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Aprés
avoir quitté la Nation de l'Islam, Malcolm X, le
prédicateur de la haine anti-blanc, se trouve rapidement
dans une situation financière délicate. A
moyen terme, il est également menacé de disparition
médiatique et politique. Tout ce qu'il possède
ou presque appartient à la secte raciste qui ne tarde
pas à lui réclamer la restitution de la maison
qu'elle mettait gracieusement à sa disposition. Il
a également perdu le salaire qu'elle lui versait
tandis que les émoluments qu'il reçoit pour
ses conférences ne lui rapportent que peu d'argent.
Le nombre d'adhésions à l'organisation qu'il
a créé - l'association des mosquée
musulmanes - restent relativement modeste, et ses activités
peinent à faire rentrer de l'argent. Pour Malcolm
X, il est impossible de se joindre au camps des militants
des droits civiques d'une part parce qu'il prône toujours
le séparatisme racial, d'autre part parce qu'il n'a
cessé d'en traîner les dirigeants dans la boue
pendant une décennie, enfin parce qu'il hérisse
le poil des militants Blancs, n'ayant pas pas renoncé
à ses diatribes racistes. Pour survivre politiquement,
il lui reste l'option de l'orthodoxie islamique, espace
religieux qui n'est occupé, au milieu des années
1960, par aucun leader charismatique au sein de la communauté
noire. Se convertir, c'est aussi voir les richissimes dirigeants
des pays arabes, qui rêvent déjà à
la colonisation culturelle de l'occident, mettre la main
au portefeuille pour le financer et l'aider à islamiser
les Noirs-Américains.220
En
avril 1964, après avoir emprunté de l'argent
à sa tante Ella, il décolle pour La Mecque.221
Quelques jours plus tard, par une opportune illumination,
Malcolm X «voit la lumière » et
annonce à la terre entière qu'il s'est convertit.
Ce coup de théâtre habilement préparé
et médiatisé permet à celui qui devient
Malik El-Hajj El Shabazz222
de prendre définitivement ses distances avec la Nation
de l'Islam.
En
Juillet 1964, invité par la Ligue Islamique Mondiale,
Malcolm X fait un second voyage en Arabie Saoudite et s'entretient
avec Serrur Sabban, son secrétaire général.223
De cette rencontre, il obtiendra de l'agent pour entamer
une tournée des pays africains. La ligue offre aussi
de mettre à sa disposition et de prendre en charge
les frais de séjour aux États Unis d'un Imam
originaire du Soudan - l'un des pays où la pratique
de l'Islam est la plus rétrograde : Ce sera le cheik
Ahmed Hassoum.224
L'organisation islamique offre également à
Malcolm X l'attribution de 25 bourses pour ceux de ses partisans
qui voudraient étudier la religion musulmane afin
de pouvoir l'enseigner à d'autres ou de devenir Imams
aux USA.225
Enfin, La ligue Islamique Mondiale va en faire un de ses
représentants officiels. Malcolm X voyage ensuite
à plusieurs reprises en Suisse. Au Centre Islamique
de Genève, il rencontre Saïd Ramadan , un radical
issu de la mouvance des frères musulmans, exilé
par le gouvernement Égyptien, qui a participé
la création de la Ligue et qui est en train de jeter
en Europe les bases de l'islamisme.226
Sous
l'influence de ses nouveaux amis, Malcolm X ne se convertit
pas pour autant à la tolérance. L'obscurantisme
religieux qui règne en Arabie Saoudite, où
il s'est convertit, n'est pas pour lui faire réviser
les positions de la Nation de l'Islam sur les femmes. Arrivé
au Liban dans les jours qui suivent son premier pèlerinage,
il est immédiatement choqué par la liberté
des femmes :
“En
terre sainte” racontera-t-il plus tard “
il y avait des femmes arabes très modestes et très
féminines – [au Liban,] il y avait ce soudain
contraste des femmes à moitié libanaises,
à moitié françaises qui affichaient
leurs tenues vestimentaires et leurs manières de
rue avec plus de liberté, avec plus de hardiesse.
Je vis clairement l'évidente influence européenne
sur la culture Libanaise. Cela me montra que la force
morale d'un pays, ou sa faiblesse morale, est rapidement
mesurable à l'attitude et à la façon
de s'habiller de ses femmes – particulièrement
des jeunes femmes. Regardez les femmes, et les jeunes
et les vieilles, en Amérique – où
il n'y a quasiment plus aucune valeur morale...”227
Au
sein de la Nation de l'Islam, la désertion de Malik
El-Hajj El Shabbaz provoque un seïsme qui ébranle
les fondations de la secte. La dissidence touche jusqu'à
la famille d'Elijah Muhammad. Deux de ses fils, Wallace
et Akbar, ainsi qu'un de ses petits fils, Hassan Sharrieff,
n'hésitent plus à donner leur opinion - négative
- sur la théologie qu'enseigne leur père.
Jusqu'alors,
peu d'informations avaient filtré sur le contenu
du Coran parmi les adeptes de la Nation de l'Islam. Dans
les années trente, Wallace Fard, lors de ses prêches,
utilisait une version en arabe et ses ouailles, par manque
de culture, étaient bien obligées de s'en
remettre à ses interprétations très
particulières.228
Elijah Muhammad, par la suite, avait décrété
une interdiction aux membres de la secte d'en acheter des
exemplaires, au prétexte qu'ils n'auraient pas été
capables de les comprendre.229
A la fin des années cinquante, avec les premiers
contacts entre la Nation de l'Islam et des pratiquants venus
de pays de culture musulmane, certains adeptes commencent
à prendre conscience que le crédo des musulmans
noirs, loin de représenter la religion du peuple
originel, n'est qu'une caricature grossière et un
dévoiement de l'orthodoxie islamique, même
si les deux religions possédent en commun une sanctification
de la violence envers les autres communautés, le
“diable blanc” dans le cas des Musulmans
noirs et l' “infidèle” - ou
“Dhimmi” - pour l'Islam orthodoxe.
Le
premier coup de semonce théologique a été
tiré dès 1958 par Ernest 2X McGee. L'homme,
un musicien de jazz, a rejoint la secte anti-blanc en 1951
et a été promu au rang de premier secrétaire
national de la Nation de l'Islam en 1954 sur proposition
de Malcolm X. Dés les premiers contacts de la secte
avec des musulmans orthodoxes, il suggère à
Elijah Muhammad que le culte adopte l'orthodoxie Islamique.230
Le gourou noir, sentant immédiatement le danger et
guère enchanté à l'idée de passer
du rang de prophète à celui de simple imam,
prend des mesures à son égard. Il le destitue
du jour au lendemain de ses fonctions et demande à
Malcolm X, qui obtempère promptement, de lui trouver
un remplaçant. McGee, écoeuré d'avoir
été lâché par Malcolm, quitte
la secte.231
Quelques
années plus tard, c'est un des fils du Messager d'Allah
qui remet en cause les dogmes de la Nation de l'Islam. Incarcéré
en Novembre 1961 pour avoir refusé, sur ordre de
son père, de se faire recenser pour le service militaire
alors qu'il aurait pu réclamer le statut d'objecteur
de conscience, Wallace Muhammad, qui a passé toute
sa vie dans l'ombre d'Elijah et qui a été
éduqué dans les écoles du culte, se
trouve paradoxalement libéré de l'influence
du prophète. Il étudie le véritable
l'islam, remet en cause ses croyances et se met à
douter de la véracité de l'enseignement religieux
qu'il a reçu. Ayant eu accès aux écrits
de Wallace Fard, il doute aussi de sa divinité. Bientôt,
il acquiert la certitude que la spiritualité haineuse
de la Nation de l'Islam n'a rien à voir avec celle
de l'orthodoxie musulmane. A sa sortie de prison, en Janvier
1963, il remet ouvertement en doute les dogmes de la secte
au sein même des écoles de celle-ci. Un an
plus tard, galvanisé par la conversion de Malcolm
X, avec qui il entretenait un fort lien d'amitié
et de respect, il ne prend plus la peine de cacher ses opinions.
Il
n'est pas le seul. En mai 1964, son neveu Hassan Sharrieff,
un lieutenant du Fruit de l'Islam qui gère un des
magasins de la secte, entre à son tour en dissidence
et scelle une alliance avec lui. Les deux hommes sont exclus
du culte le 21 Juin 1964 et qualifiés d'“hypocrites”,
l'équivalent d'une condamnation à mort. Hassan,
aussitôt, contacte la police de Chicago en réclamant
une protection. En Juillet 1964, le jeune homme et son oncle
lancent publiquement des allégations de corruption
au sein de la Nation de l'Islam. Hassan va jusqu'à
déclarer à la presse: “Je ne fais
pas référence aux malversations ou à
la corruption d'un seul individu. Je fais référence
aux malversations de Mr Muhammad et de tout son personnel.”
Wallace Muhammad renchérit en disant des accusations
de corruption que “non seulement elles sont vraies,
mais elles sont faibles.”
Pour
ne rien arranger, en Novembre 1964, Akbar Muhammad, un autre
fils d'Elijah, se joint au choeur des critiques alors que
son père s'attend à le voir prendre son parti.
Le jeune homme, qui a passé plusieurs années
en Égypte, a lui aussi découvert l'orthodoxie
islamique. Il déclare à la presse que la religion
de son père est “une fabrication maison
avec ses propres règles et des règlements
qui ont tendance à étouffer toute critique
envers son dirigeant.” Dans les jours qui suivent,
ayant dit ce qu'il avait à dire, pour échapper
au climat de violence qui règne désormais
dans les coulisses de la Nation de l'Islam, il remonte avec
sa femme dans un avion en partance pour le Caire.232
Au
cours de réunions secrètes dans les mosquées
des Musulmans noirs, on commence à parler d'assassiner
aussi bien Malcolm X que Wallace Muhammad. Une véritable
campagne de harcèlement téléphonique
est mise en place contre les deux hommes et les actes de
violences se multiplient. La mise à pied de Malcolm
X a sonné le départ d'une véritable
épuration . Le premier a en faire les frais est Benjamin
X Brown. Cet ancien adepte de la secte raciste a fondé
un culte dissident, la Mosquée de la Paix Universelle
et y a placé, sans autorisation, une photo de l'honorable
Elijah Muhammad. Ayant refusé de l'enlever, il est
abattu d'une balle dans la poitrine par Thomas
15 X Johnson, un milicien du Fruit de l'islam de la mosquée
N° 7 d'Harlem, et laissé pour mort.233
En février 1964, Langston X, un proche de Malcolm
X, se voit ordonné de piéger le démarreur
de la voiture du dissident mais préfère, par
fidélité à celui-ci, l'avertir.234
En
Juin 1964, Malcolm X rajoute de l'huile sur le feu en déclarant
publiquement qu'Elijah Muhammad est le père de 6
enfants illégitimes. A la Nation de l'Islam, c'est
une véritable saignée qui est en train de
se produire : en quelques mois, la moitié des adeptes
quittent la secte. Avec leur départ, un empire financier
bâtit sur l'exploitation de la crédulité
humaine est menacé.
Car
les membres de la Nation de l'Islam sont littéralement
pressurés de tout l'argent qu'ils possèdent.
Les contributions hebdomadaires qu'on exige d'eux s'échelonnent
de 6 à 13,5 dollars qui sont répartis entre
plusieurs fonds spéciaux de la secte . A ceci s'ajoute
encore un don de 100 à 125 dollars pour la célébration
du “jour du Sauveur”, date anniversaire
de la naissance supposée d' “Allah”.235
Grâce à ces dons, entre 1961 et 1964, environ
1 750 000 dollars transitent sur les principaux comptes
bancaires de la secte. Il ne s'agit là que du dessus
de l'iceberg. L'argent est également répartis
sur une multitude de comptes épargnes contrôlés
par les différentes mosquées de la secte.236
L'un de ces comptes, le “fond des pauvres N°2”,
qu'Elijah surnomme “Mon compte chèque”
et sur lequel sera déposé jusqu'à 3
Millions de Dollars, est censé récolter de
l'argent au profit de la veuve et de l'enfant de Ronald
Stokes.237
A
ces cotisations fixes s'ajoute, pour les militants du Fruit
de l'Islam, l'obligation de vendre un quota de 50 et 300
exemplaires de l'hebdomadaire " Mr Muhammad Speaks ".
L'opération, très rentable, rapporte environ
30 000 dollars par semaine à la secte, soit 1 560
000 Dollars par an.238
Le revenu du journal, dont le tirage monte parfois jusqu'à
900 000 exemplaires, s'élève jusqu'à
100 000 dollars par semaine.239
Puis
il y a encore les revenus exceptionnels, comme les cotisations
pour les frais de déplacements des dirigeants de
la Nation de l'Islam ou pour les occasions les plus diverses.
En 1960, afin de financer la production d'Orgena, une pièce
de théâtre écrite par Louis Farrakhan,
250 membres du fruit de l'Islam se voient arbitrairement
imposé une “cotisation” supplémentaire
de 20 dollars à payer dans les plus brefs délais.240
Chaque femme doit aussi acheter un lot de 3 robes dont le
port est obligatoire pour pouvoir participer aux évènements
de la NOI; l'entreprise qui les fabrique appartient à
une des filles d'Elijah Muhammad.241
Lors de la conférence annuelle de la Nation de l'Islam
de février 1965, à laquelle participe Cassius
Clay, qui a adhéré à la secte et sera
rebaptisé Muhammad Ali, le “don” requis
pour avoir un siège varie de 1,5 à 10 dollars.
Cette année là, l'honorable Elijah Muhammad
informe l'assistance qu' “Allah prend des photos
des gens sur Mars. Ils sont grand et maigres, mesurent entre
2 mètres cinquante et trois mètres et ne sont
pas aussi intelligents que nous.”242
Viennent
encore s'ajouter les frais de scolarités des écoles
de l'université de la Nation de l'Islam, dans lesquelles
les adeptes doivent envoyer leurs enfants: ils se montent
de 55 dollars par mois pour un enfant à 176 dollars
pour la même période pour 5 enfants et plus.243
Enfin
la secte possède encore une multitude de commerces
d'alimentation, de boulangeries, de restaurants et prend
même le contrôle de deux banques !
Elijah
Muhammad et ses enfants vivent bien. A Chicago, Le prophète
possède une villa d'une valeur d'un demi million
de Dollars avec ascenseurs et robinetterie plaquée
or; Ses enfants y ont également une maison. Il a
six autres propriétés dans l'Arizona –
dont une avec piscine – et encore une autre à
Cuervacana, au Mexique. Le symbole le plus visible de sa
prospérité, c'est aussi la petite toque sertie
de diamants qu'il porte constamment sur la tête et
qui vaut la bagatelle de 150 000 Dollars. 244
L'enjeu
économique est tel que les prêcheurs sont nombreux
à enrager contre Malcolm X et à vouloir s'en
débarrasser au plus vite. Louis Farrakhan n'est pas
le dernier de ceux là. A Boston, la mosquée
où il officie perd 60 % de ses membres, jusqu'à
ce qu'il en reste moins d'une centaine. Pour le prédicateur,
ce sont sept années de travail au cours desquelles
il avait doublé le nombre de ses fidèles,
qui sont en train d'être détruites sous ses
yeux.245 Et
c'est aussi une énorme perte de revenus: Farrakhan,
qui vit gratuitement dans une maison située à
côté de la mosquée où il officie,
perçoit de la Nation de l'Islam un salaire fixe hebdomadaire
de 110 dollars par semaine, (soit 5 720 dollars par an)
à quoi s'ajoute une cotisation de 2,95 dollars par
membre pour ses frais divers. Les sommes collectées
pour son entretien grâce aux dons des fidèles
étaient donc en train de passer de près de
trente huit mille à une petite quinzaine de milliers
de dollars par an.246 Il n'est pas surprenant,
dès lors, qu'un article vindicatif de Farrakhan soit
publié en décembre 1964 dans les colonnes
de Mr Muhammad Speaks:
“Si
un Musulman apporte son soutien à Malcolm pour
construire une mosquée, écrit Louis Farrakhan,
c'est lui aussi un imbécile. Seuls ceux qui souhaitent
être conduits en enfer, ou à leur perdition,
suivront Malcolm. Les Dés sont jetés et
Malcolm ne s'échappera pas... Un homme tel que
Malcolm mérite la Mort...”247
La
sentence de la Nation de l'Islam est désormais rendue
publique, le verdict, prononcé quelques mois plus
tôt par les dirigeants du culte anti-blanc au cours
de réunions secrètes est imprimé noir
sur blanc dans les colonnes de l'hebdomadaire de la secte.
Les miliciens du fruits de l'Islam, fanatisés contre
Malcolm, vont bientôt avoir le dernier mot.
L'étau
se ressère inexorablement autour de l' “hypocrite”.
En Novembre 1964 un de ses partisans,
Kenneth Morton, décède des suites d'un passage
à tabac. Le jour de Noël 1964, Leon
4X Ameer, un de ses plus proches collaborateurs, surpris
dans une chambre d'hôtel à Boston, est massacré
avec une sauvagerie inouïe par des hommes de main de
la secte et laissé pour mort; il restera plusieurs
jours dans le coma.248
La chasse à l'homme lancée par les fanatiques
de la Nation de l'Islam ne cesse de croître en intensité.
Fin Janvier 1965, pendant un voyage à Los Angeles
où il rend visite à deux secrétaires
d'Elijah, Malcolm X, escorté par Hakim Abdullah Jamal,
est suivi à la trace par les miliciens du Fruit de
l'Islam qui apparaissent où qu'il aille. 249

Malcolm
X assassiné
|
Le
21 février 1965, le leader noir tient une réunion
de l'Organisation de l'Unité Afro-Américaine
à l'Audubon Ballroom à Harlem. Soudain, 2
musulmans noirs, Talmadge X Hayer et Norman 3X Butler, qui
sont assis parmi les spectateurs, se mettent à simuler
une dispute. Tandis que les gardes du corps de Malcolm X
s'approchent d'eux et le laissent sans protection, une bombe
fumigène est lancée dans la salle. Profitant
de la confusion, Thomas 15X Johnson approche du podium,
sort brusquement un fusil à canon scié de
son manteau et tire sur le dissident de la Nation de l'Islam.
Malcolm X, la poitrine perforée par les plombs, s'effondre
sous les yeux de sa femme et de ses quatre enfants. Johnson,
aussitôt, lui tire dessus une seconde fois. Tandis
qu'un concert de hurlements de terreur monte dans l'assistance,
Talmadge Hayer, accompagné d'un autre tireur, s'approche
à son tour de l'estrade et vide le chargeur de son
45 sur la carcasse ensanglantée qui gît sur
l'estrade.250
Dans
les semaines qui suivent la mort de Malcolm X, Wallace Muhammad
et Hassan Sharrieff prennent la mesure du degré de
violence dont sont capables les adeptes de la secte. Ciblés
par une campagne de harcèlement similaire à
celle qu'à subit l'ancien disciple d'Elijah Muhammad,
ils choisissent prudemment de rentrer dans le rang et font
amende honorable.
Pour
la secte, l'heure est désormais à la reconstruction.
Le recrutement de nouveaux membres est à l'ordre
du jour. Au printemps 1964, Elijah Muhammad a donné
des consignes simples à ce sujet. Pas de Noirs trop
éduqués, ils aiment trop les Blancs. Mieux
vaut, pour le messager d'Allah, se tourner vers ceux qui
ont l'aspect crasseux, sont indigents ou vivotent de petits
trafics. Prostituées, voleurs, toxicomanes, alcooliques
et autres petits délinquants deviennent les cibles
de prédilection des prosélytes du racisme
anti-blanc. Parallèlement, la secte se rapproche
des bandes de jeunes Noirs prompts à la violence
qui tiennent les rues.251
Le
milieu carcéral est un autre terrain de recrutement
pour la secte. Lors d'une étude menée dans
les années 1960 sur 38 prisonniers adeptes de la
Nation de l'Islam, les autorités pénitentiaires
remarquent que seuls 9 d'entre eux se disaient musulmans
à leur arrivée en prison. Au cours de leur
détention, tous les musulmans noirs ont commis des
transgressions au règlement pénitentiaire
qui ont nécessité des actions disciplinaires,
contre la moitié seulement des détenus d'un
groupe de comparaison composé de non-convertis.252
En 1963, les autorités du district de Columbia déclarent
que la secte raciste est un “culte de harcèlement”
: par voie juridique, les “adeptes” ne cessent
de revendiquer le droit de propager leurs croyances haineuses
et exigent horaires et repas spéciaux pour le ramadan,
qu'Elijah fait coïncider avec la période de
Noël.253
Ils demandent également des locaux pour pratiquer
leur culte. La Nation de l'Islam finira par obtenir gain
de cause et, reconnue comme une religion, elle pourra mener
en toute légalité ses activités au
sein des prisons américaines.
La
nouvelle politique de recrutement du bas de gamme de la
communauté noire va marquer un tournant de la secte
vers la criminalité et le grand banditisme. L'épuration
des dissidents se poursuit : Le 13 juin 1969, Clarence
13X Smith, un ancien garde du corps de Malcolm X qui a fondé
son propre culte et s'est autoproclamé incarnation
d'Allah est abattu à New York; les médias
et la police soupçonnent les miliciens de la NOI
d'être impliqué dans le meurtre.254
La
même année à Philadelphie, après
une longue guerre entre bandes de Noirs, les efforts conjugués
des dirigeants communautaires, des élus locaux et
de la police aboutissent à la signature d'une trêve
entre toutes les factions noires, à l'exception de
la bande de la 20ème et de Carpenter Street. Des
membres du groupe, alors connus sous le nom de “Black
mafia”, adhèrent en masse à la
Nation de l'Islam.255
Convertis par John 38X Clark, qui dirige la Mosquée
N°12 de Philadelphie, ils se rebaptisent la “Mafia
Musulmane” et se hissent à des postes
de responsabilité.256
Ronald X Harvey devient assistant prêcheur; Sam X
Christian, capitaine du Fruit de l'Islam quant à
Norbert X “nudie” Mims, il est officiellement
secrétaire du lieu de culte.257
La
mafia musulmane établit rapidement des liens avec
le crime organisé. A l'époque, le FBI estime
que 80 % de l'héroïne vendue à Philadelphie
transite par les réseaux des musulmans noirs. Imitant
la pratique de la Dhimma – une taxe imposée
aux Chrétiens et aux Juifs dont le prophète
Mahomet avait déjà eu l'idée quelques
siècles plus tôt - la Nation de l'Islam organise
le racket des autres congrégations religieuses de
la ville. Il devient également de notoriété
publique que celui qui ne veut pas se faire voler sa voiture
à intérêt à mettre bien en évidence
dans son véhicule une copie de Mr Muhammad Speaks.258
En
1971, sept membres de la Mafia Musulmane entrent dans un
magasin de meubles, Dubrow, dont les propriétaires
refusent de leur payer une protection. 24 clients et employés
sont retenus en otage pendant plusieurs heures. Une personne
est abattue. Une seconde, brûlée vive. Plusieurs
autres, torturées. Finalement, les otages sont enfermés
dans le magasin que les musulmans noirs tentent d'incendier
avant de prendre la fuite,. Le petit groupe de criminels
est aussitôt traqué par la police. Norbert
X Mims va chercher refuge à Chicago.259
Il est nommé garde du corps d'Elijah Muhammad et
lorsque le FBI parvient à l'arrêter, on le
trouve gérant un magasin appartenant aux membres
de la famille du prophète.260
A
l'automne 1971, une guerre éclate entre la mosquée
N°25 de Newark, dans le New Jersey - une des plus corrompues
de la Nation de l'Islam - et une autre faction, que la police
soupçonne d'être le Nouveau Monde de l'Islam.
Le 04 Septembre, James 3X McGregor,
son prédicateur, reçoit une grêle de
balles en descendant de sa voiture. Le 18, deux autres musulmans
noirs, Ralph et Roger Banstown, sont
découverts morts dans une usine de montage de voiture.
En octobre, on retrouve les têtes de deux autres adeptes
de la Mosquée de Newark, Warren
X Marcello et Michael X Huff, détachées
de leurs corps.261
En
Avril 1972, un réglement de compte de la Mafia Musulmane
tourne au carnage: les brutes de la Nation de l'Islam ouvrent
le feu au beau milieu d'une foule de 750 personnes au Harlem
Club, à Atlantic City. La fusillade fait 26 blessés
et 4 morts : “Fat Tyrone” Palmer, le chef d'un
réseau de trafic d'héroïne et ses trois
associés.262
Au
début de l'année 1973, les membres de la mosquée
de Philadelphie commettent leur crime le plus abject. Après
avoir quitté la Nation de l'Islam en 1958, Ernest
2X McGee a adopté un nouveau nom, Hamaas Abdul Khaalis,
et s'est converti à la branche hannafiste de l'islam
sunnite. Grâce aux dons qu'il a récolté,
il a fait l'achat d'une maison à Washington DC dans
une partie de laquelle il a installé une mosquée
tandis qu'il vit avec sa famille dans l'autre. Khaalis n'a
jamais pardonné à Elijah Muhammad la façon
dont il s'est débarrassé de lui et nourrit
à son égard une énorme rancoeur.
En
janvier 1973, il envoit deux courriers incendiaires au prophète
de la Nation de l'Islam ainsi qu'à plusieurs responsables
hauts placés de la secte et aux médias. Il
y raille ouvertement Elijah Muhammad et met en question
la divinité de Wallace Fard. L' “Allah”
de la secte raciste, selon lui, est un grec nommé
John Walker, arrivé aux États Unis à
l'age de 27 ans, mort à Chicago à l'âge
de 78 ans, qui aurait passé plusieurs années
en prison pour avoir, entre autres, violé une adolescente
blanche.
Dans
tout autre circonstance, la lettre aurait été
prise, par son style tant que par son contenu, pour l'oeuvre
d'un déséquilibré mais, lue par les
adeptes du culte à la lumière de leurs croyances
pour le moins baroques, elle sème le doute et trouble
les esprits. Les copies du Courrier de Khaalis descendent
les échelons de la hiérarchie, la rumeur coure
dans les mosquées qu'Allah pourrait ne pas être
Allah. Des adeptes téléphonent à Chicago
pour savoir qui est le mystérieux John Walker et
qui a écrit le courrier. Le trône d'Elijah
ne vacille pas, mais les vibrations qui le secouent sont
intolérables. Il ne faut pas longtemps avant que
certains décident qu'il faut se débarrasser
de l'Imam Sunnite.
A
la Mosquée N°12 de Philadelphie, John 38X Clark
rassemble autour de lui des hommes de confiance, parmi lesquels
ont compte William X Christian, Theodore Moody, James Price,
Thomas Clinton et Ronald X Harvey. Le 17 janvier, un des
membres de la mafia musulmane sonne à la porte du
domicile de Haamas Abdul Khaalis en prétextant qu'il
vient acheter un livre précédemment réclamé
par téléphone. Après qu'on lui ait
ouvert et tandis qu'on cherche de la monnaie pour le rembourser,
il pénètre de force dans la maison et y fait
entrer ses complices qui attendaient en embuscade. Toute
la famille est aussitôt prise en otage.
Amina
Khaalis, une des filles de l'imam Hannafiste, est contrainte
de se mettre à genoux puis est exécutée
d'une balle dans la tempe gauche. On ordonne ensuite à
son frère Rahman, un petit garçon
de dix ans, de s'allonger sur un lit et, tandis qu'il supplie
qu'on ne lui fasse pas de mal, un musulman noir lui tire
deux balles dans le crane. Les hommes de John 38X s'apprêtent
à passer à la victime suivante lorsqu'il réalisent
qu'Amina respire encore: ils lui tirent derechef 6 balles
dans la tête. C'est ensuite un autre fils de Khaalis,
Abdullah, âgé
d'à peine deux ans, qui est traîné dans
un placard et assassiné de trois balles, dont une
dans la tête. Sur ce fait, un visiteur, Abdul
Nur, arrive à la porte de la maison et a le malheur
d'y entrer; il y gagne deux balles dans la tempe.

Ronald
X Harvey
|
L'exécution
méthodique de la famille Khaalis reprend. Ronald
X fait couler de l'eau dans la baignoire de la salle de
bain pour y noyer les enfants qui n'ont pas encore été
tués. James Price à soudain des états
d'âme: pourquoi tuer des enfants si jeunes qu'ils
ne pourront jamais les identifier ? “Parce que,
répond Harvey, la graine des hypocrites
est en eux.” Tandis que la baignoire se remplit
d'eau, les musulmans noirs assassinent Bibi
Khaalis, une des deux femmes d'Haamas, en lui tirant dessus
huit fois de suite. Il ne reste plus, dès lors, qu'à
s'occuper des plus jeunes. Bibi Junior,
une petite fille d'un an, est impitoyablement noyée.
Le commando de musulmans noirs décident de remplir
d'eau un lavabo. Les grandes mains d'un des chantres de
la fierté noire se referment sur le corps de Tasibur,
le bébé qu'Amina a mis au monde neuf jour
plus tôt, et lui enfoncent la tête sous l'eau.
Hamaas Abdul Khaalis, qui rentre chez lui quelques instant
après que sa famille vienne d'être massacrée,
échappe de peu aux griffes des tueurs. Le commando
de la mafia musulmane prend la fuite sans avoir réussi
à l'éliminer.
Les
tueurs de la Nation de l'Islam ont volé à
la famille un petit millier de Dollars - ils en donne 200
aux bonnes oeuvres de la Mosquée N°12.
Lorsque,
dans les jours qui suivent, la bande est attrapée
par la police, James Price fait une
confession détaillée à la police et
accepte de témoigner contre ses complices. Le procès
est extrêmement médiatisé. Harcelé,
Price reçoit à plusieurs reprises la visite
d'individus qui prétendent être ses avocats
mais sont en réalité des membres de la Nation
de l'Islam. Puis un jour, alors que le procès a commencé
et qu'il ne va plus tarder à témoigner, comme
des milliers d'autres détenus à travers les
États-Unis, Price entend le programme radiodiffusé
de la Nation de l'Islam. Farrakhan y rend en termes à
peine voilés la sentence de la secte:
“Que
ceci soit un avertissement à ceux d'entre vous
qui accepteraient d'être les instruments d'un gouvernement
malveillant contre notre croissance. Faites attention,
car lorsque le gouvernement sera fatigué de vous,
il vous rejettera dans les bras de votre peuple. Et bien
qu'Elijah Muhammad soit un homme miséricordieux
et qu'il dise, “entrez”, et qu'il vous pardonne,
vous qui êtes déjà aujourd'hui dans
les rangs du peuple noir, il y a des hommes et des femmes
plus jeunes qui n'ont pas en eux de pardon pour les traîtres
et pour les balances. Et ils vous exécuteront,
dès que votre identité sera connue.”
Le
lendemain, Price refuse de témoigner et rien ne pourra
plus le faire changer d'avis. On le découvrira quelques
semaines plus tard pendu dans sa cellule. Le rectum défoncé.
Les testicules écrasés.263 |
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