que tous les autres et cependant se fait passer pour un ami des Noirs. Il possède des commerces dans les secteurs noirs des grandes villes, verse de bas salaires et impose des prix élevés. Le Juif est plus intelligent que la moyenne des hommes blancs et a des postes dans tous les gouvernements.”167

La force du discours anti-Juif de Malcolm X vient du fait qu'il extrapole souvent à partir d'un vécu personnel qu'il partage avec beaucoup d'autres Noirs. Celui qui s'est parfois joint à d'autres afro-américains pour pourchasser et brutaliser les Juifs ou des Irlandais dans les rues de Roxbury, le quartier noir de Boston, a souvent été à la fois leur client et leur employé.168 Arrivé à Roxbury au début des années 40, un de ses premiers achats a été un costume à la mode payé à crédit à un tailleur Juif.169 Il a aussi été garçon de comptoir au Townsend Drugstore, un limonadier très fréquenté par la jeunesse noire dont les propriétaires étaient Juifs.170 Un de ses autres employeurs juifs s'appelait Hymie; c'était un trafiquant d'alcool pour qui il avait travaillé en 1945.171 Ce dernier l'entretenait souvent des problèmes des Noirs et des Juifs mais le jeune homme avait été profondément marqué par la haine viscérale de son patron pour ceux des membres de sa communauté qui dissimulaient leurs origines, lui révélant l'appartenance insoupçonnée à la communauté juive de certaines personnalités en vue.172

Le discours anti-Juif qui prospère dans la communauté noire et que relaye la Nation de l'islam est une variante du racisme anti-blanc qui s'explique en partie par la cohabitation des deux communautés dans les quartiers défavorisés. Arrivés massivement d'Europe de l'Est au début du 20ème siècle, les Juifs, à partir des Années 30 et 40, ont commencé à quitter les quartiers défavorisés où ils s'étaient installés, cédant la place aux migrants Noirs venus du Sud des États-Unis. Devenus progressivement propriétaires des logements et des commerces de ces quartiers, ce sont ces membres de la communauté juive qui symbolisent, pour les nouveaux arrivants, tout à la fois l'employeur, le bailleur et le marchand blanc. Cette cristallisation du discours anti-Juif de la Nation de l'islam puise aussi ses racines dans d'autres facteurs.

A partir des années 1950 et dans le courant des années 1960, l'ordre social américain est bouleversé par la montée en puissance du mouvement dit, “des droits civiques”, qui va se traduire par la remise en cause et la destruction progressive des valeurs et de la culture héritées des racines européennes de la population des États Unis. A ce profond mouvement de société s'ajoute, dans le Sud-Est des États-Unis, un fort militantisme visant à mettre un terme à la ségrégation raciale qui est la norme dans la plupart des anciens états confédérés. Pour les nationalistes noirs – et particulièrement ceux de la Nation de l'islam - le Mouvement des droits civiques et l'activisme politique en faveur de l'intégration est un compétiteur direct dans l'arène politique. Il est d'autant plus suspect que les Juifs - donc des Blancs - y sont extrêmement présents et en forment l'ossature. Ceux-ci comptent en effet pour trois-quarts des donateurs aux organisations noires qui y sont liées. La moitié des avocats qui s'y impliquent sont issus de la communauté juive et deux tiers des Blancs qui se joignent à la campagne des libertés, en 1964, sont des Juifs.173

Cet antagonisme se conjugue également avec un conflit de classe au sein même de la communauté noire, dont une des organisations phares du Mouvement des Droits Civiques, l' Association Nationale pour l'Avancement des Gens de Couleur (NAACP), est emblématique.174 En mai 1910, ses fondateurs, à l'exception William Edward Burghard Du Bois, un métisse, étaient des Blancs.175 D'autre part, la plupart des Noirs issus des milieux les plus modestes de la communauté afro-américain considéraient, avant guerre, cette association comme le repère d'une bourgoisie noire avec lesquels ils se sentaient peu de points communs. Jusque dans les années 50, l'influence du NAACP – qui a toujours milité pour l'intégration - était minime si on la compare à celle de l'organisation de Marcus Garvey, dont le discours de retour vers l'Afrique était le plus populaire parmi les Noirs - particulièrement dans les milieux défavorisés. Le fait qu'une organisation déclarant militer dans l'intérêt des Noirs soit dirigée par des Juifs - Arthur Spingarn, dans les années 1950 puis Kivie Kaplan – constitue un anathème de plus pour les dirigeants de la secte anti-blanc.176

Si les critiques antisémites des prêcheurs de la Nation de l'Islam se font plus stridentes, c'est aussi parce qu'elles leur permettent de se démarquer des associations impliquées dans le Mouvement des Droits civiques. Jusqu'aux années cinquante, le nationalisme noir n'était pas en concurrence avec des organisations comme l'Association Nationale pour l'Avancement des Gens de Couleurs et faisait jeu égal avec elles. Avec l'apport massif de moyens financiers par les donateurs juifs, cette lutte d'influence s'exacerbe lorsque les integrationnistes prennent l'ascendant politique. En s'emparant du discours anti-blanc qui consiste à faire du racisme et de la malveillance réelle ou supposé de l'homme blanc l'unique explication acceptable des difficultés des populations noires, puis en le banalisant et en le normalisant, le mouvement des droits civiques prive le nationalisme noir d'un de ses principaux thèmes. Jouer la surenchère antisémite et critiquer les Juifs, seuls Blancs que le Mouvement des Droits Civiques ne met jamais en cause parce qu'ils en sont les bailleurs de fonds, c'est rester politiquement identifiable et se rapproprier le thème du racisme anti-blanc, par rapport à un courant qui partage, sur le fond, les mêmes idées.

En réaction au Mouvement des Droits Civiques, les musulmans noirs adoptent également une stratégie plus pragmatique. N'espérant plus voir le vaisseau mère débarrasser la surface de la terre des Blancs et ne militant plus pour un retour en Afrique, Ils prônent désormais le séparatisme racial et l'établissement du État Noir en Amérique du Nord.

Promouvoir le séparatisme permet à la Nation Of Islam de proposer une option crédible à la ségrégation raciale et à l'intégrationnisme: quelques années plus tôt, deux pays - le Pakistan, officiellement séparé de l'inde en Aôut 1947 puis Israël en Mai 1948 - sont nés de ce choix politique.

“Nous devons avoir une partie de la terre pour répondre au besoin de notre peuple” écrit Elijah Muhammad en faisant aussi allusion aux organisations des droits civiques et à Martin Luther King “[...] C'est le bon moment pour que nous cherchions la séparation et l'indépendance pour notre nation vis à vis des maux de ceux qui sont ouvertement nos ennemis et non les imbécillités des autres organisations. Ils veulent que notre peuple s'intègre au sein de ceux qui sont ouvertement nos ennemis pour être détruit en temps que peuple [...] Il est beaucoup plus important d'enseigner la séparation des Noirs et des Blancs aux États Unis que la prière.”177

Elijah Muhammad inscrit cet idéal séparatiste dans une vision plus large du monde en l'associant au mouvement de décolonisation en train de s'opérer en Afrique.

“Les peuples Noirs sur toute la terre cherchent l'indépendance pour eux même, pas l'intégration au sein de la société blanche. De quoi avons nous l'air en essayant de nous intégrer avec nos ennemis de 400 ans ?” 178

Enfin, pour le gourou de la Nation de l'islam

“L'intégration signifie l'autodestruction, et les moyens pour parvenir à cette fin sont exactement ceux-là: La mort et rien de moins.” 179

Souvent, les prédicateurs de la Nation de l'Islam critiquent de vive voix le sionisme, une position qui peut sembler contradictoire à première vue puisqu'ils citent parfois Israël en exemple.180 Cette contradiction s'explique par la dénonciation d'une attitude qui consiste, de la part des radicaux juifs qui militent pour l'intégration, à priver les Noirs d'une option politique qu'ils estiment par ailleurs légitime dans le cas d'Israël. Cette hostilité à l'intégrationnisme teintée d'antisémitisme et d'anti-sionisme crée un terrain favorable sur lequel va se bâtir une alliance entre la Nation de l'Islam et un monde intellectuel et politique musulman pour qui les enseignements du prophète américain sont pourtant un anathème.

En quête de reconnaissance et entousiasmé par le mouvement de décolonisation qui marque, pour Elijah Muhammad, le début de la fin des diables blancs, la Nation de l'Islam commence à tisser des liens avec les communautés de différents pays du monde musulman. Il contacte Abdul Basit Naheem, un journaliste pakistanais résidant à Brooklyn qui, en mai 1957, publie un livret sur le monde musulman et les États-Unis. La présentation de la convention annuelle de la Nation de l'Islam y occupe une place centrale. Quelques semaines plus tard, en juillet 1957, Lors d'une de ses visites aux Etats-Unis, Malcolm X rencontre Achmed Sukarno, le président de l'Indonésie, le plus grand pays musulman du monde.181

En 1958, les contacts entre la Nation de l'islam et les représentants et les dirigeants du monde musulmans se multiplient. Au début de l'année, Elijah Muhammad reçoit un courrier de Gamal Abdel Nasser, alors président de la République Arabe d'Egypte, le remerciant des voeux qu'il lui lui a fait parvenir.182 En mars 1958, Malcolm X est invité en Californie par l'Association des Etudiants Pakistanais à une célébration du troisième anniversaire de la naissance du Pakistan . Il y rencontre le président de l'Association, Mohammad Afzal Ul-haq Faruqui.183 En avril, la Nation de l'Islam tient une conférence sur le même thème à Los Angeles à laquelle assiste plusieurs représentants du gouvernement pakistanais ainsi que Mohammed Medhi, le chef du Centre d'Information Arabe.184 A l'automne, c'est le roi Saoud d'Arabie en personne qui invite Malcolm X à lui rendre visite à l'hôtel Waldolf Astoria, à New York, où les deux hommes se rencontrent et s'entretiennent longuement.185

En 1959, les liens entre les représentants de la Nation de l'Islam et le monde musulman prennent un tournant décisif lorsque Nasser invite officiellement Elijah Muhammad à se rendre en Égypte puis à participer au pèlerinage à la Mecque. Les autorités américaines, que la possibilité d'une telle rencontre inquiète au plus haut point, vont tout faire pour empêcher le prophète de recevoir son passeport à temps pour se rendre en Égypte.186 Le 7 février 1959, c'est donc Malcolm X, entre temps marié à Betty Sanders et devenu Malik El-Shabazz, qui décolle pour le proche orient. Le voyage, s'il aura par la suite de sérieuses répercussions sur la Nation de l'Islam, est un demi-échec sur le moment: accueilli avec les honneurs officiels, Le prêcheur de la haine noire ne peut s'entretenir avec le Général Nasser qu'il doit se contenter d'apercevoir de loin mais il rencontre Anouar El-Sadate.187 Le pèlerinage, lui non plus, n'a pas lieu : au moment du départ pour l'Arabie Saoudite, Malcolm X est officiellement frappé pendant trois jours d'une tourista et préfère rentrer aux États Unis par impatience, dira-t-il, de retrouver l'honorable Elijah Muhammad. L'imam Ahmed Dawud Al-Hajj, le chef spirituel des Frères Musulmans aux États-Unis, donne à un hebdomadaire de Chicago une toute autre explication : ni Elijah Muhammad, ni ses partisans, dont la version de l'islam est une hérésie, n'auraient été autorisés par le gouvernement d'Arabie Saoudite - où la diversité et la liberté de culte n'existe pas - à faire le pèlerinage. C'st pour cette raison que Malcolm X se serait vu refuser l'entrée dans ce pays.188 Quoiqu'il se soit vraiment passé, ce voyage est un premier pont jeté entre la secte raciste et le monde musulman.

Dans la communauté juive américaine, le rapprochement qui s'opère entre les responsables de la Nation de l'Islam et les dirigeants de pays hostiles à Israël ne passe pas inaperçu. Au sein du B'Nai B'rith, une des plus influentes organisations juives des États-Unis, il commence à rendre beaucoup de gens nerveux. La Ligue Anti-diffamation, une association qui en dépend, va contacter le FBI et mettre à sa disposition le dossier qu'elle a constitué sur la secte.189

Un second voyage au proche et au moyen orient a lieu en 1961. Elijah Muhammad, cette fois là, parvient à obtenir son passeport à temps. Le prophète passe quelques jours en Turquie puis, le 29 novembre, il arrive en Égypte où il est reçu comme un chef d'état par Nasser. Le dirigeant égyptien est immédiatement impressionné par la connaissance de la langue arabe d'Akbar Muhammad, un des fils d'Elijah Muhammad qui, lui, se lie d'amitié avec Anouar El-Sadate. Deux semaines plus tard, Elijah décolle pour l'Afrique puis, de là, pour La Mecque qu'il visite à la date toute symbolique du 24 Décembre - un pied de nez au dieu des diable Blancs et de leurs oncles Tom noirs. Que dans les années 60, les dirigeants Saoudiens l'aient autorisé à se rendre dans la ville sainte de l'Islam, alors que nul n'ignore, à l'époque, la version très particulière de l'islam que prêche le gourou américain, montre on ne peut mieux à quel point la secte noire est considérée comme un cheval de Troie pour la cause arabe aux États-Unis. Tout aussi symboliquement, Le messager d'Allah se rend au Pakistan avant de retourner sur le continent américain le 6 janvier 1962.190 Pour Elijah et son entourage, la fréquentation des Pakistanais a levé le voile sur les origines de Wallace Fard : se souvenant de ses traits et pouvant les comparer à ceux de ce peuple, tout ceux qui l'ont côtoyé s'accorderont pour dire que les origines ethniques d'Allah se situent dans la région de l'actuel Pakistan.191 Suite à ce voyage, Elijah Muhammad décide de ne plus appeler les lieux de culte de la secte des “temples” mais des “mosquées”.

Pendant le voyage du messager d'Allah, la situation de la Nation de l'Islam a beaucoup évolué. Tandis qu'en juillet 1959, Malcolm X jette les bases d'une amitié entre les dirigeants du monde arabe et sa secte, le 13 juillet, deux journalistes, l'un juif et l'autre afro-américain, Mike Wallace et Louis Lomax, diffusent sur WNTA-TV, une chaîne de télévision new-yorkaise, un documentaire consacré aux nationalistes et aux racistes de la communauté noire.192 Intitulé “La haine que la haine a créé”, le reportage débute en montrant une foule d'une dizaine de milliers de personnes rassemblées à une convention des musulmans noirs tandis qu'une voix off, celle de Malcolm X, récite.193

“J'accuse l'homme blanc d'être le plus grand menteur de la terre. J'accuse l'homme blanc d'être le plus grand ivrogne de la terre. [...] J'accuse l'homme blanc d'être le plus grand joueur de la terre. J'accuse l'homme blanc, Mesdames et Messieurs du jury, d'être le plus grand meurtrier de la terre. J'accuse l'homme blanc d'être le plus grand adultère de la terre, j'accuse l'homme blanc d'être le plus grand voleur de la terre...”194

Pendant la diffusion de la série de reportage sur le racisme noir, c'est surtout la personnalité haineuse et vindicative de Malcolm X qui frappe les spectateurs. Interrogé par Mike Wallace, Louis Lomax annonce que la mouvance suprémaciste noire, toutes organisations confondues, compterait environ 250 000 partisans et sympathisants aux USA, en tenant compte tant du noyau dur de ce courant que de ses compagnons de route. Le chiffre est considérable, si on le compare à ceux du FBI qui, en 1955, estime le nombre d'adhérents de la seule Nation de l'Islam, à environ 3 000 et en 1965 à environ 5 000. L'histoire montrera que l'influence de la secte s'étend bien au delà de ses rangs.195

Dans les mois qui suivent, le prêcheur anti-blanc est invité à participer à des débats radio-diffusés ou ayant lieu dans des université à travers tous le pays. Il est de plus en plus dans l'oeil des médias qui le sollicitent à tout propos. Des chefs d'Etats et des représentants de gouvernements africains cherchent à l'approcher. En Août 1960, il rencontre Jaja Anucha Wachuku, le porte-parole de l'assemblée Nigérienne. En Septembre de la même année, il s'entretient avec Fidel Castro à l'hôtel Theresa.196


Un musulman noir vend "Muhammad Speaks"

Infatigable, Malcolm X fait feu de tout bois pour étendre l'influence de la secte et diffuser son message haineux. En 1960, sous sa férule, la Nation de l'Islam commence à publier son propre mensuel, “Mr. Muhammad Speaks”.197 Quand il n'est pas au mosquée N°7 de Harlem, dont il a la charge, il parcourt, laboure et sème la haine dans des prédications enflammées. Il déclare a ses audiences que le diable est en train d'être détruit à l'instant même où il parle par des inondations, des tremblements de terre et des tempêtes tropicales. Il avoue prier pour ses ennemis, mais qu'il prie pour qu'Allah les fasse mourir d'un cancer, pour qu'il tue leurs bébés avant même qu'ils ne naissent et pour qu'il les bénisse avec la peste.198 En 1962, le degré de fanatisme qui règne au sein de la mosquée dont il s'occupe est tel que son assistant, Henri Dawson, furieux d'avoir été importuné par des Blancs qui ont contesté ses propos racistes lors d'un débat dans un temple protestant, déclare publiquement qu'il aurait voulu les décapiter avec une épée. 199

Au printemps 1962, la Nation de l'Islam connaît une poussée de fièvre lorsqu'à Los Angeles, une fusillade avec la police cause la mort d'un musulman noir et l'arrestation de plusieurs autres. Le 27 avril vers minuit, Stanley Kensic et Frank Tomlison, deux policiers affectés à la surveillance des magasins de vêtements d'un quartier de Los Angeles qui ont été les cibles d'une série de cambriolages, remarquent deux hommes qui échangent quelque chose par la portière d'une voiture. Les deux individus, des musulmans noirs, sont en train de récupérer des vêtements propres ramenés d'un teinturier chez lequel l'un d'eux travaille. Les soupçonnant, vu l'heure tardive, d'être les voleurs qu'ils cherchent, les agents de police s'approchent d'eux et demandent des explications. Une échauffourée s'ensuit et, rameutés par le vacarme, 17 membres de la Nation de l'Islam attaquent les deux agents.

En quelques instant, Kensic est passé à tabac avec une telle sauvagerie qu'il en perd connaissance. Alors qu'il gît sur le sol, ses agresseurs le massacrent à coup de pied dans la tête. L'un d'eux lui vole son arme de service et tire sur Tomlison, lui brisant le coude. Arrivés en renforts, deux autres agents, Donald Weese et Richard Anderson, sont eux-aussi pris à partis. Anderson est frappé à la tête avec sa propre matraque tandis qu'on lui vole à son tour son arme. Weese, qui parvient à s'extraire de la mêlée, ordonne aux Musulmans noirs de ne plus faire un geste mais, devant les menaces et le comportement menaçant de ceux-ci, il est contraint d'ouvrir le feu. Un nommé Ronald Stokes lui saute à la gorge et se met à l'étrangler. Frappé par un autre policier, Stokes bat en retraite avant de brandir brusquement les mains – les musulmans noirs affirmeront qu'il les levait pour ne pas se faire tirer dessus. Weese, qui croit sa vie à nouveau menacée, lui loge une balle dans le coeur. Lors de l'enquête qui suit, les musulmans noirs impliqués dans la fusillade refusent de témoigner dans la mesure où leurs déclarations pourraient leur être préjudiciables ; un jury déclare donc que l'homicide a été commis par les policiers dans l'exercice de leurs fonctions et en état de légitime défense.200

Dans les jours qui suivent la mort de Ronald Stokes, les membres du Fruit de l'Islam crient vengeance et, jouant la carte de la couleur de peau, se posent en victimes de la brutalité policière. Contre toute attente, Elijah Muhammad, qui ne veut à aucun prix de violences qui pourraient amener les autorités à mettre leur nez dans les affaires du culte, les appelle au calme et, pour tout exutoire, les invite à distribuer le journal de la Nation de l'Islam avec plus de zèle que d'habitude.201 Ce pauvre palliatif ne suffit pas à calmer les esprits. Dans les jours qui suivent, plusieurs membres de la Mosquée de Los Angeles se regroupent pour former des “bandes d'anges”. Des groupes de Noirs descendent alors sur la 5ème rue, aux abords du Skid Row de Los Angeles, pour y guetter des Blancs isolés. Sortant le plus souvent ivres des bars des alentours, ceux-ci sont pris en embuscades et traqués avant d'être passés à tabac et assassinés ou laissés pour mort. Informés que certains adeptes sont en train d'échapper à tout contrôle et basculent dans la violence active, Elijah Muhammad fait appel à Malcolm X qui arrive à Los Angeles dans les jours qui suivent. Celui-ci, informé des agressions et des meurtres commis par les partisans de l'islam noir, va en désapprouver la lâcheté, sans que son attitude suffise à mettre un terme ces actes.202

En Juin, des dizaines de citoyens américains venus de Géorgie périssent dans un accident d'avion à Paris. C'est, à l'époque, la plus grande catastrophe aérienne de l'histoire de l'aviation. Le prêcheur y voit immédiatement une punition d'Allah infligée aux diables blancs. Lors d'un prêche à la mosquée de Los Angeles, il déclare devant une audience hurlant de joie:

“Je voudrais vous annoncer qu'une très belle chose s'est produite [...] Nous avons prié Allah pour qu'il nous fasse savoir que d'une façon ou d'une autre, il a le pouvoir de rendre la justice sur la tête de ceux qui sont responsable du lynchage de Ronald Stokes le 27 avril.

J'ai reçu un télégramme de Dieu aujourd'hui. Attendez. Très bien, bon, quelqu'un est venu et m'a dit qu'il avait vraiment répondu à nos prières au dessus de la France. Il a fait tomber du ciel un avion avec plus de 120 Blancs à bord [...] Lorsque vous lisez dans le journal ou entendez parler à la radio d'accidents dans lesquels ces bénis et braves gens aux yeux bleus ont perdu la vie, vous pouvez dire Amen car c'est l'oeuvre de Dieu. [...] Dieu vous défend lui même. Ils ne savent pas ce qui fait tomber ces avions du ciel, ils commencent à chercher des problèmes mécaniques [...] c'est divin...”203

Tandis que Malcolm X continue de prier pour que des avions tombent du ciel et s'écrasent, une grave crise se prépare au sein de la Nation de l'Islam.204 Nombre de problèmes, qui couvaient depuis des années vont éclater au grand jour, faisant traverser à la Nation de l'Islam sa plus grave crise interne.

Depuis plusieurs années, des rumeurs circulent dans la secte au sujet du comportement d'Elijah Muhammad. Le prophète, qui impose chasteté et fidélité maritale à ses disciples sous peine de jugement et d'exclusion de la secte, a tendance à mettre fréquemment la main – et plus - dans la culotte de ses jeunes secrétaires. Cette tartufferie n'est pas nouvelle : lorsqu'il avait enquêté sur la Nation de L'islam dans les années trente, le Sociologue Erdmann Beynon avait noté que “la gloutonnerie, l'ivresse, la paresse et les relations sexuelle extra-conjugales, excepté pour les prédicateurs de l'islam, étaient complètement interdites.”205 Avec le temps et le renouvellement des adeptes après la guerre, le souvenir de ces comportements s'était perdu. Dès 1955, Malcolm X avait entendu parler de ces rumeurs mais n'y avait pas prêté attention.206 A partir du début des années 1960, les secrétaires d'Elijah commencent à donner de la voix pour que le prophète se mette à payer les frais d'éducation et de nourriture de ses enfants illégitimes. En 1961, le gourou mène de front ses infidélités avec cinq jeunes femmes: Evelyn X Williams, June X, Lucille X Rosary, Bernique Cushmeer et Ola X Hugues. L'année suivante, plusieurs de ses secrétaires se rencontrent et découvrent qu'elles ont toutes eu une liaison avec le dirigeant de la Nation de l'Islam.

Entre temps, Le prophète a ajouté à sa collection de secrétaires Tynetta X Wilson. La jeune femme, une noire au teint très clair, doit à ses services très particuliers l'attribution d'une chronique dans le journal de la secte. Elle y incite les “soeurs” à se détacher des moeurs et pratiques des femmes blanches, déclarant que la race blanche est “le véritable ennemi de notre peuple” et que les Noirs doivent développer leur sens de “fierté raciale et de solidarité”. Le scandale qui suit ne lui fera pas lui faire interrompre sa liaison et en 1964 à Albukerque, elle met au monde un fils d'Elijah. L'égérie de la race noire inscrit sur le certificat de naissance de son enfant qu'il est né d'un père et d'une mère de race blanche...207

Le 13 Juillet , Elijah refusant de donner de l'argent à ses maîtresses, deux d'entre elles, Evelyn X et Lucille X, laissent leurs enfants devant sa porte.208 Quelques mois plus tard, Ola X Hugues approche Wallace Muhammad, un des fils légitime d'Elijah pour lui révéler l'étendu des infidélités de son père.209 Lorsque Malcolm X, à son tour, lui parle des rumeurs qui circulent au sujet du comportement de son mentor vis à vis de ses secrétaires, Wallace lui en confirme la véracité. En toute discrétion, Malcolm X contacte alors trois des secrétaires impliquées et découvre qu'une des relations extra conjugales est de nature incestueuse.210 En Avril 1963, il s'entretient avec Elijah à Phoenix, en Arizona, et évoque les allégations qui pèsent sur lui. Le gourou, loin de faire acte de contrition, faisant preuve du même culot que celui avec lequel il a expliqué à chacune de ses secrétaires que le sperme dont il les honorait était une semence divine, se justifie et légitimise ses actes par des citations bibliques.

“Je suis David” dit-il à son disciple “Lorsque tu lis que David a pris la femme d'un autre homme, je suis ce David. Lorsque tu lis comment Noah s'est enivré, c'est moi. Lorsque tu lis comment Lot est aller s'allonger avec ses propres filles. Je dois accomplir toutes ces choses.” 211

Malcolm X, dès lors, va tout faire pour prévenir un scandale qu'il sent imminent et définir une stratégie susceptible de limiter les possibles dommages causés à l'image de la secte. Il contacte secrètement plusieurs autres prêcheurs pour les informer de ce qu'il sait.212 Mal lui en prend car Louis X Farrakhan est du nombre. Le chanteur est devenu entre temps responsable de la mosquée de Boston. Dévoré d'ambition, il convoite la place de Malcolm X et voyant l'occasion de se faire valoir aux yeux du Messager d'Allah, il se précipite à Chicago et annonce à Elijah que son disciple préféré le trahit en racontant tout ce qu'il sait à qui veut l'entendre.213

Depuis plusieurs mois, sous une affection de façade, Elijah Muhammad éprouve une impatience grandissante à l'égard de Malcolm X. Il a le sentiment que celui ci est en train de lui voler la vedette.214 Ses enfants nourrissent eux aussi de la jalousie envers le flamboyant prêcheur: lors de la convention de la Nation de l'Islam à Chicago, le 26 février 1963, Malcolm X, qui remplaçait un Elijah Muhammad absent pour cause de maladie, a refusé que Wallace Muhammad prenne la parole à la tribune, un geste ressenti comme une insulte par les enfants du Gourou. A la fin février 1963, une de ses filles se plaint amèrement de Malcolm. Au début du mois de mars, après que celui-ci ait décidé de son propre chef de réunir les enfants du gourou, Elijah lui a fait savoir que sa famille n'aura pas besoin de lui tant que leur père sera vivant. L'hostilité d'Elijah vis à vis de Malcolm va croissante. Dans ses conversations privées, il n'hésite plus à ridiculiser Malcolm. Le 11 mars, Il ordonne à Malcolm X, qui se trouve à Chicago, d'annuler tout ce qu'il a prévu d'y faire et de retourner sur la côte Est.215 Un mois plus tard, pour le couper de ses appuis à New York, il le transfère de la mosquée N°7 d'Harlem à celle de Washington DC.

Dorénavant, Elijah Muhammad n'attend plus qu'une occasion pour réduire au silence une fois pour toute son encombrant disciple. L'assassinat de John Fitzgerald Kennedy, le 22 novembre 1963, va lui fournir l'occasion qu'il attend. Alors qu'il a ordonné – très hypocritement – à tous les dirigeants de la Nation de l'Islam de ne faire aucun commentaire sur la mort du président des États Unis, interrogé à ce sujet le 1er décembre lors d'une réunion publique au Manhattan center, Malcolm X déclare que pour lui, celui ci n'a jamais été victime que d'un retour de bâton.216 Elijah va non seulement le frapper d'une interdiction de parler publiquement pendant 3 mois mais aussi l'interdire de prédication et d'enseignement au sein de la secte pendant une période équivalente. Cinq semaines plus tard, il décide de le démettre de ses fonctions de représentant national de la Nation de l'Islam.217

Le 8 mars 1964, Malcolm X annonce officiellement qu'il quitte la Nation de l'Islam et le 13, lors d'une conférence de presse, il annonce la Création de l'Association des Mosquées Musulmanes.218 Elijah Muhammad ne décolère plus. Dans des conversations avec son entourage, en parlant de son ancien prédicateur, il déclare ouvertement qu'il faut décapiter les “hypocrites” et qu'il faut absolument mettre un terme à ses activités.219

Le mois suivant, Malcolm X s'envole pour La Mecque. Une fois sur place, il annonce qu'il s'est convertit à l'islam orthodoxe et qu'il renonce aux croyances de la secte raciste : c'est l'ouverture de boite de pandore...

 
     
 
 
 
 
 
Le racisme anti-blanc, page d'accueil
Au nom d'Allah, l'histoire de la Nation de l'Islam
 
 
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Au nom d'Allah!
 
     
  L'histoire des musulmans noirs d'amérique et de la Nation de l'Islam, une secte anti- blanc  
   
   
   
   
  - Ch 3 : Precheurs de la haine noire
**** Notes du chapitre 3
 
  - Ch 4 : Inch Allah!  
  - Ch 5 : Les Zebra Killings  
  - Ch 6 : Renaissance  
  - Ch 7 : cure miracle et rap raciste  
  - Ch 8 : En Marche  
  - Ch 9 : Marcheurs, tueurs et dynamite  
  - Ch 10 : La Galaxie Kémite  
  - Conclusion  
  - Anx 1 : Tueurs sous influence  
  - Anx 2 : Les Juifs Noirs de Ben Yahweh  
  - Anx 3 : un sillage de sang  
  - Anx 4 : Mises à jour  
  - Bibliographie  
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