24 octobre 2000
 

Le japonais aimait trop les blanches

 
 
 
 
 

Mort d'une Hotesse

Par Evan Alan Wright - Tokyo

L'histoire tragique de Lucie Blackman a tenu le Japon en haleine, devenant la cause d'un examen de conscience national et une parabole pour le malaise d'aprés Bulle du pays

Le 4 mai 2000, portant des hauts talons et un ensemble noir et argent calculé pour s’accorder à sa valise Samsonite, Lucie Blackman débarqua d’un vol Virgin atlantique de treize heures Londres - Tokyo et mit le pied dans le cauchemar national du Japon. Ancienne hôtesse de l’air de British Airways, qui mettait sa fierté à être " chic, sophistiquée et éveillée ", Lucie remettait ses cheveux en ordre parfois même avant d’aller s’entraîner à la gym. Il est donc sensée qu’elle ait eu les cheveux fraîchement coiffés à cet instant, une crinière naturellement blonde coupée droite et tombant sur ses traits anglais quasi patriciens, frappants, comme un rideau de perles de verre. Dissimulant ses yeux bleus derrière une paire de lunettes de soleil trop grandes, de style Gucci. Ses ongles formaient de parfaites petites demi-ellipses, leur cuticules nettes.

Le visage du Lucie, plus que tout autre, allait éventuellement devenir synonyme des anxiétés, des aspirations et des insécurité millénaristes de Tokyo. Lorsqu’elle disparut deux mois plus tard dans la nuit de Tokyo, sujet de spéculations et de commérages salaces, elle devint le symbole, littéralement, d’une nation soudain incertaine de la direction où elle allait et de ce qui lui arrivait.

Tokyo, ce printemps là, était une ville embourbée dans sa neuvième année consécutive de stagnation économique. Même Lucie avait entendu parler des malheurs fiscaux du japon _ Un marché de l’immobilier déprimé, des entreprises diminuant leurs dépenses – mais la ville qu’elle voyait offrait un spectacle complètement diffèrent. En s’installant dans une " Gaijing house " du centre de Tokyo et en cherchant du travail dans certains des bars à hôtesses du quartier de Roppongi, Lucie, 21 ans, voyait une ville presque charnelle dans ses appétits et bacchanalesque en esprit. Elle n’aurait jamais supposé que c’était une ville en déclin, capitale d’un empire qui aurait supposèment vu des jours meilleurs. Au lieu de cela, l’atmosphère, ou Kibun, dans les rues et dans les bars était une sorte de consumérisme gourmand de type " prenez-en-tant-que-vous–pouvez-encore ". Ce qu’elle était encore trop nouvelle pour sentir était que cette rapacité ne naissait pas de l’optimisme mais du désespoir. Le gâteau économique diminuait, donc tout le monde essayait d’attraper la plus grosse part tant qu’il y avait encore quelque chose à prendre.

Roppongi, où elle trouva éventuellement du travail dans un bar à hôtesses nommé " Casablanca ", est le terrain de jeu éclairé au néon de cette civilisation en déclin, où les cadres se collent à l’épaule des strip-teaseuses russes et où les jeunes d’une vingtaine d’années aux cheveux couleur thé viennent s’envoyer des drogue branchées. Le quartier abrite des dizaines de bastringues, de cafés, de boites de strip-tease, de casinos et de clubs ouverts la nuit servant les étrangers et les japonais qui aiment traîner avec eux. La foule – des courtiers américain en costume brook brothers, des mannequins en visite, des rock stars de second ordre, des portiers africains, des vendeurs de rue israéliens, des Marines ivres, des maquereaux pakistanais et des craignos polyglottes – renforce le sentiment que Roppongi est le centre de radiation de la vie dorée et féconde de Tokyo.

Lucie était venue parce qu’elle avait entendu qu’on pouvait se faire une fortune dans ce quartier scintillant, simplement en versant des boissons et en ayant des conversations anodines avec des hommes d’affaire japonais. Ce Japon exerce un appel curieux pour des occidentales ayant un penchant pour l’aventure. Peut être découvrent t - elles la possibilité d’être hôtesse pendant un voyage en Asie, ou en rencontrant des femmes de retour du Japon qui leur parlent de grosses sommes d’argent. Certaines répondent à des publicités d’agences dans les journaux étrangers pour travailler comme " danseuses " ou " artistes de variétés " - Pour se retrouver à faire les hôtesses. D’autres ne font que passer à Tokyo, peut être lors de la première étape d’un itinéraire en Asie, et voient qu’on peut se faire de l’argent facile en baratinant des japonais enivrés. C’est la sœur la plus âgée d’un ami, à Londres, qui a informé Lucie des possibilités qui s’offrent au Japon à une jeune femme attirante.

Descendant vaguement de la tradition des maisons de Geisha, les bars à hôtesses emploient des femmes à l’heure pour se comporter en compagnes des clients. Les hôtesses ne sont pas des prostituées ; elles sont plutôt des petites amies platoniques et payées. Elles peuvent choisir de coucher avec un client, ou pas. Bien qu’il n’y ait pas de chiffres officiels sur le nombres de femmes qui travaillent dans les bars à hôtesses, on estime que des centaines de milliers de femmes travaillent dans ce qui est certainement une industrie multimilliardaire. Pour les cadres clients, les bars à hôtesses, avec leur atmosphère chic, leurs belles femmes et un flot régulier de boissons, sont des lieux de rendez-vous de choix dans lesquels impressionner un client ou conclure un accord commercial. La plupart des clubs à hôtesses emploient des japonaises ou des asiatiques, mais à partir des années 80, de plus en plus ont commencé à s’approvisionner en femmes occidentales. De toutes les hôtesses au Japon, les plus payées sont les blanches mignonnes, blondes et qui parlent anglais. Lucie satisfaisait toutes ces critères.

Les premières semaines d’une hôtesse novice peuvent être déboussolantes. Tout d’abord, il y a les horaires. On devient une créature purement nocturne, se présentant au travail vers neuf heure du soir, finissant vers deux heures du matin et se dépensant jusqu’à l’aube dans des bars comme le " Gas Panic " ou des clubs très onéreux comme le " Lexington Queen ". Les filles gagnent un salaire de 150 à 400 dollars la nuit, en plus des pourboires et des cadeaux que déversent sur elles des clients en adoration. Mais dans ce spectacle de Saturnales, il y a encore plus d’occasion de flamber l’argent. En plus de la gnole, des clubs et des vêtements, il y a la drogue – l’extasie, l’herbe, la cocaïne – à laquelle beaucoup trop de filles se laissent aller.. Au début, ce cycle était insensé pour Lucie – travailler cinq heures puis sortir dans les bars et les club pour se défouler – Mais après avoir passé des nuits entière à prétendre rire de blagues idiotes ou à feindre comprendre l’anglais rudimentaire d’un employé de bureau ivre, cela ne faisait pas de mal de relâcher la pression.

Les particularités de ce commerce rendaient également Lucie confuse. Par exemple, chaque soir entre neuf et dix heures, lorsque les clubs commençaient à peine à ouvrir, un flot continu de Nissan Cimas et de Jaguar S-Type s’arrêtaient devant les immeubles de six ou sept étages hébergeant les hôtesses pour déposer des étrangères habillées de la façon la plus renversante. Les filles, presque toujours de type caucasien (1) et généralement dans la vingtaine sortaient, insouciantes, par des portières ouvertes par des hommes qui étaient toujours japonais et généralement deux fois plus âgés qu’elles. Les filles fendaient les trottoirs de Roppongi avec un air de désintérêt, télégraphiant le sex-appeal et l’inaccessibilité à chaque claquement de leurs hauts talons sur le sol. Ce rituel de trottoir faisait partie d’une coutume des bars à hôtesses appelée le " Dohan ". Les hommes les déposant étaient des habitués des bars à hôtesses payant des suppléments pour emmener dîner leur hôtesse puis pour les déposer au travail.

Lucie Blackman détestait tout cela lorsqu’elle arriva. Les heures, La pression de sortir pour les Dohans. Elle avait travaillé pendant deux ans sur les vols long courrier de British Airways vers l’Afrique et les Amériques, mais elle n’avait pas souvent été éloignée plus de quatre jours d’affilés du domicile familiale, où elle vivait toujours avec sa mère, sa benjamine et son frère- à Sevenoaks, une banlieue de Londres dans le Kent. Après son arrivé à Tokyo, elle téléphonait et envoyait des courriels à sa famille de façon quasi quotidienne, leur disant qu’elle avait le mal du pays.

Elle avait quitté son emploi d’Hôtesse de l’air, s’était-elle plaint à sa sœur, parce qu’il lui donnait le sentiment d’être en décalage horaire permanent. Son salaire annuel à British Airways était de 18 700 dollars. Une bonne hôtesse pouvait gagner cela en deux mois. Avant même d’embarquer sur ce vol pour Tokyo, elle avait anticipé les retombées du travail d’hôtesse , débitant son compte de carte de crédit de 1400 dollars pour s’acheter un nouveau lit qu’elle comptait utiliser à son retour du Japon. " Lucie n’était pas la personne la plus intelligente " dit sa sœur Sophie " mais n’était pas stupide. Elle faisait les choses que ferait une fille normale de vingt et un ans ".

Lucie avait envoyé un Courriel disant à sa sœur que travailler au club était " comme être une hôtesse de l’air sans l’altitude ". Elle avait téléphoné à sa mère une fois pour lui dire qu’un client lui avait offert " une somme d’argent fantastique pour coucher avec lui ". Lucie avait dit qu’elle avait écarté la proposition en riant, rappelant à sa mère que son travail était verser des boissons, d’allumer des cigarettes et " de discuter de sujets ennuyeux, comme les volcans." Elle confessa à Sophie que quelquefois, les clients parlaient anglais avec un accent si prononcé qu’elle ne pouvait que secouer la tête. " Je ne peux pas croire qu’on me paie autant d’argent simplement pour prétendre que je les écoute " rapporta t-elle.

Lucie et Louise Phillips, un amie venue avec elle à Tokyo, partageaient une pièce dans la " Yoyogo Gaijin House ". Au début de son second mois à Tokyo, Lucie n’avait pas réussit à économiser le moindre argent, mais elle commençait à faire la paix avec les environs de Tokyo. Continuant à envoyer des courriels à sa sœur quasiment tous les jours, elle lui dit qu’elle gagnait l’équivalent de 1 450 Dollars par semaine. Et elle s’attendait à ce que ses profits augmentent car les clients la réclamait plus fréquemment. Elle aimait la vie noctambule de Roppongi et était sortie pour quelques rendez vous galants, à l’opposé des Dohan, avec un américain, Scott Fraser, un jeune Marine basé sur le porte avion américain USS Kittyhawk.

Le premier Juillet, un samedi, Lucie sortit pour un Dohan avec un client de Casablanca. L’homme, dont Lucie ne partageât le nom avec personne, lui avait offert un téléphone mobile pré - payé si elle l’accompagnait dans un restaurant prés de la mer. Sa colocataire, Louise, était encore au lit dans leur pièce de six tatamis(2) lorsque Lucie partit. Louise se souvient avoir entre – aperçut Lucie alors qu’elle sortait, en sandale et dans une robe, avec un collier d’argent orné de cœurs. Elles avaient en projet de se voir dans la soirée, en même temps que Scott. Lucie téléphona 3 fois ce jour là. D’abord à 13 heures 30 pour dire qu’elle avait rencontré son rendez vous, puis à 17 heure, disant " on m’emmène à la mer " et finalement à 19 heures lorsqu’elle dit " Je serais de retour dans une demi heure ". Elle téléphona à Scott quelques minutes plus tard pour dire le même message. On n’entendit plus jamais parler d’elle.

Le jour suivant, Phillips reçut un appel sur le téléphone portable d’un homme parlant avec un accent très marqué se présentant comme étant Akira Takagi. Il lui dit que " Lucie s’est joint à un culte nouvellement formé. Elle est en sécurité et s’entraîne dans une Hutte de Chiba. "

L’immeuble en stuc blanc de quatre étages situé sur la côte rocheuses et venteuse de Mirua s’appelle le " Blue sea ". Le palmier qui se trouve en face de lui est tenu par des cordes pour l’empêcher de se coucher. Mais la vue sur la baie et la cote rocheuse est spectaculaire. C’est un endroit chic : l’acteur japonais des années soixante le plus connu, Toshiro Mifune, a vécu à quelques centaines de mètres sur la côte jusqu’à ce qu’il meure, il y a quelques années. Il ne faut pas plus de soixante secondes pour marcher de la salle avant du Blue Sea jusqu’à l’endroit où les restes de Lucie ont été découverts.

Le Tueur ne pouvait aller que dans une direction lorsqu’il a transporté les morceaux du corps de Lucie hors de son appartement. Une voie de garage tourne sur la droite de la porte de devant ; la baie est en face. A gauche, il y a un petit parking, puis un sentier étroit mène, à travers des pierres et des piliers en ciment, à une petite plage, qui fait peut être le quart de la surface d’un cour de tennis. A cinq mètres en retrait de l’eau, il y a une surface rocheuse avec une crevasse de deux mètres de large, qui s’étend à quelques mètres de la plage. Elle est partiellement ouverte au sommet, et la lumière y coule. Il s’y trouvait une baignoire dont on s’était débarrassée, entre autres déchets emportés là par le vent. Pendant les quatre mois durant lesquels les policiers de Tokyo, avec l’aide d’éléments des forces d’autodéfense (3), ont passée au peigne fin le secteur, personne n’a pris la peine de regarder sous la baignoire. Eventuellement, vers 9 heure du matin, le 6 février, les policiers revisitèrent la caverne qu’ils avaient déjà fouillé en automne. En sondant autour de la baignoire, ils trouvèrent le corps de Lucie coupé en Huit morceaux, enterrés à approximativement 50 centimètres sous le sable. Au début, les enquêteurs ne purent identifier le corps. La tête avait été coulée dans du ciment. Les morceaux de corps étaient si décomposés que le sexe ne pouvait être identifié. Lorsque les médecins légistes coupèrent le ciment enfermant la tête dans l’espoir de trouver des dents pour identification, ils trouvèrent immédiatement un élément identifiable, indéniablement étranger : Des cheveux long, d’un blond naturel.

La dernière fois que Sophie Blackman a vu sa sœur aînée en vie a été à 4 heure du matin, le jour où Lucie est partie pour le Japon. Avant d’aller à l’aéroport, Lucie avait grimpé dans le lit de Sophie. Elle avait prévu de donner à Lucie une carte lui souhaitant bonne chance, mais au lieu de cela, elle présenta une lettre de dix huit page. " Lucie était une belle âme " dit Sophie. " Je voulais lui dire ce qu’elle signifiait pour moi ".

A la différence de sa sœur, qui n’avait pas vraiment trouvée ce qu’elle voulait faire de sa vie, Sophie avait travaillé en service de cardiologie dans un hôpital du voisinage pendant plus d’un an. Elle avait trouvé ce travail gratifiant. Il l’a probablement aussi aidé a réagir promptement et avec un détachement méthodique en période de crise.

Jane, la mère de Lucie était en train de préparer une colis attentionné pour lucie avec des médicaments contre les rhumes et ses snacks préféré, les " Pick and Mix " de Woolworth (4) lorsque Phillips a appelé chez les blackman, le 3 juillet. Les parents de Lucie, Tim et Jane, tout les deux en milieu de quarantaine, se sont séparés cinq ans plus tôt. Tim vivait avec son amie à une heure et demie de là, sur l’ile de Wight, dans un appartement. Les filles vivaient avec leur mère et leur frère de dix-sept ans, Rupert. Ils étaient locataires, pas propriétaires, mais de la classe moyenne aisée. Tous travaillaient sauf Ruppert. Jane comme thérapeute pour des cancéreux. Tim avait une petite entreprise de construction.

Ce lundi là, lorsque Jane Blackman reçu l’appel, elle téléphona à Sophie au travail. Sophie Fit des arrangements pour s’envoler vers Tokyo. Tim Blackman, se préparant au pire, alla à sa banque et prit un prêt de 29 000 Dollars. En fin de compte, il dépensa prés de 145 000 Dollars – la plus grande partie étant des contributions de proches parents – à rechercher Lucie.

Sophie Partit pour Tokyo le jour suivant et arriva le 5 juillet. Tim Blackman vint quelques jours plus tard, après avoir confié la conduite quotidienne de son commerce à ses partenaires. Sophie se souvient ne pas avoir dormit pendant ses premiers jours à Tokyo, suant à cause d’une intense chaleur et désorientée par des stations de métro labyrinthiques. Pendant leurs deux premières semaines, elle et son père imprimèrent et distribuèrent 30 000 prospectus portant la photo de Lucie. Ils parlèrent à tous ceux qui auraient pu la connaître. Ils rencontrèrent la police, ils tinrent une conférence de presse. " Nous voulions rendre impossible à quiconque de dire " nous n’enquêtons pas sur ça " ".

C’était le problème, du point de vue de Tim. De toutes les pistes possibles, la plus traçable aurait du être les quatre appels effectués pendant et après le Dohan de Lucie. – en particulier, les trois que Lucie a passé depuis un téléphone portable fourni par son " rendez vous ". Tim dit "  " les autorités nous ont dis qu’elles ne pouvaient obtenir aucune information du fait des lois sur la vie privée, et elles ont dit que les moyens techniques pour le faire était au delà des compétences des compagnie téléphoniques japonaises. "

Tim blackman s’est aussi demandé pourquoi le propriétaire du club où Lucie a travaillé a été incapable de donner à la police des informations sérieuses sur le client que sa fille a rencontré pendant qu’elle y travaillait. " Ma fille a été présentée à cet homme dans le club où elle travaillait pendant les jours qui ont précédés sa disparition. Comment le propriétaire du club aurait-il pu ne rien savoir à son sujet ? " La famille n’a pu s’empêcher de se demander si la police n’avait pas d’autres motifs de traîner les pieds. " Ma sœur travaillait illégalement au japon. " déclare Sophie. " Nous avions peur que certaines personnes considèrent qu’elle avait mérité ce qui lui était arrivé ".

Sur approximativement 300 000 travailleurs étrangers dans l’illégalité qu’on estime être au Japon, Prés d’un tiers sont des femmes employées dans le mizushobai, ou commerce de l’eau, la phrase générique pour désigner l’industrie du sexe. Tandis que la plus grande partie de l’économie a stagné durant les dix années qui se sont écoulées depuis l’effondrement de la bulle financière, le commerce de l’eau à exploser.

La plupart des femmes de type caucasien qui parlent anglais ne réalisent pas qu’elles font partie du mizushobai. Elle y occupent une position privilégiée en comparaison des dizaines de milliers de femmes asiatiques qui travaillent en devanture des magasins, abattant les actes sexuels à des prix listés sur des menus. Les hôtesses ne sont pas non plus confrontées aux dangers auxquels font face les centaines de femmes sud-américaines, certaines âgées d’à peine 16 ans, qui travaillent ouvertement comme prostituées dans les ruelles du centre de tokyo.

Au sein du Mizushobai, les hôtesses caucasiennes sont essentiellement payées le plus pour en faire le moins, mais cela ne les empêche pas d’être stigmatisées. " Certaines hôtesses ne se considèrent pas comme faisant parti du Mizushobai parce qu’elles ne font pas d’actes sexuels. " déclare Mizuho Fukushima, membre de la chambre haute du parlement japonais, et avocat très en vue du droit des femmes " Mais les gens qui sont en dehors les considèrent comme faisant partie du commerce du sexe ". En 1989, avant d’entrer au gouvernement, Fukushima a aidé à établir un centre privé nommé Help, qui a prêté assistance à plus de 2 000 femmes –la plupart d’Asie mais comprenant un nombre croissant venant de Russie ou d’Amérique du Sud- qui ont souffert d’abus tels que la prostitution forcée, les intimidations physiques et les agressions. Fukushima déclare " J’ai emmené ces étrangères qui s’étaient faite tabasser à la police ou au service d’immigration qui ont déclarés devant moi " Qu’est ce que vous faites ici ? ces femmes sont en situation irrégulière ". Elle ajoute que les représentants des autorités tentent de se débarrasser de ces cas, en avançant l’argument suivant : " A quoi s’attendaient ces femmes quand elles sont venues ici illégalement ? "

Ce qui est le plus troublant, dit Fukushima, sont les étrangères, surtout asiatiques, qui ont disparues ou sont mortes dans des circonstances mystérieuses au fils des ans. " Elles ne sont pas répertoriées, mais nous avons des chiffres fiables, " dit elle " Les médias s’occupaient à peine de se problème jusqu’au cas de Lucie. Tout un coup, c’est devenu une nouvelle quand une blanche a disparue. "

Le fait que les Blackman aient utilisés toutes les approches possibles pour faire avancer leur enquête a aussi aidé. Un ami de Tim qui avait travaillé comme chauffeur de Limousine dans un aéroport, à Londres, avait fait plusieurs courses pour Sir Richard Branson, le légendaire fondateur des entreprises Virgin. Le chauffeur téléphona au bureau de Sir Richard et, quelques jours plus tard, Virgin offrit aux Blackman d’ouvrir un bureau à Tokyo pour les besoins de leur enquête.

Tim et Jane Blackman appelèrent et envoyèrent un Courriel aux ministère des affaires étrangères britannique, remontant jusqu’au bureau du premier ministre Tony Blair. Par coïncidence, Blair devait être au Japon le 21 Juillet au sommet du G8 à Okinawa. Blair évoqua la disparition de Lucie avec son équivalent Japonais, Yoshiro Mori. Ces contacts dans les hautes sphères amenèrent des résultats immédiats. Peu après le sommet du G8, dit Tim " La police m’a dit qu’ils avaient soudain résolus tous les problèmes techniques et légaux pour identifier les appels téléphoniques. "

Pendant ce temps ; les pistes commencèrent à s’accumuler sur la ligne rouge que les Blackman avaient ouverte à Tokyo. Trois étrangères présentèrent des histoires remarquablement similaires. Chacune avait travaillé dans les bars à Hôtesse de Roppongi pendant les quelques années précédentes, et étaient allées dans un restaurant en bord de mer avec un homme d’affaire japonais riche et bien habillé. Chaque femme rapporta avoir perdu conscience et s’être réveillée des heures ou des jours après dans l’appartement de cet homme. Il avait utilisé un pseudonyme différent avec chaque fille, se présentant comme " Kazu ", " Yuji " ou " Koji ".

A la fin du mois de Juillet, Le visage de Lucie était en première page des journaux japonais et étrangers Les journalistes de la télévision s’abattirent sur les Blackman, suivant leur moindre faits et gestes dans Tokyo. De nombreux articles s’attardèrent sur les aspects les moins reluisants de Roppongi et spéculèrent que Lucie avait été entraînée dans la drogue ou dans un culte S-M. Au moment où son corps fut découvert, son visage était connu par quasiment tout le monde au Japon. Sa disparition a été aussi obsessivement couverte que le procès OJ Simpson aux Etat Unis, explorant comme là bas des problèmes raciaux complexes, mais cette fois ci vus à travers un prisme japonais. (6). La blondeur de la victime, la nipponité présumée du tueur, tous ces problèmes pouvait être lus ainsi : Quelle est l’attitude du japon face aux étrangers ? Comment cette société déshumanise t-elle les femmes ? Et le plus important, que dit ce crime sur l’état moral du japon ? Les médias s’en sont donnés à cœur joie pour discuter de ces problèmes et d’autres tandis que Lucie devenait la cause d’un examen de conscience et de perplexité nationale, encore un autre rappel que quelque chose, ineffablement, allait très mal.

Eventuellement, la police métropolitaine de Tokyo allait attribuer plus d’agents à ce cas qu’elle ne l’avait fait à celui des attaques au gaz sarin dans le métro de la ville en 1995, qui avait tué 12 personnes et en avait blessé 5 500. Finalement, ils attrapèrent leur suspect le 12 octobre lorsqu’un homme d’affaire japonais de 48 ans, nommé Joji Obara fut détenu en rapport avec la disparition de Lucie. Le 6 avril, Obara, qui a constamment clamé son innocence, fut accusé de sa mort : un viol qui a apparemment tourné au meurtre. Les policiers japonais, parlant officieusement à la presse japonaise, suggèrent qu’il pourrait avoir violé jusqu’à deux cent femmes sur une période de deux décennies et demi, une succession de crimes dont, a apprit TIME, la police métropolitaine de Tokyo avait été alertée avant la mort de Lucie.

Tandis que Joji Obara attend son procès pour avoir tué Lucie, et que son cas le révèle comme celui d’un des plus prolifiques violeurs en série jamais attrapés, il est devenu pour certains japonais le symbole du malaise de l’économie d’après bulle et de ses séquelles morales.

S’il est une carrière qui capture l’essence du japon d’après la bulle, c’est celle de " spéculateur immobilier raté ". Pendant les années 80 et le début des années 90, la spéculation immobilière a été le centre mousseux de l’économie  " café sérré " du japon, avec les promoteurs et les courtiers devenant la version de cette époque des milliardaires actuels du point.com. Les spéculateurs comme Joji Obara étaient les héros du japon de l’ère go-go (7), conduisant leurs Bentleys et leur Rolls-Royces, vivant dans leurs villas et sortant avec leurs exotiques petites amies blondes. C’était la période, souvenons nous, où le japon allait conquérir le monde (8) Des hommes comme Joji Obara se présentaient comme les guerriers Fibe Mini à l’avant garde de l’invasion japonaise. Nakao Tomono, un journaliste qui a écris de façon approfondie sur le cas de Lucie pour le magazine Shunkan Buson, offre un aperçu surprenant sur la façon dont les hommes de la tranche d’âge d’Obara perçoivent son infamie de violeur en série : " ils le respectent comme un homme à l’aise qui va dans des bars onéreux et qui lève des occidentales ". Susumu Oda, professeur de psychiatrie à l’université de Gakuin, qui a travaillé sur d’autres affaires criminelles très en vue, dit qu’Obara est un " bizarre symbole " des hommes de sa génération, " parce qu’il était obsédé par les femmes de type caucasien".

Le déclin d’Obara – son cabinet s’est effondré, ses banques ont réclamé leurs créances –est aussi une parabole du voyage économique du japon. Et comme la plupart de ses compatriotes, ses revers n’ont pas affectés son mode de vie. Ses habitudes prodigues ont continué ; il a gardé sa Ferrari, sa Rolls Royce Silver Cloud, ses appartements de Muria, en bord de mer. Conduisant sa Ferrari dans Roppongi, c’était un personnage curieux avec sa moustache tombante et ses yeux occidentalisés, modifiés par chirurgie. Haut d’un mètre soixante dix, il portait des semelles compensées et prenait régulièrement des doses d’hormone humaine de croissance dans la croyance erronée que cela le rendrait plus grand.

C’est à la villa " Den’en Chofu " d’Obara que la minable décadence de son mode de vie d’après bulle est l’objet d’un examen rigoureux. Le bâtiment d’un design sixties s’élève derrière la grille d’un chemin d’accès, avec des caméras de surveillance qui émergent des buissons. A l’Apex de la bulle, il valait 25 millions de dollars. Ona fait valoir des droits de rétention sur ses propriétés lorsque son cabinet a fait faillite au début des années 90. Obara a continué de fréquenter la maison jusqu’à son arrestation, la laissant se détériorer, comme un portrait de Dorian Grey de la psyché nationale du Japon, jusqu’à un état de délabrement avancé, avec des écailles de rouille pelant des fers forgés de l’extérieur et des briques croulant des murs. Une Maserati, une Bentley et une Aston Martin du début des années soixante sont garées sur la pelouse. Les voitures ont des pneus crevés. Il y a des ordures partout. Montant la garde a coté d’une porte se trouve une statut de berger allemand grandeur nature, avec des crocs de céramiques découvert et une langue rose en céramique qui luit à la lumière du soleil.

Lorsque les policiers fouillèrent la maison, ils trouvèrent aussi un vrai berger allemand congelé en un bloc solide, dans un grand congélateur, à coté d’un bouquet de rose et de nourriture pour chien. Obara déclarera plus tard qu’il l’avait préservé dans l’espoir qu’un jour, la science pourrait " réanimer mon animal de compagnie affectueux en un chien cloné. ". Aussi étrange que cela paraisse, le chien est consistant d’une manie qu’avait Obara de conserver ses détritus personnels.. Il y avait des piles de vieilles batteries de voiture, de postes de télévisions usagés, de tickets de caisse, de journaux et bandes enregistrées personnelles remontant aux années 70. La plus grosse prise comprenait plus de 200 vidéocassettes montrant des douzaines de femmes apparemment inconscientes agressée par Obara qui, sur beaucoup de bandes, selon une source policière, ni porte rien sinon un loup à la Zorro. (il y a des similarités entre les crimes imputés à Obara, les vidéos et le thème communément montré dans la pornographie japonaise d’hommes ayant des rapports sexuels avec des femmes endormies. Appelé le Yobai, il y a même des sex shops à Tokyo qu’on appelle des "clubs à images " où des hommes paient pour tripoter et avoir des rapports sexuels avec des prostituées feignant de dormir. Ces formes contemporaines de Yobai sont une bâtardisation de mythes folkloriques à propos de jeunes hommes qui prennent des mariées endormies. Le Yobai a même été le thème d’un roman du l’écrivain Nobel Yasunari Kawabata).

Joji Obara est né en 1952 dans une pauvre famille coréenne de l’Osaka d’après guerre. Son père était un ferrailleur, puis un chauffeur de taxi qui travailla jusqu’à posséder une petite flotte de voiture et une chaîne de salles de Pachinko (9) qui lui permirent d’amasser une fortune. Peut être en songeant aux discriminations subies par les Coréens, Lorsqu’on demanda au jeune Obara – connu alors par son nom coréen de Kim – d’écrire un mot d’adieu dans le journal de l’année de son lycée, il inscrivit : ‘la façon dont on est élevé est plus importante que le nom de famille. "

A 15 ans, il fut accepté dans une des lycées les plus élitistes, une école de prépa affiliée à la prestigieuse université de Keio. Pour faciliter l’entrée d’Obara à l’école, son père fit l’acquisition de la villa " Den Chofu " et envoya le garçon y vivre avec une servante. Lorsqu’Obara eut 17 ans, son père mourut , laissant à son fils des avoirs à Tokyo et à Osaka.

En 1981, Obara obtint sa licence de l’université de Keio (Alma Mater de Junichiro Koizumi, le premier ministre récemment élu) avec des diplômes en politique et en droit, devint un citoyen japonais par naturalisation et changeât légalement son nom en Obara. Une fois qu’il eut expurgé son lignage coréen, Obara, avec sa fortune et son bagage universitaire, aurait pu entrer dans l’élite dirigeante de la nation, devenant, peut – être, un grand commis ou dirigeant d’un grand groupe. Au lieu de cela, il devint un homme de son temps, menant une existente décousue et médiocre, ponctuée par son incursion désastreuse dans la spéculation immobilière. Il créa une compagnie d’investissement, Plant, en 1988, relativement tard au court du cycle de la Bulle. Lorsque l’économie s’effondra, emportant quasiment tous les biens d’Obara avec elle, sa mère, qui avait toujours le contrôle de la lucrative affaire de Pachinko, aida à solder les comptes de son fils, remboursant, en une occasion, un créancier de prés de 33 millions de dollars en liquide. Après ces échecs en affaires, L’entreprise d’Obara devint de notoriété populaire une façade pour les Sumiyoshi Yakuzas - Estampillé par la police deuxième plus grand syndicat du crime – qui lui maintinrent la tête hors de l’eau en l’employant comme homme de paille pour leurs opérations de blanchiment d’argent.

Obara fuit les appareils photo toute sa vie. On a déterré peu de photos de lui, en dehors d’un cliché granuleux des années 70. Les anciens employés de son entreprise immobilière disent qu’il leur interdisait de le prendre en photo. Pendant la journée, il portait invariablement des lunettes de soleil. La liste d’appel de son téléphone portable obtenue par la police indique qu’il était devenu une créature nocturne, plaçant la plupart de ses appels entre le coucher et le lever du soleil tandis qu’il allait et venait infatigablement entre ses appartements de la côte et ses résidences du centre de Tokyo.

Avant son arrestation liée à la disparition de Lucie, Obara avait eu une occasion de friction notable avec la loi. En 1998, il avait été arrêté dans les toilettes pour femmes d’une ville balnéaire appelée Shirahama, dans la préfecture de Wakayama. Obara était travesti et tentait de filmer en vidéo une femme utilisant les toilettes. Il avait été condamné pour délit à une amende de 75 dollars.

Après l’arrestation d’Obara liée à la disparition de Lucie, une image plus pointue de sa vie personnelle emergeat. En contraste avec sa personnalité publique fermée, les obsessions privées d’Obara sont cernées en détails atroces.. Il écrivait un journal et dicta des journaux audios sur cassettes à partir du début des années 70. Des reporters japonais comme Mamoru Kadowaki, de l’Hebdomadaire Schincho ont obtenu certaines des entrées les plus compromettantes d’Obara grâce à des fuites policières. Selon Kadowaki , une des entrées les plus troublantes d’Obara, présentée sous une forme vaguement poétique, inclue les lignes " Les femmes ne sont bonnes que pour le sexe. Je leur mentirais. Je me vengerais. Vengeance contre le monde ".

En 1983, ses journaux font leurs premières références au " Jeu de conquête ", un euphémisme, déclare le ministère public, qu’Obara utilisait pour décrire ses agressions contre des femmes. Les journaux compris entre 1983 et 1995, comportent le nom de plus de 200 femmes, aux cotés desquels Obara écrivait des mots de code, 29 desquels, croient les inspecteurs, font référence à des drogues. La police a retrouvé plus douzaines de variétés différentes de drogues dans les maisons d’Obara – des pilules de somnifères au Chloroforme, jusqu’à l’hormone de croissance humaine. Dans ses journaux, il mentionne les drogues fréquemment, déclarant à un moment " je suis si las de l’herbe, du hash et du LSD ". Mais s’il y a des doutes quant à son principal intérêt, ils peuvent être écartés par une entrée dans laquelle il constate : " Je ne peux pas me faire de femme qui sont conscientes ".

Lorsque la police a arrété Obara début octobre, il a commencé par nier savoir qui était lucie Blackman. Les policiers ont trouvé des cheveux blonds correspondant à ceux de Lucie dans un des appartement côtiers d’Obara, puis un rouleau de pellicule contenant des photo d’elle prise prés du même logement. Mais sans corps, ils ne pouvaient l’inculper. La police a passé au peigne fin les vidéos et les journaux intimes pour trouver d’autres victimes. Les trois hôtesses étrangères ont accepté de coopérer avec le ministère public, et Obara a été inculpé pour plusieurs viols.

Dans d’une lettre décousue adressée aux média, Obara a répliqué " ces dames qui sont soit disant victimes sont toutes des hôtesses étrangères ou des filles de sex-clubs. Plusieurs prenaient de la cocaïne et d’autres drogues devant moi, et toutes ont accepté de coucher pour de l’argent. " Les femmes racontent une histoire différente. Il les rencontrait dans des bars à Hôtesses, les invitaient en Dohan, les attirait dans son appartement en utilisant toute une panoplie de méthodes. Il invita une femme chez lui, proposant de lui faire à dîner. Il demanda à une autre de l’accompagner à une soirée plus tard dans la soirée. Entre temps, elle pourrait regarder un concert de Mariah Carey à la télé dans son appartement. Il conduisit simplement une autre à son logement et lui demanda de l’aider de monter des boites se trouvant dans sa voiture.

Une fois qu’il les avait fait entrer, il gardait une conversation légère. Inévitablement, il les pressait essayer un vin rare dont il leur disait qu’il venait d’Inde ou des Philippines. Pour expliquer le drôle du goût du breuvage emplit de drogue, Obara disait à ses victimes qu’il contenait des herbes spéciales. Il y a une victime qui fut amadouée par le biais d’un toast de " porte bonheur " qui nécessitait qu’elle avale tout le verre en une seule gorgée. Si elle ne buvait pas tout d’un coup, l’avait il prévenue, elle n’aurait pas de chance !

Les bandes vidéos disent alors le reste de l’histoire. Selon des documents de la court remplis par la partie civile, les bandes montrent Obara trimbalant des femmes inconscientes sur son lit. Il a du se battre pour certaines. Lucie était plus grande que lui de cinq centimètres. Des fuites de sources policières ont données des détails comme quoi il avait ligoté certaines femmes, les pénétrant avec des objets étrangers et sodomisant beaucoup d’entre elles. Il agressait la plupart de ses victimes pendant 12 heures ou plus. Pour s’assurer qu’elles demeuraient inconscientes, il leur plaçait un linge imbibé de drogue, connue dans un cas comme étant du chloroforme, sur leur bouche. Il enregistrait ses agressions sur bandes vidéos en utilisant des lumières et un équipement vidéo professionnel. Une de ses victimes souffrit de brûlures lorsqu’il laissa une lampe chaude trop prés de son corps.

Les femmes d’Obara se réveilleraient 24, voir 48 heures plus tard , malades et désorientées par les drogues. Le chloroforme est toxique pour le foie et peut être fatal. Chacune des femmes se souvient s’être réveillée en vomissant, incapable de tenir debout, rampant aux toilettes sur les mains et les genoux . Peu avaient la moindre idée de ce qui s’était passée. Obara les rhabillait quelque fois dans leur vêtements avant qu’elles ne reprennent conscience. Puis, il avait toujours une histoire. Il dit à l’une des femme : " vous une fille tellement drôle. Vous avez bu une bouteille entière de Vodka ". il déclara à une autre qu’il y avait eut une fuite de gaz. A la femme à la peau brûlée, qui avait été inconsciente par intermittence pendant plus de 36 heures il fut dit qu’elle était devenue ivre et qu’elle était tombée.

En plus des témoins contre Obara, la police a découvert des factures d’hôpital le liant à une ancienne hôtesse de Roppongi, une Australienne nommée Carita Ridgeway. En 1992, il ammena une Ridgeway gravement malade à l’hopital Hideshima, déclarant aux infirmières qu’elle avait mangé de mauvais fruits de mer. Ridgeway fut diagnostiquée par erreur comme souffrant de défaillance du foie résultant de l’absorption de fruits de mer contaminés par le virus qui cause l’hépatite. Après qu’elle soit morte quelques jours plus tard, Obara réconforta même les parents lorsqu’ils emmenèrent son corps. Suite à un coup de chance administratif, le foie de Ridgeway avait été conservé à l’hôpital des femmes de Tokyo, où l’autopsie avait été faite à l’origine. En automne dernier, après qu’Obara ait fait l’objet d’une enquête pour la disparition de Lucie et ses autres agressions, les examinateurs médicaux testèrent le foie de Ridgeway pour déceler du chloroforme, qui se trouva être présent à des niveaux toxique. Obara fut inculpé en relation avec sa mort.

L’arrestation d’Obara, si elle n’a eut qu’un effet, a été encore plus angoissante pour les Blackman. En plus de ce qu’ils avaient appris sur ses agressions sur d’autres femmes, la police a laisser filtrer des détails sur ses activités pendant les premiers jours de la disparition de Lucie. Tard dans la nuit du 2 juillet, Obara appela les hôpitaux du secteur pour savoir comment soigner une victime d’overdose.

Le 3 juillet, Obara acheta une tronçonneuse, un mixeur à ciment et d’autres outils dans un magasin d’outillage. cet après midi là, le manager de l’immeuble en bord de mer d’Obara appela la police pour signaler qu’un occupant se comportait de façon suspect. Même dans le langage laconique des rapports de police filtrés aux médias, la scène de cet après midi dans l’appartement d’Obara semble sortie d’un moule Hitchcokien. Obara avait du ciment sur les mains lorsqu’il accueillit les policiers à sa porte. Soupçonneux, ils demandèrent à jeter un œil dans l’appartement. Obara accepta, mais devint agité lorsque la police demanda à regarder dans sa salle de bain. Lorsqu’il refusa de les laisser entrer, la police partit sans pousser les choses plus loin.

Postérieurement, les voisins rapportèrent avoir vu Obara ce soir là parcourant de long en large la petite plage de quinze mètre de long adjacente à son immeuble. Le jour suivant, les rapports montrent qu’Obara fut traité dans un hôpital pour de nombreuses piqûres d’insectes, conséquence d’avoir été dehors toute la nuit. En dépit de toutes ces informations, la police métropolitaine de Tokyo manqua de fouiller complètement le secteur autour de l’appartement d’Obara jusque début février.

Beaucoup au Japon, même des reporters endurcis, ont cru au mythe qui veut que la police ait connu l’emplacement des restes de Lucie pendant des mois. Des hebdomadaires respectés ont indiqués que les restes n’avaient pas été touchés pour, d’une certaine façon, piéger Obara. En réalité, la police a raté l’inculpation de meurtre en échouant à découvrir le corps beaucoup plus tôt. Le cadavre de Lucie était dans un état de décomposition si avancé que l’autopsie a été incapable de révéler la cause de sa mort. Les autorités ont laissé entendre qu’elles possèdent une vidéo d’Obara agressant Lucie, mais sans preuve de présence de Chloroforme dans son foie, ils ne peuvent directement lier Obara à son meurtre.

Des allégations encore plus sérieuses sur l’ineptie de la police ont été soulevées par Kazuo Iizuka, le propriétaire de Club Cadeau, un autre bar à Hôtesse. Iizuka déclare qu’un samedi soir, début octobre 1997, une de ses employées, une jeune hôtesse britannique, revint sérieusement malade après être sortie pour un Dohan avec un homme, dont on pense maintenant qu’il s’agissait d’Obara. Elle avait été droguée et, soupçonnait-elle, victime d’une agression sexuelle. Iizuka dit qu’elle était si pâle et faible, qu’il affréta une ambulance pour l’emmener de son club à un docteur. Des tests révélèrent que les fonctions de son foie avaient été sérieusement atteintes. Iizuka dit qu’il l’emmena au poste de police plus d’une fois et tenta de l’aider à porter plainte pour viol contre l’agresseur inconnu qui, croit-il, aurait pu être identifié. "  Mais la police m’a demandé " Qu’est ce que’ vous faîtes là ? " " dit Iizuka. " Je suis le propriétaire d’un club, et elle était hôtesse, il ont pris ça de haut. Ils ont refusé d’ouvrir l’affaire ".

Après qu’Obara ait été arrêté, Iizuka dit qu’il découvrit que trois autres femmes ayant travaillé dans son club avaient été droguées et agressées. Une source de la Police Métropolitaine de Tokyo reconnaît qu’Iizuka a contacté le département de police d’Azabu en 1997 mais il dit qu’il n’y avait pas assez de détails concrets pour juger s’il y avait un problème de crime ".

Un peu avait Midi, le premier mars, Tim Blackman, son amie et ses deux enfants encore en vie ont ouvert une bouteille de Veuve Clicquot sur la plage où Lucie a été retrouvée. Sous le regard de représentants de Scotland Yard et de la Police métropolitaine de Tokyo, ainsi que de douzaines de Paparazzis bourdonnant sur l’eau dans des hors-bords, les blackman ont planté un arbre à feuilles persistante en mémoire de Lucie. Tim dit de la fin de sa fille, " J’espère que Lucie a eut un verre de champagne, s’est sentie un peu éméchée et s’est évanouie ". ils ont priés. Ils ont pleuré. Et puis, pour une raison quelconque, ils se sont mis à rire. Tim dit que ce pourrait être difficile à comprendre mais " avec Lucie, le rire était toujours présent " 

Il se pourrait, parce que les meurtres est si rare au Japon, que le public ait le luxe d’accorder à ses plus terribles meurtriers un statut de quasi-célébrités. Il y a une décennie, lorsqu’Issei Sagawa fut rapatrié au Japon depuis un hôpital psychiatrique européen, après avoir assassiné et cannibalisé sa petite amie (10), il devint un pontife des shows télévisés, et on lui donna sa propre colonne dans les journaux. L’arrestation d’Obara a déclenché un déluge d’appels téléphoniques à l’ambassade de Grande Bretagne de la part de japonais qui voulaient exprimer leur honte. Mais dans le même temps ; les Hôtesses de Ropponji signalent un afflux d’hommes se présentant comme " Joji Obara ". Amélia, une des jeunes femmes travaillant à l’ancien club de Lucie, déclare qu’un client lui a dit récemment : " Je sais qu’une fille comme toi ne coucherais jamais avec moi. La seule façon pour moi de t’avoir serait de te droguer ".

Casablanca, le club de Lucie, n’est plus listé sur l’annuaire des étroits bâtiments de six étages juste en retrait de l’attraction principale de Ropponji. Dans un effort pour effacer l’histoire du club, le management a changé son nom en " Greengrass ". Tout le reste est pareil. Les clients sont toujours accueillis par un maître d’hôtel en Smoking mal ajusté lorsqu’ils entrent dans le bar. La salle est toujours sombre. Les canapés modulables de cuirs noirs sont toujours si spongieux que clients et hôtesses y tombent presque l’un sur l’autre quand ils s’assoient. il y a toujours une douzaine de petites tables, chacune juste assez grande pour un decanteur de Whisky Suntory, un siphon à eau et un saut de glace, qui sont tous inclus dans le tarif d’entré de base de 150 dollars.

A 23 heures un récent vendredi, un monsieur du troisième âge aux yeux vitreux régale le club, en un ramage de chien malade, d’une interprétation d’Imagine de John Lennon. A coté de lui, une jeune femme blonde en robe blanche froissée qu’elle aurait put porter à son bal d’étudiante sourit joyeusement les mains suspendues, prête à applaudir quand son compagnon âgé finira sa chanson. A une autre table, un homme habillée avec un sweater blanc au col en V et un pantalon de golf couleur crème est flanqué de deux femmes nordiques. D’un anglais saccadé, il les régale d’histoire sur le coût de l’hôtel pendant un voyage récent. " Très onéreux " repète-il, tandis qu’elles hochent la tête par devoir. De l’autre coté de la pièce, , un homme large d’épaule de la trentaine – affichant le dernier style gangsters avec sa coupe à la tondeuse et un bruyant s’affale sur un canapé et dort. Une jeune femme blonde est assise à coté de lui, fixant le vide.

Dix jeunes femmes attendant d’être sélectionnées sont perchées sur des canapés. Presque toutes sont blondes, leur age moyen est peut être de 22 ans. Elles s’assoient droites, poussées les unes contres les autres comme une collection de poupées. Attentives à ne pas abimer leur maquillage et leur coiffure, elles bougent avec une raideur exagérée mais leurs yeux voltigent avec convoitise lorsque de nouveau clients entrent dans le club. Bientôt, chacune de jeunes femmes est assise à coté d’un parfait inconnu. Elles tendent leurs cartes de visite. Elle savent pour Lucie, mais c’est de l’histoire ancienne. La semaine dernière, deux filles ont été virées de Greengrass parce qu’elles n’avaient pas fait leur quota de Dohan.

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  6. Ayant vécu aux états unis pendant une partie du Procés O.J Simpson, je me souviens parfaitement de cette affaire qui s’est déroulée à Los Angeles. OJ Simpson, un athlète noir américain, star du football américain, avait sauvagement assassiné sa femme, une blanche très typée, ainsi qu’un livreur de pizza (un blanc) ; Je précise que les deux victimes n’avaient aucune relation entre elles. Les preuves contre O.J Simpson étaient accablantes. Ses avocats, des noirs américains, tirant parti de l’émotion suscitée par les émeutes raciales du procès Rodney King, avaient systématiquement eut recours au chantage racial comme stratégie de défense, jouant sans scrupule la carte de la couleur de peau. Le meurtrier était ressortit libre du procès grâce à sa couleur de peau. - Retour
  7. Les Go-go, un Célèbre groupe Pop américain des années 80. - Retour
  8. Je me souviens qu’à l’époque, lorsque j’étais au lycée, la prof de Géographie nous avait passé un documentaire qui imaginait la défaite économique de la France face au Japon : cette France était censée avoir du signer un armistice et abandonner toute activité industrielle. Vu du nord de la France, où la filature, le textile, les charbonnages et les aciéries avaient fermé boutique les uns après les autres, c’était tout à fait crédible. - Retour
  9. Le pachinko est une espèce de flipper vertical dont raffolent les japonais - Retour
  10. Tout le monde se souvient du " japonais cannibale " qui avait été jusqu’à raconter comment il faisait cuir à la poêle les seins de la femme qu’il avait tué. Il a echappé à l prison en se faisant passer pour fu et il est devenu une star au Japon !!! - Retour
 
 
 
 
         
 
Références
 
  • 11 Mai 2001 - TIME asia - "Death of a Hostess" par Evan Alan Wright - Traduit
  • Octobre 2000 - Le Monde magazine - "Les filles perdues de Tokyo" par Philippe Pons
  • 14 Mai 2001 - Marianne - "L'industrie des nouvelles Femmes de réconfort
 
 
   
         
 
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