10 Novembre 2004
 

Le Novembre d'Abidjan

 
 
 
 

Aéroport International d'Abidjan - Après 3 jours de chasses aux Blancs à travers le pays, des milliers de Blancs de toutes nationalités s'apprêtent à fuir la Côte d'Ivoire.
( source BBC News )

 

Samedi 06 Novembre 2004, Laurent Gbagbo, le président de la Côte d'Ivoire, décidait de lancer une attaque surprise sur la ville de Bouaké contre les troupes françaises mandatées par l'ONU dans le cadre de l'Opération Licorne visant à prevenir une guerre civile. En début d'après midi, deux chasseurs Sukhoï de l'armée ivoirienne lançaient sur le camp des militaires français des bombes de 250 Kilos, tuant un missionnaire américain, 9 soldats et en blessant 22 autres. Cette attaque surprise était la plus meutrière subie par les troupes françaises depuis la guerre du Liban, en 1983. Dans les minutes qui suivirent, Jacques Chirac ordonnait la destruction de la quasi totalité des moyens aériens de l'armée ivoirienne ; Deux Sukhoï 25 et cinq hélicoptères d'attaque au sol MI25 étaient mis hord d'état de nuir. L'incident allait marquer le début de trois jours d'émeutes anti-françaises et de chasses aux Blancs dans les rues d'Abidjan et de Yamoussoukro.

A peine la destruction de l'armement ivoirien était-elle connue que les jeunes patriotes, des milices informelles au service de Gbagbo, allaient provoquer des émeutes à travers le pays.

A Man, dans l'ouest de la Côte d'Ivoire, des manifestant pro-Gbagbo assiégaient un cantonnement de gendarmes français et l'attaquaient à coups de Cocktails molotov tandis que les soldats français tiraient des grenades lacrymogènes pour disperser les émeutiers. La ville de San Pedro, toujours dans l'Ouest du pays, était le théatre de plusieurs scènes de violence.

A Abidjan, des combats éclataient autour de l'aéroport internationale lorsque l'armée ivoirienne, l'ayant fait fermer, tentait d'en prendre le contrôle, ce qui aurait pu lui permettre de bloquer l'arrivée de renforts français. Tandis que l'armée française tâchait de sécuriser le lieux, une quinzaine de civils français, menacés par une foule de plus en plus hostile appelait à l'aide les forces de l'opération Licorne, qui devait parvenir à les secourir une heure plus tard.

La situation, dès lors, ne devait plus cesser de se dégrader car si, à l'aéroport d'Abidjan, militaires français et ivoiriens parvenaient à un cessez le feu, la stratégie de Laurent Gbagbo consistait essentiellement à prendre en hôtages les ressortissants occidentaux, utilisant pour ce faire les Jeunes Patriotes controlés par Charles Blé Goudé. Ceux ci commençaient à attaquer à tout les symboles de la présence française en ville. Tandis que la résidence des gendarmes français était mise à sac, Les écoles françaises étaient incendiées. La directrice du lycée Jean Mermoz, assiégée par une bande de deux cents personnes venus pour la lyncher, n'allait avoir la vie sauve que grâce à l'intervention in extremis de l'armée française, qui allait lui faire quitter les lieux par hélicoptère.

Après ces symboles,ce sont les résidences des français, et de façon générale des Blancs, qui allaient être la cible de la haine raciste des partisans de Laurent Gbagbo. Dans le quartier de Bietry, des Français étaient contraint de se réfugier sur le toît de leur immeuble tandis qu'on pillait et incendiait leur appartement. Là encore, c'est par hélicoptère qu'ils allaient être évacués. Lorsque le soir arrivait, on comptait une quarantaine de pillages à travers la ville.

Soumis aux pressions des autorités française, Laurent Gbagbo et son entourage allaient avoir recours à la méthode déjà utilisée en 2000 au Zimbabwe par Robert Mugabe au début du nettoyage ethnique mené contre la population blanche par le ZANU-PF. Le président du Zimbabwe, tout en pronant une légalité de façade, s'était appuyé sur les vétérans de guerres, sur lequels il prétendait n'avoir aucun contrôle, pour semer la terreur dans les campagnes. Reprenant cette stratégie du double jeu, d'un côté Laurent Gbagbo et les représentants de son gouvernement appelaient au calme. De l'autre, l'entourage de Gbagbo ne cessait de pousser la population aux violences anti-française et anti-blanche.

Désiré Tagro, le porte-parole de la présidence ivoirienne apparaissait à la télévision appelant à ce que "chaque ivoirien, chaque ivoirienne, bien qu'en colère au vu de se qui s'est passé, garde son calme et que personne ne s'attaque aux biens des étrangers, aux sociétés étrangères et en particuliers aux biens français et aux sociétés françaises."

Toutefois parallèlement, les meneurs d'organisations proches du pouvoir ivoirien, passant eux aussi à la télévision, tenant une réthorique enflammée tandis que les médias attisaient systématiquement la haine des Ivoiriens envers les Français.

Charles Blé Goudé, le leader des Jeunes Patriotes, à la télévision, appelait à descendre dans la rue. " Une question se pose à nous maintenant" déclarait-il "mourir dans la honte ou mourir dans la dignité."

Pascal Affi N'Guessan, le président du FPI, le parti de Gbagbo, demandait "aux patriotes dès cet instant de descendre massivement et d'occuper la, rue à Abidjan et toutes les villes du pays et d'empêcher par tous moyens la libre circulation de toutes forces étrangères jusqu'à la victoire finale, c'est à dire la réunification de notre pays."

Mamadou Coulibali, le président de l'assemblée nationale ivoirienne, menaçait de façon à peine voilée les ressortissants français, mettant en garde contre la possibilité d' "actes hyper-barbares" et promettant que la côte d'ivoire serait pour la France "pire que le Viet-Nam"

Dés cet instant des dizaines de milliers de manifestants surexcités allaient se rassembler dans les rues tandis que la population blanche de Côte d'Ivoire vivait sa première nuit de terreur. Ici et là, les français aller se regrouper et s'armer pour se protéger pendant que toute la nuit, les casseurs ivoiriens pillaient les maisons des mebres de la communauté française.

"C'est une foule trés hostile, ils chantent des slogans, des insultes, des choses comme "Tous les Blancs dehors", "A chacun son Blanc"
Philippe Moreux, porte parole des Nations Unis (Source: Fox News)

Le Dimanche 07 Novembre 2004 au Matin, l'évacuation et des mesures de protection des ressortissants occidentaux étaient mises en place par l'armée française. En début de matinée, le colonel Henri Aussavy, porte parole de l'opération Licorne, signalait que l'armée avait déjà récupéré 80 personnes pour les mettre à l'abri dans les cantonnements du 43ème Bima. A midi ce chiffre était passé à 150. En fin de journée ce sont plus de 1200 personnes de toutes nationalités occidentales qui venaient se mettre à l'abri de la haine raciale des émeutiers pro-Gbagbo tandis que l'ONU ouvrait également des lieux d'accueil, notamment à l'hotel Ivoire, d'où une douzaine de personnes allaient être évacuées par hélicoptère.

Plusieurs ambassades de pays occidentaux diffusaient des mises en garde en direction de leur ressortissants, les invitant à rester chez eux ou à éviter de se rendre en Côte d'Ivoire.

Tandis que 400 militaires français arrivaient en renfort à l'aéroport international d'Abidjan, et que l'armée française commençait à reprendre le contrôle de la ville et de ses points stratégiques, des dizaines de milliers de manifestants convergeaient de toutes parts. Armés de barre de fers, de gourdins, de hâches et de machetes, ils érigeaient ici et là des barricades de pneux enflammés et s'avançaient de façon menaçante en direction de l'Aéroport international d'Abidjan, contraignant l'armée française à utiliser un hélicoptère de combat pour faire des tirs de sommation dans leur direction.

"Le gouvernement pousse à tuer les Blancs. - pas juste les Français, tous les Blancs"
Marie Noël Mion,
une rescapée des chasses aux Blancs
(Source: FoxNews)

Ne pouvant aller plus loin, les émeutiers allaient rebrousser chemin pour se diriger vers les quartiers résidentiels de Bietry et de Cocody aux cris de "à chacun son blanc", "il vaut mieux tuer un blanc que le voler".

Dès lors, c'est un scénario sordide qui se reproduisait à plusieurs reprises. Les Emeutiers, tels des colporteurs de haine, faisaient du porte à porte, exigeant de savoir si chaque résidence étaient habitée par des Blancs. Lorsque cela s'avèrait être le cas, l'habitation était saccagée et pillée tandis que ses habitants, s'ils avaient le malheur de se trouver là, étaient pris à partis. Les Blancs sur lesquels les racistes ivoiriens mettaient la main étaient frappés, battus et brutalisées; plusieurs dizaines de femmes blanches impitoyablement violées par les jeunes patriotes. De nombreuses agressions seront d'ailleurs confirmées par la suite par Catherine Rechennmann, la présidente de l'Union des Français de l'étranger en Côte d'Ivoire et par Hervé Ladsous, le porte parole du ministère des affaires étrangères.

Pour la seconde nuit consécutive, des milliers de Blancs allaient vivre une nuit de terreur et d'angoisse tandis que les rues de la capitale ivoirienne résonnaient d'appels à tuer des Blancs, de détonations et du vrombissement affairé d'hélicoptères militaires. Entreprises, magasins, écoles, logements allaient être à nouveau brûlés et saccagés.

Hors d'Abidjan, la situation était également trés tendue.

A San Pedro, des foules de Noirs mettaient à sac les magasins et les entrepôts français. Certains Blancs étaient contraints de se réfugier dans le bush, aux abords de la ville, pour échapper au déchainement de violences albophobes.

A Daloa, l'école française était incendiée et la ville était le théatre de pillages et de manifestations.

On signalait aussi des violences à Yamoussoucro ainsi que dans les stations balnéaires d'Assynie et de Bassam.

"la première responsabilité du président de Côte d'Ivoire doit être de rétablir le calme, de faire cesser ces déclarations racistes et xénophobes d'un certain nombre de personnes qui sont autour de lui, de faire cesser les manipulations et les appels à la chasse anti-Blancs"
Michèle Alliot Marie, Ministre de la défense (source: Nouvel Obs)


Le Lundi 8 Novembre 2004 au matin, un calme relatif était revenu sur la capitale de la Côte d'ivoire grâce à la présence massive de l'armée française.

Dans le quartier de Cocody, une cinquantaine de blindés étaient déployés autour de l'Hôtel Ivoire afin d'en faire un centre de regroupement pour les français dont un grand nombre s'était déjà réfugié là.

Poursuivant sa politique de prise en otage des populations blanches, Le pouvoir ivoirien cherchait à nouveau à exacerber les tensions dans la capitale.

Vers midi, un porte parole présidentiel se mit à faire courir à la radio le bruit que l'armée française avait convergé vers la résidence du président Gbagbo où elle s'apprétait à le renverser. La radio appelait donc les "patriotes" à converger vers l'hôtel ivoire pour y livrer la "bataille finale" et y former un bouclier humain pour la protection de Gbagbo. Il s'agissait en fait d'une habile manipulation car le mouvement des troupes françaises dans le quartier du président Gbagbo avait en effet pour but de protéger l'ambassadeur de France, dont la résidence avait un mur mitoyen avec celle du président de la Côte d'Ivoire. Ces résidences étaient, en fait, distantes d'un kilomêtre de l'hôtel Ivoire.

Cette annonce eu un effet immédiat et bientôt, les forces française étaient confrontées à une foule d'une centaine de milliers de personnes hurlantes et vociférantes. Les soldats français étaient alors contraints de procéder à des tirs de sommation, puis à balles réelles, pour obliger une foule de plus en plus agressive à reculer. A la mi-journée, les abords de l'hôtel ivoire étaient à nouveau calmes.

Si, le 06 Novembre, Catherine Alliot-Marie, la ministre de la défense française avait déclaré que la France n'envisageait pas de rapatrier ses ressortissants, les violences racistes allaient amener la France à infléchir sa position, de nombreux expatrié ayant décidé, en dépit d'appel à rester du président Gbagbo, de quitter définitivement le pays, ou du moins à rapatrier leurs femmes et leurs enfants pour les mettre à l'abri.

3 avions de 250 places chacuns étaient affectés à l'évacuation des français tandis que d'autres pays mettaient eux aussi en place des mesures d'évacuations de leurs ressortissants. Entre le 10 et le 17 Novembre, le Ministère des affaires étrangères allait organiser 14 vols pour évacuer ceux qui le souhaitaient.

"Au total" signalait le ministère dans un communiqué de presse du 19 septembre 2004, "ce sont donc 5434 Français, dont 1560 enfants qui ont été rapatriés par les 14 vols qu'avait affrétés le ministère des Affaires étrangères. Il y a eu, également, 2 898 Français qui ont été rapatriés par d'autres moyens aériens, soit des vols privés affrétés notamment par des entreprises dont ils étaient les employés, soit des vols militaires organisés par nos partenaires européens. Donc, si on totalise, le nombre total de Français qui ont quitté la Côte d'Ivoire entre le 10 et le 18 novembre s'établit à 8 332."

"Cette nuit, j'ai rêvé. Abidjan en état de siège. Les camions militaires, les coups de feu, la peur.... Nos dernières heures en côte d'Ivoire ont été terribles. Nous avons passé la nuit avec les voisins, qui étaient venus se réfugier chez nous parce que leur maison était en train de se faire piller. Les femmes et les enfants étaient en haut, et les papas en bas, montant la garde. Dehors, les "patriotes" criaient: "Où sont les Blancs? Où sont les Blancs?"
Denis, un rapatrié de Côte d'Ivoire (Source: la croix )


 
 
 
 
 
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Les chasses aux
blancs
 
     
   
   
   
   
   
   
   
   
 
Le Novembre d'Abidjan
 
   
 
 
 

Etre pris pour cible d'agressions racistes est un phénomène qui n'épargne pas les Blancs.

Si les mots " ratonnade " et " Pogrom " sont devenus des mots familiers, les "chasses aux blancs" existent aussi.

 
 
 
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Côte d'ivoire
 
 
 
   
   
 
> Novembre 2004 <
 
   
 
 
 

En Novembre 2004, plus de 8000 français ont décidé de quitter la Côte d'Ivoire suite au climat de haine anti-française et Albophobe.

 
 
 
         
 
Références (màJ décembre 2005)
 


Un dossier de Jeune Afrique / L'intelligent sur la crise Ivoirienne
un point de vue africain sur la crise

 
 
   
         
 
 
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