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Le
20 Août 1970 dans la ville Estudiantine de Berkeley,
dans la baie de San Francisco, un agent de police, Ronald
Tsukamoto, est en train de réprimander un motard
qui vient de faire un demi-tour interdit lorsqu'un homme
marche vers lui d'un pas tranquille. Arrivé à
son niveau, le piéton sort une arme à feu
et, froidement, abat le représentant de la loi avant
de s'enfuir. La police locale soupçonnera ce meurtre
d'être le premier d'une série de crimes racistes
qui vont faire trembler la baie de San Francisco pendant
quatre ans.315
Un
mois plus tard, le 14 Septembre 1970, toujours à
Berkeley, Danny Crawford, un jeune
Blanc âgé de 21 ans, est en train de lever
le pouce au bord d'une route lorsqu'une voiture s'arrête
près de lui. L'automobiliste et son passager lui
proposent aimablement de faire un bout de chemin. L'autostoppeur
ne se fait pas prier pour monter à bord du véhicule
et se voit déjà arrivé à bon
port lorsqu'arrivée à Oakland, une ville voisine,
la voiture s'arrête brusquement. Les deux bons samaritains
descendent du véhicule et en tirent Danny. L'un d'eux
le ceinture ; son acolyte, un tranchoir à viande
à la main, se met à lui hacher le visage à
coups de lame.316
Six semaines plus tard, la police
locale trouve dans un jardin de Berkeley le cadavre d'un
autre jeune homme dont le corps est strié de lacérations
sanglantes infligées à l'aide d'une hache
ou d'un tranchoir. Rien, sur le jeune homme ne permet de
déterminer son identité, qui ne sera jamais
connue. Ses vêtements ne contiennent qu'un penny et
un peigne.317
Deux
jours après cette découverte, le 27 octobre
1970, près d'University Avenue, une série
de détonations claque dans l'air. Un
passant et un automobiliste, qui tournent la tête
en direction des coups de feu, aperçoivent un homme
blanc qui titube un bref instant avant de s'effondrer, mort,
sur la chaussée : une balle vient de traverser la
poitrine de Norman B. Wagner de part en part. Un autre lui
a traversé l'épaule avant de se loger dans
son flanc gauche. On lui a tiré dans le dos.318
Le même jour à Oakland, Albert
D. Smith est plongé sous le capot de sa voiture en
train de bricoler lorsqu'on s'approche derrière lui.
Avant qu'il n'ait le temps de réaliser ce qui arrive,
on lui tire dessus quatre reprises, sans motif apparent.
Chanceux, il survivra à ses blessures.319
Deux
semaines passent. Le 10 novembre au soir, Griswold
Wilson, un quinquagénaire, promène tranquillement
son chien dans les rues de Berkeley lorsqu'un homme s'approche
de lui et, sans raison, sans provocation, sort un pistolet
et lui met une balle dans la tête sans autre forme
de procès.320
Le même jour à Oakland
sur Minilla avenue, non loin de la 45ème rue, on
retrouve le corps sans vie de James Larson, un étudiant
âgé de 21 ans. Aucun motif ne vient expliquer
le meurtre et la police ne trouve aucun d'indice qui permette
de résoudre ce crime apparemment gratuit.321
La
série d'agressions insensées s'interrompt
alors quelques mois pour reprendre avec une intensité
croissante à partir du 27 Juillet 1971. Ce
jour là, James Cowen, 22 ans, est agressé
par deux Noirs qui le frappent à coups de tranchoir
à viande. Seize jours plus tard,
Henri Bennett, un autre blanc, lui aussi âgé
de 22 ans, est agressé par deux hommes et reçoit
à son tour des coups de tranchoir à viande.322
Le 18 Août, Joseph Rusnak et
Allison Hassendorfer, deux jeunes touristes
d'une vingtaine d'année sont en train de se reposer
dans une voiture garée sur Grizzly Park Boulevard,
non loin de Tilden Park, lorsque deux Noirs leurs ordonnent
de sortir de leur voiture. Naïvement, Craignant peut-être
d'être accusés de racisme s'ils font preuve
d'une prudence qui serait automatiquement interprétée
comme de la méfiance, le jeune couple de Blancs sort
de la voiture. Aussitôt, sans un mot, les deux inconnus
se jettent sur eux et commencent à les frapper à
coups de machette. Le couple possède 800 dollars
mais il n'est question d'argent à aucun moment ;
la violence, seule, semble motiver l'agression.323
Le 29 Août, toujours à Berkeley, une étudiante,
Jane F. Oleyar, est à son tour
agressée à coups de tranchoir au proximité
du carrefour de Fulton Street et Derby Streets.324
Cinq
jours plus tard, le 02 Septembre à Eldridge Avenue
à Hayward, une autre ville proche de Berkeley, Arthur
E. Silva est en train de bricoler sur sa voiture lorsqu'il
sent un choc sur sa nuque, complètement absorbé
par ses activités, il n'a pas entendu trois Noirs
qui, discrètement, se sont faufilés derrière
lui. Lorsqu'il se retourne pour leur faire face, les comparses
commencent à lui lacérer le visage, le cou
et la tête en lui assénant des coups de tranchoir.
Tandis qu'il lutte, tant bien que mal, contre ses agresseurs,
il a le réflexe de hurler ; l'arrivée de ses
voisins provoquent la fuite des trois individus.325
Le
19, Raymon Novack, 60 ans, regarde
tranquillement la télévision dans son salon,
à Oakland lorsque cinq coups de feu retentissent.
Trois balles traversent sa fenêtre, l'atteignent et
le tuent. Encore un meurtre sans mobile. Le même jour,
dans la même ville, Ernie Styrmann,
un chauffeur de Taxi résidant à San Francisco,
est en train de marcher tranquillement dans la rue lorsqu'il
est abattu d'une balle dans la tête.326
Trois
jours plus tard à trois heures du matin, un étudiant
de l'université de Berkeley, Bruce Lamar,
rentre chez lui après avoir passé une partie
de la nuit à mener des expériences dans le
laboratoire du campus. Arrivé à proximité
de Virginia et de Grove Street, deux Noirs, tranchoir à
la main, l'agressent sauvagement. L'attaque tourne à
la boucherie lorsque le jeune Blanc, frappé à
la tête, tente par réflexe de se protéger
le visage avec les mains. La lame qui s'abat sans relâche
lui sectionne plusieurs tendons. “Je n'ai pas
d'argent” hurle le jeune homme tandis qu'il se
débat. Rien n'y fait: voler n'est pas le but de ceux
qui sont en train de le massacrer. Lamar, qui survit à
l'attaque avec une fracture du crâne et des lacérations
au visage et aux mains, passera plusieurs heures dans une
des salles de chirurgie du Hemrick Memorial Hospital.327
Le
lendemain, la presse locale, renseignée par la police
de Berkeley, met en première page un article sur
la série d'incidents. Parce qu'elles sont les plus
frappantes par la similitude de leur mode opératoire
et par leur dimension sadique, seules sont mentionnées
les attaques des tueurs aux tranchoirs. L'article insiste
sur la “gratuité” apparente
des actes : les victimes n'ont pas été volées
et lorsqu'il s'agissait de femmes, elles n'ont pas fait
l'objet d'agression sexuelle. Plus inhabituel, l'article
de l'Oakland Tribune signale aussi dès la première
page que les cibles de toutes attaques sont des personnes
de race blanche et leurs agresseurs, lorsque la victime
a survécu pour les décrire, sont systématiquement
des Noirs.328
Quelque part dans la baie de San Francisco, la publication
de cet article fait prendre conscience aux mystérieux
agresseurs que les diables blancs sont en train de s'apercevoir
de quelque chose. Les attaques au tranchoir et les exécutions
par balles vont cesser pendant 13 mois.
Elles
reprennent le 8 octobre 72 à Berkeley.
Alen Lee Brite, un blanc âgé de 29 ans, fait
du stop pour se rendre à une soirée à
Oakland lorsque, répétant à l'identique
le scénario de septembre 1970, une voiture s'arrête
et un automobiliste serviable l'invite à monter.
Vingt minutes plus tard, on retrouve son corps lacéré
à trois kilomètres de son point de départ.
Un fourreau qui traîne non loin indique aux policiers
que l'homme a été massacré à
coups de Machette.329
Quatre mois s'écoulent sans incident puis, en
février 1973, non loin d'un terrain de Golf, des
passants découvrent un jeune homme de 23 ans originaire
de Stockton baignant dans une mare de sang ; Clay T Calin
Jr, le corps lardé de coups de couteau au niveau
de la poitrine et des épaules, est à l'agonie.
Il décédera une dizaine de minutes après
son arrivée à l'hôpital.330
Deux mois plus tard, Thomas Mitchell
est à son tour victime d'une attaque “gratuite”
puis le chapelet d'agressions et de meurtres s'interrompt
à nouveau pour reprendre sept mois plus tard.331

Thomas
Garrison
Une ressemblance frappante avec une
autre victime, Robert Weinstein
|
Le
16 Septembre 1973 à Berkeley, Thomas Garrison, un
postier New Yorkais âgé de 32 ans en visite
chez des amis, les Stein, est en train de se promener nonchalamment
dans les rues de la ville lorsqu'il est cueilli par une
décharge de fusil qui lui transperce la poitrine.
La police ne peut établir aucun motif au meurtre
: Garrison n'a pas été volé et il ne
connaissait pour ainsi dire personne en ville. La presse
locale consacre un article au meurtre déconcertant
par sa “gratuité”.332
Le 20, Sonia C. Markovitch est victime d'une agression gratuite.
Le 25, Kirk Alan Hugues et Gordon
Swinford font les frais d'actes similaires.333
Le 27 septembre 1973, Robert M.
Weinstein, 27 ans, fait de l'auto-stop dans les environs
de Berkeley lorsqu'une camionnette bleue claire s'arrête
à côté de lui. Un automobiliste amical
- et noir - l'invite à monter pour faire un bout
de route. Au terme du parcours, Weinstein descend du véhicule.
Tandis qu'il s'en éloigne, la portière de
la camionnette, côté passager, s'ouvre derrière
lui et la bonne âme qui tenait le volant lui tire
deux coups de feu dans le dos à trois mètres
de distance. Par chance, alors qu'il est en train de tituber
sur le bord de la route, un automobiliste lui vient en aide
et l'emmène à l'hôpital. La police sera
frappée non seulement par le fait que l'arme utilisée
pour la tentative de meurtre est d'un type similaire à
celle qui a servi à tuer Garrison un mois plus tôt,
mais aussi par la ressemblance physique entre les deux hommes,
qui portent tous les deux une longue barbe.334
Le 06 octobre, Roger O'Meara est à
son tour la cible d'une des mystérieuses agressions.
Après cette attaque, la vague de violence, jusque
là cantonnée à l'Est de la Baie, va
la traverser : la page la plus sanglante de l'histoire du
crime à San Francisco s'ouvre.335
Le
20 octobre en soirée, Quita et
Richard Hague sont en train de prendre l'air en se promenant
dans un quartier de la ville lorsqu'un groupe de Noirs les
abordent. L'arme au poing, les inconnus entraînent
le couple jusqu'à une camionnette blanche garée
à l'écart dans laquelle ils tentent de contraindre
le couple à monter. Quita Hague parvient à
s'enfuir mais se ravisant, décide de retourner vers
le véhicule pour tenter de libérer son époux.
Les ravisseurs se saisissent de la jeune femme et la force
à monter dans le véhicule. Une voiture de
police à bord de laquelle des agents ont été
intrigués par le manège qui se déroule
autour de la camionnette s'approche. L'agent Markovich demande
à un des Noirs ce qu'ils sont en train de faire.
L'un d'eux lui répond innocemment qu'ils sont en
train de réparer un pneu crevé. Les hommes
ayant l'air calme, bien habillés, les policiers redémarrent
et s'éloignent. Dès que la voiture de police
a disparu, le groupe de Noirs entraînent ses captifs
entravés jusqu'à une zone industrielle déserte
où ils les massacrent à coups de Machette.
Quita Hague est presque décapitée par un des
tortionnaires. Son mari, Richard, le visage haché
jusqu'à l'os par les coups de lame, survivra à
ses blessures.336
Dix
jours plus tard, toujours à San Francisco, aux abords
d'une annexe de l'Université de Californie, un Noir
fait signe de s'arrêter à une jeune femme blanche
qui conduit une Mustang. Intriguée, l'automobiliste
attend et le laisse s'approcher. Lorsque l'inconnu arrive
au niveau de sa voiture, il en ouvre brusquement la portière
du côté passager et sort de ses vêtements
un semi-automatique : Frances Rose reçoit
deux balles dans la nuque, une troisième dans le
visage et une quatrième au côté droit.
Son agresseur s'enfuit mais, par un coup de chance qui ne
se reproduira plus, il est interpellé un peu plus
loin par une patrouille de police.337
Il s'appelle Jesse Lee Cook, c'est un délinquant
multirécidiviste condamné pour plusieurs braquages.
Au cours de son dernier séjour en prison, il a été
recruté par la Nation de l'Islam et a continué
à fréquenter activement le culte une fois
relâché. Le Musulman noir, s'il reconnaît
le meurtre de Frances Rose, se garde bien de dire qu'il
est un des hommes qui, le 20 octobre, ont agressé
les Hague.338
Entre le massacre au Machette et un meurtre commis avec
une arme à feu, les services de police ne font pas
le rapprochement.

Wayne
Stoeckman
il a survécu à l'attaque
de Leroy
2X Doctor
|
Le
09 Novembre 1973, Wayne Stoeckman, un employé de
PG&E, la compagnie d'électricité californienne,
est en train de faire ses relevés à Hunters
Point, un quartier de San Francisco, lorsqu'il est abordé
par un Noir d'une trentaine d'année qui lui demande
de lui indiquer la route pour se rendre à une station
service. L'homme est propre. Sa tenue - il porte sous son
manteau un costume, une chemise blanche et une cravate -
inspire la confiance. Stoeckmann le laisse s'approcher sans
méfiance. Arrivé à sa hauteur, le Noir
le pousse brusquement à l'écart de la rue,
contre une barrière, et sort de sa poche un revolver
qu'il pointe à la hauteur de son visage. Par réflexe,
l'électricien tourne la tête et se penche,
croit entendre un coup de feu, fait trois mètres
et tombe. Le Noir s'approche et lui pose le canon du revolver
sur le ventre pour l'achever. Stoeckmann, un ancien athlète,
saisit l'arme d'une poigne si ferme qu'il empêche
le cylindre de tourner et donc à un autre coup de
feu de partir. Une lutte s'engage entre les deux hommes,
La victime parvient à arracher l'arme des mains de
son agresseur et lui tire dessus à trois reprises,
le touchant à l'épaule et à l'estomac.
L'homme, qui s'enfuit, sera retrouvé par la police
quelques centaines de mètres plus loin: c'est un
Musulman noir nommé Leroy 2X
Doctor. Lorsque son arme est examinée par les services
de balistiques, on s'aperçoit que la seule balle
qui n'a pas été tirée est marquée
d'un “X”.339
A
la fin du mois, le 25 novembre, Saleem
Eraket, un épicier palestinien, est abattu dans son
arrière boutique de San Francisco.340
Le 03 décembre 1973, on découvre dans les
environs de Pleasantown, une ville de la rive Est de la
baie, les corps sans vie de Michael
Marie Shain, 30 ans et de Kathy Sue
Pethel, 27 ans. Les deux femmes - de race blanche - qui
ont quitté San Francisco quelques heures plus tôt
pour se rendre en auto-stop à Los Angeles ont été
tuées par balles et leurs cadavres ont été
abandonnés le long de l'Interstate 580.341
Le 11 décembre, un autre Blanc,
Paul Dancik est abattu dans les rues de San Francisco au
cours d'une agression que rien ne motive.342
Deux
jours plus tard, à la sortie d'une réunion
de travail visant à créer une clinique aux
abords du quartier noir de Potrero Hill, Art
Agnos, un jeune politicien blanc, est en train de discuter
avec deux femmes en marchant dans Winsconsin Street lorsqu'un
noir arrive dans sa direction en courant. L'inconnu lui
tire dessus à deux reprises, le blessant sérieusement,
puis disparaît aussi vite qu'il est arrivé.
Pas un mot n'a été proféré,
rien n'explique le geste de l'agresseur.343
Le même jour, dans un autre secteur de la ville, Marietta
DiGirolamo, une femme blanche âgée de 29 ans,
discute quelques instants dans la rue avec un Noir qui vient
de l'aborder. Tout d'un coup, l'homme recule, sort une arme,
ouvre le feu sur elle à trois reprises et, tandis
qu'elle rend l'âme, s'enfuit en courant.344
Le
20 décembre, trois attaques “gratuites”ont
lieu sur les deux rives de la Baie. Dans la journée,
on découvre dans le parking du Club de la faculté
des Femmes du Campus de Berkeley le corps lardé de
coups de couteaux d'Eric B. Abramson,
un étudiant âgé de 23 ans.345
Le soir à San Francisco, Ilario
Bertuccio, un octogénaire, est abattu de quatre balles
dans le corps en rentrant à son domicile.346
Dans les heures qui suivent, Theresa De Martini,
qui réside dans un quartier noir, devient, elle aussi,
la cible d'une tentative de meurtre. Au moment où
elle sort de sa voiture, elle reçoit trois balles
dans le corps, dont une lui touche la colonne vertébrale.347
Deux jours après, les tueurs noirs assassinent deux
autres personnes de race blanche dans les rues de San Francisco:
Mildred Hosler, 63 ans et
Neal Moynihan, 19 ans.348
Ces deux crimes marquent la fin d'une série de 24
agressions “gratuites” - et d'au moins 13 meurtres
- commises depuis le début du mois de Septembre contre
des Blancs. La vague de crimes va connaître un répit
de 5 semaines des deux côtés de la Baie.
Le
25 janvier 1974, la police procède au contrôle
d'identité du conducteur et des passagers d'un camion
de transport de poisson appartenant à un commerce
de la Nation de l'Islam. Quelques jours plus tôt,
deux personnes âgées ont été
agressée à leur domicile. L'une d'elle, une
nonagénaire, a été brutalisée
et violée après avoir acheté des oeufs
à un vendeur ambulant. L'autre, une vieille dame
de 81 ans, à qui on a dérobé 62 dollars,
a été poignardée à neuf reprises
par un homme venu lui vendre du poisson. Le contrôle
d'identité tourne rapidement à l'affrontement
lorsque les hommes refusent d'obtempérer. Une bousculade
éclate. Un des adeptes de la secte raciste, Larry
Ray Crosby, s'empare de l'arme de service d'un des agents,
William F. Cooper, et le frappe au
visage avec une telle violence qu'il lui brise la mâchoire.
Voyant son collègue en danger, un autre agent ouvre
le feu sur l'agresseur et le blesse à la poitrine,
à la colonne vertébrale et au poignet. Trois
autres hommes, Donald W. Craig, Robert Wright et Herbert
Tucker, sont également arrêtés pour
agression à main armée et violence envers
un agent.349
Deux
jours après l'incident, la Nation de l'Islam organise
à San Francisco une réunion de soutien aux
quatre hommes arrêtés. Comme dans beaucoup
de villes où Malcolm X est venu prêcher le
racisme anti-blanc et organiser le culte dans les années
60, la secte y a une mosquée et plusieurs commerces.350
A l'appel de John Muhammad, le dirigeant local du culte
anti-blanc, plus de deux mille extrémistes noirs
- dont moins de la moitié sont musulmans - se rassemblent
dans l'ancien Fillmore Auditorium, au croisement de Fillmore
Street et Geary Boulevard. Le prédicateur s'adresse
longuement à la foule, dénonce le harcèlement
policier, explique qu' “aucun des membres de la
nation de l'Islam ne porte, ne fut-ce qu'un canif.”
et déclare à une foule qui accueille ses paroles
avec autant de rage que d'enthousiasme que “Les
Noirs devraient en avoir assez que leurs frères noirs
soient abattus dans les rues.” 351
Le
lendemain à 19h50, à 400 mètres de
la mosquée de San Francisco, un carnage commence.
Un Noir âgé d'environ 25 ans, vêtu un
long imperméable de cuir sombre, se glisse derrière
une jeune femme blanche qui attend tranquillement un bus
au coin de Geary Boulevard et de Divisadero Street. Lorsqu'il
se juge suffisamment proche pour être sur de ne pas
rater sa cible, il sort une arme et tire à deux reprises
sur Tana Smith, 32 ans, avant de s'enfuir
à pied.
Quelques
dizaines de Minutes plus tard au coin de Divisadero Street
et de Fulton Street, un autre Blanc, Vincent
Wollin, est tué le jour de son 69ème anniversaire
par un homme qui lui tire également dans le dos.
Vers
21h15, John Bambic est pris à
parti par un Noir contre lequel il lutte brièvement
avant que l'assassin ne lui tire, à lui aussi, deux
balles dans le dos. Des témoins voient le tueur s'enfuir
dans une grosse voiture.
A
21h50 sur Silver Avenue, une quatrième personne de
race blanche est assassinée. Des personnes qui font
leur linge dans une laverie automatique voit un Noir d'environ
25 ans, portant un long imperméable de cuir noir
entrer précipitamment dans l'établissement,
s'approcher de Jane Holly, une femme
de 45 ans, lui tirer deux balles dans le dos et ressortir
tout aussi rapidement pour s'engouffrer dans une cadillac
noire.
A
21h55, une jeune femme de 23 ans est en train de sortir
du linge de sa voiture devant son domicile au 102 Edinburgh
Street lorsqu'un Noir s'approche d'elle et lui lance amicalement
“Salut, comment ça va ? ” Sur
ses mots, il braque son arme sur elle et lui tire deux balles
dans le corps avant de s'enfuir, encore une fois dans une
cadillac. Roxanne McMillan, mère
d'un petit bébé de quatre mois, est une des
deux victimes qui survivront ce soir là à
la série d'attaques racistes.
L'autre
rescapé s'appelle Thomas Bates.
Alors qu'à 01h50 du matin, ce jeune Blanc fait de
l'autostop à Emeryville, une petite ville située
juste à l'extrémité du Bay Bridge qui
relie San Francisco à l'Est de la Baie. Une cadillac
noire avec deux afro-américains à bord, arrive
dans sa direction. L'instant d'après, il est blessé
la hanche, à l'abdomen et au poignet par trois coups
de feu tirés de l'intérieur du véhicule.352
Le
lendemain, la série de meurtres fait la une des journaux
locaux. “Des tireurs abattent
quatre personnes à SF - Sacrifices Rituels ?”
titre l' Oakland Tribune. Pour la première fois,
la presse locale fait ouvertement un lien entre les différents
meurtres qui ont débutés en octobre à
San Francisco en se basant sur trois critères: le
fait que les meurtres sont “sans mobile”, qu'ils
impliquent systématiquement des tueurs noirs et des
victimes blanches, qu'un grand nombre ont été
commis avec un seul type d'arme. L'assassinat de Quita Hague
- parce qu'il a été commis au Machette - celui
de Frances Rose et l'agression contre Wayne Stoeckmann -
parce que leurs agresseurs ont déjà été
attrapés - ne sont pas comptés dans le lot.
Les meurtres commis sur la rive Est de la baie de San Francisco
ne sont pas non plus pris en compte. Charles Barca, le chef
des enquêteurs de la police de San Francisco affirme
que la possibilité d'un sacrifice rituel existe mais
que rien ne la prouve. Le nom de l'opération de police
est livré au Grand Jour : l'opération “Zebra”
est baptisée ainsi après la fréquence
radio utilisée par les policiers qui s'occupent de
l'affaire, mais la désignation va marquer la population
à cause des couleurs qu'elle évoque –
noir et blanc. La vague de meurtres racistes, la plus sanglante
de l'après guerre aux USA, deviendra connue sous
le nom de “Zebra Killings.”353
La
diffusion dans les médias de l'hypothèse selon
laquelle un culte de Noirs ferait des sacrifices de Blancs
provoque immédiatement une levée de bouclier
au sein de la communauté noire. Le 31 Janvier, Washington
E. Garner, le président de la direction de la Police,
qui est noir, demande qu'on ne mette pas l'accent sur la
dimension raciale des assassinats. Il affirme que la police
n'a aucune preuve de l'existence d'un culte raciste mais
affirme recevoir d'innombrables coups de fils anonymes de
Blancs qui menacent de représailles la communauté
noire. Son fils, l'inspecteur Rodney William Gardner, renchérit
qu'il n'y a “aucune preuve de l'existence d'un
groupe organisé”, qu'il n'a “jamais
entendu parler d'une telle secte” et de déclarer
“Je crois que la communauté noire est effrayée.”
354
Pourtant,
en évoquant la possibilité de sacrifices et
des meurtres rituels, les enquêteurs n'ont jamais
été aussi proches de la réalité.
Tout, à l'époque, pointe dans la direction
de la Nation de l'Islam.
Il
y a d'abord le fait que Jesse Lee Cook et Leroy 2X Doctor,
arrêtés dans des affaires similaires aux Zebra
Killings, sont tout les deux des musulmans noirs hors, depuis
les années 1960 et les apparitions télévisées
de Malcolm X, la secte est connue pour son racisme anti-blanc.
Il y a ensuite la coïncidence frappante entre la manifestation
organisée par John Muhammad et l'explosion de violence
raciste du lendemain, le premier meurtre de la soirée
ayant été commis à quatre cent mètre
à peine de la mosquée de San Francisco.
Il
y a enfin le lourd passif de violence de la secte dans la
baie de San Francisco, comme dans le reste des États
Unis, où les musulmans noirs ont laissé derrière
eux un véritable sillage de sang, que ce soit celui
des autres ou le leur.
En
février 1971, au cours d'un incident marqué
par l'influence de la Nation de l'Islam, John
Richards, un jeune Noir, abat deux policiers, David
Branhan et David Marks, dans un lycée
d'Oakland, et prend une femme et un enfant en otage avant
d'être blessé et maîtrisé par
la police. Tandis qu'on l'emmène sur une civière,
l'homme déclare aux représentants de la loi
“Vous m'avez tué. Vous êtes des diables
blancs et je suis un dieu noir.”360
En
Novembre 1971 à San Francisco, 2 musulmans noirs,
James et Johnnie May Davis sont abattus
dans leur sommeil par d'autres musulmans noirs appartenant
à une faction rivale.355
Quatre jours plus tard, une fusillade éclate à
Oakland au cours de laquelle trois autres musulmans noirs,
George Freddy Payne, David Williams et Lafayette Ziegler,
- chez qui on trouvera une abondante littérature
de la secte – assassinent Ronnie
Flenaugh, dit Al Rashid. Avant de fuir, ils abattent aussi
Kimberley Mapp, une petite fille de huit
ans, en lui mettant trois balles dans la tête.356
Le
21 du même mois, Charles Phillip
Willis et Freddie Let Webb, deux
autres musulmans noirs, sont exécutés d'une
balle dans la tête au terme d'une fusillade à
San Francisco.357
Au
début de l'année 1972, des musulmans noirs
assassinent Levi Bradfield, un autre
membre de la secte, en l'exécutant d'une balle dans
le cou. Ils tentent ensuite de tuer sa femme en lui mettant
un canon de pistolet dans la bouche avant de tirer, lui
explosant le faciès. Elle survit mais perd l'oeil
droit.358
En
Mai 1973 un autre musulman noir est abattu dans une station
service d'Oakland.359
Comme
sur la rive Est de la Baie en 1971, après que les
journaux locaux aient commencé à faire leurs
gros titres de la série d'agressions au tranchoir
et au Machette, l'évocation du “culte raciste”
va amener un calme de quelques mois sur San Francisco.

Tom
Rainwater
Abattu à 500 mètres
de la mosquée de la Nation de l'Islam
|
Les
violences racistes, lorsqu'elles reprennent, ont lieu à
500 mètres de la mosquée de la Nation de l'Islam
à San Francisco. Le 01 avril 1974 après avoir
mangé un en-cas, deux étudiants de l'école
de l'armée du Salut, Tom Rainwater,
19 ans, et Linda Story, 21 ans, attendent
le bus à l'angle de Geary Boulevard et de Webster
Street lorsqu'un Noir s'approche d'eux. Sans crier gare,
il sort une arme, la braque dans leur direction et ouvre
le feu à plusieurs reprises. Le jeune homme s'effondre,
mort sur le coup ; son amie, atteinte par deux balles, est
gravement blessée et emmenée d'urgence au
San Francisco Hospital.361
Le
14 avril, une nouvelle attaque raciste a lieu dans la même
rue que celle où se trouve la mosquée de la
Nation de l'Islam, à équidistance de celle-ci
et les locaux d'une compagnie de déménagement
qui lui appartient; la Black Self help Moving & Storage
Inc, située à l'angle de Hayes Street et de
Fillmore Street. Le mode opératoire des Zebra Killers
est désormais classique: des Blancs – il s'agit
en l'occurrence de deux adolescents - Ward
Anderson et Terry White - attendent
le bus et font, de surcroît, de l'autostop lorsqu'un
Noir s'approche d'eux d'un pas tranquille, sort une arme
à feu et leur tire dessus.362
Les jeunes gens échappent à la mort, mais
pas Nelson P. Shields IV, un jeune
diplômé qui est abattu quatre jours plus tard,
une fois encore par un Noir, encore une fois de façon
“gratuite” et “insensée”.363
Une
véritable psychose s'abat sur la ville. Le mot “Zebra”
est sur toutes les lèvres. Les tueurs deviennent
les nouveaux croquemitaines des enfants et les habitants
regardent nerveusement par dessus leurs épaules pour
s'assurer qu'un des mystérieux assassins noirs ne
se dirige pas vers eux. Le soir, chacun reste chez soi:
les salles de spectacles de North Beach - un des hauts lieux
de la vie nocturne franciscaine - voient leur fréquentation
s'effondrer.364
Pour
tenter d'attraper les Zebra Killers, le département
de police de San Francisco met en place toute une série
de mesures. Les effectifs mobilisés dans le cadre
de l'opération Zebra sont augmentés. Une récompense
de 30 000 Dollars est offerte à toute personne qui
fournira des informations permettant l'arrestation des tueurs.
Deux portraits robots sont diffusés dans la presse
locale. Une opération de contrôles d'identités
systématiques de tous les Noirs correspondant au
profil des tueurs est mise en place.365
Après avoir été interrogé par
des agents et afin d'éviter qu'il ne soit importuné
une nouvelle fois, chaque homme se voit remettre une carte
indiquant qu'il a fait l'objet d'un contrôle de police
tandis qu'une carte d'interrogatoire est conservée
par les service de police. En six jours, 560 personnes font
l'objet d'une vérification d'identité dans
les rues de la ville.366
Le
recours aux contrôles d'identité systématiques
n'est pas une nouveauté à San Francisco. En
1969, une mesure similaire a été prise lorsque
la police traquait le Zodiac Killer, un tueur en série
qui terrorisait la baie et dont l'identité, à
ce jour, reste un mystère. Les hommes blancs qui
correspondaient à son profil avaient été
systématiquement contrôlés sans que
cela suscite de controverse.367
Lors des Zebra Killings, l'attitude de la communauté
noire va être très différente et l'opération
de police déclenche immédiatement l'hystérie
de ses porte-paroles.
Deux
membres de l'association des psychologues noirs de la de
la baie et de l'association des psychologues noirs de Californie
du Nord, les docteurs William Pierce et Aubrey Bent, qualifient
les contrôles d'identités d' "inutiles"
et de “déshumanisant” déclarant
qu'ils risquent de déclencher “de violentes
confrontations et des réactions émotionnelles
explosives.”368
Les miliciens du Parti des Panthères Noires
les dénoncent comme “vicieux et racistes”.
Un célèbre pasteur noir de San Francisco,
le révérend Cecil Williams, de l'église
Méthodiste Glide, va jusqu'à déclarer
que les Noirs sont confrontés à un “état
policier” et il évoque “la possibilité
d'une guerre raciale.”369
Le
lendemain de l'assassinat de Nelson Shields, cinq représentants
de la communauté noire, les révérends
Hamilton T. Boswell et Frederick Douglas Haynes Jr., le
Docteur Carlton B. Goodlett, éditeur du Sun-Reporter,
Benjamin Criswell, un responsable de l'Association Nationale
pour l'Avancement des Gens de Couleurs et Joseph B. Williams,
un avocat, attaquent en justice la ville de San Francisco.
Dans leurs plainte, ils qualifient l'opération policière
et les interrogatoires de manifestations “d'esclavagisme
car seuls les membres de la race noire sont pris à
part dans le cadre d'un traitement discriminatoire”;
l'opération Zebra, consiste à interroger,
à fouiller, voir à détenir ou à
arrêter “tous les hommes noirs d'une catégorie
spécifique pour toute raison, y compris une enquête
sur un crime” et “constitue une fouille
générale qui est interdite” par
la constitution américaine. Le vendredi 19 avril,
Alfonso J. Zirpoli, le juge fédéral saisi
du dossier, refuse de donner l'ordre à la ville de
San Francisco de faire cesser immédiatement l'opération
Zebra et repousse la décision au mercredi suivant.370
Entre
temps, la violence commence à faire tâche d'huile
et s'étend à la capitale de la Californie.
Dans la soirée du 20 avril, Jerry
Bakaritch, un sergent de police, est agressé et blessé
dans une station service de Sacramento alors qu'il n'est
pas en service. Dans la matinée du 22 avril, Perry
Revel, un autre Blanc, est abattu sur Stockton Boulevard.
Le 24, Joseph Belmore, un vétéran
de la guerre du vietnam, est assassiné dans son salon
à North Highlands, une ville de la banlieue de Sacramento.
La police arrêtent trois hommes soupçonnés
d'être les tireurs fous après qu'un fusil d'un
modèle similaire à celui utilisé pendant
les trois agressions racistes ait été trouvé
dans leur voiture. Tous sont Noirs. Tous sont membres de
la Nation de l'Islam.371
Le
mercredi 25 avril, le juge Zirpoli rend un verdict en faveur
des plaignants noirs et de l'Association Nationale pour
l'Avancement des Gens de Couleurs en termes mesurés,
soulignant que les autorités de San Francisco ont
agit de “bonne foi”, lorsqu'elles ont
pris la décision d'interroger et de vérifier
l'identité de tous les hommes noirs correspondant
au profil des tueurs racistes. Il déclare néanmoins
que cette bonne foi n'est pas une justification suffisante
à de telles pratiques.372
L'opération
Zebra est de toute façon terminée. En mettant
la pression sur le segment de la communauté noire
auquel les tueurs sont susceptibles d'appartenir, la police
a obtenu un résultat capital: elle a été
contactée par un informateur fiable qui a été
impliqué dans plusieurs assassinats de Blancs. La
police avertit le maire de San Francisco que cet informateur
n'accepte de témoigner qu'à la condition d'obtenir
de lui en personne la garantie de ne faire l'objet d'aucune
poursuite. Dans la soirée du 27 avril, Joseph Alioto
interrompt une réunion de la campagne qu'il mène
pour être élu gouverneur de Californie et rentre
précipitamment en ville. Il ignore qu'on va lui raconter
le récit le plus hallucinant et le plus abject qu'il
entendra jamais.373
Lorsqu'ils
se rencontrent, l'informateur raconte au maire comment il
a été recruté dans les rangs de la
Nation de l'Islam pendant qu'il était en prison.
Il lui explique le credo raciste de la secte noire et lui
révèle qu'il existe, en son sein, un groupe
secret, Les Anges de la Mort, qui compte des adeptes dans
plusieurs villes des États Unis. Pour en être
membre à part entière, un homme doit assassiner
soit quatre enfants blancs, soit quatre ou cinq femmes blanches,
soit neuf hommes blancs.374
L'avancement au sein du groupe, dans lequel existe des grades,
dépend du nombre de personnes assassinées
par chaque postulant. Les meurtres les plus sadiques sont
particulièrement prisés de la société
secrète. Ses membres doivent fournir la preuve de
leurs meurtres sous forme d'une partie mutilée du
corps de leur victime ou de photographie. Pour illustrer
ses dires, l'informateur révèle à Alioto
qu'il était présent et accompagné de
deux hommes, dont un certain Larry Green, lors du meurtre
de Quita Hague – un crime que la presse n'avait pas
associé à la série des Zebra Killings.
Ce soir là, raconte-t-il, il a vu des flashes crépiter
pendant l'agression, tandis qu'un de ses deux acolytes photographiait
le carnage.375
L'autre personne impliquée dans le meurtre se nomme
Jesse Lee Cook. C'est le musulman noir emprisonné
pour le meurtre de Frances Rose, autre assassinat que la
presse n'a pas lié aux Zebra Killings.
L'informateur
revient aussi en longueur sur la série de meurtres
du 28 janvier. Ils auraient été motivés,
selon lui, par la frustration de J. C. Simon, un des membres
du groupe qui, n'ayant pas assez de meurtres de diables
blancs à son actif, s'était vu refuser une
promotion au grade de lieutenant au sein des anges de la
mort. Un troisième homme nommé Manuel Moore,
révèle-t-il, les accompagnait ce soir là.376
L'homme
décrit longuement une partie des meurtres anti-blancs
qui viennent de terroriser la ville, certains pendant lesquels
il était présent mais auxquels il affirme
ne pas avoir participer bien qu'on lui ait ordonné
de tuer un diable blanc pour prouver sa loyauté au
groupe. Il en évoque d'autres, dont les auteurs lui
ont parlé. Selon lui, il n'y a pas de mode opératoire
spécifique aux différents crimes, qui ne sont
pas nécessairement commis avec une arme à
feu - ce qui avait été considéré
comme le point commun entre tous les Zebra Killings à
San Francisco - mais aussi en poignardant, en hachant ou
en lacérant les victimes à mort avec des couteaux,
des hachoirs ou des machettes.377
Le groupe, affirme-t-il, s'attaque particulièrement
aux auto-stoppeurs qui constituent des proies faciles.378
Certaines
victimes, d'après le repenti, ont été
tuées et torturées dans les locaux du “Black
Self Help Moving & Storage Inc” une entreprise
de déménagement appartenant à la Nation
de l'Islam situé au 1645 Market Street. Il raconte
comment, en décembre 1973, il a vu un homme blanc
ligoté nu et baillonné pendant des heures
dans ses locaux, des membres de la Nation de l'Islam montant
occasionnellement le voir pour l'insulter et lui uriner
dessus, avant de le dépecer, de lui trancher les
mains, les pieds, la tête et de lier son cadavre avec
du fil de fer barbelé pour lui donner l'aspect d'une
dinde de Thanksgiving. Les anges de la Mort lui ont ensuite
attribué la mission de se débarrasser du corps
emballé sous plastique, qu'il a jeté dans
la baie. La police a vérifié ses dires et
seule une personne liée au meurtre pouvait savoir
de quel façon le cadavre de l'homme - rebaptisé
“John Doe #169” car son identité
n'a jamais été retrouvée – avait
été mutilé.379
Selon l'informateur, ce type d'incident, loin d'être
isolé, se serait reproduit à plusieurs reprises
et il aurait aidé les anges de la mort à se
débarrasser d'une quarantaine de paquets contenant
des morceaux de corps humains en les jetant à la
mer ou dans des bennes à ordure...380
Dans
la journée qui suit les révélations
du repenti, en se basant sur son témoignage et avec
l'aide officielle ou officieuse des services de police de
différentes villes de la Baie de San Francisco, Joseph
Alioto rassemble toutes les informations possibles sur les
meurtres attribués aux Anges de la mort en Californie.
Le 29 avril, au cours d'une conférence de presse,
il révèle leur existence et présente
une liste de près de 80 meurtres attribués
au groupe de tueurs anti-blancs. Un grand nombre de ces
crimes se sont produits à l'Est de la baie. Beaucoup
d'autres à San Francisco même, quelques uns
enfin à Sacramento et dans différents quartiers
de Los Angeles.381
Le
01 mai au petit matin, une centaine de policiers mènent
un raid sur les locaux du “Black Self Help Moving
& Storage Inc” la compagnie de déménagement
de la Nation de l'Islam. Lors de la perquisition des locaux,
ils trouvent la camionnette blanche de Larry Green, qui
a servie à kidnapper les Hague ainsi qu'une scie
à main, des arcs et des flèches, une lance,
une fauçille, une hache, une hachette, un machette,
cinq couteaux et un rouleau de corde. Ils arrêtent
Thomas Manney, Edgar J. Burton et Clarence Jamerson. Deux
autres suspects, J.C. Simon et Larry Green, sont appréhendés
au domicile de Green, où on retrouve encore de la
corde, ainsi que deux épées avec leurs fourreaux.382
un sixième homme, Dwight Stallings, est appréhendé
au 630 Central Street. Un septième, Manuel Moore,
est lui-aussi arrêté dans le cadre de l'opération
de police. Tous, à l'exception de Jamerson, sont
des membres de la Nation de l'Islam.
Les
témoins de différents meurtres n'ayant pu
les identifier, Stallings, Jamerson, Manney et Burton sont
rapidement relâchés par manque de preuve au
terme de leur garde à vue, bien que les inspecteurs
chargés de l'enquête sachent que certains ont
participé, d'une façon ou d'une autre, aux
meurtres.383
Stallings, par exemple, a acheté les munitions utilisées
par les tireurs.384
Des années plus tard, on retrouvera son cadavre dans
une voiture sur les quais de San Francisco ; les circonstances
de sa mort ne seront jamais élucidées.385
Green, Moore et Simon, eux, restent en détention
et sont inculpés de meurtres et de tentatives de
meurtre.
Une
des premières réactions publiques aux arrestations
est celle de la Nation de l'Islam. Le 05 mai, à l'appel
de John Muhammad, un millier de personne se réunissent
à nouveau pour manifester leur soutien aux quatre
musulmans noirs inculpés d'avoir participé
aux Zebra Killings. Le précheur révèle
publiquement l'identité de l'homme qui a parlé
aux autorités ; il s'agit Anthony Harris, un résident
d'Oakland. Le mois suivant, celui ci sera amené à
témoigner devant la justice.386

Janet
Rodgers
La dernière victime ?
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Si
les arrestations ont mis un terme à la vague de haine
raciale qui a secoué la ville, une dernière
attaque répondant au mode opératoire des “anges
de la mort” se produit en Janvier 1975. Deux
jeunes femmes d'une vingtaine d'année, Janet
Rodgers et Julia Kehling,
font de l'autostop à Pacifica pour se rendre à
San Francisco lorsqu'un jeune Noir s'arrête et leur
propose de terminer le trajet avec lui. Sans méfiance,
les deux blanches montent dans son véhicule et la
conversation s'engage. Elles lui expliquent qu'elles viennent
de l'Ohio ; le conducteur leur offre de faire un détour
par North Beach, une plage isolée proche de San Francisco,
pour découvrir une vue imprenable de la baie. Le
petit groupe quitte bientôt la voiture et marche vers
le rivage lorsque, sans que les jeunes femmes s'en aperçoivent,
le Noir sort une arme à feu et tire une première
fois dans le dos de Janet Rodgers, qui tombe sur Julia et
la pousse au sol ; son cadavre va servir de bouclier à
son amie. Tandis que l'agresseur tire à plusieurs
reprises sur les deux jeunes femmes, Julia Kehling, bien
que blessée au cou, fait semblant d'être morte
jusqu'au moment où le tueur s'enfuit en courant.
“Un autre “Zebra Killing?” se
demande le lendemain l' Oakland Tribune.387
Le
procès de Green , Simon, Cook et Moore commence en
Mars 1975. Il faudra quatre semaines pour sélectionner
un jury de cinq hommes et sept femmes, parmi lesquels on
compte deux Noirs et deux Asiatiques.388
Le procès lui même va durer un an; ce sera
- à l'époque - le plus long de l'histoire
de la Californie. Une juré met au monde un enfant,
la procédure est interrompue à plusieurs reprises
par les maladies de l'un ou l'autre des avocats. Une carte
sur laquelle sont signalés les différents
meurtres commis à San Francisco est affichée
en permanence dans la salle d'audience et on organise même
un circuit en bus pour que les membres du jury puissent
voir les lieux où se sont déroulés
les meurtres. Au fil des mois, cent quatre vingt un témoins
vont se succéder. Bien que les quatre musulmans noirs
ne soient pas inculpés de tous les Zebra Killings
commis à San Francisco, une vingtaine de meurtres
et d'agressions sera passée en revue pour mettre
en lumière l'aspect organisé de ceux-ci.389
Le
13 Mars 1976, le jury rend son verdict. Les quatre accusés
sont déclarés coupables d'avoir tué
et blessé des personnes de race blanche dans le cadre
des activités d'un culte raciste. Ce verdict ne concerne
toutefois que trois meurtres sur les quatorze Zebra Killings
qui ont eu lieu à San Francisco.390
Se basant principalement sur le témoignage d'Anthony
Harris, et bien que la police ait montré que les
assassinat par balles avaient été commis avec
la même arme, un calibre 32, la justice n'est pas
parvenue à établir qui tenait l'arme aux moment
des crimes. De plus, le témoignage de son informateur
ne concernait que les crimes commis à San Francisco
dont il avait été directement témoin
ou qu'on lui avait rapporté. Nul ne saura jamais
à combien d'autres assassinats les musulmans noirs
ont été associés.
A
la fin du mois de Mars, les quatre adeptes de la Nation
de l'Islam, à qui la secte a fournit des avocats,
seront condamnés à la prison à perpétuité.
En rendant les sentences et en faisant référence
aux autres victimes des “anges de la mort” tuées
à San Francisco, le juge Joseph Karesh déclarera
qu'il espère “que ces autres victimes ne
seront pas oubliées.” 391
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