16 juin 2001
 

L'inquiètude des fermiers sud africains

 
 
 
 
 

Au début du mois de Juin 2001, afin de contrer Jacques Chirac qui, quelques semaines auparavant, avait voyagé dans les Dom-toms et qu’on avait pu voir à la télévision entourés de Noirs souriants, Lionel Jospin est allé faire un voyage express en Afrique du Sud. A la recherche de cautions morales, Il en a profité pour y être pris en photo en compagnie de Thabo Mbéki, l’actuel président de ce pays, et pour serrer la main de Nelson Mandela . Le premier ministre socialiste ne l’aura sans doute jamais su, et la presse française s’est montrée fort discrète à ce sujet, mais tandis qu’il dispensait, la bouche en cœur, de grandes leçons sur le racisme, huit fermiers blancs étaient massacrés à l’ AK 47 dans leurs fermes (quatre couples de fermiers qui laissent 6 orphelins derrière eux, Bennie, Klein jan, Danie … ).

Ces huit meurtres , qui se sont produits entre le 31 mai et le 2 Juin 2001, sont emblématiques à plus d’un titre de la situation de plus en plus dramatique des fermiers de descendance Boer. Elles s’inscrivent dans le cadre beaucoup plus large de ce qui prend de plus en plus l’aspect d’une véritable campagne de terreur raciste, menée avec la complicité d’un gouvernement qui, ces derniers temps, émet les signaux inquiétants d’une dérive autoritaire et raciste, aux antipodes de la promotion des valeurs de démocratie et de tolérance dont on espérait, dans les pays occidentaux, que la majorité noire d’Afrique du Sud, une fois parvenue au pouvoir, serait le porte drapeau.

Tout d’abord, concernant la violence dont sont victimes les fermiers blancs, il y a des chiffres extrêmement parlants, qui dressent un tableau très sombre de la situation de la communauté de descendance Afrikaner au " pays de l’arc en ciel " . Passons les en revue : Depuis 1991

  • 5 544 fermes ont été attaquées.
  • Soit 800 fermes en moyenne chaque année.
  • Soit, Chaque jour , 2 à 3 fermes.
  • 1 044 personnes ont été assassinées, dont 74 % sont des blancs
  • Tous les 3 jours, un fermier est assassiné
  • Un fermier blanc a 4 fois plus de chance d'être assassiné qu'un autre sud-africain

Devant ces chiffres, force est de constater qu’il s’agit d’un mouvement de grande envergure, et qui n’est d’ailleurs pas limité à une seule région d’Afrique du Sud : les quatre couples assassinés habitaient dans des régions différentes du pays, le Mpumalanga, le Gauteng, et les provinces Est et Ouest du Cap.

Les agressions dont sont victimes les fermiers blancs apparaissent comme méthodiques, délibérées et font l’objet de véritable mises en scène visiblement destinées à semer la terreur au sein de la communauté fermière. Les huit personnes assassinées pendant la visite de Lionel Jospin ont toutes été abattues par de jeunes noirs possédant des AK 47 et d’autres armes de type militaire. Fait troublant : Rien n’a été volé pendant ces attaques, qui seraient des agressions "gratuites"… ou racistes ? De plus, selon un policier, " ces attaques ont été menées avec une précision militaire… C’étaient des embuscades du plus pur style militaire, mais qui ont été menées contre des fermiers désarmés au lieu de cibles militaires… ". Dans le cas d’une de ces attaques, celle menée contre les Schoolwinkel, leur fils de dix ans a été kidnappé, sauvagement brutalisé avant d’être ligoté nu avec du fil barbelé à une barrière à laquelle il est resté accroché plusieurs heures.

Ce mode opératoire des agresseurs est conforme au schéma type des agressions dont sont victimes les fermiers sud africains. En Mars 2001, " Action Stop Farm Attack ", une organisation regroupant trois syndicats de fermiers (Agri SA, Transvaal agricultural Union et Agricultural Employer’s association) organisait une conférence de presse. Elle avait assemblé les preuves de faits qui sont connus depuis au moins 1998 : Des tueurs sont payés et entraînés pour tuer les fermiers. Selon Werner Weber, son porte parole, six hommes soupçonnés d’agressions contre des fermiers auraient été trouvés en possession d’une bande vidéo passant en revue la marche à suivre pour tuer les fermiers. De plus, des documents internes de la police sud Africaine, font spécifiquement référence à un groupe d’individus ciblant les fermiers blancs. Datés du 4 avril 2000, ce document aurait été émis par la northern free state police et était adressé à une unité de prévention du crime s’occupant des fermes. Ce document stipule, en autre :

" Les informations obtenus d’un employé signalent que des inconnus noirs lui ont dit qu’ils appartiennent à un groupe nommé Black Jack … de Johannesburg et qu’ils ont l’intention de tuer tous les employeurs blancs. "

" En échange, les employés qui commentent ces meurtres reçoivent 2 000 rands lorsque les instructions ont été suivies. On met a disposition des armes pour commettre ces meurtres ".

Pour Werner Weber, le porte Parole d’ " Action Stop Farm Attack ", La simple criminalité ne peut expliquer les attaques menées contre les fermiers " Pourquoi les agresseurs attendent–ils pendant des heures le retour des fermiers, puis torturent l’homme et violent la femme, pour se contenter seulement de tuer le fermier ? ". De son coté, Neels Moolman, un criminologue engagé par les fermiers pour étudier le problème, conclut que les attaquant ne veulent pas seulement tuer " Ils veulent infliger douleur, humiliation et souffrance ". Il faut dire que la mise en scène des meurtre est particulièrement effrayante. En général, les hommes blancs sont torturés pendant des heures, avec une lente strangulation au moyen de fil de fer barbelé, parfois ils font l’objet de mutilations génitales alors qu’ils sont encore en vie. Les femmes, mais aussi de jeunes enfants, sont souvent violées par plusieurs hommes, une véritable condamnation à la mort lente dans un pays où, selon les nations unis, 55 % de la population est porteuse du HIV (En Afrique du sud, une femme violée sur quatre est blanche, alors que les blancs ne forment que 10 % de la population, il faut aussi savoir qu'un homme sur quatre reconnait avoir commis un viol avant d'avoir atteint l'age de 18 ans.)

Brll Meyer, un fermier, se souvient être rentré de Pretoria et avoir trouvé sa famille ligotée par des assaillants. " Ils m’ont entraîné vers la salle de Bain. J’en ai pris un à la gorge, puis nous avons traversé la porte vitrée de la douche. C’est alors qu’il m’a tiré dessus. " La balle, tirée dans le dos, lui ressort par la poitrine, manquant le cœur de deux centimètres. Il est alors emmené devant sa famille, dont ses petits enfants, pour être éxecuté devant eux : "Ils m’ont dit, maintenant, on va te tuer. Ils ont tenu le revolver sur ma tête et ont fait feu. Mais par chance, il s’est enrayé".

Bernard Scheepers, un fermier de 36 ans dont les parents ont été tués en 1997 et qui a trouvé leurs corps, décrit la scène : " Il y avait du sang dans chaque pièce ". La police a dit que sa mère a enduré au moins une heure de terreur. Il n’y avait pas une partie de son corps qui ne fut tuméfié. On lui a tiré trois fois dessus - une fois à travers l’œil gauche – mais elle est morte d’un coup qui lui a pénétré le crâne. Son père à été tué d’une balle dans le cœur. Les agresseurs n’ont pris ni argent liquide ni bijoux. " C’était comme s’ils disaient : Nous ne voulons pas de votre argent, nous voulons seulement vous tuer "

Dans trois autres cas, Une femme âgée a été torturée au fer rouge, un homme a été étouffé avec de l’engrais, le corps d’un autre à été mutilé et " décoré " avec des abat-jours.

En avril 2000, trois hommes armés ont pénétré dans la ferme d’Otto Smith, à Hluhluwe, dans la province du Kwazulu Natal, en exigeant de l’argent et des armes. Comme il n’avait ni l’un, ni l’autre, ils lui ont fait dégouliner des sacs en plastique brûlé sur les jambes, l’ont mis dans une baignoire et ont fait couler de l’eau chaude tandis qu’ils fouillaient sa maison.

Face à cette violence, la réaction du gouvernement Sud Africain a été pour le moins timorée. Cette attitude s’explique par le fait que l’ANC est largement favorable à la redistribution des terres en Afrique du Sud, raison pour laquelle Thabo Mbéki n’a jamais ouvertement condamné la saisie des terres des fermiers blancs au Zimbabwe voisin. Le mode de redistribution des terres pratiqué par le gouvernement Sud-Africain est l’autre explication de la passivité des dirigeants du pays. Outre des restitutions de terres spoliées pendant le régime de l’apartheid, les noirs peuvent se porter acquéreurs de terres. Dans ces cas là, le gouvernement, à l’aide de fond internationaux (dont ceux de l’U.E) fournit une aide financière ou des prêts pour racheter des terres, sur une base du "vendeur consentant", en tenant compte des prix du marché. Lorsqu’on sait que, de l’aveu même de Thabo Mbéki, cela n’a aboutit en un an qu’à la redistribution d’un pour cent des terres privées, on comprend tout l’intérêt qu’il peut y avoir à ce que beaucoup de vendeurs "consentent librement" à céder leurs terres. De plus, avec la saisie des terres des fermiers blancs au Zimbabwe, la population noire d’Afrique du Sud s’impatiente de plus en plus, tandis que les terres mises en valeurs par les blancs sont l’objet de toutes les convoitises…

Mahlubi Mbandazayo, un membre du congrès pan-africain, une organisation d’extrême gauche, qui soupçonne, lui aussi, que les meurtres de fermiers sont organisés, n’est pas loin de se ranger à cette opinion. Sans savoir qui en est responsable, il pense que la lenteur de la réforme agraire a rendu les meurtres " déplorables mais inévitables ". il déclare néanmoins que le comportement des fermiers vis à vis de leurs employés pourraient être la cause de la violence dont les blancs sont victimes, une tentative de blanchissage démentie par les faits : dans 90 % des incidents, les fermiers et leurs agresseurs n’ont jamais eut de contact…

Aux pétitions et aux demandes d’audiences adressées par les représentant de la communauté fermière, le gouvernement sud-africain répond en faisant la sourde oreille ; ainsi, les membres de " Action Stop Farm Attacks ", dont la pétition a été signée par 384 000 personnes, n’ont jamais pu obtenir d’audience avec le président ou un de ses ministres. Au sein du gouvernement, concernant les attaques contre les fermes, les attitudes varient. Pour Moses Mushi, le porte parole du ministère de l’agriculture, ce ne sont pas seulement les fermiers mais aussi les employés noirs qui sont attaqués et pour lui " la violence est une activité purement criminelle et devrait être perçue ainsi ".

Ce sont néanmoins les commentaires de Thabo Mbéki qui sont les moins rassurants. Sur la question des fermes et de la redistribution des terres, le président sud-africain a recours au chantage racial et au déplacement des culpabilité. Dans une lettre adressée au mois de Mars 2001 à l’ANC, il commentait ainsi les inquiétudes des fermiers blancs sud-africains de voir une situation similaire au Zimbabwe se développer dans leur pays: "le Zimbabwe et l’Afrique du Sud ont des gouvernements noirs. C’est ce qui provoque la peur parmi les sud-africains blancs d’une "contagion" ou du "facteur Zimbabwe… La réponse à ces événements du Zimbabwe a confirmé ce que beaucoup d’entre nous soupçonnaient : que les stéréotypes négatifs au sujet des noirs dans l’esprit de beaucoup de blancs est bien implanté dans ces esprits ". Il faut dire qu’à l’époque, les blancs n’avaient "aucune" raison de s’inquiéter : en l’an 2000, sept fermiers blancs avaient été tués au Zimbabwe et seulement 119 … en Afrique du Sud... Thabo Mbéki est d’ailleurs coutumier de déclarations à l'emporte-pièce qui, loin d’apaiser les esprits, exacerbent les tensions raciales à l’égard des blancs. Lors des élections municipales de Décembre 2000, l’ANC a franchement dévoilé ses priorités par la voix de Nelson Mandela, qui déclarait " Vous ne pouvez pas vous tromper en votant pour un parti qui ne s’intéresse qu’aux Noirs. Ce n’est pas un parti blanc qui pourra gouverner ce pays ". Sipho Seepe, un intellectuel noir sud-africain qui a critiqué Thabo Mbéki plusieurs fois résume ainsi le climat racial actuel en Afrique du sud : " Quand un gouvernement n’a pas de bons résultats, il lui faut des excuses. Les Blancs sont des boucs émissaires, bien qu’on ne puisse plus tout mettre sur le dos de l’apartheid". Dans un tel contexte, il n’est pas surprenant que, selon un sondage d’opinion publié en Août 2000, seuls trois blancs sur dix pensaient que les relations inter-raciales s’améliorent en Afrique du Sud.

Aujourd’hui, la situation des fermiers sud-africains blancs ne cesse de se dégrader, et l’apathie des nouveaux dirigeants de l’Afrique du Sud a commencé à avoir un sérieux impact sur l’économie de ce pays en matière d’agriculture. Jusque récemment, les 60 000 fermiers blancs ont réussis à nourrir les 46 millions d’habitants de l’Afrique du Sud, faisant de leur pays un des rares qui, en Afrique, était capable de nourrir sa population. Suite au climat de terreur qui règne dans les campagnes, l’activité agricole du pays a commencé à chuter de façon inquiètante : cette année, pour la première fois de son histoire, l’Afrique du Sud devra importer de la nourriture…

 
 
 
 
         
 
Références
 
  • 9 octobre 1998 – BBC news – South african farmers fear widespread attacks
  • 9 octobre 1998 – BBC news – Reportage de la BBC sur les attaques -VIDEO
  • 27 mai 1999 - BBC news - South africa's crime crisis
  • 13 mars 2000 - Independent online - Two children raped each hour
  • 11 mai 2000 – AFP sur Yahoo – La redistribution des terres avance mais lentement en afrique du sud
  • 28 mai 2000 - BBC news – ANC backs Zimbabwe land Policy
  • 25 juin 2000 – Independant online – 1 in 4 SA men admit rape – survey
  • 25 Août 2000 - Libération - La peur de l'Afrikaner des champs - par Piet retief ou Sabine Cessou
  • 30 Aout 2000 – Reuters sur Yahoo US – South Africa Reopens National debate on racism - Article de Steven Swindells
  • 05 décembre 2000 – Le Figaro – Le racisme comme arme électorale – par Caroline Dumay
  • 01 février 2001 – Times of india – S. African farmers threaten Zimbabwe-style invasions
  • 22 mars 2001 - Libération – Nelson Mandela fustige l’arrogance de l’élite noire- par Sabine Cessou
  • 23 mars 2001 – Reuters sur Yahoo US – S. Africa’s Mbeki Lambasts Whites over Zimbabwe
  • 23 mars 2001 - Allafrica.com -White Anxiety About Zimbabwe Reveals Race Prejudice, Says Mbeki
  • 28 mars 2001 – News 24 – SA farmers under siege
  • 24 mai 2001 - Independent online - International spotlight on SA farm murders - Par Bob Frean-- ( plusieurs liens interressants sur cette page ]
  • 31 mai 2001 – Daily Mail & Guardian – Now on video : how to kill farmers
  • 28 avril 2001 – Newsmax.com – The new south africa : white viciously massacred – par Adriana Stuijt
  • 07 mai 2001 – Business report – Apartheid media take a hit from black business – par Shinisani Makhari
  • 22 mai 2001 – National Post – " Under siege " on the farm – par corinna Schuler
  • 04 juin 2001 – Newsmax.com – Another eight South African Farmers Massacred – par Adriana Stuijt
  • 06 juin 2001 – Independent Online – Forgive my Parents’ killers – Boy 11

Plus recemment, les saisies des terres des fermiers blancs, sur le modèle catastrophique du Zimbabwe ont commencé. Le gouvernement sud-africain s'est néanmoins interposé.

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Sur le site:
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    - Les Blancs expulsés d'une conférence contre le racisme
    - Ce que dit la Nation Of Islam sur les Blancs
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