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Ch
01 - Finlande, une société qui change
Avec
une population d'un peu plus de 5 millions d'habitants,
la Finlande est une des dernières sociétés
ethniquement homogène d'Europe. En 2001, elle ne
comptait officiellement que 91 000 étrangers - soit
à peine 2 % de sa population - dont un grand nombre
sont originaires de l'union Européenne. Pourtant,
comme ailleurs en Europe, ce petit pays du nord s'est transformé
en terre d'immigration pour des populations venues d'autres
cultures. En 2001, une édition mise à jour
de "Sukunimet", un ouvrage consacré
aux noms signalait une internationalisation croissante de
ceux ci. Les prénoms étrangers les plus communs,
jusqu'alors de type européen, sont désormais
Nguyen, Muhamed, Tran, Ali et Ahmed.
Formant
des minorités compactes, ces immigrés asiatiques,
arabes ou africains se concentrent dans quelques grandes
villes du pays comme Helsinki ou Turku. Signe le plus visible
de la sédentarisation de ces nouveaux venus: la prolifération
de restaurants ethniques. Aarne Mäkinen, qui travaille
aux services d'hygiène, a constaté le rapide
changement survenu en à peine dix ans dans la capitale:
"Au début des années 90, on pouvait réciter
par coeur le nom des établissements tenus par des
immigrés mais maintenant ce serait complètement
impossible." Bien que ces communautés soient
encore de taille relativement modeste - elles comptent tout
au plus quelques milliers de personnes chacune - la société
finlandaise commence à se lézarder. On voit
en gestation les graves problèmes auxquels sont confrontés
les nations européennes soumis depuis plusieurs décennies
à la pression migratoire non-occidentale.
Ces
problèmes, ce sont d'abord une lente perte de contrôle
du flux migratoire, accrue par le démantèlement
des frontières dans le cadre des accords de Schengen.
Révélateurs de ce phénomène,
l'augmentation de l'immigration irrégulière,
du trafic humain et les cas de fraudes migratoire. Confronté
à un nombre toujours croissant du nombre de demandeurs
d'asile - généralement de Roms venus d'Europe
de l'Est - la Finlande a décidé de relever
ses critères d'asile en 2000 tout en diminuant son
quota d'admissions de réfugiés politiques
de moitié. Le pays est passé à un quota
de 750 demandes de statut de réfugié acceptées
par an, soit moitié moins que dans les années
1990. Ce chiffre reste néanmoins énorme pour
la modeste population finlandaise si on le compare aux 67
demandeurs d'asile politique ayant obtenu un permis de résidence
et aux 26 personnes reconnues réfugiés politiques
en 2001 au Japon, pays qui compte, lui, une population de
120 millions d'habitants. Cette baisse du quota de réfugiés,
conjuguée à une accélération
du traitement des dossiers de demandes de statuts, et accompagné
d'une politique de reconduite aux frontières des
étrangers, a eu pour conséquence une baisse
temporaire du nombre de demandes qui sont passées
d'environ 3 200 en 2000 à 1600 en 2001. Mais en 2002,
le pays comptait à nouveau plus de 3 400 demandes
dont 70 % ont été rejetées. Cette reprise
de la pression migratoire s'inscrivait dans une tendance
générale en Europe où 400 000 demandes
de ce type ont été enregistrées (dont
48 500 en France).
En
2002, le problème des demandeurs d'asile politique
prenaient une dimension nouvelle lorsque, pour exercer un
chantage moral et pour obtenir des autorités finlandaise
un statut qui venait de leur être refusé, plusieurs
musulmans d'origine libanaise, avec une absence totale de
respect des convictions religieuses de la plupart des Finlandais,
décidaient d'occuper un lieu de culte chrétien:
la Cathédrale orthodoxe Uspenski d'Helsinki. Entamant
une grève de la faim trés médiatique,
Ali Kassem, Jaafar Maanaki et 7 autres comparses se faisaient
passer pour des réfugiés palestiniens, espérant
ainsi obtenir la sympathie de la population, une affirmation
que la police allait démentir, montrant que les Libanais
avaient délibérément détruits
leurs passeports pour faire traîner l'examen de leurs
demandes infondées.
En 2002, la police finlandaise signalait une augmentation
de la délinquance liée au trafic humain, avec
51 signalements impliquant plus de 800 personnes. La majorité
des personnes introduites clandestinement étaient
des Chinois, des Iraqiens et des Turcs. En 2003, les autorités
constataient une légère progression de l'immigration
illégale, les personnes provenant essentiellement
de Yougoslavie, d'Iraq, de Turquie, de Bulgarie et de Somalie.
Cette immigration relevait de filières classiques
de trafic humain transitant par les pays de l'Est. La police
finlandaise constatait aussi, au sein de la communauté
somalienne, une augmentation des fraudes "à
la ressemblance". Selon Jouko Ikonen, les délinquants
somaliens achètent ou louent de véritables
passeport finlandais appartenant à des étrangers
qui ont été naturalisé. Ces derniers,
dès lors, opèrent comme des chevaux de Troie
qui permettent de forcer les portes de la Finlande. Les
passeports finlandais des somaliens ayant été
naturalisés se négocient entre 500 et 2000
Dollars.
Autre type de Fraude, celle "aux études".
On a constaté, comme dans d'autres pays de l'Union
Européenne, que de nombreux étrangers non-communautaires
postulent pour un visa étudiant dans le simple but
de pouvoir s'installer en Finlande ou en Europe. La plupart
sont Asiatiques ou Africains, mais aussi Russes ou Lettons.
Ce phénomène a pris une ampleur suffisante
pour que l'université de technologie d'Helsinki décide
de durcir ses critères d'admission: de nombreux "étudiants"
présentaient de faux certificats d'études,
exagéraient leurs capacités linguistiques
et, une fois en Finlande, s'évaporaient dans la nature
sans jamais se présenter aux cours. Eveliina Permi,
du département des sciences sociales de l'université
de Tampere, craint que ces abus manifestes ne posent problème
à l'avenir en songeant que sur 150 postulants au
statut d'étudiant étranger, 20 d'entre eux
n'avaient visiblement aucune des qualifications requises:
"Si un étudiant n'a pas le bon bagage, les
études ne sont probablement pas la raison première
motivant l'entrée dans le pays."
L'arrivée
d'étrangers non communautaires n'a pas tardé
sans créer des tiraillements d'ordre culturel. Ceux-ci
se sont d'abord manifestés de façon en apparence
anodine. Dans les transports en commun, par exemple, de
nombreuses femmes d'origines musulmanes ont refusé
de montrer leurs visages aux conducteurs alors que leurs
titres de transports mensuels comprennent une photo d'identité.
De même, dans les établissements scolaires,
de nombreux parents d'origine musulmane refusent que leurs
filles participent aux activités sportives et ces
élèves, dans les classes, gardent un couvre
chef sur la tête, une situation qui aurait été
impensable en Finlande pendant les années 1970. Le
système scolaire finlandais, il est vrai, comporte
quelques particularismes hérités de l'histoire
du pays qui n'arrangent pas les choses, notamment dans le
domaine des langues où, du fait de l'existence d'une
minorité de finlandais parlant suédois, chaque
élève a le droit d'étudier dans sa
langue maternelle. C'est ainsi qu'aujourd'hui en Finlande,
on enseigne en Finlandais, en Suédois, mais aussi,
désormais, en Wolof, en Philippin, en Tigri ou en
Lingala.
En
2001, la pratique de la circoncision masculine, jusqu'alors
limitée à la communauté juive et à
la petite communauté tartare du pays, qui disposaient
de leurs propres praticiens pour l'accomplir ou qui se rendaient
dans des hôpitaux privés, est devenu un problème
de société. En août de cette année
là, un médecin africain en visite dans la
ville de Kuopio, en pratiquant sur sept jeunes enfants cette
mutilation génitale rituelle, s'était livré
à un véritable charcutage qui avait causé
l'hospitalisation de quatre jeunes victimes. Les bureaux
du procureur général avaient décidé
d'entamer des poursuites pour agression et les parents avaient
été interrogés en tant que possibles
suspects. Un des motifs de la clandestinité de cette
opération est que l'hôpital universitaire du
Kuopio refusait de pratiquer ce type d'opération
pour tout motif autre que sanitaire. De nombreux médecins
finlandais refusent en effet, pour des raisons éthiques,
de céder à cette pratique malsaine et obscurantiste.
L'urologue Tuija Lahdes-Vasama explique ainsi qu' "en
Europe, on pense que le prépuce fait partie de l'organe.
il est sain et ne doit pas être enlevé".
D'autres praticiens finlandais considèrent que la
pratique de la circoncision est une atteinte à l'intégrité
de la personne humaine.
En 1999, Riitta-Leena Paunio, le médiateur et député
du parlement finlandais avait déclaré que
les services publics finnois n'étaient pas tenus
de pratiquer la circoncision masculine pour des motifs non-médicaux.
Il avait aussi recommandé la prudence concernant
cette pratique, même si la liberté religieuse
devait être respectée. En conséquence,
les hopitaux de Turku et de Tampere avaient cesser de la
pratiquer, rejoignant ceux d'Helsinki et Kuopio. Néanmoins,
en 2003, suite au débat entourant le cas des circoncis
musulmans de Kuopio, le gouvernement finlandais entamait
une reculade à ce sujet. Le ministère de la
santé et des affaires sociales diffusait une lettre
de recommandation demandant aux hôpitaux d'accepter
de pratiquer les circoncisions pour des motifs religieux.
Ce revirement constitue la première victoire du communautarisme
pour imposer dans la sphère publique finlandaise
les pratiques religieuses de l'islam.
Le
mariage forcé, très pratiqué dans la
communauté musulmane a aussi donné lieu à
un débat dans la société finlandaise,
particulièrement après l'assassinat d'une
jeune pakistanaise de nationalité suédoise,
Fadime Sahindal, qui avait été abattue à
coup de revolver par son père, un raciste pakistanais
furieux de la voir sortir avec un Suédois. Ce problème
est une réalité en Finlande où certains
travailleurs sociaux ont même songé à
la mise en place de centres d'hébergement secrets
afin de protéger les jeunes femmes fuyant leurs familles
pour échapper à ce type de pratique. Il faut
dire que les autorités religieuses musulmanes, en
Finlande, ne font rien pour arranger les choses. "Le
prophète Mahomet s'est marié avec une fille
âgée de 9 ans et beaucoup de familles kurdes
font de même" explique Omar Bahaldin, 39
ans,qui est président de la fédération
des réfugiés iraquiens "En toile
de fond, il y a une vieille idée, basée sur
la religion, de la domination masculine. On considère
qu'un père ou un frère ont le droit de tuer
une femme ou une soeur qui ne se soumet pas à son
autorité."
Abdoulamjid Hakki, un réfugié iranien d'origine
kurde qui a pris la nationalité finlandaise a épousé
une immigrée Kurde en dépit de l'avis de la
famille de la jeune femme. En conséquence, elle a
été battue et menacée de mort par son
frère. Hakki dit qu'"il y a aussi des pères
en Finlande qui songent à tuer leurs filles".
Il raconte le cas d'un de ses cousins vivant en Norvège
qui - en dépit du bénéfice économique
qu'il tirait du peuple norvégien - avait une telle
détestation pour le mode de vie de son pays d'accueil
qu'ayant eu une fille, il a rapatrié sa famille au
Kurdistan par crainte qu'elle n'adopte un jour le mode de
vie scandinave. "La Chariah, dit Hakki, autorise
les mariages à un jeune âge et les mollahs
d'ici sont prêt à marier des filles de 16 ans,
ou parfois plus jeunes."
Le mariage forcé dans la communauté musulmane,
l'hostilité de ses membres envers le mode de vie
finlandais explique que 20 % des personnes se rendant dans
les centres d'accueil pour jeunes soient d'origine immigrée.
Selon Marja Hakala, qui pratique les thérapies familiales,
"les coutumes finnoises sont en conflit avec les
critères moraux des parents et de l'éducation
qu'ils ont reçu. Lorsqu'ils parviennent à
l'adolescence, les enfants veulent vivre comme leurs amis
finnois. Aller en discothèque, boire de l'alcool
ou sortir avec quelqu'un avant le mariage font l'objet de
stricts tabous dans de nombreuses cultures." Les
adolescents qui se réfugient dans les centres d'accueils
reçoivent souvent des châtiment corporels et
l'aversion portée à la finlandisation de leur
comportement est telle que certains enfants sont chassés
par leurs familles musulmanes.
Ces
conflits culturels et cette violence déborde largement
du cadre des communautés immigrées. A l'occupation
d'une cathédrale chrétienne en Juin 2002 ont
succédées des agressions contre les Juifs.
En Août 2002 à Fredrikintaku, dans le centre
d'Helsinki, plusieurs Arabes, dont un Syrien et un Libanais,
ont harcelé puis agressé des commerçants
juifs et leurs clients. Juha Rautaheimo, de la police d'Helsinki,
signale d'ailleurs que ce n'est pas la première fois
qu'il y a des affrontements entre différents groupes
d'étrangers à Helsinki et que la police tient
à l'oeil les groupes qui, dans leurs pays d'origines,
sont en conflit.
L'éthnicisation
de la délinquance est un des revers de la médaille
de l'immigration extra-communautaire - particulièrement
chez les plus jeunes. Selon les autorités d'Helsinki,
il y a eu une forte progression des arrestations de pré-adolescents
d'origine africaine. En 2000, sur 92 arrestations de jeunes
de moins de 15 ans, on comptait 57 africains et 26 finnois.
La même année, pour 108 arrestations d'adolescents
de 15 à 17 ans, on comptait 56 finnois et 37 africains.
En 2001, suite à une forte mobilisation des services
sociaux et de la communauté africaine, le nombre
des délinquants africains de moins de 15 ans avait
sensiblement baissé, parallèlement à
celui des plus de quinze ans, mais il y avait augmentation
du nombre de jeunes délinquants d'origine Roms, contrecoup
de l'augmentation de l'immigration de cette population en
Finlande.
Avec l'ethnicisation des groupes de jeunes, qui peuvent
désormais regrouper des individus de différentes
origines, la nature de la délinquance s'est modifiée
à Helsinki. Elle est devenue plus brutale et marquée
par une augmentation de la violence contre les personnes.
La modification de la composition éthnique des groupes
de délinquants s'est traduite par une modification
globale des comportements. Juha Hakola, de la police d'Helsinki
constate qu' "il y a un surprenant degré
de violence lorsque des gens de la même tranche d'âge
sont pris pour cible. Ils s'en prennent simplement à
un passant." Tuomo Lotta, le chef des services
d'enquête du secteur de police du Centre d'Helsinki
constate également que "Plus de filles sont
impliqués dans les agressions qu'auparavant. Les
vols ont habituellement lieu au centre d'Helsinki en début
de soirée et sont commis par des groupes de jeunes."
Le
comportement de certaines bandes de Jeunes n'est pas le
seul domaine dans lequel existe un lien entre délinquance
et origine ethnique. Quelques faits divers retentissants
ont, dans ce domaine, secoué la société
finlandaise. L'affaire Steven Thomas en est un exemple:
En 1997, un scandale a éclaté lorsque la police
finlandaise a autorisé la diffusion de la photo de
ce rappeur Afro-Américain. Un tabloïd l'avait
mise en première page avec le titre "Cet
homme a le sida". Des finlandaises, paniquées
au souvenir de rencontres avec des hommes noirs, avaient
téléphoné à une association
de lutte contre le SIDA . Son président, Bengt Lindblom,
avait accusé les autorités et les médias
de racisme, déclarant que la photo de l'homme n'aurait
pas été publiée s'il avait été
blanc et affirmant que sa publication avait associé
les Noirs au Sida dans l'esprit des gens. Steven Thomas
était accusé de meurtre par la justice finlandaise
pour avoir délibérément contaminé
12 femmes finlandaises avec le SIDA. Il avait eu des rapports
non protégés avec elles alors qu'il se savait
séropositif. On estime qu'il aurait eu des rapports
sexuels de ce type avec près d'une centaine de femmes.
L'émotion entourant le procès trouvait une
caisse de résonance qui l'amplifiait pour deux raisons.
D'une part, la Finlande est le pays qui a le plus faible
taux de SIDA en Europe. D'autre part, le seul autre procès
du même genre ayant eu lieu en Finlande impliquait
un ressortissant Ougandais - John Karara - qui, au début
des années 90, avait violé plusieurs jeunes
femmes alors qu'il était lui aussi séropositif.
Reconduit en Afrique, il avait osé déclarer
que son expulsion de Finlande était une atteinte
aux droits de l'Homme.
En juin 2003, le procès de George Kwasi Okoke Mensah,
un musicien africain d'une cinquantaine d'année ayant
obtenu la nationalité finlandaise est venu comme
un rappel malsain des deux précédents procès.
Selon une méthode qui ne variait pas, entre 1995
et 2002, il avait comme mode opératoire d'attirer
ses victimes dans son appartement, de les droguer avec du
GBH puis de les violer en ayant des rapports sexuels non
protégés alors qu'il se savait séropositif.
Comme en Australie un an plus tôt, c'est grâce
au courage d'une adolescente de 16 ans, violée par
l'Africain, que le scandale allait être révélé.
Sans souci du chantage racial des militants associatifs,
elle allait rendre publique son histoire. En voyant le visage
de Mensah apparaître sur leur écran de télévision,
plusieurs de ses victimes allaient le reconnaître
et contacter la police. On a alors découvert qu'il
avait fait 23 victimes et avait contaminé l'une d'entre
elles. Il a été condamné pour 15 agressions,
7 viols dont un sur mineure et pour une tentative de meurtre.
Les minutes du procès explosif, qui s'est déroulé
à huit clos, ont été placées
sous scellé jusqu'en 2043 par les autorités
judiciaires.
La
conscience d'un lien entre ethnicité et violence
sexuelle - comme dans le cas de la délinquance juvénile
- s'est renforcé dans l'opinion publique finlandaise
entre le procès de Steven Thomas et celui de George
Mensah. En 2000, sur le nombre de viols signalés
à la police, 17 % des femmes décrivaient l'homme
qui les avait violé comme un étranger et dans
8 à 10 % des cas, cette perception se confirmait
après enquête. Il y avait donc, entre la part
d'étrangers présent au sein de la population
finlandaise (2 %) et leur présence dans les statistiques
(8-10%) une forte disproportion. De son côté,
le Tukinainen, un centre d'aide aux victimes de viols, précise
que 6 % des femmes appelant la ligne téléphonique
du centre signalaient avoir été agressées
par un étranger.
Källe Kekomäki, un inspecteur en chef, a rédigé
un mémorandum sur les crimes violents commis par
des étrangers en 1998 à l'intention du ministère
de l'intérieur finlandais. Si les statistiques ne
spécifient pas la nationalité de chacun des
violeurs étrangers, par soucis de ne stigmatiser
aucun groupe en particulier, il peut néanmoins faire
la liste de leurs pays d'origine et de leur lieu de naissance.
Il cite l'Angola, le Brésil, l'Egypte, l'Angleterre,
l'Iraq, l'Iran, la macédoine, le Maroc, le Pakistan,
la Pologne, la Suède, la Somalie, La Turquie, la
Russie ou encore l'Estonie. Certaines nationalités
sont absentes des statistiques: Il n'y a pas trace de violeurs
venant de Chine ou du Vietnam, alors que les communautés
asiatiques sont de plus en plus présentes en Finlande.
Pour
la psychologue Niina Nurminen, qui est responsable d'un
programme de réhabilitation à la prison de
Kuopio concernant des violeurs condamnés, la culture
dans laquelle a grandi un individu peut influencer le passage
à l'acte de certains hommes, sans être déterminante
à elle seule: "Les crimes liés à
la sexualité sont toujours liés à un
besoin de contrôle et d'intimidation de la victime.
Ces actes peuvent s'expliquer de nombreuses façons
et le facteur culturel n'est qu'un des facteurs de l'équation.
Cela ne fait pas en soit de quiconque un violeur mais si
le violeur a grandi dans une culture qui accentue et approuve
un comportement violent ou la supériorité
de l'homme, ce bagage peut jouer un rôle."
Selon les études de Sari Näre, une sociologue
qui a enquêté sur les violences et les comportements
sexuels, "dans certaines cultures...on pratique
des rites d'initiations qui seraient considérés
comme des exemples d'agressions sexuelles sur mineurs. De
telles pratiques comprennent, par exemple, l'excision de
jeunes filles."
Les statistiques du centre Tukinainen montrent, pour l'ensemble
des personnes appelant la ligne téléphonique
du centre, que les étrangers ayant commis des viols
représentent 6.2 % du nombre total de cas signalés.
Ce chiffre est plus élevé pour les jeunes
femmes qui signale dans 11 % des cas un violeur d'origine
étrangère. Ceci corrobore les observations
de Sari Näre, dont les études montrent que 12
% des femmes de la tranche d'âge des 10-20 ans ont
rencontré leurs agresseurs peu de temps auparavant
et que dans 40 % de ces cas, l'agresseur était un
étranger.
"Dans
de nombreuses cultures, une femme ne sortirait jamais de
cette façon avec un homme après leur première
rencontre" déclare la sociologue finlandaise
"Dans ce pays, la relation entre les sexes est
basée sur la confiance que la femme met en la capacité
de l'homme à maîtriser ses désirs. Dans
des sociétés où les différences
entre les sexes sont accentuées, le temps et le lieu
sont des facteurs déterminants plus important de
la façon dont un homme interprète la volonté
sexuelle de la femme ou ce qui la motive." Un
étranger qui voit une femme accepter de l'accompagner
chez lui ou de se promener avec lui dans la rue pourrait,
en fonction de sa culture, en déduire automatiquement
que celle ci souhaite avoir un rapport sexuel.
Sari
Näre évoque aussi certains mythes existant en
Turquie selon lesquels un homme circoncis peut mieux satisfaire
une femme qu'un homme dont le sexe n'a pas été
mutilé. "Un homme qui pense ainsi pourrait
en tirer la conclusion qu'une femme habillée de façon
attirante cherche une relation sexuelle informelle parce
que l'homme ou les hommes non-circoncis qu'elle a dans la
vie n'ont pas pu la satisfaire." Dans une telle
optique, certains violeurs pourraient même imaginer
rendre un service à la femme qu'ils violent...
Pour Sari Näre, les tensions raciales peuvent également
expliquer la violence sexuelle de certains étrangers,
dans la mesures où ceux-ci, se sentant en échec,
se considèrent en état de guerre avec la population
au sein de laquelle ils vivent. Elle mentionne le cas de
Cleaver Eldridge, un militant des Blacks Panthers qui, dans
les années soixante, a ouvertement revendiqué
le viol de femmes blanches, qu'il considérait comme
une arme politique dans le cadre d'un affrontement racial.
Néanmoins, le plus souvent, un homme peut maltraiter
les femmes d'un groupe ethnique qu'il considère comme
intrinsèquement inférieur au sien. Ces propos
de Sari Näre jette une lumière particulière
sur le viol inter-ethnique. Au sein des minorités
ethniques et des populations non-occidentale, les populations
de descendance européenne sont considérées
comme moralement inférieures du fait de la dénonciation
unilatérale du racisme par des dirigeants communautaires
qui, à contrario, minimisent de façon systématique
le racisme anti-blanc de leur propres groupes ethniques.
Autre clef de compréhension évoquée
par Sari Näre: les stéréotypes racistes
auxquels sont associés les femmes au physique européen
très typé, relayé dans la presse de
certains pays non-occidentaux: "Si vous vivez au
sein d'une culture dans laquelle toutes les femmes respectables
- celles qui ont une position sociale - sont basanées
et où les femmes blondes n'apparaissent que dans
des magazines porno ou comme de superbes pin-ups qui font
la moue dans les tabloïds, comme c'est le cas dans
des pays comme la Turquie, eh bien, ceci peut aisément
influencer les comportements."
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