Chapitre 04 : Inch Allah !  
     
 

Aprés avoir quitté la Nation de l'Islam, Malcolm X, le prédicateur de la haine anti-blanc, se trouve rapidement dans une situation financière délicate. A moyen terme, il est également menacé de disparition médiatique et politique. Tout ce qu'il possède ou presque appartient à la secte raciste qui ne tarde pas à lui réclamer la restitution de la maison qu'elle mettait gracieusement à sa disposition. Il a également perdu le salaire qu'elle lui versait tandis que les émoluments qu'il reçoit pour ses conférences ne lui rapportent que peu d'argent. Le nombre d'adhésions à l'organisation qu'il a créé - l'association des mosquée musulmanes - restent relativement modeste, et ses activités peinent à faire rentrer de l'argent. Pour Malcolm X, il est impossible de se joindre au camps des militants des droits civiques d'une part parce qu'il prône toujours le séparatisme racial, d'autre part parce qu'il n'a cessé d'en traîner les dirigeants dans la boue pendant une décennie, enfin parce qu'il hérisse le poil des militants Blancs, n'ayant pas pas renoncé à ses diatribes racistes. Pour survivre politiquement, il lui reste l'option de l'orthodoxie islamique, espace religieux qui n'est occupé, au milieu des années 1960, par aucun leader charismatique au sein de la communauté noire. Se convertir, c'est aussi voir les richissimes dirigeants des pays arabes, qui rêvent déjà à la colonisation culturelle de l'occident, mettre la main au portefeuille pour le financer et l'aider à islamiser les Noirs-Américains.220

En avril 1964, après avoir emprunté de l'argent à sa tante Ella, il décolle pour La Mecque.221 Quelques jours plus tard, par une opportune illumination, Malcolm X «voit la lumière » et annonce à la terre entière qu'il s'est convertit. Ce coup de théâtre habilement préparé et médiatisé permet à celui qui devient Malik El-Hajj El Shabazz222 de prendre définitivement ses distances avec la Nation de l'Islam.

En Juillet 1964, invité par la Ligue Islamique Mondiale, Malcolm X fait un second voyage en Arabie Saoudite et s'entretient avec Serrur Sabban, son secrétaire général.223 De cette rencontre, il obtiendra de l'agent pour entamer une tournée des pays africains. La ligue offre aussi de mettre à sa disposition et de prendre en charge les frais de séjour aux États Unis d'un Imam originaire du Soudan - l'un des pays où la pratique de l'Islam est la plus rétrograde : Ce sera le cheik Ahmed Hassoum.224 L'organisation islamique offre également à Malcolm X l'attribution de 25 bourses pour ceux de ses partisans qui voudraient étudier la religion musulmane afin de pouvoir l'enseigner à d'autres ou de devenir Imams aux USA.225 Enfin, La ligue Islamique Mondiale va en faire un de ses représentants officiels. Malcolm X voyage ensuite à plusieurs reprises en Suisse. Au Centre Islamique de Genève, il rencontre Saïd Ramadan , un radical issu de la mouvance des frères musulmans, exilé par le gouvernement Égyptien, qui a participé la création de la Ligue et qui est en train de jeter en Europe les bases de l'islamisme.226

Sous l'influence de ses nouveaux amis, Malcolm X ne se convertit pas pour autant à la tolérance. L'obscurantisme religieux qui règne en Arabie Saoudite, où il s'est convertit, n'est pas pour lui faire réviser les positions de la Nation de l'Islam sur les femmes. Arrivé au Liban dans les jours qui suivent son premier pèlerinage, il est immédiatement choqué par la liberté des femmes :

“En terre sainte” racontera-t-il plus tard “ il y avait des femmes arabes très modestes et très féminines – [au Liban,] il y avait ce soudain contraste des femmes à moitié libanaises, à moitié françaises qui affichaient leurs tenues vestimentaires et leurs manières de rue avec plus de liberté, avec plus de hardiesse. Je vis clairement l'évidente influence européenne sur la culture Libanaise. Cela me montra que la force morale d'un pays, ou sa faiblesse morale, est rapidement mesurable à l'attitude et à la façon de s'habiller de ses femmes – particulièrement des jeunes femmes. Regardez les femmes, et les jeunes et les vieilles, en Amérique – où il n'y a quasiment plus aucune valeur morale...”227

Au sein de la Nation de l'Islam, la désertion de Malik El-Hajj El Shabbaz provoque un seïsme qui ébranle les fondations de la secte. La dissidence touche jusqu'à la famille d'Elijah Muhammad. Deux de ses fils, Wallace et Akbar, ainsi qu'un de ses petits fils, Hassan Sharrieff, n'hésitent plus à donner leur opinion - négative - sur la théologie qu'enseigne leur père.

Jusqu'alors, peu d'informations avaient filtré sur le contenu du Coran parmi les adeptes de la Nation de l'Islam. Dans les années trente, Wallace Fard, lors de ses prêches, utilisait une version en arabe et ses ouailles, par manque de culture, étaient bien obligées de s'en remettre à ses interprétations très particulières.228 Elijah Muhammad, par la suite, avait décrété une interdiction aux membres de la secte d'en acheter des exemplaires, au prétexte qu'ils n'auraient pas été capables de les comprendre.229 A la fin des années cinquante, avec les premiers contacts entre la Nation de l'Islam et des pratiquants venus de pays de culture musulmane, certains adeptes commencent à prendre conscience que le crédo des musulmans noirs, loin de représenter la religion du peuple originel, n'est qu'une caricature grossière et un dévoiement de l'orthodoxie islamique, même si les deux religions possédent en commun une sanctification de la violence envers les autres communautés, le “diable blanc” dans le cas des Musulmans noirs et l' “infidèle” - ou “Dhimmi” - pour l'Islam orthodoxe.

Le premier coup de semonce théologique a été tiré dès 1958 par Ernest 2X McGee. L'homme, un musicien de jazz, a rejoint la secte anti-blanc en 1951 et a été promu au rang de premier secrétaire national de la Nation de l'Islam en 1954 sur proposition de Malcolm X. Dés les premiers contacts de la secte avec des musulmans orthodoxes, il suggère à Elijah Muhammad que le culte adopte l'orthodoxie Islamique.230 Le gourou noir, sentant immédiatement le danger et guère enchanté à l'idée de passer du rang de prophète à celui de simple imam, prend des mesures à son égard. Il le destitue du jour au lendemain de ses fonctions et demande à Malcolm X, qui obtempère promptement, de lui trouver un remplaçant. McGee, écoeuré d'avoir été lâché par Malcolm, quitte la secte.231

Quelques années plus tard, c'est un des fils du Messager d'Allah qui remet en cause les dogmes de la Nation de l'Islam. Incarcéré en Novembre 1961 pour avoir refusé, sur ordre de son père, de se faire recenser pour le service militaire alors qu'il aurait pu réclamer le statut d'objecteur de conscience, Wallace Muhammad, qui a passé toute sa vie dans l'ombre d'Elijah et qui a été éduqué dans les écoles du culte, se trouve paradoxalement libéré de l'influence du prophète. Il étudie le véritable l'islam, remet en cause ses croyances et se met à douter de la véracité de l'enseignement religieux qu'il a reçu. Ayant eu accès aux écrits de Wallace Fard, il doute aussi de sa divinité. Bientôt, il acquiert la certitude que la spiritualité haineuse de la Nation de l'Islam n'a rien à voir avec celle de l'orthodoxie musulmane. A sa sortie de prison, en Janvier 1963, il remet ouvertement en doute les dogmes de la secte au sein même des écoles de celle-ci. Un an plus tard, galvanisé par la conversion de Malcolm X, avec qui il entretenait un fort lien d'amitié et de respect, il ne prend plus la peine de cacher ses opinions.

Il n'est pas le seul. En mai 1964, son neveu Hassan Sharrieff, un lieutenant du Fruit de l'Islam qui gère un des magasins de la secte, entre à son tour en dissidence et scelle une alliance avec lui. Les deux hommes sont exclus du culte le 21 Juin 1964 et qualifiés d'“hypocrites”, l'équivalent d'une condamnation à mort. Hassan, aussitôt, contacte la police de Chicago en réclamant une protection. En Juillet 1964, le jeune homme et son oncle lancent publiquement des allégations de corruption au sein de la Nation de l'Islam. Hassan va jusqu'à déclarer à la presse: “Je ne fais pas référence aux malversations ou à la corruption d'un seul individu. Je fais référence aux malversations de Mr Muhammad et de tout son personnel.” Wallace Muhammad renchérit en disant des accusations de corruption que “non seulement elles sont vraies, mais elles sont faibles.”

Pour ne rien arranger, en Novembre 1964, Akbar Muhammad, un autre fils d'Elijah, se joint au choeur des critiques alors que son père s'attend à le voir prendre son parti. Le jeune homme, qui a passé plusieurs années en Égypte, a lui aussi découvert l'orthodoxie islamique. Il déclare à la presse que la religion de son père est “une fabrication maison avec ses propres règles et des règlements qui ont tendance à étouffer toute critique envers son dirigeant.” Dans les jours qui suivent, ayant dit ce qu'il avait à dire, pour échapper au climat de violence qui règne désormais dans les coulisses de la Nation de l'Islam, il remonte avec sa femme dans un avion en partance pour le Caire.232

Au cours de réunions secrètes dans les mosquées des Musulmans noirs, on commence à parler d'assassiner aussi bien Malcolm X que Wallace Muhammad. Une véritable campagne de harcèlement téléphonique est mise en place contre les deux hommes et les actes de violences se multiplient. La mise à pied de Malcolm X a sonné le départ d'une véritable épuration . Le premier a en faire les frais est Benjamin X Brown. Cet ancien adepte de la secte raciste a fondé un culte dissident, la Mosquée de la Paix Universelle et y a placé, sans autorisation, une photo de l'honorable Elijah Muhammad. Ayant refusé de l'enlever, il est abattu d'une balle dans la poitrine par Thomas 15 X Johnson, un milicien du Fruit de l'islam de la mosquée N° 7 d'Harlem, et laissé pour mort.233 En février 1964, Langston X, un proche de Malcolm X, se voit ordonné de piéger le démarreur de la voiture du dissident mais préfère, par fidélité à celui-ci, l'avertir.234

En Juin 1964, Malcolm X rajoute de l'huile sur le feu en déclarant publiquement qu'Elijah Muhammad est le père de 6 enfants illégitimes. A la Nation de l'Islam, c'est une véritable saignée qui est en train de se produire : en quelques mois, la moitié des adeptes quittent la secte. Avec leur départ, un empire financier bâtit sur l'exploitation de la crédulité humaine est menacé.

Car les membres de la Nation de l'Islam sont littéralement pressurés de tout l'argent qu'ils possèdent. Les contributions hebdomadaires qu'on exige d'eux s'échelonnent de 6 à 13,5 dollars qui sont répartis entre plusieurs fonds spéciaux de la secte . A ceci s'ajoute encore un don de 100 à 125 dollars pour la célébration du “jour du Sauveur”, date anniversaire de la naissance supposée d' “Allah”.235 Grâce à ces dons, entre 1961 et 1964, environ 1 750 000 dollars transitent sur les principaux comptes bancaires de la secte. Il ne s'agit là que du dessus de l'iceberg. L'argent est également répartis sur une multitude de comptes épargnes contrôlés par les différentes mosquées de la secte.236 L'un de ces comptes, le “fond des pauvres N°2”, qu'Elijah surnomme “Mon compte chèque” et sur lequel sera déposé jusqu'à 3 Millions de Dollars, est censé récolter de l'argent au profit de la veuve et de l'enfant de Ronald Stokes.237

A ces cotisations fixes s'ajoute, pour les militants du Fruit de l'Islam, l'obligation de vendre un quota de 50 et 300 exemplaires de l'hebdomadaire " Mr Muhammad Speaks ". L'opération, très rentable, rapporte environ 30 000 dollars par semaine à la secte, soit 1 560 000 Dollars par an.238 Le revenu du journal, dont le tirage monte parfois jusqu'à 900 000 exemplaires, s'élève jusqu'à 100 000 dollars par semaine.239

Puis il y a encore les revenus exceptionnels, comme les cotisations pour les frais de déplacements des dirigeants de la Nation de l'Islam ou pour les occasions les plus diverses. En 1960, afin de financer la production d'Orgena, une pièce de théâtre écrite par Louis Farrakhan, 250 membres du fruit de l'Islam se voient arbitrairement imposé une “cotisation” supplémentaire de 20 dollars à payer dans les plus brefs délais.240 Chaque femme doit aussi acheter un lot de 3 robes dont le port est obligatoire pour pouvoir participer aux évènements de la NOI; l'entreprise qui les fabrique appartient à une des filles d'Elijah Muhammad.241 Lors de la conférence annuelle de la Nation de l'Islam de février 1965, à laquelle participe Cassius Clay, qui a adhéré à la secte et sera rebaptisé Muhammad Ali, le “don” requis pour avoir un siège varie de 1,5 à 10 dollars. Cette année là, l'honorable Elijah Muhammad informe l'assistance qu' “Allah prend des photos des gens sur Mars. Ils sont grand et maigres, mesurent entre 2 mètres cinquante et trois mètres et ne sont pas aussi intelligents que nous.”242

Viennent encore s'ajouter les frais de scolarités des écoles de l'université de la Nation de l'Islam, dans lesquelles les adeptes doivent envoyer leurs enfants: ils se montent de 55 dollars par mois pour un enfant à 176 dollars pour la même période pour 5 enfants et plus.243

Enfin la secte possède encore une multitude de commerces d'alimentation, de boulangeries, de restaurants et prend même le contrôle de deux banques !

Elijah Muhammad et ses enfants vivent bien. A Chicago, Le prophète possède une villa d'une valeur d'un demi million de Dollars avec ascenseurs et robinetterie plaquée or; Ses enfants y ont également une maison. Il a six autres propriétés dans l'Arizona – dont une avec piscine – et encore une autre à Cuervacana, au Mexique. Le symbole le plus visible de sa prospérité, c'est aussi la petite toque sertie de diamants qu'il porte constamment sur la tête et qui vaut la bagatelle de 150 000 Dollars. 244

L'enjeu économique est tel que les prêcheurs sont nombreux à enrager contre Malcolm X et à vouloir s'en débarrasser au plus vite. Louis Farrakhan n'est pas le dernier de ceux là. A Boston, la mosquée où il officie perd 60 % de ses membres, jusqu'à ce qu'il en reste moins d'une centaine. Pour le prédicateur, ce sont sept années de travail au cours desquelles il avait doublé le nombre de ses fidèles, qui sont en train d'être détruites sous ses yeux.245 Et c'est aussi une énorme perte de revenus: Farrakhan, qui vit gratuitement dans une maison située à côté de la mosquée où il officie, perçoit de la Nation de l'Islam un salaire fixe hebdomadaire de 110 dollars par semaine, (soit 5 720 dollars par an) à quoi s'ajoute une cotisation de 2,95 dollars par membre pour ses frais divers. Les sommes collectées pour son entretien grâce aux dons des fidèles étaient donc en train de passer de près de trente huit mille à une petite quinzaine de milliers de dollars par an.246 Il n'est pas surprenant, dès lors, qu'un article vindicatif de Farrakhan soit publié en décembre 1964 dans les colonnes de Mr Muhammad Speaks:

“Si un Musulman apporte son soutien à Malcolm pour construire une mosquée, écrit Louis Farrakhan, c'est lui aussi un imbécile. Seuls ceux qui souhaitent être conduits en enfer, ou à leur perdition, suivront Malcolm. Les Dés sont jetés et Malcolm ne s'échappera pas... Un homme tel que Malcolm mérite la Mort...”247

La sentence de la Nation de l'Islam est désormais rendue publique, le verdict, prononcé quelques mois plus tôt par les dirigeants du culte anti-blanc au cours de réunions secrètes est imprimé noir sur blanc dans les colonnes de l'hebdomadaire de la secte. Les miliciens du fruits de l'Islam, fanatisés contre Malcolm, vont bientôt avoir le dernier mot.

L'étau se ressère inexorablement autour de l' “hypocrite”. En Novembre 1964 un de ses partisans, Kenneth Morton, décède des suites d'un passage à tabac. Le jour de Noël 1964, Leon 4X Ameer, un de ses plus proches collaborateurs, surpris dans une chambre d'hôtel à Boston, est massacré avec une sauvagerie inouïe par des hommes de main de la secte et laissé pour mort; il restera plusieurs jours dans le coma.248 La chasse à l'homme lancée par les fanatiques de la Nation de l'Islam ne cesse de croître en intensité. Fin Janvier 1965, pendant un voyage à Los Angeles où il rend visite à deux secrétaires d'Elijah, Malcolm X, escorté par Hakim Abdullah Jamal, est suivi à la trace par les miliciens du Fruit de l'Islam qui apparaissent où qu'il aille. 249


Malcolm X assassiné

Le 21 février 1965, le leader noir tient une réunion de l'Organisation de l'Unité Afro-Américaine à l'Audubon Ballroom à Harlem. Soudain, 2 musulmans noirs, Talmadge X Hayer et Norman 3X Butler, qui sont assis parmi les spectateurs, se mettent à simuler une dispute. Tandis que les gardes du corps de Malcolm X s'approchent d'eux et le laissent sans protection, une bombe fumigène est lancée dans la salle. Profitant de la confusion, Thomas 15X Johnson approche du podium, sort brusquement un fusil à canon scié de son manteau et tire sur le dissident de la Nation de l'Islam. Malcolm X, la poitrine perforée par les plombs, s'effondre sous les yeux de sa femme et de ses quatre enfants. Johnson, aussitôt, lui tire dessus une seconde fois. Tandis qu'un concert de hurlements de terreur monte dans l'assistance, Talmadge Hayer, accompagné d'un autre tireur, s'approche à son tour de l'estrade et vide le chargeur de son 45 sur la carcasse ensanglantée qui gît sur l'estrade.250

Dans les semaines qui suivent la mort de Malcolm X, Wallace Muhammad et Hassan Sharrieff prennent la mesure du degré de violence dont sont capables les adeptes de la secte. Ciblés par une campagne de harcèlement similaire à celle qu'à subit l'ancien disciple d'Elijah Muhammad, ils choisissent prudemment de rentrer dans le rang et font amende honorable.

Pour la secte, l'heure est désormais à la reconstruction. Le recrutement de nouveaux membres est à l'ordre du jour. Au printemps 1964, Elijah Muhammad a donné des consignes simples à ce sujet. Pas de Noirs trop éduqués, ils aiment trop les Blancs. Mieux vaut, pour le messager d'Allah, se tourner vers ceux qui ont l'aspect crasseux, sont indigents ou vivotent de petits trafics. Prostituées, voleurs, toxicomanes, alcooliques et autres petits délinquants deviennent les cibles de prédilection des prosélytes du racisme anti-blanc. Parallèlement, la secte se rapproche des bandes de jeunes Noirs prompts à la violence qui tiennent les rues.251

Le milieu carcéral est un autre terrain de recrutement pour la secte. Lors d'une étude menée dans les années 1960 sur 38 prisonniers adeptes de la Nation de l'Islam, les autorités pénitentiaires remarquent que seuls 9 d'entre eux se disaient musulmans à leur arrivée en prison. Au cours de leur détention, tous les musulmans noirs ont commis des transgressions au règlement pénitentiaire qui ont nécessité des actions disciplinaires, contre la moitié seulement des détenus d'un groupe de comparaison composé de non-convertis.252 En 1963, les autorités du district de Columbia déclarent que la secte raciste est un “culte de harcèlement” : par voie juridique, les “adeptes” ne cessent de revendiquer le droit de propager leurs croyances haineuses et exigent horaires et repas spéciaux pour le ramadan, qu'Elijah fait coïncider avec la période de Noël.253 Ils demandent également des locaux pour pratiquer leur culte. La Nation de l'Islam finira par obtenir gain de cause et, reconnue comme une religion, elle pourra mener en toute légalité ses activités au sein des prisons américaines.

La nouvelle politique de recrutement du bas de gamme de la communauté noire va marquer un tournant de la secte vers la criminalité et le grand banditisme. L'épuration des dissidents se poursuit : Le 13 juin 1969, Clarence 13X Smith, un ancien garde du corps de Malcolm X qui a fondé son propre culte et s'est autoproclamé incarnation d'Allah est abattu à New York; les médias et la police soupçonnent les miliciens de la NOI d'être impliqué dans le meurtre.254

La même année à Philadelphie, après une longue guerre entre bandes de Noirs, les efforts conjugués des dirigeants communautaires, des élus locaux et de la police aboutissent à la signature d'une trêve entre toutes les factions noires, à l'exception de la bande de la 20ème et de Carpenter Street. Des membres du groupe, alors connus sous le nom de “Black mafia”, adhèrent en masse à la Nation de l'Islam.255 Convertis par John 38X Clark, qui dirige la Mosquée N°12 de Philadelphie, ils se rebaptisent la “Mafia Musulmane” et se hissent à des postes de responsabilité.256 Ronald X Harvey devient assistant prêcheur; Sam X Christian, capitaine du Fruit de l'Islam quant à Norbert X “nudie” Mims, il est officiellement secrétaire du lieu de culte.257

La mafia musulmane établit rapidement des liens avec le crime organisé. A l'époque, le FBI estime que 80 % de l'héroïne vendue à Philadelphie transite par les réseaux des musulmans noirs. Imitant la pratique de la Dhimma – une taxe imposée aux Chrétiens et aux Juifs dont le prophète Mahomet avait déjà eu l'idée quelques siècles plus tôt - la Nation de l'Islam organise le racket des autres congrégations religieuses de la ville. Il devient également de notoriété publique que celui qui ne veut pas se faire voler sa voiture à intérêt à mettre bien en évidence dans son véhicule une copie de Mr Muhammad Speaks.258

En 1971, sept membres de la Mafia Musulmane entrent dans un magasin de meubles, Dubrow, dont les propriétaires refusent de leur payer une protection. 24 clients et employés sont retenus en otage pendant plusieurs heures. Une personne est abattue. Une seconde, brûlée vive. Plusieurs autres, torturées. Finalement, les otages sont enfermés dans le magasin que les musulmans noirs tentent d'incendier avant de prendre la fuite,. Le petit groupe de criminels est aussitôt traqué par la police. Norbert X Mims va chercher refuge à Chicago.259 Il est nommé garde du corps d'Elijah Muhammad et lorsque le FBI parvient à l'arrêter, on le trouve gérant un magasin appartenant aux membres de la famille du prophète.260

A l'automne 1971, une guerre éclate entre la mosquée N°25 de Newark, dans le New Jersey - une des plus corrompues de la Nation de l'Islam - et une autre faction, que la police soupçonne d'être le Nouveau Monde de l'Islam. Le 04 Septembre, James 3X McGregor, son prédicateur, reçoit une grêle de balles en descendant de sa voiture. Le 18, deux autres musulmans noirs, Ralph et Roger Banstown, sont découverts morts dans une usine de montage de voiture. En octobre, on retrouve les têtes de deux autres adeptes de la Mosquée de Newark, Warren X Marcello et Michael X Huff, détachées de leurs corps.261

En Avril 1972, un réglement de compte de la Mafia Musulmane tourne au carnage: les brutes de la Nation de l'Islam ouvrent le feu au beau milieu d'une foule de 750 personnes au Harlem Club, à Atlantic City. La fusillade fait 26 blessés et 4 morts : “Fat Tyrone” Palmer, le chef d'un réseau de trafic d'héroïne et ses trois associés.262

Au début de l'année 1973, les membres de la mosquée de Philadelphie commettent leur crime le plus abject. Après avoir quitté la Nation de l'Islam en 1958, Ernest 2X McGee a adopté un nouveau nom, Hamaas Abdul Khaalis, et s'est converti à la branche hannafiste de l'islam sunnite. Grâce aux dons qu'il a récolté, il a fait l'achat d'une maison à Washington DC dans une partie de laquelle il a installé une mosquée tandis qu'il vit avec sa famille dans l'autre. Khaalis n'a jamais pardonné à Elijah Muhammad la façon dont il s'est débarrassé de lui et nourrit à son égard une énorme rancoeur.

En janvier 1973, il envoit deux courriers incendiaires au prophète de la Nation de l'Islam ainsi qu'à plusieurs responsables hauts placés de la secte et aux médias. Il y raille ouvertement Elijah Muhammad et met en question la divinité de Wallace Fard. L' “Allah” de la secte raciste, selon lui, est un grec nommé John Walker, arrivé aux États Unis à l'age de 27 ans, mort à Chicago à l'âge de 78 ans, qui aurait passé plusieurs années en prison pour avoir, entre autres, violé une adolescente blanche.

Dans tout autre circonstance, la lettre aurait été prise, par son style tant que par son contenu, pour l'oeuvre d'un déséquilibré mais, lue par les adeptes du culte à la lumière de leurs croyances pour le moins baroques, elle sème le doute et trouble les esprits. Les copies du Courrier de Khaalis descendent les échelons de la hiérarchie, la rumeur coure dans les mosquées qu'Allah pourrait ne pas être Allah. Des adeptes téléphonent à Chicago pour savoir qui est le mystérieux John Walker et qui a écrit le courrier. Le trône d'Elijah ne vacille pas, mais les vibrations qui le secouent sont intolérables. Il ne faut pas longtemps avant que certains décident qu'il faut se débarrasser de l'Imam Sunnite.

A la Mosquée N°12 de Philadelphie, John 38X Clark rassemble autour de lui des hommes de confiance, parmi lesquels ont compte William X Christian, Theodore Moody, James Price, Thomas Clinton et Ronald X Harvey. Le 17 janvier, un des membres de la mafia musulmane sonne à la porte du domicile de Haamas Abdul Khaalis en prétextant qu'il vient acheter un livre précédemment réclamé par téléphone. Après qu'on lui ait ouvert et tandis qu'on cherche de la monnaie pour le rembourser, il pénètre de force dans la maison et y fait entrer ses complices qui attendaient en embuscade. Toute la famille est aussitôt prise en otage.

Amina Khaalis, une des filles de l'imam Hannafiste, est contrainte de se mettre à genoux puis est exécutée d'une balle dans la tempe gauche. On ordonne ensuite à son frère Rahman, un petit garçon de dix ans, de s'allonger sur un lit et, tandis qu'il supplie qu'on ne lui fasse pas de mal, un musulman noir lui tire deux balles dans le crane. Les hommes de John 38X s'apprêtent à passer à la victime suivante lorsqu'il réalisent qu'Amina respire encore: ils lui tirent derechef 6 balles dans la tête. C'est ensuite un autre fils de Khaalis, Abdullah, âgé d'à peine deux ans, qui est traîné dans un placard et assassiné de trois balles, dont une dans la tête. Sur ce fait, un visiteur, Abdul Nur, arrive à la porte de la maison et a le malheur d'y entrer; il y gagne deux balles dans la tempe.


Ronald X Harvey

L'exécution méthodique de la famille Khaalis reprend. Ronald X fait couler de l'eau dans la baignoire de la salle de bain pour y noyer les enfants qui n'ont pas encore été tués. James Price à soudain des états d'âme: pourquoi tuer des enfants si jeunes qu'ils ne pourront jamais les identifier ? “Parce que, répond Harvey, la graine des hypocrites est en eux.” Tandis que la baignoire se remplit d'eau, les musulmans noirs assassinent Bibi Khaalis, une des deux femmes d'Haamas, en lui tirant dessus huit fois de suite. Il ne reste plus, dès lors, qu'à s'occuper des plus jeunes. Bibi Junior, une petite fille d'un an, est impitoyablement noyée. Le commando de musulmans noirs décident de remplir d'eau un lavabo. Les grandes mains d'un des chantres de la fierté noire se referment sur le corps de Tasibur, le bébé qu'Amina a mis au monde neuf jour plus tôt, et lui enfoncent la tête sous l'eau. Hamaas Abdul Khaalis, qui rentre chez lui quelques instant après que sa famille vienne d'être massacrée, échappe de peu aux griffes des tueurs. Le commando de la mafia musulmane prend la fuite sans avoir réussi à l'éliminer.

Les tueurs de la Nation de l'Islam ont volé à la famille un petit millier de Dollars - ils en donne 200 aux bonnes oeuvres de la Mosquée N°12.

Lorsque, dans les jours qui suivent, la bande est attrapée par la police, James Price fait une confession détaillée à la police et accepte de témoigner contre ses complices. Le procès est extrêmement médiatisé. Harcelé, Price reçoit à plusieurs reprises la visite d'individus qui prétendent être ses avocats mais sont en réalité des membres de la Nation de l'Islam. Puis un jour, alors que le procès a commencé et qu'il ne va plus tarder à témoigner, comme des milliers d'autres détenus à travers les États-Unis, Price entend le programme radiodiffusé de la Nation de l'Islam. Farrakhan y rend en termes à peine voilés la sentence de la secte:

“Que ceci soit un avertissement à ceux d'entre vous qui accepteraient d'être les instruments d'un gouvernement malveillant contre notre croissance. Faites attention, car lorsque le gouvernement sera fatigué de vous, il vous rejettera dans les bras de votre peuple. Et bien qu'Elijah Muhammad soit un homme miséricordieux et qu'il dise, “entrez”, et qu'il vous pardonne, vous qui êtes déjà aujourd'hui dans les rangs du peuple noir, il y a des hommes et des femmes plus jeunes qui n'ont pas en eux de pardon pour les traîtres et pour les balances. Et ils vous exécuteront, dès que votre identité sera connue.”

Le lendemain, Price refuse de témoigner et rien ne pourra plus le faire changer d'avis. On le découvrira quelques semaines plus tard pendu dans sa cellule. Le rectum défoncé. Les testicules écrasés.263

 
     
 
 
 
 
 
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Au nom d'Allah, l'histoire de la Nation de l'Islam
 
 
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Au nom d'Allah!
 
     
  L'histoire des musulmans noirs d'amérique et de la Nation de l'Islam, une secte anti- blanc  
   
   
   
   
  - Ch 3 : Precheurs de la Haine Noire  
  - Ch 4 : Inch Allah!
**** Notes du chapitre 04
 
  - Ch 5 : Les Zebra Killings  
  - Ch 6 : Renaissance  
  - Ch 7 : cure miracle et rap raciste  
  - Ch 8 : En Marche  
  - Ch 9 : Marcheurs, tueurs et dynamite  
  - Ch 10 : La Galaxie Kémite  
  - Conclusion  
  - Anx 1 : Tueurs sous influence  
  - Anx 2 : Les Juifs Noirs de Ben Yahweh  
  - Anx 3 : un sillage de sang  
  - Anx 4 : Mises à jour  
  - Bibliographie  
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