Chapitre 05 : Les Zebra Killings  
     
 

Le 20 Août 1970 dans la ville Estudiantine de Berkeley, dans la baie de San Francisco, un agent de police, Ronald Tsukamoto, est en train de réprimander un motard qui vient de faire un demi-tour interdit lorsqu'un homme marche vers lui d'un pas tranquille. Arrivé à son niveau, le piéton sort une arme à feu et, froidement, abat le représentant de la loi avant de s'enfuir. La police locale soupçonnera ce meurtre d'être le premier d'une série de crimes racistes qui vont faire trembler la baie de San Francisco pendant quatre ans.315

Un mois plus tard, le 14 Septembre 1970, toujours à Berkeley, Danny Crawford, un jeune Blanc âgé de 21 ans, est en train de lever le pouce au bord d'une route lorsqu'une voiture s'arrête près de lui. L'automobiliste et son passager lui proposent aimablement de faire un bout de chemin. L'autostoppeur ne se fait pas prier pour monter à bord du véhicule et se voit déjà arrivé à bon port lorsqu'arrivée à Oakland, une ville voisine, la voiture s'arrête brusquement. Les deux bons samaritains descendent du véhicule et en tirent Danny. L'un d'eux le ceinture ; son acolyte, un tranchoir à viande à la main, se met à lui hacher le visage à coups de lame.316 Six semaines plus tard, la police locale trouve dans un jardin de Berkeley le cadavre d'un autre jeune homme dont le corps est strié de lacérations sanglantes infligées à l'aide d'une hache ou d'un tranchoir. Rien, sur le jeune homme ne permet de déterminer son identité, qui ne sera jamais connue. Ses vêtements ne contiennent qu'un penny et un peigne.317

Deux jours après cette découverte, le 27 octobre 1970, près d'University Avenue, une série de détonations claque dans l'air. Un passant et un automobiliste, qui tournent la tête en direction des coups de feu, aperçoivent un homme blanc qui titube un bref instant avant de s'effondrer, mort, sur la chaussée : une balle vient de traverser la poitrine de Norman B. Wagner de part en part. Un autre lui a traversé l'épaule avant de se loger dans son flanc gauche. On lui a tiré dans le dos.318 Le même jour à Oakland, Albert D. Smith est plongé sous le capot de sa voiture en train de bricoler lorsqu'on s'approche derrière lui. Avant qu'il n'ait le temps de réaliser ce qui arrive, on lui tire dessus quatre reprises, sans motif apparent. Chanceux, il survivra à ses blessures.319

Deux semaines passent. Le 10 novembre au soir, Griswold Wilson, un quinquagénaire, promène tranquillement son chien dans les rues de Berkeley lorsqu'un homme s'approche de lui et, sans raison, sans provocation, sort un pistolet et lui met une balle dans la tête sans autre forme de procès.320 Le même jour à Oakland sur Minilla avenue, non loin de la 45ème rue, on retrouve le corps sans vie de James Larson, un étudiant âgé de 21 ans. Aucun motif ne vient expliquer le meurtre et la police ne trouve aucun d'indice qui permette de résoudre ce crime apparemment gratuit.321

La série d'agressions insensées s'interrompt alors quelques mois pour reprendre avec une intensité croissante à partir du 27 Juillet 1971. Ce jour là, James Cowen, 22 ans, est agressé par deux Noirs qui le frappent à coups de tranchoir à viande. Seize jours plus tard, Henri Bennett, un autre blanc, lui aussi âgé de 22 ans, est agressé par deux hommes et reçoit à son tour des coups de tranchoir à viande.322 Le 18 Août, Joseph Rusnak et Allison Hassendorfer, deux jeunes touristes d'une vingtaine d'année sont en train de se reposer dans une voiture garée sur Grizzly Park Boulevard, non loin de Tilden Park, lorsque deux Noirs leurs ordonnent de sortir de leur voiture. Naïvement, Craignant peut-être d'être accusés de racisme s'ils font preuve d'une prudence qui serait automatiquement interprétée comme de la méfiance, le jeune couple de Blancs sort de la voiture. Aussitôt, sans un mot, les deux inconnus se jettent sur eux et commencent à les frapper à coups de machette. Le couple possède 800 dollars mais il n'est question d'argent à aucun moment ; la violence, seule, semble motiver l'agression.323 Le 29 Août, toujours à Berkeley, une étudiante, Jane F. Oleyar, est à son tour agressée à coups de tranchoir au proximité du carrefour de Fulton Street et Derby Streets.324

Cinq jours plus tard, le 02 Septembre à Eldridge Avenue à Hayward, une autre ville proche de Berkeley, Arthur E. Silva est en train de bricoler sur sa voiture lorsqu'il sent un choc sur sa nuque, complètement absorbé par ses activités, il n'a pas entendu trois Noirs qui, discrètement, se sont faufilés derrière lui. Lorsqu'il se retourne pour leur faire face, les comparses commencent à lui lacérer le visage, le cou et la tête en lui assénant des coups de tranchoir. Tandis qu'il lutte, tant bien que mal, contre ses agresseurs, il a le réflexe de hurler ; l'arrivée de ses voisins provoquent la fuite des trois individus.325

Le 19, Raymon Novack, 60 ans, regarde tranquillement la télévision dans son salon, à Oakland lorsque cinq coups de feu retentissent. Trois balles traversent sa fenêtre, l'atteignent et le tuent. Encore un meurtre sans mobile. Le même jour, dans la même ville, Ernie Styrmann, un chauffeur de Taxi résidant à San Francisco, est en train de marcher tranquillement dans la rue lorsqu'il est abattu d'une balle dans la tête.326

Trois jours plus tard à trois heures du matin, un étudiant de l'université de Berkeley, Bruce Lamar, rentre chez lui après avoir passé une partie de la nuit à mener des expériences dans le laboratoire du campus. Arrivé à proximité de Virginia et de Grove Street, deux Noirs, tranchoir à la main, l'agressent sauvagement. L'attaque tourne à la boucherie lorsque le jeune Blanc, frappé à la tête, tente par réflexe de se protéger le visage avec les mains. La lame qui s'abat sans relâche lui sectionne plusieurs tendons. “Je n'ai pas d'argent” hurle le jeune homme tandis qu'il se débat. Rien n'y fait: voler n'est pas le but de ceux qui sont en train de le massacrer. Lamar, qui survit à l'attaque avec une fracture du crâne et des lacérations au visage et aux mains, passera plusieurs heures dans une des salles de chirurgie du Hemrick Memorial Hospital.327

Le lendemain, la presse locale, renseignée par la police de Berkeley, met en première page un article sur la série d'incidents. Parce qu'elles sont les plus frappantes par la similitude de leur mode opératoire et par leur dimension sadique, seules sont mentionnées les attaques des tueurs aux tranchoirs. L'article insiste sur la “gratuité” apparente des actes : les victimes n'ont pas été volées et lorsqu'il s'agissait de femmes, elles n'ont pas fait l'objet d'agression sexuelle. Plus inhabituel, l'article de l'Oakland Tribune signale aussi dès la première page que les cibles de toutes attaques sont des personnes de race blanche et leurs agresseurs, lorsque la victime a survécu pour les décrire, sont systématiquement des Noirs.328 Quelque part dans la baie de San Francisco, la publication de cet article fait prendre conscience aux mystérieux agresseurs que les diables blancs sont en train de s'apercevoir de quelque chose. Les attaques au tranchoir et les exécutions par balles vont cesser pendant 13 mois.

Elles reprennent le 8 octobre 72 à Berkeley. Alen Lee Brite, un blanc âgé de 29 ans, fait du stop pour se rendre à une soirée à Oakland lorsque, répétant à l'identique le scénario de septembre 1970, une voiture s'arrête et un automobiliste serviable l'invite à monter. Vingt minutes plus tard, on retrouve son corps lacéré à trois kilomètres de son point de départ. Un fourreau qui traîne non loin indique aux policiers que l'homme a été massacré à coups de Machette.329 Quatre mois s'écoulent sans incident puis, en février 1973, non loin d'un terrain de Golf, des passants découvrent un jeune homme de 23 ans originaire de Stockton baignant dans une mare de sang ; Clay T Calin Jr, le corps lardé de coups de couteau au niveau de la poitrine et des épaules, est à l'agonie. Il décédera une dizaine de minutes après son arrivée à l'hôpital.330 Deux mois plus tard, Thomas Mitchell est à son tour victime d'une attaque “gratuite” puis le chapelet d'agressions et de meurtres s'interrompt à nouveau pour reprendre sept mois plus tard.331


Thomas Garrison
Une ressemblance frappante avec une autre victime, Robert Weinstein

Le 16 Septembre 1973 à Berkeley, Thomas Garrison, un postier New Yorkais âgé de 32 ans en visite chez des amis, les Stein, est en train de se promener nonchalamment dans les rues de la ville lorsqu'il est cueilli par une décharge de fusil qui lui transperce la poitrine. La police ne peut établir aucun motif au meurtre : Garrison n'a pas été volé et il ne connaissait pour ainsi dire personne en ville. La presse locale consacre un article au meurtre déconcertant par sa “gratuité”.332 Le 20, Sonia C. Markovitch est victime d'une agression gratuite. Le 25, Kirk Alan Hugues et Gordon Swinford font les frais d'actes similaires.333 Le 27 septembre 1973, Robert M. Weinstein, 27 ans, fait de l'auto-stop dans les environs de Berkeley lorsqu'une camionnette bleue claire s'arrête à côté de lui. Un automobiliste amical - et noir - l'invite à monter pour faire un bout de route. Au terme du parcours, Weinstein descend du véhicule. Tandis qu'il s'en éloigne, la portière de la camionnette, côté passager, s'ouvre derrière lui et la bonne âme qui tenait le volant lui tire deux coups de feu dans le dos à trois mètres de distance. Par chance, alors qu'il est en train de tituber sur le bord de la route, un automobiliste lui vient en aide et l'emmène à l'hôpital. La police sera frappée non seulement par le fait que l'arme utilisée pour la tentative de meurtre est d'un type similaire à celle qui a servi à tuer Garrison un mois plus tôt, mais aussi par la ressemblance physique entre les deux hommes, qui portent tous les deux une longue barbe.334 Le 06 octobre, Roger O'Meara est à son tour la cible d'une des mystérieuses agressions. Après cette attaque, la vague de violence, jusque là cantonnée à l'Est de la Baie, va la traverser : la page la plus sanglante de l'histoire du crime à San Francisco s'ouvre.335

Le 20 octobre en soirée, Quita et Richard Hague sont en train de prendre l'air en se promenant dans un quartier de la ville lorsqu'un groupe de Noirs les abordent. L'arme au poing, les inconnus entraînent le couple jusqu'à une camionnette blanche garée à l'écart dans laquelle ils tentent de contraindre le couple à monter. Quita Hague parvient à s'enfuir mais se ravisant, décide de retourner vers le véhicule pour tenter de libérer son époux. Les ravisseurs se saisissent de la jeune femme et la force à monter dans le véhicule. Une voiture de police à bord de laquelle des agents ont été intrigués par le manège qui se déroule autour de la camionnette s'approche. L'agent Markovich demande à un des Noirs ce qu'ils sont en train de faire. L'un d'eux lui répond innocemment qu'ils sont en train de réparer un pneu crevé. Les hommes ayant l'air calme, bien habillés, les policiers redémarrent et s'éloignent. Dès que la voiture de police a disparu, le groupe de Noirs entraînent ses captifs entravés jusqu'à une zone industrielle déserte où ils les massacrent à coups de Machette. Quita Hague est presque décapitée par un des tortionnaires. Son mari, Richard, le visage haché jusqu'à l'os par les coups de lame, survivra à ses blessures.336

Dix jours plus tard, toujours à San Francisco, aux abords d'une annexe de l'Université de Californie, un Noir fait signe de s'arrêter à une jeune femme blanche qui conduit une Mustang. Intriguée, l'automobiliste attend et le laisse s'approcher. Lorsque l'inconnu arrive au niveau de sa voiture, il en ouvre brusquement la portière du côté passager et sort de ses vêtements un semi-automatique : Frances Rose reçoit deux balles dans la nuque, une troisième dans le visage et une quatrième au côté droit. Son agresseur s'enfuit mais, par un coup de chance qui ne se reproduira plus, il est interpellé un peu plus loin par une patrouille de police.337 Il s'appelle Jesse Lee Cook, c'est un délinquant multirécidiviste condamné pour plusieurs braquages. Au cours de son dernier séjour en prison, il a été recruté par la Nation de l'Islam et a continué à fréquenter activement le culte une fois relâché. Le Musulman noir, s'il reconnaît le meurtre de Frances Rose, se garde bien de dire qu'il est un des hommes qui, le 20 octobre, ont agressé les Hague.338 Entre le massacre au Machette et un meurtre commis avec une arme à feu, les services de police ne font pas le rapprochement.


Wayne Stoeckman
il a survécu à l'attaque de
Leroy 2X Doctor

Le 09 Novembre 1973, Wayne Stoeckman, un employé de PG&E, la compagnie d'électricité californienne, est en train de faire ses relevés à Hunters Point, un quartier de San Francisco, lorsqu'il est abordé par un Noir d'une trentaine d'année qui lui demande de lui indiquer la route pour se rendre à une station service. L'homme est propre. Sa tenue - il porte sous son manteau un costume, une chemise blanche et une cravate - inspire la confiance. Stoeckmann le laisse s'approcher sans méfiance. Arrivé à sa hauteur, le Noir le pousse brusquement à l'écart de la rue, contre une barrière, et sort de sa poche un revolver qu'il pointe à la hauteur de son visage. Par réflexe, l'électricien tourne la tête et se penche, croit entendre un coup de feu, fait trois mètres et tombe. Le Noir s'approche et lui pose le canon du revolver sur le ventre pour l'achever. Stoeckmann, un ancien athlète, saisit l'arme d'une poigne si ferme qu'il empêche le cylindre de tourner et donc à un autre coup de feu de partir. Une lutte s'engage entre les deux hommes, La victime parvient à arracher l'arme des mains de son agresseur et lui tire dessus à trois reprises, le touchant à l'épaule et à l'estomac. L'homme, qui s'enfuit, sera retrouvé par la police quelques centaines de mètres plus loin: c'est un Musulman noir nommé Leroy 2X Doctor. Lorsque son arme est examinée par les services de balistiques, on s'aperçoit que la seule balle qui n'a pas été tirée est marquée d'un “X”.339

A la fin du mois, le 25 novembre, Saleem Eraket, un épicier palestinien, est abattu dans son arrière boutique de San Francisco.340 Le 03 décembre 1973, on découvre dans les environs de Pleasantown, une ville de la rive Est de la baie, les corps sans vie de Michael Marie Shain, 30 ans et de Kathy Sue Pethel, 27 ans. Les deux femmes - de race blanche - qui ont quitté San Francisco quelques heures plus tôt pour se rendre en auto-stop à Los Angeles ont été tuées par balles et leurs cadavres ont été abandonnés le long de l'Interstate 580.341 Le 11 décembre, un autre Blanc, Paul Dancik est abattu dans les rues de San Francisco au cours d'une agression que rien ne motive.342

Deux jours plus tard, à la sortie d'une réunion de travail visant à créer une clinique aux abords du quartier noir de Potrero Hill, Art Agnos, un jeune politicien blanc, est en train de discuter avec deux femmes en marchant dans Winsconsin Street lorsqu'un noir arrive dans sa direction en courant. L'inconnu lui tire dessus à deux reprises, le blessant sérieusement, puis disparaît aussi vite qu'il est arrivé. Pas un mot n'a été proféré, rien n'explique le geste de l'agresseur.343 Le même jour, dans un autre secteur de la ville, Marietta DiGirolamo, une femme blanche âgée de 29 ans, discute quelques instants dans la rue avec un Noir qui vient de l'aborder. Tout d'un coup, l'homme recule, sort une arme, ouvre le feu sur elle à trois reprises et, tandis qu'elle rend l'âme, s'enfuit en courant.344

Le 20 décembre, trois attaques “gratuites”ont lieu sur les deux rives de la Baie. Dans la journée, on découvre dans le parking du Club de la faculté des Femmes du Campus de Berkeley le corps lardé de coups de couteaux d'Eric B. Abramson, un étudiant âgé de 23 ans.345 Le soir à San Francisco, Ilario Bertuccio, un octogénaire, est abattu de quatre balles dans le corps en rentrant à son domicile.346 Dans les heures qui suivent, Theresa De Martini, qui réside dans un quartier noir, devient, elle aussi, la cible d'une tentative de meurtre. Au moment où elle sort de sa voiture, elle reçoit trois balles dans le corps, dont une lui touche la colonne vertébrale.347 Deux jours après, les tueurs noirs assassinent deux autres personnes de race blanche dans les rues de San Francisco: Mildred Hosler, 63 ans et Neal Moynihan, 19 ans.348 Ces deux crimes marquent la fin d'une série de 24 agressions “gratuites” - et d'au moins 13 meurtres - commises depuis le début du mois de Septembre contre des Blancs. La vague de crimes va connaître un répit de 5 semaines des deux côtés de la Baie.


Le 25 janvier 1974, la police procède au contrôle d'identité du conducteur et des passagers d'un camion de transport de poisson appartenant à un commerce de la Nation de l'Islam. Quelques jours plus tôt, deux personnes âgées ont été agressée à leur domicile. L'une d'elle, une nonagénaire, a été brutalisée et violée après avoir acheté des oeufs à un vendeur ambulant. L'autre, une vieille dame de 81 ans, à qui on a dérobé 62 dollars, a été poignardée à neuf reprises par un homme venu lui vendre du poisson. Le contrôle d'identité tourne rapidement à l'affrontement lorsque les hommes refusent d'obtempérer. Une bousculade éclate. Un des adeptes de la secte raciste, Larry Ray Crosby, s'empare de l'arme de service d'un des agents, William F. Cooper, et le frappe au visage avec une telle violence qu'il lui brise la mâchoire. Voyant son collègue en danger, un autre agent ouvre le feu sur l'agresseur et le blesse à la poitrine, à la colonne vertébrale et au poignet. Trois autres hommes, Donald W. Craig, Robert Wright et Herbert Tucker, sont également arrêtés pour agression à main armée et violence envers un agent.349

Deux jours après l'incident, la Nation de l'Islam organise à San Francisco une réunion de soutien aux quatre hommes arrêtés. Comme dans beaucoup de villes où Malcolm X est venu prêcher le racisme anti-blanc et organiser le culte dans les années 60, la secte y a une mosquée et plusieurs commerces.350 A l'appel de John Muhammad, le dirigeant local du culte anti-blanc, plus de deux mille extrémistes noirs - dont moins de la moitié sont musulmans - se rassemblent dans l'ancien Fillmore Auditorium, au croisement de Fillmore Street et Geary Boulevard. Le prédicateur s'adresse longuement à la foule, dénonce le harcèlement policier, explique qu' “aucun des membres de la nation de l'Islam ne porte, ne fut-ce qu'un canif.” et déclare à une foule qui accueille ses paroles avec autant de rage que d'enthousiasme que “Les Noirs devraient en avoir assez que leurs frères noirs soient abattus dans les rues.” 351

Le lendemain à 19h50, à 400 mètres de la mosquée de San Francisco, un carnage commence. Un Noir âgé d'environ 25 ans, vêtu un long imperméable de cuir sombre, se glisse derrière une jeune femme blanche qui attend tranquillement un bus au coin de Geary Boulevard et de Divisadero Street. Lorsqu'il se juge suffisamment proche pour être sur de ne pas rater sa cible, il sort une arme et tire à deux reprises sur Tana Smith, 32 ans, avant de s'enfuir à pied.

Quelques dizaines de Minutes plus tard au coin de Divisadero Street et de Fulton Street, un autre Blanc, Vincent Wollin, est tué le jour de son 69ème anniversaire par un homme qui lui tire également dans le dos.

Vers 21h15, John Bambic est pris à parti par un Noir contre lequel il lutte brièvement avant que l'assassin ne lui tire, à lui aussi, deux balles dans le dos. Des témoins voient le tueur s'enfuir dans une grosse voiture.

A 21h50 sur Silver Avenue, une quatrième personne de race blanche est assassinée. Des personnes qui font leur linge dans une laverie automatique voit un Noir d'environ 25 ans, portant un long imperméable de cuir noir entrer précipitamment dans l'établissement, s'approcher de Jane Holly, une femme de 45 ans, lui tirer deux balles dans le dos et ressortir tout aussi rapidement pour s'engouffrer dans une cadillac noire.

A 21h55, une jeune femme de 23 ans est en train de sortir du linge de sa voiture devant son domicile au 102 Edinburgh Street lorsqu'un Noir s'approche d'elle et lui lance amicalement “Salut, comment ça va ? ” Sur ses mots, il braque son arme sur elle et lui tire deux balles dans le corps avant de s'enfuir, encore une fois dans une cadillac. Roxanne McMillan, mère d'un petit bébé de quatre mois, est une des deux victimes qui survivront ce soir là à la série d'attaques racistes.

L'autre rescapé s'appelle Thomas Bates. Alors qu'à 01h50 du matin, ce jeune Blanc fait de l'autostop à Emeryville, une petite ville située juste à l'extrémité du Bay Bridge qui relie San Francisco à l'Est de la Baie. Une cadillac noire avec deux afro-américains à bord, arrive dans sa direction. L'instant d'après, il est blessé la hanche, à l'abdomen et au poignet par trois coups de feu tirés de l'intérieur du véhicule.352

Le lendemain, la série de meurtres fait la une des journaux locaux. “Des tireurs abattent quatre personnes à SF - Sacrifices Rituels ?” titre l' Oakland Tribune. Pour la première fois, la presse locale fait ouvertement un lien entre les différents meurtres qui ont débutés en octobre à San Francisco en se basant sur trois critères: le fait que les meurtres sont “sans mobile”, qu'ils impliquent systématiquement des tueurs noirs et des victimes blanches, qu'un grand nombre ont été commis avec un seul type d'arme. L'assassinat de Quita Hague - parce qu'il a été commis au Machette - celui de Frances Rose et l'agression contre Wayne Stoeckmann - parce que leurs agresseurs ont déjà été attrapés - ne sont pas comptés dans le lot. Les meurtres commis sur la rive Est de la baie de San Francisco ne sont pas non plus pris en compte. Charles Barca, le chef des enquêteurs de la police de San Francisco affirme que la possibilité d'un sacrifice rituel existe mais que rien ne la prouve. Le nom de l'opération de police est livré au Grand Jour : l'opération “Zebra” est baptisée ainsi après la fréquence radio utilisée par les policiers qui s'occupent de l'affaire, mais la désignation va marquer la population à cause des couleurs qu'elle évoque – noir et blanc. La vague de meurtres racistes, la plus sanglante de l'après guerre aux USA, deviendra connue sous le nom de “Zebra Killings.”353

La diffusion dans les médias de l'hypothèse selon laquelle un culte de Noirs ferait des sacrifices de Blancs provoque immédiatement une levée de bouclier au sein de la communauté noire. Le 31 Janvier, Washington E. Garner, le président de la direction de la Police, qui est noir, demande qu'on ne mette pas l'accent sur la dimension raciale des assassinats. Il affirme que la police n'a aucune preuve de l'existence d'un culte raciste mais affirme recevoir d'innombrables coups de fils anonymes de Blancs qui menacent de représailles la communauté noire. Son fils, l'inspecteur Rodney William Gardner, renchérit qu'il n'y a “aucune preuve de l'existence d'un groupe organisé”, qu'il n'a “jamais entendu parler d'une telle secte” et de déclarer “Je crois que la communauté noire est effrayée.” 354

Pourtant, en évoquant la possibilité de sacrifices et des meurtres rituels, les enquêteurs n'ont jamais été aussi proches de la réalité. Tout, à l'époque, pointe dans la direction de la Nation de l'Islam.

Il y a d'abord le fait que Jesse Lee Cook et Leroy 2X Doctor, arrêtés dans des affaires similaires aux Zebra Killings, sont tout les deux des musulmans noirs hors, depuis les années 1960 et les apparitions télévisées de Malcolm X, la secte est connue pour son racisme anti-blanc. Il y a ensuite la coïncidence frappante entre la manifestation organisée par John Muhammad et l'explosion de violence raciste du lendemain, le premier meurtre de la soirée ayant été commis à quatre cent mètre à peine de la mosquée de San Francisco.

Il y a enfin le lourd passif de violence de la secte dans la baie de San Francisco, comme dans le reste des États Unis, où les musulmans noirs ont laissé derrière eux un véritable sillage de sang, que ce soit celui des autres ou le leur.

En février 1971, au cours d'un incident marqué par l'influence de la Nation de l'Islam, John Richards, un jeune Noir, abat deux policiers, David Branhan et David Marks, dans un lycée d'Oakland, et prend une femme et un enfant en otage avant d'être blessé et maîtrisé par la police. Tandis qu'on l'emmène sur une civière, l'homme déclare aux représentants de la loi “Vous m'avez tué. Vous êtes des diables blancs et je suis un dieu noir.”360

En Novembre 1971 à San Francisco, 2 musulmans noirs, James et Johnnie May Davis sont abattus dans leur sommeil par d'autres musulmans noirs appartenant à une faction rivale.355 Quatre jours plus tard, une fusillade éclate à Oakland au cours de laquelle trois autres musulmans noirs, George Freddy Payne, David Williams et Lafayette Ziegler, - chez qui on trouvera une abondante littérature de la secte – assassinent Ronnie Flenaugh, dit Al Rashid. Avant de fuir, ils abattent aussi Kimberley Mapp, une petite fille de huit ans, en lui mettant trois balles dans la tête.356

Le 21 du même mois, Charles Phillip Willis et Freddie Let Webb, deux autres musulmans noirs, sont exécutés d'une balle dans la tête au terme d'une fusillade à San Francisco.357

Au début de l'année 1972, des musulmans noirs assassinent Levi Bradfield, un autre membre de la secte, en l'exécutant d'une balle dans le cou. Ils tentent ensuite de tuer sa femme en lui mettant un canon de pistolet dans la bouche avant de tirer, lui explosant le faciès. Elle survit mais perd l'oeil droit.358

En Mai 1973 un autre musulman noir est abattu dans une station service d'Oakland.359

Comme sur la rive Est de la Baie en 1971, après que les journaux locaux aient commencé à faire leurs gros titres de la série d'agressions au tranchoir et au Machette, l'évocation du “culte raciste” va amener un calme de quelques mois sur San Francisco.


Tom Rainwater
Abattu à 500 mètres de la mosquée de la Nation de l'Islam

Les violences racistes, lorsqu'elles reprennent, ont lieu à 500 mètres de la mosquée de la Nation de l'Islam à San Francisco. Le 01 avril 1974 après avoir mangé un en-cas, deux étudiants de l'école de l'armée du Salut, Tom Rainwater, 19 ans, et Linda Story, 21 ans, attendent le bus à l'angle de Geary Boulevard et de Webster Street lorsqu'un Noir s'approche d'eux. Sans crier gare, il sort une arme, la braque dans leur direction et ouvre le feu à plusieurs reprises. Le jeune homme s'effondre, mort sur le coup ; son amie, atteinte par deux balles, est gravement blessée et emmenée d'urgence au San Francisco Hospital.361

Le 14 avril, une nouvelle attaque raciste a lieu dans la même rue que celle où se trouve la mosquée de la Nation de l'Islam, à équidistance de celle-ci et les locaux d'une compagnie de déménagement qui lui appartient; la Black Self help Moving & Storage Inc, située à l'angle de Hayes Street et de Fillmore Street. Le mode opératoire des Zebra Killers est désormais classique: des Blancs – il s'agit en l'occurrence de deux adolescents - Ward Anderson et Terry White - attendent le bus et font, de surcroît, de l'autostop lorsqu'un Noir s'approche d'eux d'un pas tranquille, sort une arme à feu et leur tire dessus.362 Les jeunes gens échappent à la mort, mais pas Nelson P. Shields IV, un jeune diplômé qui est abattu quatre jours plus tard, une fois encore par un Noir, encore une fois de façon “gratuite” et “insensée”.363

Une véritable psychose s'abat sur la ville. Le mot “Zebra” est sur toutes les lèvres. Les tueurs deviennent les nouveaux croquemitaines des enfants et les habitants regardent nerveusement par dessus leurs épaules pour s'assurer qu'un des mystérieux assassins noirs ne se dirige pas vers eux. Le soir, chacun reste chez soi: les salles de spectacles de North Beach - un des hauts lieux de la vie nocturne franciscaine - voient leur fréquentation s'effondrer.364

Pour tenter d'attraper les Zebra Killers, le département de police de San Francisco met en place toute une série de mesures. Les effectifs mobilisés dans le cadre de l'opération Zebra sont augmentés. Une récompense de 30 000 Dollars est offerte à toute personne qui fournira des informations permettant l'arrestation des tueurs. Deux portraits robots sont diffusés dans la presse locale. Une opération de contrôles d'identités systématiques de tous les Noirs correspondant au profil des tueurs est mise en place.365 Après avoir été interrogé par des agents et afin d'éviter qu'il ne soit importuné une nouvelle fois, chaque homme se voit remettre une carte indiquant qu'il a fait l'objet d'un contrôle de police tandis qu'une carte d'interrogatoire est conservée par les service de police. En six jours, 560 personnes font l'objet d'une vérification d'identité dans les rues de la ville.366

Le recours aux contrôles d'identité systématiques n'est pas une nouveauté à San Francisco. En 1969, une mesure similaire a été prise lorsque la police traquait le Zodiac Killer, un tueur en série qui terrorisait la baie et dont l'identité, à ce jour, reste un mystère. Les hommes blancs qui correspondaient à son profil avaient été systématiquement contrôlés sans que cela suscite de controverse.367 Lors des Zebra Killings, l'attitude de la communauté noire va être très différente et l'opération de police déclenche immédiatement l'hystérie de ses porte-paroles.

Deux membres de l'association des psychologues noirs de la de la baie et de l'association des psychologues noirs de Californie du Nord, les docteurs William Pierce et Aubrey Bent, qualifient les contrôles d'identités d' "inutiles" et de “déshumanisant” déclarant qu'ils risquent de déclencher “de violentes confrontations et des réactions émotionnelles explosives.”368 Les miliciens du Parti des Panthères Noires les dénoncent comme “vicieux et racistes”. Un célèbre pasteur noir de San Francisco, le révérend Cecil Williams, de l'église Méthodiste Glide, va jusqu'à déclarer que les Noirs sont confrontés à un “état policier” et il évoque “la possibilité d'une guerre raciale.”369

Le lendemain de l'assassinat de Nelson Shields, cinq représentants de la communauté noire, les révérends Hamilton T. Boswell et Frederick Douglas Haynes Jr., le Docteur Carlton B. Goodlett, éditeur du Sun-Reporter, Benjamin Criswell, un responsable de l'Association Nationale pour l'Avancement des Gens de Couleurs et Joseph B. Williams, un avocat, attaquent en justice la ville de San Francisco. Dans leurs plainte, ils qualifient l'opération policière et les interrogatoires de manifestations “d'esclavagisme car seuls les membres de la race noire sont pris à part dans le cadre d'un traitement discriminatoire”; l'opération Zebra, consiste à interroger, à fouiller, voir à détenir ou à arrêter “tous les hommes noirs d'une catégorie spécifique pour toute raison, y compris une enquête sur un crime” et “constitue une fouille générale qui est interdite” par la constitution américaine. Le vendredi 19 avril, Alfonso J. Zirpoli, le juge fédéral saisi du dossier, refuse de donner l'ordre à la ville de San Francisco de faire cesser immédiatement l'opération Zebra et repousse la décision au mercredi suivant.370

Entre temps, la violence commence à faire tâche d'huile et s'étend à la capitale de la Californie. Dans la soirée du 20 avril, Jerry Bakaritch, un sergent de police, est agressé et blessé dans une station service de Sacramento alors qu'il n'est pas en service. Dans la matinée du 22 avril, Perry Revel, un autre Blanc, est abattu sur Stockton Boulevard. Le 24, Joseph Belmore, un vétéran de la guerre du vietnam, est assassiné dans son salon à North Highlands, une ville de la banlieue de Sacramento. La police arrêtent trois hommes soupçonnés d'être les tireurs fous après qu'un fusil d'un modèle similaire à celui utilisé pendant les trois agressions racistes ait été trouvé dans leur voiture. Tous sont Noirs. Tous sont membres de la Nation de l'Islam.371

Le mercredi 25 avril, le juge Zirpoli rend un verdict en faveur des plaignants noirs et de l'Association Nationale pour l'Avancement des Gens de Couleurs en termes mesurés, soulignant que les autorités de San Francisco ont agit de “bonne foi”, lorsqu'elles ont pris la décision d'interroger et de vérifier l'identité de tous les hommes noirs correspondant au profil des tueurs racistes. Il déclare néanmoins que cette bonne foi n'est pas une justification suffisante à de telles pratiques.372

L'opération Zebra est de toute façon terminée. En mettant la pression sur le segment de la communauté noire auquel les tueurs sont susceptibles d'appartenir, la police a obtenu un résultat capital: elle a été contactée par un informateur fiable qui a été impliqué dans plusieurs assassinats de Blancs. La police avertit le maire de San Francisco que cet informateur n'accepte de témoigner qu'à la condition d'obtenir de lui en personne la garantie de ne faire l'objet d'aucune poursuite. Dans la soirée du 27 avril, Joseph Alioto interrompt une réunion de la campagne qu'il mène pour être élu gouverneur de Californie et rentre précipitamment en ville. Il ignore qu'on va lui raconter le récit le plus hallucinant et le plus abject qu'il entendra jamais.373

Lorsqu'ils se rencontrent, l'informateur raconte au maire comment il a été recruté dans les rangs de la Nation de l'Islam pendant qu'il était en prison. Il lui explique le credo raciste de la secte noire et lui révèle qu'il existe, en son sein, un groupe secret, Les Anges de la Mort, qui compte des adeptes dans plusieurs villes des États Unis. Pour en être membre à part entière, un homme doit assassiner soit quatre enfants blancs, soit quatre ou cinq femmes blanches, soit neuf hommes blancs.374 L'avancement au sein du groupe, dans lequel existe des grades, dépend du nombre de personnes assassinées par chaque postulant. Les meurtres les plus sadiques sont particulièrement prisés de la société secrète. Ses membres doivent fournir la preuve de leurs meurtres sous forme d'une partie mutilée du corps de leur victime ou de photographie. Pour illustrer ses dires, l'informateur révèle à Alioto qu'il était présent et accompagné de deux hommes, dont un certain Larry Green, lors du meurtre de Quita Hague – un crime que la presse n'avait pas associé à la série des Zebra Killings. Ce soir là, raconte-t-il, il a vu des flashes crépiter pendant l'agression, tandis qu'un de ses deux acolytes photographiait le carnage.375 L'autre personne impliquée dans le meurtre se nomme Jesse Lee Cook. C'est le musulman noir emprisonné pour le meurtre de Frances Rose, autre assassinat que la presse n'a pas lié aux Zebra Killings.

L'informateur revient aussi en longueur sur la série de meurtres du 28 janvier. Ils auraient été motivés, selon lui, par la frustration de J. C. Simon, un des membres du groupe qui, n'ayant pas assez de meurtres de diables blancs à son actif, s'était vu refuser une promotion au grade de lieutenant au sein des anges de la mort. Un troisième homme nommé Manuel Moore, révèle-t-il, les accompagnait ce soir là.376

L'homme décrit longuement une partie des meurtres anti-blancs qui viennent de terroriser la ville, certains pendant lesquels il était présent mais auxquels il affirme ne pas avoir participer bien qu'on lui ait ordonné de tuer un diable blanc pour prouver sa loyauté au groupe. Il en évoque d'autres, dont les auteurs lui ont parlé. Selon lui, il n'y a pas de mode opératoire spécifique aux différents crimes, qui ne sont pas nécessairement commis avec une arme à feu - ce qui avait été considéré comme le point commun entre tous les Zebra Killings à San Francisco - mais aussi en poignardant, en hachant ou en lacérant les victimes à mort avec des couteaux, des hachoirs ou des machettes.377 Le groupe, affirme-t-il, s'attaque particulièrement aux auto-stoppeurs qui constituent des proies faciles.378

Certaines victimes, d'après le repenti, ont été tuées et torturées dans les locaux du “Black Self Help Moving & Storage Inc” une entreprise de déménagement appartenant à la Nation de l'Islam situé au 1645 Market Street. Il raconte comment, en décembre 1973, il a vu un homme blanc ligoté nu et baillonné pendant des heures dans ses locaux, des membres de la Nation de l'Islam montant occasionnellement le voir pour l'insulter et lui uriner dessus, avant de le dépecer, de lui trancher les mains, les pieds, la tête et de lier son cadavre avec du fil de fer barbelé pour lui donner l'aspect d'une dinde de Thanksgiving. Les anges de la Mort lui ont ensuite attribué la mission de se débarrasser du corps emballé sous plastique, qu'il a jeté dans la baie. La police a vérifié ses dires et seule une personne liée au meurtre pouvait savoir de quel façon le cadavre de l'homme - rebaptisé “John Doe #169” car son identité n'a jamais été retrouvée – avait été mutilé.379 Selon l'informateur, ce type d'incident, loin d'être isolé, se serait reproduit à plusieurs reprises et il aurait aidé les anges de la mort à se débarrasser d'une quarantaine de paquets contenant des morceaux de corps humains en les jetant à la mer ou dans des bennes à ordure...380

Dans la journée qui suit les révélations du repenti, en se basant sur son témoignage et avec l'aide officielle ou officieuse des services de police de différentes villes de la Baie de San Francisco, Joseph Alioto rassemble toutes les informations possibles sur les meurtres attribués aux Anges de la mort en Californie. Le 29 avril, au cours d'une conférence de presse, il révèle leur existence et présente une liste de près de 80 meurtres attribués au groupe de tueurs anti-blancs. Un grand nombre de ces crimes se sont produits à l'Est de la baie. Beaucoup d'autres à San Francisco même, quelques uns enfin à Sacramento et dans différents quartiers de Los Angeles.381

Le 01 mai au petit matin, une centaine de policiers mènent un raid sur les locaux du “Black Self Help Moving & Storage Inc” la compagnie de déménagement de la Nation de l'Islam. Lors de la perquisition des locaux, ils trouvent la camionnette blanche de Larry Green, qui a servie à kidnapper les Hague ainsi qu'une scie à main, des arcs et des flèches, une lance, une fauçille, une hache, une hachette, un machette, cinq couteaux et un rouleau de corde. Ils arrêtent Thomas Manney, Edgar J. Burton et Clarence Jamerson. Deux autres suspects, J.C. Simon et Larry Green, sont appréhendés au domicile de Green, où on retrouve encore de la corde, ainsi que deux épées avec leurs fourreaux.382 un sixième homme, Dwight Stallings, est appréhendé au 630 Central Street. Un septième, Manuel Moore, est lui-aussi arrêté dans le cadre de l'opération de police. Tous, à l'exception de Jamerson, sont des membres de la Nation de l'Islam.

Les témoins de différents meurtres n'ayant pu les identifier, Stallings, Jamerson, Manney et Burton sont rapidement relâchés par manque de preuve au terme de leur garde à vue, bien que les inspecteurs chargés de l'enquête sachent que certains ont participé, d'une façon ou d'une autre, aux meurtres.383 Stallings, par exemple, a acheté les munitions utilisées par les tireurs.384 Des années plus tard, on retrouvera son cadavre dans une voiture sur les quais de San Francisco ; les circonstances de sa mort ne seront jamais élucidées.385 Green, Moore et Simon, eux, restent en détention et sont inculpés de meurtres et de tentatives de meurtre.

Une des premières réactions publiques aux arrestations est celle de la Nation de l'Islam. Le 05 mai, à l'appel de John Muhammad, un millier de personne se réunissent à nouveau pour manifester leur soutien aux quatre musulmans noirs inculpés d'avoir participé aux Zebra Killings. Le précheur révèle publiquement l'identité de l'homme qui a parlé aux autorités ; il s'agit Anthony Harris, un résident d'Oakland. Le mois suivant, celui ci sera amené à témoigner devant la justice.386


Janet Rodgers
La dernière victime ?

Si les arrestations ont mis un terme à la vague de haine raciale qui a secoué la ville, une dernière attaque répondant au mode opératoire des “anges de la mort” se produit en Janvier 1975. Deux jeunes femmes d'une vingtaine d'année, Janet Rodgers et Julia Kehling, font de l'autostop à Pacifica pour se rendre à San Francisco lorsqu'un jeune Noir s'arrête et leur propose de terminer le trajet avec lui. Sans méfiance, les deux blanches montent dans son véhicule et la conversation s'engage. Elles lui expliquent qu'elles viennent de l'Ohio ; le conducteur leur offre de faire un détour par North Beach, une plage isolée proche de San Francisco, pour découvrir une vue imprenable de la baie. Le petit groupe quitte bientôt la voiture et marche vers le rivage lorsque, sans que les jeunes femmes s'en aperçoivent, le Noir sort une arme à feu et tire une première fois dans le dos de Janet Rodgers, qui tombe sur Julia et la pousse au sol ; son cadavre va servir de bouclier à son amie. Tandis que l'agresseur tire à plusieurs reprises sur les deux jeunes femmes, Julia Kehling, bien que blessée au cou, fait semblant d'être morte jusqu'au moment où le tueur s'enfuit en courant. “Un autre “Zebra Killing?” se demande le lendemain l' Oakland Tribune.387

Le procès de Green , Simon, Cook et Moore commence en Mars 1975. Il faudra quatre semaines pour sélectionner un jury de cinq hommes et sept femmes, parmi lesquels on compte deux Noirs et deux Asiatiques.388 Le procès lui même va durer un an; ce sera - à l'époque - le plus long de l'histoire de la Californie. Une juré met au monde un enfant, la procédure est interrompue à plusieurs reprises par les maladies de l'un ou l'autre des avocats. Une carte sur laquelle sont signalés les différents meurtres commis à San Francisco est affichée en permanence dans la salle d'audience et on organise même un circuit en bus pour que les membres du jury puissent voir les lieux où se sont déroulés les meurtres. Au fil des mois, cent quatre vingt un témoins vont se succéder. Bien que les quatre musulmans noirs ne soient pas inculpés de tous les Zebra Killings commis à San Francisco, une vingtaine de meurtres et d'agressions sera passée en revue pour mettre en lumière l'aspect organisé de ceux-ci.389

Le 13 Mars 1976, le jury rend son verdict. Les quatre accusés sont déclarés coupables d'avoir tué et blessé des personnes de race blanche dans le cadre des activités d'un culte raciste. Ce verdict ne concerne toutefois que trois meurtres sur les quatorze Zebra Killings qui ont eu lieu à San Francisco.390 Se basant principalement sur le témoignage d'Anthony Harris, et bien que la police ait montré que les assassinat par balles avaient été commis avec la même arme, un calibre 32, la justice n'est pas parvenue à établir qui tenait l'arme aux moment des crimes. De plus, le témoignage de son informateur ne concernait que les crimes commis à San Francisco dont il avait été directement témoin ou qu'on lui avait rapporté. Nul ne saura jamais à combien d'autres assassinats les musulmans noirs ont été associés.

A la fin du mois de Mars, les quatre adeptes de la Nation de l'Islam, à qui la secte a fournit des avocats, seront condamnés à la prison à perpétuité. En rendant les sentences et en faisant référence aux autres victimes des “anges de la mort” tuées à San Francisco, le juge Joseph Karesh déclarera qu'il espère “que ces autres victimes ne seront pas oubliées.” 391

 
     
 
 
 
 
 
Le racisme anti-blanc, page d'accueil
Au nom d'Allah, l'histoire de la Nation de l'Islam
 
 
*
 
Au nom d'Allah!
 
     
  L'histoire des musulmans noirs d'amérique et de la Nation de l'Islam, une secte anti- blanc  
   
   
   
   
  - Ch 3 : Precheurs de la Haine Noire  
  - Ch 4 : Inch Allah!  
  - Ch 5: Les Zebra Killings
**** Notes du chapitre 05
 
  - Ch 6 : Renaissance  
  - Ch 7 : cure miracle et rap raciste  
  - Ch 8 : En Marche  
  - Ch 9 : Marcheurs, tueurs et dynamite  
  - Ch 10 : La Galaxie Kémite  
  - Conclusion  
  - Anx 1 : Tueurs sous influence  
  - Anx 2 : Les Juifs Noirs de Ben Yahweh  
  - Anx 3 : un sillage de sang  
  - Anx 4 : Mises à jour  
  - Bibliographie  
  - Téléchargement