Chapitre 07 : Cure Miracle et Rap Raciste  
     
 

La fin des années 1980 et le début des années 1990 sont une période de consolidation et d'expansion pour la Nation de l'Islam. Louis Farrakhan commence à nouer des liens avec la mouvance afro-centriste et panafricaine au cours de plusieurs voyages sur le continent Africain où il sympathise avec Jerry John Rowlings, Le dirigeant du Ghana. Au Début des années 1990, c'est à Accra que s'implante la mission africaine permanente de la Nation de l'islam.

C'est par le biais de leurs réseaux africains que les responsables de la Secte apprennent qu'en mars 1990, une équipe de chercheurs kenyans dirigée par le docteur Davy Koech aurait découvert un remède contre le SIDA: le Kemron.513 Selon ceux-ci, le remède pourrait lutter efficacement contre les symptômes de la maladie, allant jusqu'à permettre une rémission totale de 10 % des patients lors d'une étude clinique. Le 27 Juillet 1990, Daniel Arap Moi, le président du Kenya en personne, affirme que “58 victimes ont déjà été guéries.”514 Au début de l'année 1991, Louis Farrakhan décide donc d'envoyer au Kenya le ministre de la Santé de la NOI, Abdul Alim Muhammad, afin de se renseigner sur la véracité de l'information.

A l'époque, les théories sur l'origine du SIDA abondent. En 1987, Jacob Segal, un immunologiste est-allemand, a publié dans les nouvelles de Moscou une théorie selon laquelle le VIH aurait été créé au cours de manipulations expérimentales à l'Institut Médical de Recherche sur les Maladies Infectieuses de l'armée américaine à Fort Derrick, dans le Maryland. Un médeçin de Los Angeles, Robert Strecker, affirme quand à lui que le virus VIH est né dans les années 1970 d'une volonté d'élimination des homosexuels et des Noirs, puis a été administré par le biais de vaccin contre la variole et contre l'hépatite B. Des Universitaires comme le virologue Peter Duesberg, de l'université de Berkeley, en Californie, affirment aussi que le VIH est un virus rendu dangereux par l'usage prolongé de drogues et que l'utilisation de l'AZT ferait empirer la condition des malades.515

Au sein de la diaspora noire, la croyance selon laquelle le SIDA est le résultat d'une conspiration pour la mise en oeuvre d'un génocide contre le peuple noir fleurit et s'épanouit mois après mois. Aux USA, où la communauté afro-américaine est particulièrement touchée par l'épidémie, cette théorie est si largement partagée que de nombreuses personnalités noires, comme le cinéaste Spike Lee ou le comédien Bill Cosby, répandent autant qu'elles valident cette théorie du complot au cours d'entretiens accordés à des magazines comme Rolling Stones ou sur les chaines de Télévisions comme CNN. En 1991, Curtis Cost, un agitateur afro-américain publie un livre intitulé “Les Vaccins sont dangereux, une mise en garde à la communauté Noire” dans lequel il mentionne cette rumeur.516 Elle semble d'autant plus crédible que les militants Noirs évoquent depuis des années les expériences de Tuskegee, en Alabama, pendant lesquelles, de 1932 à 1972, près de 400 soldats Noirs américains auraient été soumis à leur insu à des expériences portant sur une autre maladie vénérienne: la Syphilis.517

A la propagation de la théorie de la conspiration sidéenne vient se greffer le sentiment de stigmatisation éprouvé par ceux qui voient leur communauté se retrouver dans la même catégorie que les homosexuels - alors que l'homosexualité y est considérée comme "la maladie de l'homme Blanc". Etant donné le sentiment d'urgence ressenti face à une épidémie qui fait de plus en plus de victimes, le terrain est prêt pour que le discours d'Abdul Alim Muhammad soit accueilli avec enthousiasme lorsque le 29 octobre 1991, rendant compte de son voyage au Kenya devant une audience de Philadelphie, le ministre de la Santé de la Nation de l'Islam déclare avec assurance que “quoiqu'encore dans les premières étapes de développement, le Kemron et l'Immunex montrent tout deux de grandes capacités à inverser la mortelle progression du SIDA et à ramener santé et qualité de vie aux patients.”518

Dès le mois d'avril 1992, le Comité Consultatif contre la Recherche sur le SIDA de l'Institut National des Maladies Infectieuses et des Allergies américain signale le manque d'efficacité du Kemron en se basant sur les résultats de 13 études contradictoires menées en Afrique, en Asie, en Amérique du Nord et en Europe.519 Le médicament, , est en fait un simple dérivé d'une drogue vétérinaire destinée à augmenter le système immunitaire des vaches conçu au Texas par le Docteur Joseph Cummings.520 La Nation de l'Islam commence néanmoins à le commercialiser à prix d'or. Aux malades les plus fortunés, le Docteur Barbara Justice, qui pratique à l'Abundent Life Clinic, l'établissement de soins de la Nation de l'Islam, propose des voyages de cure “anti-Sida”. Ce sont des voyages au Kenya coûtant de 10 000 à 20 000 dollars, pendant lesquels les patients doivent arrêter de prendre des médicaments comme l'AZT.521 Ces séjours thérapeutiques, on s'en doute, n'empêchent pas les malades de revenir mourir aux États Unis.522

Aux plus pauvres, 70 médecins affiliés à l'organisation vendent le médicament sous différentes appellations pour des sommes allant de 1 200 $ pour trois mois de traitement à l'Immunex à 1 500 $ pour six mois de traitement au Kemron. Pendant un temps, lorsque le Kemron est au plus haut de sa côte de popularité dans la communauté noire, certains en font même le trafic dans les rues d'Harlem. Des petits malins connaissent l'existence des “clubs d'acheteurs”, des réseaux parallèles de malades qui vendent et mettent en circuit les derniers remèdes espérés contre le SIDA, avant même qu'ils ne soient approuvé par les autorités sanitaires américaines. Si ces clubs d'acheteurs ont commercialisé le médicament dés 1990, en 1992, la plupart des clients ont renoncé à l'utiliser, le jugeant par expérience inefficace. On peut donc, à cette époque et par ce circuit, se procurer du Kemron à prix “déstocké”, soit à 50 dollars pour un mois de traitement. Cette somme dérisoire permet aux trafiquants qui abusent de l'ignorance des “frères” et des “soeurs” de se faire une marge confortable.523

Face à la controverse sur l'utilisation du Kemron, les responsables de la Nation de l'Islam ont vite trouvé des arguments pour faire taire les critiques. En 1992, Abdul Alim Muhammad affirme pendant la convention de la Nation de l'Islam que le président Georges Bush “a joué un rôle moteur dans le développement d'une politique de génocide contre les peuples non-Blancs sur toute la terre et nous croyons que le virus du SIDA est une conséquence directe de ce complot et de cette planification secrête.”524 Dans son optique, si les recherches des chercheurs Kenyans ne sont pas exposées au grand public, c'est bien sur parce que la presse blanche ne veut pas reconnaître le talent de l'homme Noir.525

A la mi-1992, la polémique devient telle, les accusations de racisme et de génocide montant de la communauté noire se font si bruyantes que, pour les faire taire, l'Institut National de la Santé américain annonce qu'il va mener une étude officielle sur le Kemron.526 Cette décision, tragiquement, donne un verni de crédibilité aux affirmations de la secte. Par le biais de l'Abundent Life Clinic, présentée comme la seule clinique de lutte contre le SIDA dirigée par des Noirs à Washington D.C, La Nation de l'Islam empoche 213 000 dollars de subventions fédérales en 1993 et 33 351 dollars de plus l'année suivante.527 L'étude commence en1996.528 Dès 1997, elle est interrompue par manque de volontaires ou par abandon de ceux-ci ; l'arrivée de nouveaux traitements aux États Unis ont simplement rendu l'utilisation du Kemron obsolète aux yeux de tous.529 Entre temps, l'Abundent Life Clinic voit ses avoirs gelés par les services fiscaux américains pour avoir ommi de payer ses charges sociales. Abdul Alim Muhammad, toujours prompt à voir des complots partout, accusera “la machination malveillante de ceux qui s'opposent à notre travail.”530

L'influence de la Nation de l'Islam dans la lutte contre le Sida au sein de la communauté afro-américaine est désastreuse. Au début des années 1990, persuadés par le culte anti-blanc de l'existence d'un remède contre le SIDA, de nombreux afro-américains ont relâchés leur attention et abandonné le port du préservatif. Après avoir été contaminés, ils contribuent à répandre le virus du SIDA autour d'eux.531 En 1995, une étude révélatrice montre que sur 1 000 Noirs interrogés, 35 % croient à la conspiration du SIDA et 30 % n'en écartent pas la possibilité. Ce climat de méfiance à l'égard des institutions médicales est peu propice à permettre une prévention efficace contre la maladie et la mise en oeuvre d'une politique de dépistage.532

Au début des années 1990, le Kemron et la lutte contre le SIDA ne sont pas le seul cheval de bataille enfourché par la Nation de l'Islam.

En Janvier 1991, Le culte raciste accouche du document le plus antisémite de la seconde moitié du XXème siècle. Il publie “La relation secrète entre les Noirs et les Juifs.”533 Puisant ses racines dans une représentation de l'esclavagisme, qui n'évoque jamais que celui pratiqué par les Blancs au détriment des Noirs,534 l'ouvrage la recycle pour mettre l'accent, non plus l'ensemble des blancs mais uniquement sur les Juifs. Le livre propose de révéler une “vérité” prétendument cachée au lecteur par les Juifs : ceux-ci auraient été les principaux financiers et les principaux bénéficiaires de la traite transatlantique et auraient pratiqué l'esclavagisme de façon disproportionnée par rapport à leur nombre.535

Diffusé par le “service de recherche historique” de la Nation de l'Islam, le livre est rédigé par un anonyme qui aurait une formation académique. La plupart des sources du livre sont des ouvrages écrits par des historiens et des chercheurs Juifs, d'où cette question: ces Juifs peuvent-ils avoir caché des faits qu'ils ont mentionné dans leurs travaux de recherche ? Tel est le dilemme qui traverse tout l'ouvrage: diffusé à l'intention du grand public, le livre présente des faits réels - des Juifs ont participé à la traite transatlantique et certains ont possédé des esclaves - mais de façon déformée et amplifiée, à l'aide d'une méthodologie douteuse. L'auteur, obsédé par l'idée d'appuyer ses allégations sur le travail d'historiens juifs, privilégie des sources dépassées et néglige des travaux sur la traite transatlantique beaucoup plus significatifs. De plus, les facteurs sociaux, démographiques et géographiques qui ont influencé l'esclavagisme pratiqué par les juifs du Sud des Etats-Unis ne sont pas toujours pris en compte par l'ouvrage.536


Après le pogrom de Crown Heights

L'intention de l'ouvrage est d'exacerber le ressentiment de la communauté Noire-américaine envers les Juifs. Il y réussira parfaitement: comme la théorie de la conspiration sidéenne, la croyance selon laquelle les Juifs ont été les principaux artisans et les principaux bénéficiaires de la traite transatlantique va commencer à se propager au sein de la diaspora africaine. En 1992, une étude montre que par rapport à un Blanc, il y a deux fois plus de chance pour qu'un Noir adhère aux idées antisémites qui, par ailleurs, sont surtout répandues parmi les afro-américains les plus jeunes ou les plus éduqués.537 Les Juifs ne sont que trop conscients de cette montée dramatique de la haine anti-juive au sein de la communauté afro-américaine. En Août 1991, année de parution de "la relation secrête...", les Noirs se livrent à un pogrom dans Crown Heights, un quartier de Brooklyn, en terrorisant les juifs pendant quatre jours. Les violences culminent lorsqu'un groupe d'une dizaine d'entre eux poursuit Yankel Rosenbaum, un australien venu étudier l'holocauste, en hurlant "Voilà un juif! Choppez le!" Finalement rattrapé par ses poursuivants, Rosenbaum est encerclé et poignardé par Lemrick Nelson, un adolescent noir âgé de 16 ans. Il mourra à l'hôpital quelques heures plus tard.538

A l'époque, les Juifs ne sont pas les seules cibles de la haine noire. Une autre étude, diffusée par Klanwatch, une organisation anti-raciste, écorne le préjugé raciste qui présente les Noirs comme d'éternelles victimes de la haine raciale. Si en 1991, huit Blancs et huit Noirs avaient été tués au cours d'agressions racistes, en 1992, neuf Blancs sont assassinés à cause de leur race, contre six Noirs, quatre Latinos et deux Asiatiques. L'organisation remarque également l'émergence d'un nouveau type de criminel raciste : des Noirs qui visent des Blancs en représailles de ce qu'ils prétendent être des années d'oppression.539 Un crime illustre particulièrement cette tendance : le 30 décembre 1992 dans les environs de Charleston, en Caroline du Sud, Joseph Gardner et plusieurs autres Noirs violent et torturent Melissa "Missy" McLauchlin avant de lui tirer cinq balles dans la tête et de la laisser mourir sur le bord d'une route, aux environs de Summerville. L'influence de la Nation de l'Islam est manifeste car la justification avancée par la bande de racistes est un de ses thèmes anti-blancs récurrent : quelques heures avant le meurtre, ils avaient pris comme résolution de nouvel an de violer et de tuer une femme blanche en rétribution de "400 ans d'oppression".540

En 1993, un scandale éclate lorsqu'en Novembre, khalid Abdul Muhammad, un lieutenant de Louis Farrakhan, est convié à donner une conférence à Kean College sur le thème de “La relation secrète entre les Noirs et les Juifs.” Si le dirigeant de la Nation de L'Islam a pris soin de polir son discours, les propos de Muhammad révèlent que, derrière les murs fermés des mosquées de la Nation de l'Islam, l'idéologie du culte des musulmans noirs n'a pas beaucoup changé.

Tantôt s'adressant tantôt à un juif imaginaire “au nez crochu, mangeur de Bagel”, tantôt prenant à témoin les auditeurs noirs, khalid Abdul Muhammad va se livrer à une harangue haineuse pendant trois heures. Le discours, une attaque en règle contre les Juifs et leurs origines peut se résumer en quelques phrases prononcées ce jour là:

"le soit-disant Juif,et je dois dire le soit-disant Juif, car tu n'es pas le vrai Juif. Tu es un Juif arrivé à la dernière minute qui vient juste de ramper hors des cavernes et des montagnes d'Europe il y a à peine plus de 4000 ans. Tu n'es pas du peuple originel – tu appartiens à une variété d'européens que rampait à quatre pattes dans les cavernes et les collines d'Europe, mangeant des racines de genièvre ou se mangeant les uns les autres. [...] Tu as dormis avec tes morts pendant 2000 ans, sentant la puanteur se dégageant des corps en décomposition. [...] Tu as dormi dans ton urine et tes excréments, génération après génération, pendant 2 000 ans [...]

Jesus [...] a dit aux juifs, le soit-disant juif. Tu es de ton père le Démon et de ton père le désir tu feras C'est un meurtrier depuis le début, il n'obéit pas à la vérité car il n'y a pas de vérité en lui. Quand il dit un mensonge, il le fait de lui même car c'est un menteur et le père du mensonge.[...]

Beaucoup de nos politiciens sont dans la main de l'homme blanc, mais en particulier dans la main de l'homme blanc juif [...] Les Juifs, les soit-disant Juifs -- ce qu'ils ont fait, frères et soeurs, c'est nous utiliser comme chair à canon. Ils voulaient qu'on abolisse certaines lois [...] et ils nous mis en avant et ont fondé les organisations nègres [...]

" Qui est-ce- qui suce notre sang dans la communauté noire ? L'imposteur blanc arabe et l'imposteur blanc Juif sont au milieu de la communauté noire à nous sucer quotidiennement et continuellement le sang. Ils nous vendent du porc et eux n'en mangent même pas. "541

Après la conférence, une série de questions amène le porte parole de la Nation de l'Islam, qui a déjà évoqué le soutien d'Israël à l'Afrique du Sud, à parler des Blancs de ce pays.

“Quand nous arrivons au pouvoir [...] nous lui donnons 24 heures pour quitter la ville avant le couché du soleil. C'est tout. Et s'il ne quitte pas la ville avant le couché du soleil, nous tuons tout ce qu'on voit en Afrique du Sud, qui est Blanc et qui n'est pas bon! Nous tuons les femmes, nous tuons les enfants, nous tuons les bébés, nous tuons les aveugles, nous tuons les boiteux, nous les tuons [...] tous -- Nous les tuons tous, nous tuons les pédés, nous tuons les lesbiennes, nous les tuons tous. Vous demandez pourquoi tuer les bébés d'Afrique du Sud ? Parce qu'ils vont grandir un jour pour opprimer nos bébés, alors nous tuons les bébés. Pourquoi tuer les Femmes? Elles, elles – parce qu'elles se couchent sur le dos -- Elles sont les manufactures de l'armée et des militaires – Elles se couchent sur le dos et [...] des renforts leur sortent d'entre les jambes. Alors nous tuons aussi les femmes. Vous devez aussi tuer les vieillards. Tuez les vieux aussi – Nom de dieu, s'ils sont dans une chaise roulante, poussez les du haut d'une falaise à Capetown. Poussez les du haut d'une falaise à Capetown, ou à Johannesburg ou [...] à Durban. Comment vous croyez qu'ils sont devenus vieux? Ils sont devenus vieux en opprimant les Noirs. Je dis tuez les aveugles. Tuez les boiteux, [...]. Nom de Dieu et quand vous les avez tous tués, allez au bon dieu de cimetierre, creusez les tombes et tuez les encore parce qu'ils ne sont pas mort assez brutalement. Ils ne sont pas mort assez brutalement. Ils ne sont pas mort assez brutalement. [Il se répète] Et si vous les tuez tous et que vous n'avez pas la force de les déterrer, prenez votre fusil et tirez sur la nom de dieu de tombe. Tuez les encore, tuez les encore parce qu'ils ne sont pas morts assez brutalement.”542

Ces propos de khalid Abdul Muhammad, d'une violence inouïe vont susciter peu de réactions dans les jours qui suivent. Les universitaires et les politiciens blancs n'ont aucune envie de prendre le risque de défendre les Blancs d'Afrique du Sud, et ce d'autant plus qu'ils n'ont pas le courage de toute façon de défendre les Blancs quelques soient les circonstances.

Dans la communauté juive, l'information commence à circuler sur la conférence de Kean College. Sur l'internet, des transcriptions du discours circulent sur ses groupes de discussion. La rumeur s'amplifie et les journaux communautaires évoquent avec colère le discours le plus antisémite prononçé publiquement depuis des décennies aux Etats-Unis. Le 16 Janvier 1994, la Ligue Anti-Diffamation publie, en pleine page dans le New York Times, des extraits des propos tenus par le musulman noir à Kean College.

Les jours suivants, les condamnations du discours de khalid Abdul Muhammad pleuvent de tous côtés et des centaines d'articles sont publiés à ce sujet dans la presse américaine. Le 24 Janvier lors d'un meeting à Harlem, pressé de toutes parts de désavouer son lieutenant, y compris par le très influent Kweisi Mfume qui dirige alors le Groupe Parlementaire Noir,543 Louis Farrakhan rompt son silence une première fois pour se positionner concernant son homme de main en déclarant aux Noirs présents dans l'auditoire qu'ils ne connaîtront “jamais le succès à cause des Juifs... Ils complotent contre nous au moment même où nous parlons... Mais je ne tremble pas. Je n'ai pas peur. Ils veulent utiliser les paroles de mon frère khalid contre moi pour diviser la maison. Ils sont terrifiés. Oh Amérique, je te mets en garde...”544

En dépit de son attitude de défi vis à vis des médias et de la communauté juive, pour la première fois, Louis Farrakhan, qui voyait son influence s'étendre dans la communauté noire, se trouve brusquement isolé. Le 02 février, le sénat américain condamne à l'unanimité le discours du lieutenant de la secte.545 Après quelques semaines de tergiversations, le groupe parlementaire noir, avec qui le dirigeant de la Nation de l'Islam avait noué trois mois plus tôt un “pacte sacré”, décide de rompre l'alliance. C'est un coup dur pour le dirigeant de la Nation de l'Islam qui voit se craqueler le vernis de respectabilité sous lequel il s'efforce de dissimuler la nature haineuse de son culte. Le jour qui suit, Farrakhan décide de sauver ce qui peut l'être encore et donne une conférence de presse pendant laquelle il admet qu'il doit réprimander khalid Abdul Muhammad, en déclarant: “J'ai trouvé le discours, après l'avoir écouté dans son contexte, d'une nature vile, répugnante, malveillante, de mauvais esprit et prononcé pour se moquer d'individus et de peuples, ce qui est contraire à l'esprit de l'Islam. Si je soutiens les vérités qu'il a dites, je dois condamner en termes forts la manière dont ces vérités ont été présentées.”546

La condamnation ne porte donc que sur la forme du discours, et non sur le fond.

Si Khalid Abdul Muhammad est démis de ses fonctions d'assistant au niveau national, Louis Farrakhan l'y réinstalle en toute discrétion dès le 1er Juillet 1995.547 La rupture entre les deux hommes est toutefois consommée et, sans quitter officiellement la secte, son lieutenant va s'impliquer désormais dans le Nouveau Parti des Panthères Noires.

Pendant la controverse qui suit son discours à Kean collège, le lieutenant de Farrakhan continue à s'activer. Proche des milieux du Rap et du Hip Hop. Il participe à un album du Rappeur Ice Cube, “Lethal Injection”, qui fait scandale à sa sortie en décembre 1993. Les deux hommes n'en sont d'ailleurs pas à leur premier essais. En 1991, Muhammad a déjà signé et chanté les paroles d'un titre entier de “Death Certificate”, un autre album d'Ice Cube dans lequel le rappeur fait l'apologie des viols collectifs, avoue sa haine pour “les diables” et clame son mépris des asiatiques.548 Khalid Abdul Muhammad apparaît également en 1992 dans le vidéo clip de "Be true to the game" dans lequel le rappeur fustige les «oncles tom».549

S'ouvrant sur l'exécution symbolique d'un “Monsieur Blanc” venu consulter son docteur, “Lethal Injection” enchaîne les appels à la haine, au meurtre et les éloges de la Nation de l'Islam. On y entend Khalid Muhammad scander le premier couplet de la chanson “Cave Bitch” (pute des cavernes) :

"Donnez moi une déesse Noire, une Soeur, je ne peux pas lui résister. Pas une blonde aux cheveux filasses, Pas une planche à repasser greffée, récessive et dépressive par l'arriere, debout et allongée. aux yeux bleux, à la peau pale à la complexion laiteuse. Sans émotions, sans fioritures, une mademoiselle 18 heures sujette à des démangeaisons, une pute blanche mutanoïde, Caucasoïde des cavernes”550

tandis que sur d'autres titres du même album, le rappeur Ice Cube reprend des discours de la même veine, déclarant dans une chanson :

“le diable a fait de toi un esclave et il t'a donné une bible / 400 ans à nous faire botter le cul / par des soit-disant chrétiens et catholiques / Mais je les regarde brûler dans un feu... Je fixe l'homme d'église ... Mais Elijah a un plan / Il fait crier à l'homme Blanc : “maudit soit ce Farrakhan ”551

Les liens entretenus entre la Nation de l'Islam et la galaxie musicale du Rap et du Hip Hop ne sont pas limités à cette participation ponctuelle. Louis Farrakhan, après tout, est lui même un ancien chanteur. Du vivant d'Elijah Muhammad, avant que celui-ci ne voit dans la musique une expression trop frivole, Farrakhan ne s'est pas contenté d'écrire des pièces de théâtre mais il a aussi enregistré plusieurs chansons reprenant les thèmes de la secte. Dans les années soixantes, l'une de celles-ci “Le paradis de l'homme blanc est l'enfer de l'homme noir” a connu un succès honorable au sein de la communauté noire. C'est donc tout naturellement que le nouveau prophète s'intéresse au monde du spectacle et de la chanson, dont il perçoit le potentiel comme vecteur de propagande.

En 1979, invité à une convention des acteurs de l'industrie du disque de la communauté noire organisé par Jack the Rapper, un Disque Jockey très influent dans ce milieu, le dirigeant albophobe prononce un discours qui aura une influence profonde sur certains rappeurs. Il y dénonce l'attitude des professionnels afro-américains de l'industrie du Disque et la façon dont ils exploitent leur propre communauté.552 L'année suivante, l'intervention de Farrakhan, intitulée “Où est votre tête”, est diffusée dans “Écoutez l'appel, vous tous: le paradis d'un Blanc est l'enfer d'un Noir”, un double album reprenant plusieurs de ses discours.553 L'enregistrement circule dans les milieux du Hip Hop et un membre de la Nation de l'Islam, Richard Griffin, le fait écouter à Carlton Douglas RidenHour, un de ses amis d'enfance.554 Les deux hommes, utilisant respectivement les pseudonymes “Professor Griff” et “Chuck D.” forment en 1982 un groupe nommé Public Enemy, qui deviendra un des plus influents du monde du Hip Hop. Les autres membres du groupe sont “Flavour Flav”, tandis qu'un autre prendra le pseudonyme transparent de “Terminator X”. Les deux premiers albums du groupe seront produit par Rick Rubin.555

“Yo! Bum Rush the Show”, qui sort en 1987, reste relativement discret sur les racines idéologiques qui nourrissent les textes du groupe. Seule la chanson "Rightstarter (Message to a Black Man)” les trahie: “Message to a Blackman” est le titre d'un ouvrage d'Elijah Muhammad. Dès leur second Album “It take a nation of Millions to Hold Us Back”, le masque tombe et les membres de Public Enemy ne se donnent plus la peine de dissimuler leurs sympathies racistes. A l'arrière de la pochette de l'album, on voit les membres du groupe escortés par des miliciens du Fruit de l'Islam. L'album s'ouvre sur un morceau instrumental “Countdown to Armageddon”, une référence à l'apocalypse raciste qui, dans la théologie de la secte raciste, doit amener la destruction de tous les Blancs. Dans «Bring the Noise», le chanteur déclare à l'auditeur que “Farrakhan est un prophète et je pense que tu devrais écouter ce qu'il te dit et ce que tu devrais faire”556 La chanson “Terminator X to the Edge of Panic” reprend des extraits sonores d' “Où est votre tête.” La chanson “Party for Your Right to Fight” si son texte est proche de l'incohérence, tient un langage on ne peut plus clair tant y abonde les références aux leçons des perdus et retrouvés:

“C'était ton soit-disant gouvernement / qui l'a provoqué/ Ils étaient comme des diables greffés... La parole d'Elijah Muhammad / Sache qui tu es pour être Noir ... Pour ceux qui sont en désaccord cela créé des interférences / car l'homme noir asiatique originel / Crème de la terre / et qui était ici en premier / [est un] fait que certains diables empêchent d'être connu.” 557

L'arrivée sur la scène Hip Hop de Public Enemy marque l'émergence de ce qui sera connu comme le “rap musulman”. A la fin des années 1980 et au début des années 90, une série de rappeurs ou de groupes de rap apparaissent. Les noms de certains sont révélateurs de l'influence de la théologie de la secte : il y a ainsi les X-Clan, Movement X, Professor X ou “Professor Griff & the Last Asiatic Disciples” - un groupe formé par ce membre de Public Enemy après qu'il ait été exclu pour avoir tenu des propos anti-sémites.558 Certains Rappeurs sont des musulmans noirs, comme Paris, DJ Ah Shaheed Muhammad, ou Q Tip du groupe “A Tribe Called Quest”559. D'autres, comme Ice Cube, sont des compagnons de route. Le plus grand nombre, toutefois, est influencé par le discours des “cinq pour cent”, une branche dissidente de la Nation de l'Islam extrêmement influente parmi les jeunes racistes Noirs.

Fondé par Clarence 13X Smith, le culte des Cinq pour cent est né du mouvement de dissidence qui a secoué la Nation de l'Islam au milieu des années 1960. C'est en Septembre 1961 que Smith, un ancien vétéran de la guerre de Corée né en 1928 à Danville, en Virginie, et parti s'installer à New York, commence à fréquenter assiduement la secte. Il assiste à de nombreux prêches de Malcolm X à la mosquée N°7 d'Harlem, participe aux réunions des miliciens du Fruit de l'Islam et, pendant les festivals et les foires organisés par la secte, il écoute assidûment Elijah Muhammad. Comme beaucoup de racistes qui n'avaient rejoint la Nation de l'Islam qu'attirés par le charisme de Malcolm X, Smith va la quitter au milieu de l'année 1964 pour rejoindre l'association des Mosquées Musulmanes que fonde alors son maître à penser. Lorsque Malcolm X est assassiné, en Février 1965, Clarence 13X Smith suit un parcours similaire à celui de Charles Kenyatta en fondant son propre culte: Les "cinq pour cent ", ou "Nation des Dieux et des Terres". 559a

Rejetant la divinité attribué par Elijah Muhammad à Wallace Fard, Smith prêche que l'homme noir est Dieu. Dans son credo, “Allah” est l'acronyme résumant Arm, Leg, Leg, Arm, Head (Bras, Jambe, Jambe, Bras, Tête) soit la description de l'être humain. Pour cette raison, il se fera appeler Allah dans les rues d'Harlem. En guise de catéchisme, il invente un ésotérisme racial grâce à la combinaison d'un alphabet supreme dans lequel chaque lettre correspond à un concept (A pour Allah, J pour Justice, V pour Victoire...), d'une numérologie - les mathématiques suprêmes - dont le chiffre 7 est le symbole de la divinité, c'est à dire de l'homme noir (la femme noire doit se contenter du 6).559b A ces deux créations qui lui sont propres, il ajoute les leçons #1 & #2 du catéchisme légué par Wallace Fard, dont les questions et réponses 14 à 16 expliquent que l'humanité est divisée en 85% de non-civilisés tenus en esclavage mental, ignorant de la nature de dieu et de leurs origines, en 10% de riches, d'esclavagistes et de profiteurs qualifiés de “suceurs de sang” des pauvres, enfin en 5% d'individus civilisés, conscients, qui enseignent que “le dieu vivant est le fils de l'homme, l'être suprême, l'(homme noir) d'asie.” La mission des 5% d'hommes noirs éveillés dans la connaissance raciale est de partager leur savoir avec les 85%. Une des clefs du succès des cinq pour cent auprès des jeunes Noirs vient du fait que Smith abandonne le discours rigoriste de la Nation de l'Islam, autorisant chacun à boire de l'alcool ou à fumer ce qui lui plaît.

Dans les semaines qui suivent la mort de Malcolm X, Clarence 13X commence à prêcher sa haine au coin des rues d'Harlem et de New York. Il recrute essentiellement ses adeptes parmi les mineurs âgés de 12 à 21 ans et, lorsqu'arrive l'été 1965, le mouvement compte environ 200 membres répartis dans différents quartiers de la ville. Ceux-ci, souvent de petits délinquants, s'attaquent principalement à des personnes de race blanche mais ils peuvent aussi, à défaut de ces proies privilégiées, agresser d'autres Noirs - ceux ci, après tout, n'appartiennent qu'aux 10 % ou aux 85 % d'ignorants.559c


L'emblème des 5%

Les cinq pour cent commencent rapidement à causer des troubles de l'ordre publique. Le 31 mai, Clarence 13X et cinq autres personnes sont arrêtés, après un début d'émeute, pour avoir agressé des policiers blancs. Dans la mêlée, le gourou des cinq pour cent hurle: “nous allons tuer les flics et tous les Blancs: les femmes et les enfants aussi. Nous allons commencer un bain de sang si on ne reçoit pas une partie des subventions de lutte contre la pauvreté.”560 Après l'avoir soumis à une expertise médicale, un juge le fera interner d'office en hôpital psychiatrique en décembre 1965. En juillet de la même année, des policiers new yorkais subissent un caillassage en règle lorsqu'ils se portent au secours d'une résidente de Harlem prise à parti par une trentaine de membres du culte. En décembre, l'un d'eux, Cedric Avery, est assassiné au cours d'une rixe.561 A la rentrée des classes, une école d'Harlem, la Cooper Junior High School, est le théâtre de sérieux troubles lorsque, pendant près de deux semaines, les membres des cinq pour cent, exigeant d'être appelés par leurs noms musulmans, vont systématiquement prendre à parti leur professeurs, les traitant de “diables aux yeux bleux " ou d'“oncles Tom”, passant à tabac un enseignant, en frappant une autre et agressant les autres élèves à la sortie des cours. 14 personnes seront arrêtées.562 Les cinq pour cent sont également soupçonnés d'avoir lancé des cocktails molotovs sur des églises protestantes d'Harlem. Lors de la visite du Pape Paul VI à New York, une rumeur leur prête l'intention d'assassiner le pontife à l'intérieur même de la cathédrale Saint Patrick.563

Les cinq pour cent vont surtout être le centre d'une controverse lorsque Livingston L. Wingate, un politicien noir, qui fait l'objet d'une enquête des autorités fédérales et des services de l'avocat général de Manhattan pour une mauvaise gestion de fonds attribués à la lutte contre la pauvreté, va se servir d'eux pour intimider les autorités.564 Jouant du souvenir des émeutes raciales de Watts à Los Angeles, pendant lesquelles les Noirs avaient détruit leur propre quartier et assassinés une trentaine de personne, Livingston Wingate explique qu'il y a dans Harlem des milliers de jeunes noirs prêts à tout casser et qu'il n'a plongé les mains dans la caisse sans regarder à la dépense et sans se soucier de tenir une comptabilité que pour leur distribuer des aides et les calmer.565

Passé le coup de fièvre médiatique, les cinq pour cent disparaissent de l'actualité. Clarence 13X se lie d'amitié avec Barry Gotterehr, un membre de la communauté juive qui dirige un service consacré aux problèmes urbains. A l'époque, c'est un des assistants de John Lindsay, le maire républicain de New York.566 En 1967, ce dernier attribue aux cinq pour cent un bâtiment dans Harlem. Ils en feront “l'école d'Allah à la Mecque” et orneront la porte d'entrée de la phrase suivante: “L'homme noir est dieu.”567 Le 13 juin 1969, Clarence 13X Smith est abattu au pied des tours Martin Luther King alors qu'il se rend chez sa femme. Parce que le meurtre se produit une semaine après une tentative d'assassinat contre Charles 37X Kenyatta, la police soupçonne aussitôt la Nation de l'Islam d'être impliquée dans les deux affaires.568 Louis Farrakhan qui, ayant succédé à Malcolm X, supervise les activités de la secte à New York, va démentir vigoureusement tout implication de la secte et dénoncera les “insinuations blanches.”569

A partir des années 70, les cinq pour cent deviennent progressivement un élément de la vie des quartier noirs de la côte Est des États Unis puis, dans les années 1980, ils vont étendre leurs activités jusqu'à la Côte Ouest.

Les rencontres des cinq pour cent, des “parliaments” peuvent se produire n'importe où, le plus souvent en extérieur, à des coins de rue ou dans des parcs publiques. Pendant ces réunions, les différents participants peuvent se lancer dans des défis et des compétitions pour évaluer la connaissances que les uns et les autres ont des “120” leçons du culte. Les prêches sont souvent scandés de façon rapide et saccadés. Pour y introduire les éléments de “savoir” tirés de la symbolique ésotérique léguées par Clarence 13X, les adeptes doivent faire preuve de dextérité verbale. Ce dernier aspect, conjugué à la démographie commune des adeptes des cinq pour cent et des fans de Hip-hop, va être la cause d'une convergence entre le mouvement ethno-religieux et le mouvement musical. En marge de rappeurs qui se revendiquent ouvertement, comme Public Enemy, de la Nation de l'Islam, d'autres ne font pas secret de leur affiliation à la “Nation des dieux et des Terres.” S'en réclament, pour ne citer que les plus connus, des groupes comme “Eric B & Rakim”, “Boogie Down Production”, “Brand Nubian”, “Sister Souljah”, “Digable Planet”, les “Poor righteous Teachers” , “Nas”, les “Fugees” ou encore le “Wu Tang Clan”.570 Toutefois, le discours de ces rappeurs, très codé, requiert une bonne connaissance des croyances et de l'imagerie du racisme noir, en particulier de celui de la Nation de l'Islam, pour être compris. Le nom des Poor Righteous Teachers, par exemple, est repris de la question 16 des leçons de Wallace Fard.571

Conjuguée à d'autres forces sociales, la rencontre de la scène Hip-Hop et de la galaxie raciste de l'Islam noir va être à l'origine de la montée en puissance de la secte au milieu des années 1990. Louis Farrakhan prépare en effet un évènement qui, en 1995, va avoir un énorme retentissement médiatique même si, socialement et économiquement, il restera profondément stérile. Les rappeurs vont grandement contribuer à battre les tambours de guerre pour ce qui sera le woodstock de la Nation de l'Islam et dès la fin de l'année 1993, Ice Cube y fait allusion lorsqu'il chante:

“Sort un Gloc, Sort un Gloc, les diables se font flinguer [...] frappe le diable, frappe le diable regarde qui le dit / écoute ce que je dis, après 1995 pas un mort ne sera vivant / Dieu survivra, il protégera le civilisé / qui se soucie (de savoir) si l'ennemi vit ou meurt [...]Maître Farad Muhammad [Wallace Fard] arrive comme une comète / Quand ils les verront, ils vont tous commencer à vomir / 1995 Elijah est vivant, Lewis Farrakhan, NOI / les Bloods et les Crips et mon bon petit vieux d'moi / Et nous nous préparons tous pour l'ennemi.”572

 
     
 
 
 
 
 
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Au nom d'Allah, l'histoire de la Nation de l'Islam
 
 
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Au nom d'Allah!
 
     
  L'histoire des musulmans noirs d'amérique et de la Nation de l'Islam, une secte anti- blanc  
   
   
   
   
  - Ch 3 : Precheurs de la Haine Noire  
  - Ch 4 : Inch Allah!  
  - Ch 5 : Les Zebra Killings  
  - Ch 6 : Renaissance  
  - Ch 7 : Cure miracle et rap raciste
**** Notes du chapitre 07
 
  - Ch 8 : En Marche  
  - Ch 9 : Marcheurs, tueurs et dynamite  
  - Ch 10 : La Galaxie Kémite  
  - Conclusion  
  - Anx 1 : Tueurs sous influence  
  - Anx 2 : Les Juifs Noirs de Ben Yahweh  
  - Anx 3 : un sillage de sang  
  - Anx 4 : Mises à jour  
  - Bibliographie  
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