(màj le 25 Novembre 2003)
 

Neuropsychologie, antiracisme et racisme anti-blanc

 
 
 
 

Hier, en surfant sur le web anglophone, mon attention a été attirée par quelques articles dont les titres m'ont aussitôt inquiété.

"Un scan du cerveau permet l'identification
de préjugés racistes chez les Blancs"

ou

"Les préjugés racistes rendent stupide - une nouvelle recherche découvre que les blancs réussissent moins bien des test cognitifs après des rencontres avec une autre race"

déclarait-on en caractères gras sur le site du Scotsman, un journal écossais grand public et sur celui du San Francisco Chronicle. Depuis, des articles sur cette étude ont fait leur apparition comme des champignons sur un nombre sans cesse croissant de sites, y compris ceux de la respectable BBC. ils expliquent tous de quelle façon on peut détecter l'impact du racisme des Blancs sur leur comportement. De quoi s'agit-il ?

Des recherches ont été menées par des scientifiques américaines de l'Université de Darmouth, dans le New Hampshire, sur une trentaine de personnes formant un groupe "test"d'évaluation de comportement racistes. Toutes les personnes sélectionnées pour ce groupe test de "racistes" étaient des Blancs - et seulement des Blancs. Les chercheurs ont ainsi pu déterminer qu'il y aurait une corrélation entre les préjugés racistes des Blancs -lorsque ceux ci doivent inter-agir avec des Noirs-, entre l'activité cérébrale dans certaines parties du cerveau et la difficulté, par la suite, d'effectuer certains travaux intellectuels. Le Docteur Jennifer Richeson, qui a mené ces expériences, explique que :

"Nous avons découvert que les Blancs qui ont les plus hauts scores lors de mesures de préjugés racistes ont une plus grande activité neuronale en réponse à des photographies d'hommes noirs ...

De plus, ces individus réussissaient moins bien des tests cognitifs après une inter-action avec un homme noir, suggérant qu'ils avaient épuisé leur potentiel nécessaire pour accomplir la tâche"

Les résultats de cette étude ont trouvé un certain écho dans la presse Anglo-Saxonne conformiste et soucieuse de lutter "contre le racisme" [des Blancs] . Le Guardian suggère, par exemple, que cette découverte pourrait être utilisée pour tester les policiers avant de les embaucher. Si les conclusions des expériences sont simplement présentés comme un fait, sans la moindre remise en cause, par certains médias, d'autres -plus sérieux- font écho aux propos de scientifiques qui émettent quelques réserves. Le Guardian cite Bob Turner, un professeur du University College London, qui pense qu'on peut tout autant avoir des problêmes d'objectivité lorsqu'on est en face d'une belle blonde et qu'il conviendrait donc de reprendre cette étude dans un contexte moins chargé socialement. Sur le site de la BBC, un expert en Neuropsychologie à Oxford, Alick Elithorn, s'inquiète de la possibilité que la recherche ne soit mal interprétée par certains, qui en tireraient la conclusion que "fréquenter des Noirs est mauvais pour soi."

Le fait que seuls des Blancs aient été inclus au groupe des racistes potentiels, que seuls des blancs soient désignés comme racistes et que Jennifer Richeson mentionne systématiquement l'origine ethnique des sujets potentiellement racistes n'a, par contre soulevé aucune objection... Car de quoi parle cette étude? Du racisme? du racisme des blancs?

Seuls les Blancs peuvent-ils être racistes?

Sans doute parce que j'anime depuis trois ans ce site internet, cette étude et la façon dont elle a été accueilli dans les médias m'a immédiatement rendu suspicieux. Une fois de plus, sous couvert d'antiracisme, c'est le racisme anti-blanc qui s'exprime et c'est le racisme des Blancs qui est seul désigné. La façon dont cette étude est présentée ne peut qu'être interprétée comme la preuve "scientifique" que les Blancs sont racistes et faire passer l'idée que s'ils ont été choisis pour une telle expérience, c'est parce qu'ils sont plus racistes que les autres êtres humains. J'ai donc immédiatement considéré cette étude non pas comme une avancée dans la lutte "contre toutes les formes de racisme" mais uniquement dans celle contre "le racisme", c'est à dire contre "le racisme des Blancs".

Je pense que cette étude est profondement raciste. Explication:

On pourrait croire qu'une telle étude ne peut que renforcer le grand préjugé qui veut que les Blancs sont toujours les racistes, et les Noirs, toujours les victimes du racisme. On peut aussi craindre, à juste titre, qu'elle ne renforce le préjugé selon lequel seuls les Blancs sont tous racistes, où qu'ils sont plus racistes que les personnes appartenant à d'autres groupes ethniques. En fait, cette étude ne renforce pas seulement ces préjugés racistes: elle révèle ceux des personnes qui l'ont menée.

Trouvant pour le moins malsain et étrange que seuls des Blancs aient été choisis pour le groupe "témoin" d'individus racistes, j'ai mené une petite enquête en ligne. il ne m'a pas fallut longtemps pour avoir confirmation de ce que je soupçonnais: l'étude sur laquelle sont basés les articles publiés par la presse anglo-saxonne s'appelle "When prejudice does not pay: Effects of interracial contact on executive function", elle a été dirigée par Jennifer Richeson, qui est d'origine Afro-Américaine.

Dans les jours qui ont suivis la parution des premiers articles, dans un souci évident de désamorcer des accusations de racisme anti-blanc, l'université de Darmouth a publié un article sur lequel l'université précise, à postériori de la diffusion de l'étude dans les médias, que quelques chercheurs blancs y ont participé. Cependant, sur le CV en ligne de Jennifer Richeson, on découvre que la chercheuse n'a mentionné aucun nom des collègues Blancs qui lui ont servit de caution morale lorsque des accusation de racisme ont du commencer à pleuvoir, citant comme co-auteur de l'étude que Nicole Shelton, l'autre Afro-Américaine de l'équipe. Le choix des cobaye apparaît alors sous un jour nouveau et on comprend qu'il n'est pas fortuit.

Les chercheuses ayant trouvé des Noirs pour le groupe témoin de "victimes" avec lesquels les "racistes" Blancs devaient inter-agir, elles auraient facilement pu, si elles l'avaient souhaité, incorporer des membres de leur groupe ethnique au groupe de personnes testées pour la détection de réactions racistes. Faut-il le préciser: les deux chercheuses se sont bien gardé de révéler la nature de leur recherches aux Blancs qui servaient de sujets tests et le fait que leur couleur de peau était le critère principal qui déterminait leur rôle dans les expériences qu'elles menaient. Il est clair qu'il y a une intention derrière les choix effectués.

En ce sens, la façon trés particulière dont ces deux femmes ont mené leurs recherches à l'Université de Darmouth révèlent moins une corrélation entre préjugés racistes et facultés cognitives qu'elle n'illustre une réalité dont peu d'entre nous, aveuglés d'altruisme et de générosité que nous sommes, réalisent: que le discours anti-raciste dominant actuellement dans les sociétés occidentales, des Etats-Unis à l'Europe, est déterminé par l'ethnocentrisme et le seul intéret des minorités. Nous ne réalisons pas que ce discours peut être déliberemment raciste et préjudiciables aux Blancs.

En effet, historiquement, le discours de l'anti-racisme a été totalement façonné par les interets des minorités ethniques, pour qui lutter contre "le racisme" signifiait lutter contre le seul "racisme des Blancs", tout en minimisant le plus possible le leur. Cette dénonciation du seul racisme des Blancs a peu à peu donné naissance au sentiment que seuls les Blancs sont racistes ou qu'ils seraient plus racistes que les autres groupes ethniques. Dans l'esprit des personnes appartenant à des minorités ethniques, elle a répandu la croyance que les Blancs étaient moralement inférieurs aux autres groupes ethniques, et ces personnes ont trouvé dans leur statut de victimes du racisme des blancs un sentiment de supériorité morale.

Actuellement, "le racisme" sous-entend systématiquement "le racisme des Blancs", et exclut implicitement la possibilité que nous soyons parfois victimes de racisme. Pour cette raison, nous ne devrions tolérer que la dénonciation de "toutes les formes de racisme" ou "des racismes". Le racisme dont nous sommes l'objet devrait clairement être identifié comme le "racisme anti-blanc" car pour qu'il y est prise de conscience de ce phénomène, il doit être spécifiquement nommé, comme l'est l'antisémitisme pour les Juifs.

La leçon de l'étude menée par Jennifer Richeson et Nicole Shelton, est que le discours anti-raciste qui domine actuellement dans les pays occidentaux, loin d'être généreux, est profondement interessé, qu'il est déterminé par l'ethnocentrisme des personnes qui le pratique et qu'il s'apparente le plus souvent à une inquisition des seuls Blancs. La prise de conscience de cet ethnocentrisme est nécessaire, tant pour comprendre les positions -qui autrement peuvent parfois nous sembler contradictoires- des représentants des communautés ethniques et que pour lutter efficacement contre la propagation des préjugés typiques du racisme anti-blanc.

 
 
 
 
 
 
*
 
Autour du racisme
 
 
 
   
   
   
 
Seuls les Blancs...
 
 

 

 
 
 
 
 
         
 
Références
 
  • 16 Novembre 2003 - The Age.com - "Brain scan identifies race bias"
  • 16 November 2003 - the Scotsman - Brain Scan 'Identifies Race Bias among White People' by John von Radowitz
  • 16 November 2003 - Annanova.com - Brain scan 'identifies race bias among white people'
  • 17 November 2003 - BBC News - "Hidden race bias 'drains brain' - the only article that actually bothered to dig a bit deeper
  • 17 November 2003 - The Independent - "Scan shows how brain suppresses latent racism" par Steve Connor
  • 17 November 2003 - Romano Vodi - "Scan shows how brain suppresses latent racism" (reprint from the independent)
  • November 17, 2003 - SF Gates / San francisco chronicle - "Racial prejudice makes you stupider, new research finds Encounters with another race made whites perform worse on cognitive test" par Gareth Cook -
  • Le document qui est à la source de ces articles: When prejudice does not pay: Effects of interracial contact on executive function. Psychological Science, 14, 287-290. les seuls auteurs mentionnés: Jennifer Richeson et Nicole Shelton

 

 
 
     
         
 
Télécharger le livre sur le racisme antiblanc