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Après
avoir vainement couru jusqu'au Mexique à la recherche
d'un remède miracle à ses nombreux problèmes
de santé, l'honorable Elijah Muhammad décède
d'un arrêt cardiaque à Chicago le 25 Février
1975. Soucieux d'éviter une lutte de succession,
les responsables de la Nation de l'Islam annoncent immédiatement
que Wallace Muhammad, son septième fils, lui succède
à la tête du culte raciste. Il a pour lui l'avantage
de bénéficier de la légitimité
dynastique et de légendes de la Nation de l'Islam
selon lesquelles Wallace Fard, alias Allah, aurait prédit
à Elijah et Clara Muhammad, lorsqu'elle était
enceinte du nouveau dirigeant de la secte, que l'enfant
serait un garçon destiné à accomplir
de grandes choses.
Dès
le 26 février, à la convention annuelle du
jour du sauveur, les responsables se succèdent au
micro pour jurer allégeance au fils du défunt.
Le passage de Louis Farrakhan est tactiquement pris en sandwich
entre celui de deux loyalistes de Wallace Muhammad. En effet,
l'entourage du nouveau dirigeant de la secte se méfie
du flamboyant précheur de la Mosquée de New
York. Dans les jours qui ont précédé
le décès de son mentor, le sachant mourant,
l'ancien chanteur de Calypso a tenté sans succès
de dissuader les plus hauts responsables de l'organisation
de nommer le septième fils du messager à la
tête des Musulmans noirs. Il pressentait que le fils
allait dévier de la théologie enseignée
par son père.
Les
soupçons de Farrakhan se confirment rapidement. Dans
les semaines qui suivent son intronisation, Wallace Muhammad
introduit une série de changements théologiques
fondamentaux. Ils ont pour but de faire passer l'organisation
de ses croyances racistes à l'orthodoxie de l'Islam
Sunnite. Le 07 mars 1975, il déclare qu'il ne faut
plus désigner les Blancs comme des diables puis,
3 mois plus tard à Madison Square garden, devant
une foule de 40 000 personne, il annonce que ceux-ci pourront
désormais adhérer à la Nation de l'Islam.
En Août 1975, il impose aux pratiquants de la Nation
de l'Islam la récitation des prières officielles
de la religion musulmane. Dans la foulée, il dissout
les milices du Fruit de l'Islam. Il change aussi le nom
de la secte, qui devient désormais la “communauté
mondiale Al Islam”.392
En Novembre 1975, “Muhammad Speaks”
est renommé “the Bilalian News”
et les quotas de ventes ne sont plus imposés aux
croyants, entraînant aussitôt une chute de 28
% de la circulation du journal. En février 1976,
un an après la mort de son père, il encourage
tous les croyants à changer de nom en adoptant ceux
du Coran. Il montre l'exemple en se débarrassant
du prénom de celui qu'il considère comme un
faux prophète. En un an à peine, celui qu'on
appelle désormais l'imam Warith Deen Muhammad a fait
entrer l'organisation de son père au sein de l'Oumma
musulmane.393
Tandis
qu'il procède à ces transformations, il cherche
aussi à consolider son pouvoir au sein de l'organisation
car la nouvelle orientation de la secte ne plait pas à
tout le monde. Louis Farrakhan se voit attribué,
symboliquement, une augmentation de salaire mais il est
muté de son fief d'Harlem à un quartier déshérité
de Chicago où, tout en étant proche du centre
du pouvoir de l'ancienne Nation de l'Islam, il se retrouve
coupé de ses sympathisants. Warith Deen Muhammad
en fait également son porte-parole, de sorte que
c'est Farrakhan qui communique au public les changements
de cap successifs du culte. En Octobre 1976, il est ainsi
obligé d'annoncer que la mosquée d'Harlem
est renommée après le nom de son rival Malcolm
X.

Louis
Farrakhan
|
Si
Farrakhan et Muhammad ne veulent donner au monde extérieur
aucun signe de division, le torchon brûle entre les
deux hommes. Louis Farrakhan, partisan de l'orthodoxie raciste
prêchée par Elijah Muhammad, quitte la Communauté
Mondiale Al Islam. Ceux qui le croisent à l'époque
le trouvent absent et dépressif. Discrètement,
il commence à faire par de son mécontentement
à quelques autres responsables du mouvement qu'il
sait être en désaccord avec l'orientation imposée
par le fils du messager d'Allah. En septembre 1977, Bernard
Cushmeer – alias Jabril Muhammad - un maître
théologien de la Nation de l'Islam, lui fait lire
“C'est lui” un ouvrage qu'il a rédigé
en hommage à Elijah Mohammad.394
La lecture du livre convainc Farrakhan qu'il faut raviver
et perpétuer les enseignements racistes d'Elijah
Muhammad. Il reçoit aussi le soutien de Tynetta Muhammad,
qui se décrit pudiquement comme une des “femmes
islamiques” du Messager. Le 08 Novembre 1977,
il annonce qu'il a décidé de refonder la nation
de l'Islam. Dans les mois qui suivent, il achète
un ancien magasin de pompes funèbres à Chicago,
sur la 79ème rue. C'est de là que la secte
enterrée par Warith Deen Muhammad va ressusciter,
tel Lazare, pour devenir plus puissante et plus influente
que jamais.395
Les années qui suivent sont consacrées au
recrutement d'une nouvelle génération d'adeptes.
Comme Elijah pendant les années trente, comme Malcolm
X pendant les années cinquante, Louis Farrakhan se
fait à son tour arpenteur de la haine. Il sillonne
les États Unis en tous sens, enchaîne prêches,
débats, réunions et petit à petit,
les adeptes reviennent au culte qui prend à nouveau
son essor.
Il
réorganise la Nation de l'Islam, lui donnant une
structure hiérarchique qu'il qualifie de “gouvernement
provisoire”, dans l'attente du jour où l'homme
noir sera rétablit dans sa suprématie. Il
se qualifie de “représentant national”,
ce qui en fait l'équivalent d'un “chef
d'Etat.” Ce gouvernement possède un cabinet,
le conseil national des travailleurs ainsi qu'une administration
composée d'un ministère de la défense,
qui supervise les miliciens du Fruit de l'Islam, d'un ministère
des Finances, d'un ministère de la santé,
d'un Ministère de l'éducation, qui s'occupe
de l'instruction aux préceptes de l'Islam noir pour
les adultes et d'un Ministère de la Jeunesse. Tous
sont dirigés par un représentant national.
Il nomme également une instructrice nationale des
femmes. Pour rendre plus efficiente la gestion des affaires
de la secte, les États Unis sont divisés en
six régions ayant chacune un responsable.396
Afin
d'asseoir sa légitimité, Farrakhan apporte
également des modifications à la théologie
du culte des musulmans noirs. Tout comme Elijah Muhammad,
en son temps, avait divinisé Wallace Fard, il va,
à son tour, diviniser Elijah Muhammad, le faisant
accéder au rang de “messie toujours vivant”,
avec lequel il prétendra être en contact par
le biais de visions.

Silis
Muhammad
|
Louis
Farrakhan, toutefois, n'est pas le seul prétendant
à la succession d'Elijah Muhammad au sein de la mouvance
de l'Islam noir. Silis Muhammad, un ancien aide du messager
d'Allah entré immédiatement en dissidence
contre Wallace Muhammad, se présente à son
tour comme un prophète à l'égal de
Moïse. En 1979, sous prétexte d'unifier les
partisans de la Nation de l'Islam, il organise dans une
boulangerie de la secte, en Californie, une réunion
à laquelle Louis Farrakhan est invité. Tentant
de prendre la direction du mouvement, il mène une
attaque en règle contre ce dernier, l'accusant de
s'être comporté lâchement face à
Wallace Muhammad, afin de se présenter comme le seul
dirigeant ayant une envergure suffisante pour s'opposer
au fils d'Elijah. Faisant une allusion à peine voilée
à Farrakhan, il déclare devant l'assistance:
" Ou étaient-ils ces ministres qui
avaient tant de poids, ces capitaines suprêmes et
ces lieutenants, où étaient-ils lorsque Wallace
doutait de l'honorable Elijah Muhammad? Où étaient-ils
lorsqu'il doutait de notre dieu et sauveur? Où étaient-ils
lorsque que Wallace démantelait la NOI? Pourquoi
ne se sont-ils pas levés? " A quoi
Louis Farrakhan répondra: "[Elijah] Muhammad
n'a pas fait de moi une pédale; et je n'ai pas fermé
ma gueule le 26 février 1975 parce que j'avais peur.
J'ai applaudi ton courage mais, frère Muhammad, tu
ne sais pas ce que je faisais en coulisse, car toi et moi
ne parlons jamais. " La rencontre ne débouche
que sur une querelle de chefs qui s'éternisera par
la suite. Silis Muhammad fonde alors la "Nation perdue
et retrouvée de l'Islam".397
Le succès croissant de Louis Farrakhan par la suite
ne fera qu'augmenter son amertume et sa jalousie.398
Une
troisième faction se réclamant de l'héritage
d'Elijah Muhammad voit également le jour: la Nation
Unie de l'Islam, fondée par Royall Jenkins, un routier
qui a quitté le culté réformé
par Wallace Muhammad pour fonder sa propre secte. Jenkins
voit dans la destruction de la Nation de l'Islam une mise
à l'épreuve temporaire prophétisée
par Elijah Muhammad. Louis Farrakhan n'est pas, à
ses yeux, l'homme qui doit refonder la secte mais il n'a
pour fonction que d'en rappeler l'orthodoxie raciste. A
la fin de l'année 1978, Jenkins déclare que
deux anges, sous forme de scientifiques, sont descendus
dans un vaisseau spatial pour lui révéler
qu'il est Allah, l'être suprême. Au cours d'un
voyage de deux heures, ils lui auraient fait visiter l'intégralité
de l'Univers et auraient rempli son esprit de connaissances
avant de lui apprendre qu'il allait débarrasser la
terre des " négatifs "
- les Blancs - seuls êtres incapables de changer leur
nature malveillante. Une fois ceux-ci détruits, il
transformerait la terre en véritable Eden et les
Noirs hériteraient de l'univers.399
Royall Jenkins sera rejoint par Abass Rassoull, un ancien
secrétaire national de la Nation de l'Islam qui prophétisera
que "des millions de personnes qui ont reçues
un X du temps de [Elijah] Muhammad, seuls 144 000 seront
génétiquement altérés pour devenir
les nouveaux dirigeants" de la Nation de l'Islam.400
La secte ira s'installer à Kansas City où
elle ouvrira plusieurs commerces.401
En
1979, Farrakhan achète et installe dans la cave de
sa maison une machine à imprimer d'où sort
le premier numéro du successeur de “Muhammad
Speaks” intitulé “l'Appel Final”.402
L'allusion aux trompettes du jugement dernier montre que
la Nation de l'Islam n'a rien perdu de ses obsessions apocalyptiques
et que l' apocalypse racial est toujours au programme. Le
journal parait d'abord de façon mensuelle puis, à
partir de la fin des années 1980, de façon
hebdomadaire. En 1994, il tirera à 500 000 exemplaires.403
Au début des années 2000, il sera distribué
jusqu'en France.
Les
scissions successives qui se sont produites entre les musulmans
hanafistes d'Abdul Khaalis, la “Communauté
Mondiale Al Islam” de Warith Deen Muhammad, la
“Nation de l'Islam” de Louis Farrakhan,
" La Nation perdue et retrouvée de
l'Islam " de Silis Muhammad et la "Nation
Unie de l'Islam" de Royall Jenkins n'ont pas amené
les musulmans noirs, de quelques obédiences et factions
qu'ils soient, à renoncer à la violence et
aux pratiques mafieuses. En 1977, la nébuleuse de
l'Islam Noir revient une fois de plus dans l'actualité
américaine lorsque qu'Hamaas Abdul Khaalis et ses
partisans prennent 138 personnes en otage à Washington
D.C.
Le
10 mars 1977 vers 11 heures, l'ancien secrétaire
de la Nation de l'Islam et cinq autres musulmans hanafistes
pénètrent dans le siège de la société
des B'naï B'rith armés de machettes et de fusils
automatiques. En quelques minutes, ils prennent en otage
une centaine de personnes et en blessent huit. A midi, trois
autres terroristes pénètrent dans le centre
islamique tout proche et prennent 14 personnes en otage,
dont Abdul Rauf, le plus haut dignitaire musulman de Washington
D.C. A 14h30, deux tireurs, Abdul Nun et Abdul Muzikir,
pénètrent dans l'hôtel de ville de la
capitale et ouvrent le feu, tuant Maurice
William, un employé d'une radio locale et blessant
Marion Barry, un membre du conseil municipal,
ainsi que trois gardes de sécurité.404
Hamaas
Abdul Khaalis pose alors les conditions auxquelles il est
prêt à relâcher les otages. Il exige
le remboursement d'une amende de 750 dollars qu'il a du
payer pour avoir hurlé dans la salle d'audience lors
du procès des assassins de ses enfants, qu'il veut
qu'on lui livre. Il réclame que lui soient également
livrés les assassins de Malcolm X et plusieurs personnalités
de l'ancienne Nation de l'Islam, dont Wallace Muhammad et
son frère Herbert, Jeremiah Muslim Shabazz et le
Boxer Muhammad Ali.405
Il veut encore qu'on interdise la projection d'un film sur
la vie de Mahomet tourné par le cinéaste égyptien
Moustapha Akkad, la représentation du prophète
constituant un sacrilège pour les musulmans.406
Lorsqu'on lui demande ce qui se passera si les autorités
ne remplissent pas ses conditions, le fanatique déclare
que s' “ils ne le font pas, le pire est encore
à venir. Le pire est à venir – Je suis
prêt à Mourir.”

La
prise d'otage fait la une
|
“Nous
serons des musulmans hanafistes jusqu'à la mort,
prévient Khaalis, si la police veut prendre d'assaut
cette pièce, cela mettra immédiatement toutes
nos vies en danger, aussi bien que celle des otages du B'naï
B'rith” Interrogé par des journalistes
au quartier général de la secte sunnite, son
gendre, Abdul Aziz prévient que “Des têtes
vont tomber. Une chambre de mort sera installé au
B'naï B'rith et des têtes seront jetées
par les fenêtres.”407
le dirigeant de la secte, pendant ce temps, a sélectionné
les huit otages qu'il projette de décapiter au machette
si ses revendications ne sont pas satisfaites.408
Très
vite, si le distributeur de “Mahomet, Messager
de dieu” accepte de suspendre la projection du
film. Muhammad Ali fait savoir qu'il ne veut en aucun cas
être mêlé à l'affaire. Les autorités
américaines font appel à trois ambassadeurs
de pays musulmans pour mener des négociations. Ashraf
Ghorbal, l'ambassadeur d'Égypte, Ardeshir Zahedi,
l'ambassadeur du Pakistan et Shaabzad Yacub-Khan, celui
de l'Iran, entrent dans le bâtiment de l'organisation
juive. Après une conversation de trois heures émaillée
de citations du coran et de lecture de poèmes, ils
parviennent à convaincre Khaalis de se rendre. Après
39 heures de siège, les otages sont libérés.409
Initialement
laissé en liberté suite à un accord
passé avec les négociateurs, Abdul Khaalis
est incarcéré au début du mois d'avril
1977 pour n'avoir pas respecté les conditions de
l'accord qu'il avait passé avec les autorités,
par lequel il s'engageait à ne plus mener d'activités
susceptibles de le faire arrêter. L'imam sunnite,
ignorant que sa ligne téléphonique avait été
mise sur écoute, avait déclaré qu'il
allait “tuer quelqu'un... Maintenant, ils vont
payer... payer dans le sang... Ils ne peuvent pas faire
ça à des musulmans.” Dans une conversation
téléphonique, il confiait à un de ses
interlocuteurs: “je t'ai dit que j'aurais ma revanche.
C'est seulement la troisième de quatre phases. La
quatrième, tu ne pourrais pas y croire, tu ne pourrais
pahs l'imaginer.”410
En septembre, les membres du commando sunnite mené
par l'ancien adepte de la Nation de l'Islam sont condamnés
à des peines allant de 24 ans à la prison
à vie. Abdul Khaalis est condamné à
une peine telle qu'elle lui ôtera espoir de sortir
vivant de prison.411
En
janvier 1980, un avion de la compagnie Delta Airlines ayant
à bord 64 passagers est détourné vers
Cuba. Les deux pirates de l'air, qui déclarent être
des Musulmans Noirs, réclament aux autorités
cubaines d'être acheminé vers Téhéran.412
En Juillet de la même année, un ancien attaché
de presse du Shah d'Iran, Ali Akbar
Tabatabai, est assassiné par Horace Anthony Butler,
Tyrone Anthony Frazier et David Belfield, alias Daoud Salahuddin.
Belfield et Frazier sont tous les deux des musulmans noirs.
Belfield, qui a des contacts à l'ambassade d'Algérie
(qui abrite à l'époque la section des intérêts
spéciaux iraniens), est rapidement exfiltré
hors des États-Unis et, moins de vingt quatre heures
plus tard, se trouve en République Islamique d'Iran.413
En
juin 1981, plusieurs musulmans noirs incarcérés
au pénitencier de Brushy Mountains passent à
tabac et poignardent James Earl Roy, l'assassin
de Marthin Luther King.414
L'agression est paradoxale dans la mesure où Martin
Luther King était détesté des dirigeants
de la Nation de l'Islam. A sa mort, Louis Farrakhan avait
quasiment justifié son assassinat en déclarant
devant un millier de personnes lors d'un rassemblement à
la mosquée de Brooklyn ;
“Martin
Luther King est mort parce qu'il n'avait pas de vision.
C'était un frère et je ne suis pas contre
lui, mais la bible lui disait que l'homme blanc est notre
ennemi. Je ne me met pas en colère après
l'homme blanc car je sais qu'il est dans sa nature d'être
mauvais. Il n'y avait pas de raison que le Dr King meurt
s'il avait une vision.”415
En
septembre 1981, Paul B. Morrison,
un joueur de Basketball, est mis en liberté surveillé
après avoir utilisé un chèque volé
au cours d'une escroquerie portant sur une somme de 8 000
dollars. Il avait été recruté par trois
musulmans noirs de Philadelphie: Calvin Werts, Denice “Necy”
Madison et Edward “Najib” Spann.416
En décembre 1982, les condamnations prononcées
contre 17 séparatistes noirs, qui revendiquent leur
appartenance à une branche des Musulmans Noirs, sont
confirmées par une cour fédérale à
Philadelphie. Ils s'étaient livrés à
une série de vols à main armée au cours
desquels un policier du New Jersey, qui n'était pas
en service, avait été abattu.417
Au
début des années 1980 toujours, Plusieurs
partisans de la Nation Perdue et Retrouvée de l'Islam
de Silis Muhammad sont inculpés pour une série
de meurtres et d'agressions commises sur des voyageurs le
long de l'Interstate 75.418
En
1981, Louis Farrakhan a réussi à recruter
suffisamment pour que sa secte reprenne la tradition du
jour du sauveur, qui rassemble cette année là
6000 personnes.419
Le discours anti-blanc de Farrakhan n'a pas beaucoup changé,
si ce n'est qu'il a propose une relecture moins sanguinaire
des quatre victoires sur les diables que les adeptes sont
censés remportés pour recevoir la récompense
d'Allah. Désormais, sauver un frère noir peut
aussi être considéré comme une victoire
sur le diable.420
La Nation de l'Islam recommence à gagner en influence.
En février 1983, sa convention annuelle est mentionnée
dans la presse lorsqu'elle se tient à Gary, dans
l'Indiana. Des sympathisants de la secte, tel Stokely Carmichael
(qui s'est entre temps rebaptisé Kwame Toure), un
des fondateurs du Parti des Panthères Noires, y assistent.421
Lorsqu'à
la fin de l'année 1983, le révérend
Jesse Jackson revient d'un voyage en Syrie où il
a négocié la Libération de Robert Goodman,
un pilote de l'armée de l'air américaine dont
l'avion a été abattu pendant un bombardement
sur le Liban, la présence à ses côtés
de Louis Farrakhan retient à peine l'attention des
journalistes et ne donne lieu à aucune polémique
tant le nationaliste noir semble quantité négligeable.422
Tout cela va changer dans les semaines qui suivent ; Farrakhan,
jusqu'alors marginalisé, va devenir une des personnalités
les plus influentes de la communauté noire et de
l'Amérique.
En
Novembre 1983, Jesse Jackson annonce publiquement sa candidature
à la présidence des États Unis et décide
d'entrer en compétition pour remporter l'investiture
du parti démocrate. Pour la communauté noire,
l'évènement est de taille: En effet, la possibilité
que le premier candidat Noir-américain aux élections
présidentielles remporte les primaires est prise
très au sérieux dans le monde politique. Au
point d'inquiéter la communauté juive et particulièrement
ses éléments les plus radicaux.
Les
Juifs, en effet, n'ont pas pardonné à Jesse
Jackson d'avoir rendu visite à Yasser Arafat dans
un camps de réfugiés palestiniens à
Beyrouth en 1979 et d'avoir fait une accolade au chef de
l'Organisation de Libération de la Palestine. Pour
eux, l'attitude critique de Jesse Jackson à l'égard
d'Israël, son soutien à la cause Palestinienne
risque de déboucher sur l'impensable: que la politique
américaine au proche orient – considérée
par la communauté juive comme une chasse gardée
– soit discutée ouvertement et publiquement
par des non-juifs pendant la campagne présidentielle
de 1984.
C'est
alors qu'une organisation terroriste qui opère aux
marges du sionisme, la Ligue de Défense Juive, va
faire une entrée en scène fracassante. Le
10 Novembre 1983, son porte parole annonce que la LDJ va
tout faire pour perturber et faire dérailler la campagne
du candidat noir. Dès le lendemain, financée
par les “Juifs contre Jackson”, une
façade associative montée par la LDJ, une
publicité de deux colonnes apparaît dans le
New York Times, qui décrit Jackson comme “un
danger pour les Juifs américains”. L'article
est accompagné d'une photo de la rencontre de Yasser
Arafat et de Jesse Jackson.423
Fondée
en 1968 par un Rabbin de Brooklyn, Meir Kahane, La Ligue
de Défense Juive, dont le but initial est d'en finir
avec l'image d'éternelles victimes qui collent à
la peau des Juifs, affirme que ceux-ci ne peuvent compter
que sur eux même et que la solution aux problèmes
de leur diaspora est le retour des exilés en terre
promise, la Eretz Yisroel. L'un de ses principes est le
Barzel, qui prône le changement de “l'image
des Juifs par le sacrifice et tous les moyens nécessaires
-- même la puissance – la force et la violence.”
Un autre, le Mishmaat, discipline et l'unité, appelle
au “triomphe du peuple juif”. Le groupe
terroriste prône le Bitachon, “la foi en
la grandeur et l'indestructibilité du peuple juif,
de sa religion et de sa terre d'Israël.”424
L'organisation sera le deuxième groupe de terrorisme
intérieur le plus actif aux USA pendant son existence.
Ses activités, ponctuées d'attentats à
la bombe et d'assassinats, feront 37 blessés et 5
morts.425
Les
menaces de la LDJ sont prises très au sérieux
par Jesse Jackson. Recevant des centaines de menaces –
certaines de mort- contre sa famille ou lui-même,
voyant les “Juifs contre Jackson” manifester
non seulement devant son Q.G de campagne mais aussi devant
sa maison, le candidat noir demande une protection aux services
secrets américains mais, devant l'inaction de ceux-ci,
il se tourne vers son vieil ami Farrakhan.426
S'il a beaucoup lutté contre le racisme - des Blancs
- le politicien noir, un ancien aide de Martin Luther King,
entretient depuis longtemps des liens de sympathie avec
la très haineuse Nation de l'Islam. Au début
des années 1970, il a souvent rencontré Elijah
Muhammad au domicile de celui-ci et les deux hommes, s'ils
n'ont pas trouvé de terrain d'entente sur le plan
théologique, n'en ont pas moins entretenu des rapports
cordiaux.427
C'est donc tout naturellement qu'il se tourne vers la Nation
de l'Islam pour obtenir un service de protection. Louis
Farrakhan va mobiliser les miliciens du Fruit de l'Islam
qui vont exercer un discret service d'ordre pendant la campagne
du candidat démocrate. Le Fruit de l'Islam doit s'assurer
que les “Juifs contre Jackson” qui en assiègent
les réunions ne parviennent pas à en perturber
le déroulement ou ne tentent pas de s'en prendre
physiquement au révérend, voir de l'assassiner.
Pendant les meetings de campagne de Jesse Jackson, assis
sur scène au côté de lui, Louis Farrakhan
boit du petit lait: Le candidat démocrate vient de
lui donner une aura de légitimité.
La
campagne de harcèlement contre Jesse Jackson fait
l'objet de prises de positions diverses de la part des représentants
de la communauté juive. D'un côté, certains
craignent qu'elle ne dégénère. Albert
Vorspan, le vice président de l'Union des Congrégations
Hébreuses-Américaines déclare publiquement
que les Juifs Americains devraient “refuser de
transformer la campagne de Jackson en une confrontation
Juifs-Noirs”.428
D'un autre côté, certains Juifs souhaitent
activement celle-ci, citant une déclaration de Jesse
Jackson pour qui le sionisme est “une herbe empoisonnée
qui étouffe la fleur du Judaïsme.”
Hyman Bookbinder, un représentant du Comité
Juif-Américain écrit dans le Washington Jewish
Week que “si, concernant les intérêts
juifs, Il [Jackson] s'accroche aux vues qui ont
provoqué la colère de notre communauté
dans le passé et s'il le fait devant d'inévitables
caméras de télévision qui diffuseront
ses propos devant des millions [de téléspectateurs],
alors une confrontation est inévitable.”429

Jesse
Jackson
en 1983
|
Le
climat qui oppose la communauté juive à Jesse
Jackson dégénére sérieusement
à partir du mois de février 1984. Après
avoir été soumis depuis des semaines aux incessantes
pressions des “Juifs contre Jackson”
et aux menaces de la Ligue de Défense Juive, Jesse
Jackson dérape. Le 25 Janvier 1984, pendant une conversation
“entre Noirs” censée rester
confidentielle, il fait part à Milton Coleman, un
journaliste du Washington Post de son ras le bol de la communauté
juive, émaillant ses propos de sobriquets antisémites.
Ce journaliste confie l'anecdote à un de ses collègues,
Rick Atkinson, qui l'évoque dans un article publié
le 13 février 1984, juste avant les primaires qui
doivent se dérouler dans le New Hampshire.430
Le
dérapage de Jesse jackson est l'occasion qu'attendaient
certaines organisations juives pour entrer en scène.
La Ligue Anti-diffamation, une des plus puissantes organisation
américaine luttant pour la défense des intérêts
juifs, commence à distribue un dossier qui dépeint
le pasteur Noir comme un judéophobe invétéré.
Pour Louis Farrakhan, et aux yeux d'un grand nombre de Noirs,
non seulement les accusations d'antisémitisme sont
considérées comme une grosse ficelle utilisée
par les militants juifs pour écarter un politicien
critique à l'égard d'Israël mais plus
la polémique enfle dans les journaux, plus la ficelle
commence à prendre aux yeux des Afro-Américains
l'aspect d'une corde de lynchage qu'"un des pires
des diables" - pour reprendre l'expression de
Malcolm X - est en train de passer autour du cou de Jesse
Jackson. Un lynchage propre qui ne laisse pas de marques,
un lynchage à l'encre et au papier, au tube cathodique
et au transistor: un lynchage médiatique. Le lynchage
du premier candidat noir crédible à la maison
blanche...
Le
26 Février 1984 arrive. La Nation de l'Islam tient
sa convention annuelle du jour du Sauveur. Pendant son discours,
un Farrakhan enragé lance un avertissement à
la communauté juive “Si vous faites mal
à ce frère, je vous met en garde au nom d'Allah,
ce sera le dernier [dirigeant noir] auquel vous faites du
mal. Nous ne faisons pas de menaces en l'air. Nous n'avons
pas d'armes... Si vous voulez le vaincre, faîtes le
au scrutin. Nous pouvons supporter de perdre une élection
mais nous ne supporterons pas de perdre un frère.”431
La
provocation déchaîne non plus une tempête
mais un ouragan médiatique. Les protestations des
représentants de la communauté juive vont
crescendo hors, à la différence de Jesse Jackson,
qui doit ménager son image publique et faire des
concessions pour attirer à lui le vote de la population,
Louis Farrakhan – c'est une des raisons de son succès
– ne se présente à aucune élection
et n'est donc tenu à aucune concession. Si Jackson
a tout à perdre dans une campagne de diffamation
médiatique, Farrakhan, lui, a tout à gagner
de cette publicité aussi inespérée
que gratuite. Protégé par un 1er amendement
de la constitution américaine qui fait que la liberté
d'expression d'un citoyen n'est pas subordonnée au
nombre d'avocats que des groupes de pression peuvent mobiliser
pour se livrer au harcèlement procédurier
de ceux qui leur déplaisent, le dirigeant de la secte
en rajoute, multipliant les provocations.
Évoquant
Israël, il qualifie le judaïsme de “Sale
Religion”.432
Propageant le catéchisme haineux de son mouvement,
il décrit les Blancs et les Juifs comme des suceurs
de sang. Plus la communauté juive hurle au scandale,
plus sa côte de popularité monte dans les quartiers
déshérités de l'Amérique Noire.
Pour des afro-américains persuadés que tous
les Juifs sont richissimes, il incarne une revanche raciale
et une fierté noire sans concession.
La
Ligue de Défense Juive, de son côté,
ne fait rien pour calmer les choses. L'organisation extrémiste
annonce qu'elle va organiser une marche sur les locaux du
“Final Call”. Il ne s'agit pas, cette fois-ci
de poser une bombe en catimini. En 1972, quatre policiers
avait déjà essayer de forcer sans motif les
portes de la mosquée d'Harlem, où présidait
Farrakhan: ils avaient été chassés
à coups de poings et de pieds tandis que venus de
tout le voisinage, des centaines de Noirs avaient surgis
pour défendre le bâtiment de la Nation de l'Islam.
Alors que des voitures commençaient à être
incendiées, l'émeute n'avait été
évitée que grâce à l'habileté
et au talent de meneur d'hommes de Farrakhan qui, s'adressant
à la foule, avait réussi à calmer les
émeutiers.433
A l'annonce de la marche de la Ligue de Défense Juive,
des centaines de miliciens du Fruit de l'Islam vont se rassembler
pour en découdre avec la LDJ. Les extrémistes
juifs préfèreront annuler la manifestation.434
Avec
une campagne présidentielle anéantie par les
efforts conjugués des “Juifs contre Jackson”
et de la Ligue Anti-Diffamation, Jesse Jackson, pressé
par tous de condamner les propos de son ami, semble traîner
des pieds, à dessein peut être. Les excuses
publiques qu'il avait présenté à la
synagogue d'Abath Yushurun, dans le New Hampshire, refusées
par les dirigeants Juifs, sont ressenties comme une humiliation
de plus par les militants noirs impliqués dans la
campagne de Jackson.435
S'il ne sert à rien de présenter des excuses,
pourquoi se presser de condamner les propos d'autrui ?
Interrogé
au sujet des déclarations de Farrakhan, le politicien
refuse pendant plusieurs semaines de les commenter ou déclare
que celles ci relèvent de la liberté d'expression.
Ce ne sera que fin juin1984 que le candidat démocrate
se décidera à les condamner clairement, les
qualifiant de “répréhensibles”.436
Le
harcèlement dont a été victime Jesse
Jackson a été le catalyseur de la colère
des Noirs qui se traduit par l'ascencion politique de Louis
Farrakhan. Elle trouve ses racines dans la situation économique
de la communauté noire au début des années
1980. Pour les Noirs les plus pauvres, le mouvement des
droits civiques n'a pas tenu ses promesses et l'amélioration
de la situation économique des Afro-Américains
est une illusion.
En
1976, 30 pour cent des familles noires gagnent plus de 15
000 dollars par an, contre 2 pour cent en 1966.437
Cependant, à la différence de ce qui s'est
produit avec la communauté asiatique, ce progrès
n'est pas du à un dynamisme économique accrue
de la communauté noire. Elle est surtout due à
la mise en place de programmes d'égalité des
chances dans les années 1960, mesures accompagnées
à partir des années 1971 par des programmes
de discrimination positive qui, par contre, n'ont pas d'impact
économique significatif .438
De même, si la proportion de Noirs vivant sous le
seuil de pauvreté est passé de 42 pour cent
en 1966 à 31 pour cent en 1976,439
c'est essentiellement parce qu'un plus grand nombre d'entre
eux bénéficie des aides sociales ; en réalité,
depuis le milieu des années soixante, le nombre de
noirs qui ont un emploi n'a cessé de décliner.440
En 1978, le taux de chômage des adolescents noirs
est cinq fois plus élevé que trente ans auparavant.441
A la fin des années 1970, il se situe entre 40 et
55 pour cent.442
En 1980, le taux de chômage des Noirs en général
est de 13,4 pour cent, tandis que la même année,
celui des Blancs est de 6 pour cent,443
Le progrès économique de la communauté
noire est donc très relatif et essentiellement due
à des forces extérieures; elle est en réalité
plus dépendante que jamais de la bonne volonté
de la population blanche.
La
fin des années 1970 et le début des années
1980 sont aussi marqués par le début d'un
phénomène qui s'accentuera de plus en plus:
un écart grandissant entre la situation économique
des Noirs les plus fortunés et celles des Noirs les
plus pauvres qui, au contraire, sont de plus en plus distancés.444
La situation de ceux-là, mais aussi de la classe
moyenne, va immédiatement être affectées
par la diminution des aides sociales et la nouvelle politique
fiscale imposées par le président Ronald Reagan
lorsque celui ci arrive au pouvoir à partir de 1980.
En 1985, le taux de chômage des Noirs est de 15,6
pour cent, soit 3 pour cent de plus qu'en 1980 et presque
le double de ce qu'il était en 1965, soit 8,5 %.
Le taux de chômage des Blancs, lui est resté
stable passant de 6 pour cent en 1980 à 6,6 pour
cent en 1985.445
Les
politiques d'égalité des chances et de discrimination
positive née du Mouvement des Droits Civiques n'ont
bénéficié qu'à une minorité
d'individus. Mais elles ont été un échec
total pour les Noirs aux positions sociales les plus modestes
: pour eux, la situation est pire après qu'avant.
Pape de l'autosuffisance noire, que la Nation de l'Islam
avait défendu avec acharnement dans les années
50 et 60, Louis Farrakhan, qui considère que la ségrégation
raciale avait ceci de bon qu'elle obligeait les Noirs à
se prendre en main, tire ses conclusions :
" Nous
mettions en commun nos ressources et nous avions commencé
à croître et à progresser économiquement.
Mais lorsque la déségrégation est
venue [...] nous n'avons plus eu à aller dormir
dans un motel noir. Nous avons pu dormir dans les beaux
hôtels construits par les Blancs, dont certains
sont Juifs. Nous n'avons plus dépensé notre
argent chez les nôtres ; nous l'avons dépensé
avec les Juifs et les Blancs. Nos motels ont fermé.
Nos hôtels ont fermé. Nos compagnies de bus
ont fermé. Nos compagnies d'assurance ont amorcé
une descente aux enfers. Et les économies du Sud
noir sont en ruine. Qui en a bénéficié?
Pas nous. "446
Avec
la réélection de Ronald Reagan à la
présidence des États Unis en 1985, les vagues
médiatiques causées par l'irruption de Louis
Farrakhan dans la campagne présidentielle de 1984
commencent à se dissiper lorsqu'au début de
l'année 1985, la secte du dirigeant anti-blanc redevient
un sujet d'actualité. A l'occasion de la fête
du jour du Sauveur, le dimanche 25 février, Farrakhan
à l'idée de demander à Muammar Khadafy,
un des plus vieux amis de l'organisation raciste, de s'adresser
via satellite à la foule d'adeptes et de sympathisants
qui se sont rassemblés ce jour là au South
Side Armory de Chicago. Le dirigeant Lybien, qui sait à
quel public il s'adresse, ne mâche pas ses mots pendant
une harangue qui dure quarante minute:
“L'Amérique,
déclare-t-il, doit être détruite”
et
d'ajouter “Vous êtes obligés de créer
un état séparé et indépendant.
Les Blancs vous forcent à le faire en vous refusant
une vie sociale et politique. Nous sommes prêt à
vous donner les armes car votre cause est une cause juste.”
Après
le discours de Kadhafi, Farrakhan renchérit que “Ce
serait un acte de pitié de mettre fin au monde de
l'homme blanc parce que votre monde vous tue, et nous et
toute l'humanité. Une nouvelle nation grandit en
occident, je représente ce pouvoir et cette nation.”
447
Farrakhan,
toutefois, se rend compte dès le lendemain qu'il
vient de franchir une ligne jaune et cherche à apaiser
les choses en tenant des propos plus modérés,
mais dans lesquels planent un parfum de menace: “Je
suis sûr que les Noirs-américains ne veulent
pas lever les armes contre des Américains”
dit-il “je suis sûr que les Noirs-américains
voudraient obtenir justice en Amérique et l'obtenir
d'une façon qui laisse intacte l'Amérique.”448
En Mai, il s'envole pour Tripoli où il rencontre
le Colonel Khadafi. A défaut d'armes, il rentre aux
États-unis pourvu d'un “prêt” de
cinq millions de dollars censés permettre la création
d'une entreprise noire qui produira des savons, des détergents
et d'autres produits d'hygiène.449
En
septembre 1985, alors qu'il se trouve à Tepotzlan,
une petite ville mexicaine, Farrakhan fait l'expérience
d'une vision prophétique. Il est en train de gravir
les marches d'une pyramide aztèque lorsqu'un OVNI
apparaît au sommet de celle-ci. Dans un rayon de lumière,
Farrakhan est transporté à l'intérieur
du vaisseau spatial qui l'emmène jusqu'au vaisseau
mère - celui par lequel, selon les prophéties
d'Elijah Muhammad, la destruction des diables Blancs doit
advenir. Une fois à l'intérieur, il entend
la voix du messager d'Allah, Elijah Muhammad, lui révéler
que le président Ronald Reagan projette de mener
une guerre contre la Lybie.450
En
1988, Louis Farrakhan et son culte raciste s'impliquent
dans une des plus retentissantes affaires de racisme anti-noir
des années 1980. Tout commence le samedi 28 Novembre,
dans l'arrière pays de l'Etat de New York, lorsqu'on
découvre une adolescente noire de 16 ans à
moitié inconsciente vêtue d'un sac poubelle,
les cheveux coupés, le corps couvert d'excréments
de chiens et portant, inscrits au charbon de bois sur sa
peau ou taillés avec une lame dans ses chaussures,
les mots "Nègre" et “Ku
Klux Klan”.
Tawana
Brawley, La jeune victime, et sa famille font le récit
du terrifiant calvaire qu'elle a endurée pendant
quatre jours. Le 24 novembre, elle rentrait chez elle vers
17h00 lorsqu'elle a été prise à partie
et traînée par les cheveux jusqu'à une
voiture par deux hommes blancs. Quand elle s'est mise à
hurler et à appeler la police, l'un de ses ravisseurs,
un blond à moustache brune qui portait une arme lui
a dit qu'il était policier. Pour le prouver, il a
sorti un badge de police qu'il lui a mis sous les yeux.
La petite Noire a ensuite été conduite jusqu'à
un bois où les attendaient quatre complices, eux
aussi tous blancs. Là, dans le froid glacial de la
fin d'automne, elle a été systématiquement
violée par les six monstres qui l'ont non seulement
sodomisée, mais lui ont aussi uriné dans la
bouche. Ce n'est que 72 heures plus tard qu'ils l'ont laissée
pour morte, se livrant à la macabre mise en scène
qui explique l'état dans laquelle on l'avait trouvé.
Quelques jours plus tard, la famille Brawley accuse formellement
Harry Crist Jr. un policier qui s'est suicidé quatre
jours après la découverte de la petite Tawana,
d'avoir été un de ses tourmenteurs.451
Wappingers
Fall, la ville où l'enlèvement a eu lieu,
compte une population de 5 000 personnes dont seules une
centaine sont afro-américaines. Il n'en faut pas
plus pour attirer l'attention des médias qui repeignent
la ville aux couleurs de la haine blanche : c'est l'éternelle
histoire de l'Amérique rurale, celle des “petits
blancs” - forcement d'incurables racistes - et
d'une poignée de pauvres Noirs opprimés qui,
à l'ombre du Ku Klux Klan, tentent malgré
tout de mener une vie digne dans l'adversité.
Les
militants de la cause noire se mobilisent rapidement. Le
12 Décembre, dans la ville voisine de Newburgh, une
dizaine de bus arrivent de New York City et se joignent
à plusieurs centaines de manifestants. Le cortège
s'ébranle aux cris de “Mort au Ku Klux
Klan” et “Pas de justice, pas de paix”.
Lorraine Jackson Ordia, une porte parole de l'Association
Nationale pour l'Avancement des Gens de Couleur réclame
une enquête fédérale, déclarant
qu'on ne peut faire confiance à la police locale,
dans la mesure où ses agents sont impliqués
dans l'affaire. Le révérend Al Sharpton, un
des politiciens noirs les plus connus – et un des
plus anti-blanc – de New York City accuse le gouverneur
de l'Etat de New York, Mario Cuomo, de garder le silence
face à la montée du racisme. Mais l'intervention
la plus remarquée, ce jour là, est celle de
Louis Farrakhan. S'adressant à un auditoire d'environ
mille personnes, le dirigeant de la Nation de l'Islam incite
ouvertement à la violence et à la désobéissance
“civile”: “Il y a de la vie pour vous
dans les représailles” dit-il “Lorsque
les tribunaux ne prononceront pas d'homme blanc coupable
d'un crime qu'il a commis, alors nous le jugerons”
et d'ajouter “Je sais que cela à l'air
radical, mais c'est le genre de vacarme radical qui apporte
la justice.”452

Tawana
Brawley dite Maryam Muhammad
|
Dans
les semaines qui suivent, l'affaire Brawley s'envenime progressivement.
Les autorités remarquent que les déclarations
de l'adolescente contiennent de nombreuses incohérences
et plusieurs contradictions. Le torchon ne tarde pas à
brûler entre ses deux avocats, Audry Alton Maddox
Jr et C. Vernon Mason, et Herbert Abrams, le procureur général
de l'état de New York. En février, les deux
avocats l'accusent de mener une opération de cover-up
et affirment qu'un jeune témoin qui a assisté
à l'enlèvement de l'adolescente est revenu
sur ses déclarations parce qu'il n'a pas pu bénéficier
de mesures de protection policière. L'enquête
n'est pas facilitée par leur volonté de marchander
le témoignage de leur jeune cliente et de ne la laisser
répondre aux questions des enquêteurs que sous
certaines conditions.453
Au
début du mois de mars, l'affaire prend un nouveau
tournant lorsque se heurtant au mur de silence érigé
par l'entourage de Tawana Brawley, un journaliste du New
York Times enquête et publie une long article qui
relativise les dires de l'adolescente et dresse un portrait
peu flatteur de la petite martyre noire et de ses proches.
Selon
cette enquête, le jour de la disparition de Tawana
Brawley, celle-ci aurait fait l'école buissonnière
pour aller rendre visite à son petit ami, Todd Buxton,
un jeune noir incarcéré et condamné
à sept mois de prison pour avoir tiré sur
un autre jeune. Craignant les représailles de son
beau père, Ralph King, un ancien repris de Justice
qui a passé 7 ans en prison pour avoir assassiné
sa femme, l'adolescente noire se serait attardé chez
les Maddox jusqu'à 19h30, alors qu'elle et sa famille
affirme qu'elle a été kidnappée vers
17 heures. Deux habitants du Pavillion Condominium Complex,
une résidence d'où la famille Brawley a été
expulsée deux semaines plus tôt pour non paiement
de loyer, y ont vu la jeune femme durant la période
où elle a déclaré avoir été
détenue par ses ravisseurs. Glenda Brawley, la mère
de Tawana, avait été elle aussi été
aperçue récupérant son courrier dans
la résidence quelques heures avant qu'on y retrouve
sa fille et ce n'est qu'alors qu'elle avait été
au poste de police signaler la disparition de sa fille.
Le même après-midi, ignorant qu'on avait récupéré
sa nièce, Juanita Brawley s'était elle-aussi
rendue au poste de police, apportant une photo de Tawana.
Elle avait déclaré au policier que des amis
de l'adolescence l'avait aperçue à Newburgh.454
A
la mi-mars, d'autres articles paraissent qui, eux aussi,
laissent clairement entendre que l'affaire Brawley est une
imposture raciste, le mensonge d'une jeune Noire qui a joué
du statut d'éternelles victimes des Afro-Américains
et qui a accuser les Blancs de l'avoir molester pour éviter
d'être réprimandée par ses proches.
Tout indique que l'adolescente disposait à proximité
de l'ancien domicile de sa famille des éléments
utilisés pour mettre en scène les violences
qu'elle prétend avoir subi.455
L'affaire
aurait pu en rester là sans la mauvaise fois des
avocats de Tawana Brawley et de sa famille, qui vont s'engager
dans une véritable fuite en avant et jouer la carte
raciale pour tenter d'intimider Robert Abrams et ses employés.
Le 13 Mars, au cours d'une conférence de presse,
Alton Maddox, C. Vernon Mason et le révérend
Al Sharpton affirment que Steven A. Pagones, l'assistant
du procureur du comté de Dutchess, serait impliqué
dans l'enlèvement de la jeune noire et qu'il aurait
été un de ceux qui l'ont violée. Ils
n'apportent aucun élément susceptible de corroborer
leurs dires, se contentant d'affirmer qu'ils ont remis toutes
les preuves qu'ils possèdent à la justice.456
Peu
à peu, l'affaire Tawana Brawley devient un véritable
cirque médiatique. En Avril 1988, sa tante Juanita
Brawley est prise en train de voler une jupe et des collants
dans un grand magasin. C. Vernon Mason la repeint en victime
de harcelèment policier et déclare que “la
seule raison pour laquelle Juanita passe au tribunal est
que son nom est Brawley et qu'elle est noire.”457
En Mai, au cours d'une conférence de presse donnée
à Brooklyn, le révérend Al Sharpton
déchire une assignation adressée par le grand
jury de l'état de New York à Glenda Brawley,
la mère de Tawana, pour qu'elle vienne témoigner.
Le politicien noir annonce également qu'il à
l'intention de demander à Louis Farrakhan de créer
une armée noire pour défendre la famille Brawley.458
Les choses dégénèrent encore en Juin
lorsque la mère de Tawana Brawley, condamnée
à 30 jours de prison et faisant l'objet d'un mandat
d'arrêt pour avoir refusé de se présenter
devant le Grand Jury, se réfugie dans une église
baptiste du Queens, un quartier de New York. Le but est,
encore une fois, d'intimider les autorités.459
Au
début du mois d'octobre 1988, le grand Jury rend
son rapport, dans lequel il conclut que Tawana Brawley n'a
été ni enlevée, ni victime d'une agression
sexuelle. Un examen médical n'a relevé aucune
trace de viol. Un faisceau de preuves montrent que l'adolescente
est restée plusieurs jours dans l'ancien appartement
de sa famille et que c'est dans son immédiate viscinité
qu'elle a trouvé les éléments qui lui
ont permis de mettre en scène un faux crime raciste.
On a retrouvé dans les déjections canines
dont elle s'est couverte des poils qui correspondent à
ceux du chien de ses anciens voisins.460
Des psychiatres, de leur côté, ont conclus
dans un rapport de 170 pages à l'impossibilité
biologique pour Tawana Brawley de présenter simultanément
les différents symptomes qu'elle simulait après
avoir été retrouvée. La petite martyre
noire a menti.461
Les
conclusions du Grand Jury, bien qu'ils soient étayés
par de nombreuses preuves qui contrastent avec le silence
et le refus de témoigner des Brawley, laissent totalement
indifférent Louis Farrakhan. Le 09 Octobre, lors
de la conférence annuelle de la Nation de l'Islam,
Il apparaît devant une audience de 10 000 personnes
en compagnie de l'adolescente, qui rejoindra quelques mois
plus tard la secte raciste et deviendra Maryam Muhammad.462
Entonnant une fois de plus la complainte du "nègre
opprimé", Le dirigeant anti-blanc offre à
son auditoire une variante du couplet sur la “grand
mère noire violée par le planteur blanc”
et s'adressant aux agresseurs imaginaires de la jeune Tawana
, il lance: “Vous avez violée ma fille,
je vous tuerais, démembrerais vos corps et les donnerais
à manger aux oiseaux des cieux.”463 |
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