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La
fin des années 1980 et le début des années
1990 sont une période de consolidation et d'expansion
pour la Nation de l'Islam. Louis Farrakhan commence à
nouer des liens avec la mouvance afro-centriste et panafricaine
au cours de plusieurs voyages sur le continent Africain
où il sympathise avec Jerry John Rowlings, Le dirigeant
du Ghana. Au Début des années 1990, c'est
à Accra que s'implante la mission africaine permanente
de la Nation de l'islam.
C'est
par le biais de leurs réseaux africains que les responsables
de la Secte apprennent qu'en mars 1990, une équipe
de chercheurs kenyans dirigée par le docteur Davy
Koech aurait découvert un remède contre le
SIDA: le Kemron.513
Selon ceux-ci, le remède pourrait lutter efficacement
contre les symptômes de la maladie, allant jusqu'à
permettre une rémission totale de 10 % des patients
lors d'une étude clinique. Le 27 Juillet 1990, Daniel
Arap Moi, le président du Kenya en personne, affirme
que “58 victimes ont déjà été
guéries.”514
Au début de l'année 1991, Louis Farrakhan
décide donc d'envoyer au Kenya le ministre de la
Santé de la NOI, Abdul Alim Muhammad, afin de se
renseigner sur la véracité de l'information.
A
l'époque, les théories sur l'origine du SIDA
abondent. En 1987, Jacob Segal, un immunologiste est-allemand,
a publié dans les nouvelles de Moscou une théorie
selon laquelle le VIH aurait été créé
au cours de manipulations expérimentales à
l'Institut Médical de Recherche sur les Maladies
Infectieuses de l'armée américaine à
Fort Derrick, dans le Maryland. Un médeçin
de Los Angeles, Robert Strecker, affirme quand à
lui que le virus VIH est né dans les années
1970 d'une volonté d'élimination des homosexuels
et des Noirs, puis a été administré
par le biais de vaccin contre la variole et contre l'hépatite
B. Des Universitaires comme le virologue Peter Duesberg,
de l'université de Berkeley, en Californie, affirment
aussi que le VIH est un virus rendu dangereux par l'usage
prolongé de drogues et que l'utilisation de l'AZT
ferait empirer la condition des malades.515
Au
sein de la diaspora noire, la croyance selon laquelle le
SIDA est le résultat d'une conspiration pour la mise
en oeuvre d'un génocide contre le peuple noir fleurit
et s'épanouit mois après mois. Aux USA, où
la communauté afro-américaine est particulièrement
touchée par l'épidémie, cette théorie
est si largement partagée que de nombreuses personnalités
noires, comme le cinéaste Spike Lee ou le comédien
Bill Cosby, répandent autant qu'elles valident cette
théorie du complot au cours d'entretiens accordés
à des magazines comme Rolling Stones ou sur les chaines
de Télévisions comme CNN. En 1991, Curtis
Cost, un agitateur afro-américain publie un livre
intitulé “Les Vaccins sont dangereux, une
mise en garde à la communauté Noire”
dans lequel il mentionne cette rumeur.516
Elle semble d'autant plus crédible que les militants
Noirs évoquent depuis des années les expériences
de Tuskegee, en Alabama, pendant lesquelles, de 1932 à
1972, près de 400 soldats Noirs américains
auraient été soumis à leur insu à
des expériences portant sur une autre maladie vénérienne:
la Syphilis.517
A
la propagation de la théorie de la conspiration sidéenne
vient se greffer le sentiment de stigmatisation éprouvé
par ceux qui voient leur communauté se retrouver
dans la même catégorie que les homosexuels
- alors que l'homosexualité y est considérée
comme "la maladie de l'homme Blanc". Etant donné
le sentiment d'urgence ressenti face à une épidémie
qui fait de plus en plus de victimes, le terrain est prêt
pour que le discours d'Abdul Alim Muhammad soit accueilli
avec enthousiasme lorsque le 29 octobre 1991, rendant compte
de son voyage au Kenya devant une audience de Philadelphie,
le ministre de la Santé de la Nation de l'Islam déclare
avec assurance que “quoiqu'encore dans les premières
étapes de développement, le Kemron et l'Immunex
montrent tout deux de grandes capacités à
inverser la mortelle progression du SIDA et à ramener
santé et qualité de vie aux patients.”518
Dès
le mois d'avril 1992, le Comité Consultatif contre
la Recherche sur le SIDA de l'Institut National des Maladies
Infectieuses et des Allergies américain signale le
manque d'efficacité du Kemron en se basant sur les
résultats de 13 études contradictoires menées
en Afrique, en Asie, en Amérique du Nord et en Europe.519
Le médicament, , est en fait un simple dérivé
d'une drogue vétérinaire destinée à
augmenter le système immunitaire des vaches conçu
au Texas par le Docteur Joseph Cummings.520
La Nation de l'Islam commence néanmoins à
le commercialiser à prix d'or. Aux malades les plus
fortunés, le Docteur Barbara Justice, qui pratique
à l'Abundent Life Clinic, l'établissement
de soins de la Nation de l'Islam, propose des voyages de
cure “anti-Sida”. Ce sont des voyages au Kenya
coûtant de 10 000 à 20 000 dollars, pendant
lesquels les patients doivent arrêter de prendre des
médicaments comme l'AZT.521
Ces séjours thérapeutiques, on s'en doute,
n'empêchent pas les malades de revenir mourir aux
États Unis.522
Aux
plus pauvres, 70 médecins affiliés à
l'organisation vendent le médicament sous différentes
appellations pour des sommes allant de 1 200 $ pour trois
mois de traitement à l'Immunex à 1 500 $ pour
six mois de traitement au Kemron. Pendant un temps, lorsque
le Kemron est au plus haut de sa côte de popularité
dans la communauté noire, certains en font même
le trafic dans les rues d'Harlem. Des petits malins connaissent
l'existence des “clubs d'acheteurs”, des réseaux
parallèles de malades qui vendent et mettent en circuit
les derniers remèdes espérés contre
le SIDA, avant même qu'ils ne soient approuvé
par les autorités sanitaires américaines.
Si ces clubs d'acheteurs ont commercialisé le médicament
dés 1990, en 1992, la plupart des clients ont renoncé
à l'utiliser, le jugeant par expérience inefficace.
On peut donc, à cette époque et par ce circuit,
se procurer du Kemron à prix “déstocké”,
soit à 50 dollars pour un mois de traitement. Cette
somme dérisoire permet aux trafiquants qui abusent
de l'ignorance des “frères” et des “soeurs”
de se faire une marge confortable.523
Face
à la controverse sur l'utilisation du Kemron, les
responsables de la Nation de l'Islam ont vite trouvé
des arguments pour faire taire les critiques. En 1992, Abdul
Alim Muhammad affirme pendant la convention de la Nation
de l'Islam que le président Georges Bush “a
joué un rôle moteur dans le développement
d'une politique de génocide contre les peuples non-Blancs
sur toute la terre et nous croyons que le virus du SIDA
est une conséquence directe de ce complot et de cette
planification secrête.”524
Dans son optique, si les recherches des chercheurs Kenyans
ne sont pas exposées au grand public, c'est bien
sur parce que la presse blanche ne veut pas reconnaître
le talent de l'homme Noir.525
A
la mi-1992, la polémique devient telle, les accusations
de racisme et de génocide montant de la communauté
noire se font si bruyantes que, pour les faire taire, l'Institut
National de la Santé américain annonce qu'il
va mener une étude officielle sur le Kemron.526
Cette décision, tragiquement, donne un verni de crédibilité
aux affirmations de la secte. Par le biais de l'Abundent
Life Clinic, présentée comme la seule clinique
de lutte contre le SIDA dirigée par des Noirs à
Washington D.C, La Nation de l'Islam empoche 213 000 dollars
de subventions fédérales en 1993 et 33 351
dollars de plus l'année suivante.527
L'étude commence en1996.528
Dès 1997, elle est interrompue par manque de volontaires
ou par abandon de ceux-ci ; l'arrivée de nouveaux
traitements aux États Unis ont simplement rendu l'utilisation
du Kemron obsolète aux yeux de tous.529
Entre temps, l'Abundent Life Clinic voit ses avoirs gelés
par les services fiscaux américains pour avoir ommi
de payer ses charges sociales. Abdul Alim Muhammad, toujours
prompt à voir des complots partout, accusera “la
machination malveillante de ceux qui s'opposent à
notre travail.”530
L'influence
de la Nation de l'Islam dans la lutte contre le Sida au
sein de la communauté afro-américaine est
désastreuse. Au début des années 1990,
persuadés par le culte anti-blanc de l'existence
d'un remède contre le SIDA, de nombreux afro-américains
ont relâchés leur attention et abandonné
le port du préservatif. Après avoir été
contaminés, ils contribuent à répandre
le virus du SIDA autour d'eux.531
En 1995, une étude révélatrice montre
que sur 1 000 Noirs interrogés, 35 % croient à
la conspiration du SIDA et 30 % n'en écartent pas
la possibilité. Ce climat de méfiance à
l'égard des institutions médicales est peu
propice à permettre une prévention efficace
contre la maladie et la mise en oeuvre d'une politique de
dépistage.532
Au
début des années 1990, le Kemron et la lutte
contre le SIDA ne sont pas le seul cheval de bataille enfourché
par la Nation de l'Islam.
En
Janvier 1991, Le culte raciste accouche du document le plus
antisémite de la seconde moitié du XXème
siècle. Il publie “La relation secrète
entre les Noirs et les Juifs.”533
Puisant ses racines dans une représentation de l'esclavagisme,
qui n'évoque jamais que celui pratiqué par
les Blancs au détriment des Noirs,534
l'ouvrage la recycle pour mettre l'accent, non plus l'ensemble
des blancs mais uniquement sur les Juifs. Le livre propose
de révéler une “vérité”
prétendument cachée au lecteur par les Juifs
: ceux-ci auraient été les principaux financiers
et les principaux bénéficiaires de la traite
transatlantique et auraient pratiqué l'esclavagisme
de façon disproportionnée par rapport à
leur nombre.535
Diffusé
par le “service de recherche historique”
de la Nation de l'Islam, le livre est rédigé
par un anonyme qui aurait une formation académique.
La plupart des sources du livre sont des ouvrages écrits
par des historiens et des chercheurs Juifs, d'où
cette question: ces Juifs peuvent-ils avoir caché
des faits qu'ils ont mentionné dans leurs travaux
de recherche ? Tel est le dilemme qui traverse tout l'ouvrage:
diffusé à l'intention du grand public, le
livre présente des faits réels - des Juifs
ont participé à la traite transatlantique
et certains ont possédé des esclaves - mais
de façon déformée et amplifiée,
à l'aide d'une méthodologie douteuse. L'auteur,
obsédé par l'idée d'appuyer ses allégations
sur le travail d'historiens juifs, privilégie des
sources dépassées et néglige des travaux
sur la traite transatlantique beaucoup plus significatifs.
De plus, les facteurs sociaux, démographiques et
géographiques qui ont influencé l'esclavagisme
pratiqué par les juifs du Sud des Etats-Unis ne sont
pas toujours pris en compte par l'ouvrage.536

Après
le pogrom de Crown Heights
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L'intention
de l'ouvrage est d'exacerber le ressentiment de la communauté
Noire-américaine envers les Juifs. Il y réussira
parfaitement: comme la théorie de la conspiration
sidéenne, la croyance selon laquelle les Juifs ont
été les principaux artisans et les principaux
bénéficiaires de la traite transatlantique
va commencer à se propager au sein de la diaspora
africaine. En 1992, une étude montre que par rapport
à un Blanc, il y a deux fois plus de chance pour
qu'un Noir adhère aux idées antisémites
qui, par ailleurs, sont surtout répandues parmi les
afro-américains les plus jeunes ou les plus éduqués.537
Les Juifs ne sont que trop conscients de cette montée
dramatique de la haine anti-juive au sein de la communauté
afro-américaine. En Août 1991, année
de parution de "la relation secrête...",
les Noirs se livrent à un pogrom dans Crown Heights,
un quartier de Brooklyn, en terrorisant les juifs pendant
quatre jours. Les violences culminent lorsqu'un groupe d'une
dizaine d'entre eux poursuit Yankel Rosenbaum, un australien
venu étudier l'holocauste, en hurlant "Voilà
un juif! Choppez le!" Finalement rattrapé
par ses poursuivants, Rosenbaum est encerclé et poignardé
par Lemrick Nelson, un adolescent noir âgé
de 16 ans. Il mourra à l'hôpital quelques heures
plus tard.538
A
l'époque, les Juifs ne sont pas les seules cibles
de la haine noire. Une autre étude, diffusée
par Klanwatch, une organisation anti-raciste, écorne
le préjugé raciste qui présente les
Noirs comme d'éternelles victimes de la haine raciale.
Si en 1991, huit Blancs et huit Noirs avaient été
tués au cours d'agressions racistes, en 1992, neuf
Blancs sont assassinés à cause de leur race,
contre six Noirs, quatre Latinos et deux Asiatiques. L'organisation
remarque également l'émergence d'un nouveau
type de criminel raciste : des Noirs qui visent des Blancs
en représailles de ce qu'ils prétendent être
des années d'oppression.539
Un crime illustre particulièrement cette tendance
: le 30 décembre 1992 dans les environs de Charleston,
en Caroline du Sud, Joseph Gardner et plusieurs autres Noirs
violent et torturent Melissa "Missy"
McLauchlin avant de lui tirer cinq balles dans la tête
et de la laisser mourir sur le bord d'une route, aux environs
de Summerville. L'influence de la Nation de l'Islam est
manifeste car la justification avancée par la bande
de racistes est un de ses thèmes anti-blancs récurrent
: quelques heures avant le meurtre, ils avaient pris comme
résolution de nouvel an de violer et de tuer une
femme blanche en rétribution de "400 ans
d'oppression".540
En
1993, un scandale éclate lorsqu'en Novembre, khalid
Abdul Muhammad, un lieutenant de Louis Farrakhan, est convié
à donner une conférence à Kean College
sur le thème de “La relation secrète
entre les Noirs et les Juifs.” Si le dirigeant
de la Nation de L'Islam a pris soin de polir son discours,
les propos de Muhammad révèlent que, derrière
les murs fermés des mosquées de la Nation
de l'Islam, l'idéologie du culte des musulmans noirs
n'a pas beaucoup changé.
Tantôt
s'adressant tantôt à un juif imaginaire “au
nez crochu, mangeur de Bagel”, tantôt prenant
à témoin les auditeurs noirs, khalid Abdul
Muhammad va se livrer à une harangue haineuse pendant
trois heures. Le discours, une attaque en règle contre
les Juifs et leurs origines peut se résumer en quelques
phrases prononcées ce jour là:
"le
soit-disant Juif,et je dois dire le soit-disant Juif,
car tu n'es pas le vrai Juif. Tu es un Juif arrivé
à la dernière minute qui vient juste de
ramper hors des cavernes et des montagnes d'Europe il
y a à peine plus de 4000 ans. Tu n'es pas du peuple
originel – tu appartiens à une variété
d'européens que rampait à quatre pattes
dans les cavernes et les collines d'Europe, mangeant des
racines de genièvre ou se mangeant les uns les
autres. [...] Tu as dormis avec tes morts pendant 2000
ans, sentant la puanteur se dégageant des corps
en décomposition. [...] Tu as dormi dans ton urine
et tes excréments, génération après
génération, pendant 2 000 ans [...]
Jesus
[...] a dit aux juifs, le soit-disant juif. Tu es de ton
père le Démon et de ton père le désir
tu feras C'est un meurtrier depuis le début, il
n'obéit pas à la vérité car
il n'y a pas de vérité en lui. Quand il
dit un mensonge, il le fait de lui même car c'est
un menteur et le père du mensonge.[...]
Beaucoup
de nos politiciens sont dans la main de l'homme blanc,
mais en particulier dans la main de l'homme blanc juif
[...] Les Juifs, les soit-disant Juifs -- ce qu'ils ont
fait, frères et soeurs, c'est nous utiliser comme
chair à canon. Ils voulaient qu'on abolisse certaines
lois [...] et ils nous mis en avant et ont fondé
les organisations nègres [...]
" Qui
est-ce- qui suce notre sang dans la communauté
noire ? L'imposteur blanc arabe et l'imposteur blanc Juif
sont au milieu de la communauté noire à
nous sucer quotidiennement et continuellement le sang.
Ils nous vendent du porc et eux n'en mangent même
pas. "541
Après
la conférence, une série de questions amène
le porte parole de la Nation de l'Islam, qui a déjà
évoqué le soutien d'Israël à l'Afrique
du Sud, à parler des Blancs de ce pays.
“Quand
nous arrivons au pouvoir [...] nous lui donnons 24 heures
pour quitter la ville avant le couché du soleil.
C'est tout. Et s'il ne quitte pas la ville avant le couché
du soleil, nous tuons tout ce qu'on voit en Afrique du
Sud, qui est Blanc et qui n'est pas bon! Nous tuons les
femmes, nous tuons les enfants, nous tuons les bébés,
nous tuons les aveugles, nous tuons les boiteux, nous
les tuons [...] tous -- Nous les tuons tous, nous tuons
les pédés, nous tuons les lesbiennes, nous
les tuons tous. Vous demandez pourquoi tuer les bébés
d'Afrique du Sud ? Parce qu'ils vont grandir un jour pour
opprimer nos bébés, alors nous tuons les
bébés. Pourquoi tuer les Femmes? Elles,
elles – parce qu'elles se couchent sur le dos --
Elles sont les manufactures de l'armée et des militaires
– Elles se couchent sur le dos et [...] des renforts
leur sortent d'entre les jambes. Alors nous tuons aussi
les femmes. Vous devez aussi tuer les vieillards. Tuez
les vieux aussi – Nom de dieu, s'ils sont dans une
chaise roulante, poussez les du haut d'une falaise à
Capetown. Poussez les du haut d'une falaise à Capetown,
ou à Johannesburg ou [...] à Durban. Comment
vous croyez qu'ils sont devenus vieux? Ils sont devenus
vieux en opprimant les Noirs. Je dis tuez les aveugles.
Tuez les boiteux, [...]. Nom de Dieu et quand vous les
avez tous tués, allez au bon dieu de cimetierre,
creusez les tombes et tuez les encore parce qu'ils ne
sont pas mort assez brutalement. Ils ne sont pas mort
assez brutalement. Ils ne sont pas mort assez brutalement.
[Il se répète] Et si vous les tuez
tous et que vous n'avez pas la force de les déterrer,
prenez votre fusil et tirez sur la nom de dieu de tombe.
Tuez les encore, tuez les encore parce qu'ils ne sont
pas morts assez brutalement.”542
Ces
propos de khalid Abdul Muhammad, d'une violence inouïe
vont susciter peu de réactions dans les jours qui
suivent. Les universitaires et les politiciens blancs n'ont
aucune envie de prendre le risque de défendre les
Blancs d'Afrique du Sud, et ce d'autant plus qu'ils n'ont
pas le courage de toute façon de défendre
les Blancs quelques soient les circonstances.
Dans
la communauté juive, l'information commence à
circuler sur la conférence de Kean College. Sur l'internet,
des transcriptions du discours circulent sur ses groupes
de discussion. La rumeur s'amplifie et les journaux communautaires
évoquent avec colère le discours le plus antisémite
prononçé publiquement depuis des décennies
aux Etats-Unis. Le 16 Janvier 1994, la Ligue Anti-Diffamation
publie, en pleine page dans le New York Times, des extraits
des propos tenus par le musulman noir à Kean College.
Les
jours suivants, les condamnations du discours de khalid
Abdul Muhammad pleuvent de tous côtés et des
centaines d'articles sont publiés à ce sujet
dans la presse américaine. Le 24 Janvier lors d'un
meeting à Harlem, pressé de toutes parts de
désavouer son lieutenant, y compris par le très
influent Kweisi Mfume qui dirige alors le Groupe Parlementaire
Noir,543
Louis Farrakhan rompt son silence une première fois
pour se positionner concernant son homme de main en déclarant
aux Noirs présents dans l'auditoire qu'ils ne connaîtront
“jamais le succès à cause des Juifs...
Ils complotent contre nous au moment même où
nous parlons... Mais je ne tremble pas. Je n'ai pas peur.
Ils veulent utiliser les paroles de mon frère khalid
contre moi pour diviser la maison. Ils sont terrifiés.
Oh Amérique, je te mets en garde...”544
En
dépit de son attitude de défi vis à
vis des médias et de la communauté juive,
pour la première fois, Louis Farrakhan, qui voyait
son influence s'étendre dans la communauté
noire, se trouve brusquement isolé. Le 02 février,
le sénat américain condamne à l'unanimité
le discours du lieutenant de la secte.545
Après quelques semaines de tergiversations, le groupe
parlementaire noir, avec qui le dirigeant de la Nation de
l'Islam avait noué trois mois plus tôt un “pacte
sacré”, décide de rompre l'alliance.
C'est un coup dur pour le dirigeant de la Nation de l'Islam
qui voit se craqueler le vernis de respectabilité
sous lequel il s'efforce de dissimuler la nature haineuse
de son culte. Le jour qui suit, Farrakhan décide
de sauver ce qui peut l'être encore et donne une conférence
de presse pendant laquelle il admet qu'il doit réprimander
khalid Abdul Muhammad, en déclarant: “J'ai
trouvé le discours, après l'avoir écouté
dans son contexte, d'une nature vile, répugnante,
malveillante, de mauvais esprit et prononcé pour
se moquer d'individus et de peuples, ce qui est contraire
à l'esprit de l'Islam. Si je soutiens les vérités
qu'il a dites, je dois condamner en termes forts la manière
dont ces vérités ont été présentées.”546
La
condamnation ne porte donc que sur la forme du discours,
et non sur le fond.
Si
Khalid Abdul Muhammad est démis de ses fonctions
d'assistant au niveau national, Louis Farrakhan l'y réinstalle
en toute discrétion dès le 1er Juillet 1995.547
La rupture entre les deux hommes est toutefois consommée
et, sans quitter officiellement la secte, son lieutenant
va s'impliquer désormais dans le Nouveau Parti des
Panthères Noires.
Pendant
la controverse qui suit son discours à Kean collège,
le lieutenant de Farrakhan continue à s'activer.
Proche des milieux du Rap et du Hip Hop. Il participe à
un album du Rappeur Ice Cube, “Lethal Injection”,
qui fait scandale à sa sortie en décembre
1993. Les deux hommes n'en sont d'ailleurs pas à
leur premier essais. En 1991, Muhammad a déjà
signé et chanté les paroles d'un titre entier
de “Death Certificate”, un autre album
d'Ice Cube dans lequel le rappeur fait l'apologie des viols
collectifs, avoue sa haine pour “les diables”
et clame son mépris des asiatiques.548
Khalid Abdul Muhammad apparaît également en
1992 dans le vidéo clip de "Be true to the
game" dans lequel le rappeur fustige les «oncles
tom».549
S'ouvrant
sur l'exécution symbolique d'un “Monsieur
Blanc” venu consulter son docteur, “Lethal
Injection” enchaîne les appels à
la haine, au meurtre et les éloges de la Nation de
l'Islam. On y entend Khalid Muhammad scander le premier
couplet de la chanson “Cave Bitch”
(pute des cavernes) :
"Donnez
moi une déesse Noire, une Soeur, je ne peux pas
lui résister. Pas une blonde aux cheveux filasses,
Pas une planche à repasser greffée, récessive
et dépressive par l'arriere, debout et allongée.
aux yeux bleux, à la peau pale à la complexion
laiteuse. Sans émotions, sans fioritures, une mademoiselle
18 heures sujette à des démangeaisons, une
pute blanche mutanoïde, Caucasoïde des cavernes”550
tandis
que sur d'autres titres du même album, le rappeur
Ice Cube reprend des discours de la même veine, déclarant
dans une chanson :
“le
diable a fait de toi un esclave et il t'a donné
une bible / 400 ans à nous faire botter le cul
/ par des soit-disant chrétiens et catholiques
/ Mais je les regarde brûler dans un feu... Je fixe
l'homme d'église ... Mais Elijah a un plan / Il
fait crier à l'homme Blanc : “maudit soit
ce Farrakhan ”551
Les
liens entretenus entre la Nation de l'Islam et la galaxie
musicale du Rap et du Hip Hop ne sont pas limités
à cette participation ponctuelle. Louis Farrakhan,
après tout, est lui même un ancien chanteur.
Du vivant d'Elijah Muhammad, avant que celui-ci ne voit
dans la musique une expression trop frivole, Farrakhan ne
s'est pas contenté d'écrire des pièces
de théâtre mais il a aussi enregistré
plusieurs chansons reprenant les thèmes de la secte.
Dans les années soixantes, l'une de celles-ci “Le
paradis de l'homme blanc est l'enfer de l'homme noir”
a connu un succès honorable au sein de la communauté
noire. C'est donc tout naturellement que le nouveau prophète
s'intéresse au monde du spectacle et de la chanson,
dont il perçoit le potentiel comme vecteur de propagande.
En
1979, invité à une convention des acteurs
de l'industrie du disque de la communauté noire organisé
par Jack the Rapper, un Disque Jockey très influent
dans ce milieu, le dirigeant albophobe prononce un discours
qui aura une influence profonde sur certains rappeurs. Il
y dénonce l'attitude des professionnels afro-américains
de l'industrie du Disque et la façon dont ils exploitent
leur propre communauté.552
L'année suivante, l'intervention de Farrakhan, intitulée
“Où est votre tête”, est
diffusée dans “Écoutez l'appel,
vous tous: le paradis d'un Blanc est l'enfer d'un Noir”,
un double album reprenant plusieurs de ses discours.553
L'enregistrement circule dans les milieux du Hip Hop et
un membre de la Nation de l'Islam, Richard Griffin, le fait
écouter à Carlton Douglas RidenHour, un de
ses amis d'enfance.554
Les deux hommes, utilisant respectivement les pseudonymes
“Professor Griff” et “Chuck D.”
forment en 1982 un groupe nommé Public Enemy, qui
deviendra un des plus influents du monde du Hip Hop. Les
autres membres du groupe sont “Flavour Flav”,
tandis qu'un autre prendra le pseudonyme transparent de
“Terminator X”. Les deux premiers albums du
groupe seront produit par Rick Rubin.555
“Yo!
Bum Rush the Show”, qui sort en 1987, reste relativement
discret sur les racines idéologiques qui nourrissent
les textes du groupe. Seule la chanson "Rightstarter
(Message to a Black Man)” les trahie: “Message
to a Blackman” est le titre d'un ouvrage d'Elijah
Muhammad. Dès leur second Album “It take
a nation of Millions to Hold Us Back”, le masque
tombe et les membres de Public Enemy ne se donnent plus
la peine de dissimuler leurs sympathies racistes. A l'arrière
de la pochette de l'album, on voit les membres du groupe
escortés par des miliciens du Fruit de l'Islam. L'album
s'ouvre sur un morceau instrumental “Countdown
to Armageddon”, une référence à
l'apocalypse raciste qui, dans la théologie de la
secte raciste, doit amener la destruction de tous les Blancs.
Dans «Bring the Noise», le chanteur
déclare à l'auditeur que “Farrakhan
est un prophète et je pense que tu devrais écouter
ce qu'il te dit et ce que tu devrais faire”556
La chanson “Terminator X to the Edge of Panic”
reprend des extraits sonores d' “Où est
votre tête.” La chanson “Party
for Your Right to Fight” si son texte est proche
de l'incohérence, tient un langage on ne peut plus
clair tant y abonde les références aux leçons
des perdus et retrouvés:
“C'était
ton soit-disant gouvernement / qui l'a provoqué/
Ils étaient comme des diables greffés...
La parole d'Elijah Muhammad / Sache qui tu es pour être
Noir ... Pour ceux qui sont en désaccord cela créé
des interférences / car l'homme noir asiatique
originel / Crème de la terre / et qui était
ici en premier / [est un] fait que certains diables
empêchent d'être connu.” 557
L'arrivée
sur la scène Hip Hop de Public Enemy marque l'émergence
de ce qui sera connu comme le “rap musulman”.
A la fin des années 1980 et au début des années
90, une série de rappeurs ou de groupes de rap apparaissent.
Les noms de certains sont révélateurs de l'influence
de la théologie de la secte : il y a ainsi les X-Clan,
Movement X, Professor X ou “Professor Griff &
the Last Asiatic Disciples” - un groupe formé
par ce membre de Public Enemy après qu'il ait été
exclu pour avoir tenu des propos anti-sémites.558
Certains Rappeurs sont des musulmans noirs, comme Paris,
DJ Ah Shaheed Muhammad, ou Q Tip du groupe “A
Tribe Called Quest”559.
D'autres, comme Ice Cube, sont des compagnons de route.
Le plus grand nombre, toutefois, est influencé par
le discours des “cinq pour cent”, une
branche dissidente de la Nation de l'Islam extrêmement
influente parmi les jeunes racistes Noirs.
Fondé
par Clarence 13X Smith, le culte des Cinq pour cent est
né du mouvement de dissidence qui a secoué
la Nation de l'Islam au milieu des années 1960. C'est
en Septembre 1961 que Smith, un ancien vétéran
de la guerre de Corée né en 1928 à
Danville, en Virginie, et parti s'installer à New
York, commence à fréquenter assiduement la
secte. Il assiste à de nombreux prêches de
Malcolm X à la mosquée N°7 d'Harlem, participe
aux réunions des miliciens du Fruit de l'Islam et,
pendant les festivals et les foires organisés par
la secte, il écoute assidûment Elijah Muhammad.
Comme beaucoup de racistes qui n'avaient rejoint la Nation
de l'Islam qu'attirés par le charisme de Malcolm
X, Smith va la quitter au milieu de l'année 1964
pour rejoindre l'association des Mosquées Musulmanes
que fonde alors son maître à penser. Lorsque
Malcolm X est assassiné, en Février 1965,
Clarence 13X Smith suit un parcours similaire à celui
de Charles Kenyatta en fondant son propre culte: Les "cinq
pour cent ", ou "Nation des Dieux
et des Terres". 559a
Rejetant
la divinité attribué par Elijah Muhammad à
Wallace Fard, Smith prêche que l'homme noir est Dieu.
Dans son credo, “Allah” est l'acronyme
résumant Arm, Leg, Leg, Arm, Head (Bras,
Jambe, Jambe, Bras, Tête) soit la description de l'être
humain. Pour cette raison, il se fera appeler Allah dans
les rues d'Harlem. En guise de catéchisme, il invente
un ésotérisme racial grâce à
la combinaison d'un alphabet supreme dans lequel
chaque lettre correspond à un concept (A pour Allah,
J pour Justice, V pour Victoire...), d'une numérologie
- les mathématiques suprêmes - dont
le chiffre 7 est le symbole de la divinité, c'est
à dire de l'homme noir (la femme noire doit se contenter
du 6).559b
A ces deux créations qui lui sont propres, il ajoute
les leçons #1 & #2 du catéchisme légué
par Wallace Fard, dont les questions et réponses
14 à 16 expliquent que l'humanité est divisée
en 85% de non-civilisés tenus en esclavage mental,
ignorant de la nature de dieu et de leurs origines, en 10%
de riches, d'esclavagistes et de profiteurs qualifiés
de “suceurs de sang” des pauvres, enfin
en 5% d'individus civilisés, conscients, qui enseignent
que “le dieu vivant est le fils de l'homme, l'être
suprême, l'(homme noir) d'asie.” La mission
des 5% d'hommes noirs éveillés dans la connaissance
raciale est de partager leur savoir avec les 85%. Une des
clefs du succès des cinq pour cent auprès
des jeunes Noirs vient du fait que Smith abandonne le discours
rigoriste de la Nation de l'Islam, autorisant chacun à
boire de l'alcool ou à fumer ce qui lui plaît.
Dans
les semaines qui suivent la mort de Malcolm X, Clarence
13X commence à prêcher sa haine au coin des
rues d'Harlem et de New York. Il recrute essentiellement
ses adeptes parmi les mineurs âgés de 12 à
21 ans et, lorsqu'arrive l'été 1965, le mouvement
compte environ 200 membres répartis dans différents
quartiers de la ville. Ceux-ci, souvent de petits délinquants,
s'attaquent principalement à des personnes de race
blanche mais ils peuvent aussi, à défaut de
ces proies privilégiées, agresser d'autres
Noirs - ceux ci, après tout, n'appartiennent qu'aux
10 % ou aux 85 % d'ignorants.559c

L'emblème
des 5%
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Les
cinq pour cent commencent rapidement à causer des
troubles de l'ordre publique. Le 31 mai, Clarence 13X et
cinq autres personnes sont arrêtés, après
un début d'émeute, pour avoir agressé
des policiers blancs. Dans la mêlée, le gourou
des cinq pour cent hurle: “nous allons tuer les
flics et tous les Blancs: les femmes et les enfants aussi.
Nous allons commencer un bain de sang si on ne reçoit
pas une partie des subventions de lutte contre la pauvreté.”560
Après l'avoir soumis à une expertise médicale,
un juge le fera interner d'office en hôpital psychiatrique
en décembre 1965. En juillet de la même année,
des policiers new yorkais subissent un caillassage en règle
lorsqu'ils se portent au secours d'une résidente
de Harlem prise à parti par une trentaine de membres
du culte. En décembre, l'un d'eux, Cedric
Avery, est assassiné au cours d'une rixe.561
A la rentrée des classes, une école d'Harlem,
la Cooper Junior High School, est le théâtre
de sérieux troubles lorsque, pendant près
de deux semaines, les membres des cinq pour cent, exigeant
d'être appelés par leurs noms musulmans, vont
systématiquement prendre à parti leur professeurs,
les traitant de “diables aux yeux bleux "
ou d'“oncles Tom”, passant à
tabac un enseignant, en frappant une autre et agressant
les autres élèves à la sortie des cours.
14 personnes seront arrêtées.562
Les cinq pour cent sont également soupçonnés
d'avoir lancé des cocktails molotovs sur des églises
protestantes d'Harlem. Lors de la visite du Pape Paul VI
à New York, une rumeur leur prête l'intention
d'assassiner le pontife à l'intérieur même
de la cathédrale Saint Patrick.563
Les
cinq pour cent vont surtout être le centre d'une controverse
lorsque Livingston L. Wingate, un politicien noir, qui fait
l'objet d'une enquête des autorités fédérales
et des services de l'avocat général de Manhattan
pour une mauvaise gestion de fonds attribués à
la lutte contre la pauvreté, va se servir d'eux pour
intimider les autorités.564
Jouant du souvenir des émeutes raciales de Watts
à Los Angeles, pendant lesquelles les Noirs avaient
détruit leur propre quartier et assassinés
une trentaine de personne, Livingston Wingate explique qu'il
y a dans Harlem des milliers de jeunes noirs prêts
à tout casser et qu'il n'a plongé les mains
dans la caisse sans regarder à la dépense
et sans se soucier de tenir une comptabilité que
pour leur distribuer des aides et les calmer.565
Passé
le coup de fièvre médiatique, les cinq pour
cent disparaissent de l'actualité. Clarence 13X se
lie d'amitié avec Barry Gotterehr, un membre de la
communauté juive qui dirige un service consacré
aux problèmes urbains. A l'époque, c'est un
des assistants de John Lindsay, le maire républicain
de New York.566 En
1967, ce dernier attribue aux cinq pour cent un bâtiment
dans Harlem. Ils en feront “l'école d'Allah
à la Mecque” et orneront la porte d'entrée
de la phrase suivante: “L'homme noir est dieu.”567
Le 13 juin 1969, Clarence 13X Smith est abattu au pied des
tours Martin Luther King alors qu'il se rend chez sa femme.
Parce que le meurtre se produit une semaine après
une tentative d'assassinat contre Charles
37X Kenyatta, la police soupçonne aussitôt
la Nation de l'Islam d'être impliquée dans
les deux affaires.568
Louis Farrakhan qui, ayant succédé à
Malcolm X, supervise les activités de la secte à
New York, va démentir vigoureusement tout implication
de la secte et dénoncera les “insinuations
blanches.”569
A
partir des années 70, les cinq pour cent deviennent
progressivement un élément de la vie des quartier
noirs de la côte Est des États Unis puis, dans
les années 1980, ils vont étendre leurs activités
jusqu'à la Côte Ouest.
Les
rencontres des cinq pour cent, des “parliaments”
peuvent se produire n'importe où, le plus souvent
en extérieur, à des coins de rue ou dans des
parcs publiques. Pendant ces réunions, les différents
participants peuvent se lancer dans des défis et
des compétitions pour évaluer la connaissances
que les uns et les autres ont des “120” leçons
du culte. Les prêches sont souvent scandés
de façon rapide et saccadés. Pour y introduire
les éléments de “savoir” tirés
de la symbolique ésotérique léguées
par Clarence 13X, les adeptes doivent faire preuve de dextérité
verbale. Ce dernier aspect, conjugué à la
démographie commune des adeptes des cinq pour cent
et des fans de Hip-hop, va être la cause d'une convergence
entre le mouvement ethno-religieux et le mouvement musical.
En marge de rappeurs qui se revendiquent ouvertement, comme
Public Enemy, de la Nation de l'Islam, d'autres ne font
pas secret de leur affiliation à la “Nation
des dieux et des Terres.” S'en réclament,
pour ne citer que les plus connus, des groupes comme “Eric
B & Rakim”, “Boogie Down Production”,
“Brand Nubian”, “Sister Souljah”,
“Digable Planet”, les “Poor righteous
Teachers” , “Nas”, les “Fugees”
ou encore le “Wu Tang Clan”.570
Toutefois, le discours de ces rappeurs, très codé,
requiert une bonne connaissance des croyances et de l'imagerie
du racisme noir, en particulier de celui de la Nation de
l'Islam, pour être compris. Le nom des Poor Righteous
Teachers, par exemple, est repris de la question 16 des
leçons de Wallace Fard.571
Conjuguée
à d'autres forces sociales, la rencontre de la scène
Hip-Hop et de la galaxie raciste de l'Islam noir va être
à l'origine de la montée en puissance de la
secte au milieu des années 1990. Louis Farrakhan
prépare en effet un évènement qui,
en 1995, va avoir un énorme retentissement médiatique
même si, socialement et économiquement, il
restera profondément stérile. Les rappeurs
vont grandement contribuer à battre les tambours
de guerre pour ce qui sera le woodstock de la Nation de
l'Islam et dès la fin de l'année 1993, Ice
Cube y fait allusion lorsqu'il chante:
“Sort
un Gloc, Sort un Gloc, les diables se font flinguer [...]
frappe le diable, frappe le diable regarde qui le dit
/ écoute ce que je dis, après 1995 pas un
mort ne sera vivant / Dieu survivra, il protégera
le civilisé / qui se soucie (de savoir) si l'ennemi
vit ou meurt [...]Maître Farad Muhammad [Wallace
Fard] arrive comme une comète / Quand ils les
verront, ils vont tous commencer à vomir / 1995
Elijah est vivant, Lewis Farrakhan, NOI / les Bloods et
les Crips et mon bon petit vieux d'moi / Et nous nous
préparons tous pour l'ennemi.”572
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