01 mars 2006
 

01mars 2006 - Ile de Saint Martin, les circonstances
de la mort du Gendarme Raphaël Clin

 
 

 

Le 12 février 2005 à Saint Martin, une petite île franco-hollandaise de la caraïbe, une camionnette de gendarme s'installe à quelques centaines de metres de la frontière qui divise l'ïle pour une mission de surveillance. Entendant une moto arriver à vive allure et soupçonnant qu'une randonnée sauvage est en train de se produire, Raphaël Clin, un jeune gendarme arrivé quelques mois plus tôt sur L'ïle, se met en travers de la route pour obliger son conducteur, un antillais nommé Cedric Hannicette, à s'arrêter. Mal lui en prend car le motard, qui ne l'aperçoit qu'à la dernière minute, n'a pas le temps de freiner et le percute de plein fouet.

Les deux hommes sont transporté à l'hôpital de Marigot, le chef lieu de L'île, où Rapaël Clin va décéder quelques heures plus tard. Mais dans la salle d'urgence, c'est un comité d'accueil abject qui attend Stephanie Clin, son épouse, lorsqu'elle arrive. Dès que la mort de son mari est annonçée, l'enseignante se retrouve au milieu d'une quarantaine d'Antillais qui esquissent de larges sourires. Certains exultent de joie, d'autres crient "On a tué un Blanc!". Devant elle, un homme déclare que "Les noirs sont là pour tuer des Blancs".

Dans une tribune libre publiée sur le site de l'adefdromil, l'association de défense des droits des militaires, Christian, un collègue de Raphaêl a décrit les manifestations de haine raciale qui se sont produites pendant l'agonie du gendarme et après sa mort.

"Pendant que Raphaël agonisait sur la chaussée, son collègue et les secours entendaient des horreurs, souvent proférées en anglais. Une autre Gendarme arrivée en renfort s'est vu confrontée à un individu qui chantait la fameuse chanson de Bob MARLEY "We shot the Sherrif" en utilisant le qualificatif de "Gendarme" à la place de Sherrif.

C'est moi qui suis allé annoncer l'accident à Stéphanie. Nous sommes partis à l'hôpital où Raphaël vivait ses dernières minutes. Une horde d'individus excités, gesticulants, proférant des menaces et se "glorifiant" d'avoir eu un gendarme était sur place. L'un d'eux a même été menaçant envers Stéphanie. Il a fallu rester si calme, dans une épreuve pareille, pour ne pas disjoncter.

Il a fallu regagner la brigade, après l'annonce du décès. A plusieurs reprises dans la journée, "ils" sont venus au portail de service ou des familles. Cela a failli très mal finir. D'autres disaient à nos enfants que les "blancs n'avaient rien à faire ici, qu'il fallait rentrer chez nous."

Dans les jours qui suivent, les gendarmes et leurs proches font l'objet d'une campagne de harcèlement informelle. « Depuis dimanche nous vivons un véritable cauchemar, témoigne un gendarme dans France soir, De suite, j'ai pensé, comme beaucoup de mes camarades ici, à partir pour que mon épouse n'ait pas à subir un jour la même détresse et la même colère que Stéphanie. On va se battre avec elle pour la mémoire de Raf, puisqu'il ne nous reste plus que ça... »

« Tout le monde doit savoir que nous ne sommes pas venus au paradis, raconte sa femme Tout le monde doit savoir comment la gendarmerie travaille ici, dans quelles conditions. »

Dans les milieux militaires, l'affaire suscite énormément d'émotion. Trois jours après le drame, Daniel Bavois, le président de l'adefdromil, l'association de défense des droits de militaires, écrit une série de courriers à la LICRA, au MRAP, à la Ligue des Droits de l'Homme, à SOS Racisme et au ministre de la défense. De tous côtés, les militaires se heurtent à l'indifférence et au silence.

L'affaire, malgrès tout, parvient à se frayer un chemin dans les médias. Elle est emblématique d'un racisme anti-blanc très répandu aux antilles dont se plaignent souvent les métropolitains qui y séjournent. Dans son témoignage, Christian décrit le climat qui reigne sur l'ïle :

" A St Martin, la loi n'est pas respectée, les premiers étant les dirigeants locaux. La haine du blanc et de l'état français nous est jetée à la figure quotidiennement, y compris sur nos épouses et nos enfants. Seules les prestations sociales les motivent à obtenir une nationalité Française.

J'ai horreur du mot que je vais employer mais oui, cette haine s'appelle racisme.

[...] Ici j'ai peur pour nos familles. Et j'ai peur pour les familles qui vont être envoyées sur l'île ."

La première personnalité à témoigner sa sympathie pour la veuve de Raphaêl Clin sera jacques Chirac qui adressera un petit mot à la veuve de Raphaël Clin, mais en toute discrétion. Pour un blanc, pas question que le chef de l'Etat dénonce le racisme aussi bruyemment que dans d'autres circonstances.

En métropole, l'affaire ne devient véritablement publique que lorsque Phillippe de Villiers, le président du MPF, dans un communiqué du 20 février dénonce "le racisme anti-blanc" et "l'incroyable mutisme des médias et des politiques" avant d'ajouter que « Le silence des pouvoirs publics, comme des associations « antiracistes », est une insulte à la mémoire de cet homme. Où sont les donneurs de leçons, les défenseurs des droits de l'homme ?Y aurait-il deux poids deux mesures ? ». Le politicien paiera cher son franc parlé sur ce sujet et bien d'autres: le 26, le service d'ordre de SOS Racisme l'empèchera, sous la menace, de participer au défilé organisé en mémoire d'Ilan Halimi, une autre victime de la violence.

Le 22, Marine Le Pen, la vice-présidente du Front National, diffuse à son tour un communiqué de presse dans lequel elle déclare en évoquant les scènes qui se sont déroulées à l'hopital que "Cette barbarie n’a fait aucun gros titre de la presse nationale, n’a entraîné aucune manifestation ni aucune déclaration du gouvernement se scandalisant de cette ignominie. Le racisme anti-blanc étant pourtant avéré !" et que "Le Front National s’associe à la peine immense de sa femme, de sa petite fille de 4 ans et de ses collègues, et exige que cet acte raciste monstrueux soit traité au moins avec autant de célérité et de compassion que tous les autres."

Avec les prises de positions publiques de ces deux personnalitées politiques, il devient plus difficile d'ignorer l'affaire . Elles sont d'autant plus courageuses qu'elles interviennent, contrairement à celles qui suivront, alors que l'affaire n'a pas encore eu beaucoup d'échos dans les médias.

La polémique ne tarde pas à enfler sur L'île et exacerbe encore les tensions raciales. Le maire UMP de Saint Martin, Albert Fleming, qui est antillais, se livre aussitôt à des manoeuvres d'intimidations et il menace publiquement "de porter plainte" contre les articles de presse faisant état d'un climat raciste dans l'Ile. En métropole, par contre, l'UMP Guy Tessier, président de la commission de la Défense à l'Assemblée Nationale déclare que les circonstances de la mort du gendarme Clin n'ont «rien à envier à la mort tragique et tout aussi inhumaine d'Ilan Halimi.»

Dans ce contexte, Michèle Alliot-Marie, la ministre de la défense, demande de son côté qu' "eu égard à un contexte délicat" "Les familles logées à l'extérieur de la caserne de Marigot soient rassemblées sur un site unique et que leur sécurité soit pleinement assurée". On croirait entendre parler de la situation en Côte d'Ivoire...

Dans les jours qui suivent, plusieurs personnalités, sentant qu'il y a désormais plus à gagner qu'à perdre en s'impliquant vont s'indigner et faire à leur tour preuve de solidarité et de compassion. La réaction des associations anti-racistes, elles, ne viendront que tardivement et bonnes dernières... comme toujours quand les Blancs sont victimes de racisme et d'albophobie.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
         
 

 

La lettre ouverte de Stephanie Clin, diffusée sur le site de l'ADEFDROMIL:

Je suis la femme du gendarme qui a été tué, Raphaël CLIN
Jeudi 16 Février 2006

Bonjour,

Je suis la femme du gendarme qui a été tué, Raphaël CLIN.

Mon mari a été tué par un chauffard qui se livrait à un run (course moto à Bellevue).
Pendant que mon mari agonisait il y avait plus de 40 personnes autour de lui à l'injurier, à lui dire : crève.

Le collègue qui était avec lui leur demandait d'aller chercher du secours mais pas un n'a bougé.

Quand je suis arrivée à l'hôpital il y avait plein de monde, des gens de la famille de ce chauffard. Ils injuriaient les gendarmes et quand on nous a dit que mon mari était mort, ils avaient tous le sourire et ont crié victoire d'avoir tué un gendarme et de surcroît BLANC.

Vous rendez-vous compte de la mentalité des gens d'ici (une minorité, mais une grosse minorité). Comment voulez-vous que l'ile ne coule pas ? Ces gens font tout pour détruire votre belle île. LES VRAIS SAINT MARTINOIS BATTEZ VOUS POUR VOTRE ILE SINON BIENTOT ELLE SERA PERDUE.

Mon mari était un modèle d'intégration, un des rares gendarmes blancs à parler le créole. Même à Sandy Ground les jeunes lui disaient « t'es bien le blanc ». C'était le mari le plus attentionné, le plus merveilleux et le papa le plus chouette au monde (et oui, il avait une belle petite fille de 4ans). Et croyez moi, je ne le dis pas parce qu'il est mort, je lui disais tous les jours : UNE PERSONNE EN OR.
VOILA DANS QUELLE SOUFFRANCE EST PARTI MON MARI. BRAVO LE RACISME !

LA FEMME MEURTRIE DU GENDARME RAPHAÊL
LE PLUS BEL HOMME DU MONDE.

 
 
     
         
 

 

Le témoignage de Christian diffusé sur le site de l'ADEFDROMIL:

Bonjour à tous,

Je vous demande de lire ce qui suit jusqu'au bout.

Je suis à St Martin depuis 7 mois. La plupart d'entre vous ont reçu mes impressions sur les Saint Martinois. Certains ont pu penser que j'exagérais.
Et pourtant ....

Avant que j'arrive, un gendarme recevait un coup de couteau et frôlait la mort. Il s'agit de Thierry S. (qui a fait plusieurs OPEX). Son camarade Jean-Michel B. était à terre et une pierre de 10kgs était projetée sur son épaule. Ils n'étaient pas en service mais leurs agresseurs savaient qu'il s'agissait des Gendarmes locaux.

Il y a 6 mois, une course poursuite se terminait avec la mort d'un Gendarme Auxiliaire et les blessures graves d'un Gendarme de carrière.

Ici, on ne s'arrête pas aux injonctions des Gendarmes. On fonce. Les trois derniers mois, au cours de différents services, j'ai pu constater ce fait : un véhicule m'a foncé dessus, deux autres l'ont fait sur mes collègues de patrouille. L'un d'eux a été touché à une jambe, sans gravité.

Dimanche dernier, un autre Gendarme de ma brigade a subi le même traitement. Il a été broyé par une moto YAMAHA 1000 qui n'a pas voulu s'arrêter à ses injonctions. Vitesse estimée : 150/160 km/h. Il s'appelait Raphaël CLIN. Il est mort.

Bien entendu, le motard n'avait pas de permis, sa moto n'était pas assurée, était trafiquée de telle sorte que sa puissance soit gérée instantanément par le pilote, était non immatriculée et de provenance ...? Ce pilote est également gravement touché.

Accident stupide, risques du métier, fatalité. Tout est possible. Mais ici, cela entre dans un contexte qui est décrit dans les emails que je vous ai envoyés depuis quelques mois. A St Martin, la loi n'est pas respectée, les premiers étant les dirigeants locaux. La haine du blanc et de l'état français nous est jetée à la figure quotidiennement, y compris sur nos épouses et nos enfants. Seules les prestations sociales les motivent à obtenir une nationalité Française.

J'ai horreur du mot que je vais employer mais oui, cette haine s'appelle racisme.

Et pendant que Raphaël agonisait sur la chaussée, son collègue et les secours entendaient des horreurs, souvent proférées en anglais. Une autre Gendarme arrivée en renfort s'est vu confrontée à un individu qui chantait la fameuse chanson de Bob MARLEY "We shot the Sherrif" en utilisant le qualificatif de "Gendarme" à la place de Sherrif.

C'est moi qui suis allé annoncer l'accident à Stéphanie. Nous sommes partis à l'hôpital où Raphaël vivait ses dernières minutes. Une horde d'individus excités, gesticulants, proférant des menaces et se "glorifiant" d'avoir eu un gendarme était sur place. L'un d'eux a même été menaçant envers Stéphanie. Il a fallu rester si calme, dans une épreuve pareille, pour ne pas disjoncter.

Il a fallu regagner la brigade, après l'annonce du décès. A plusieurs reprises dans la journée, "ils" sont venus au portail de service ou des familles. Cela a failli très mal finir. D'autres disaient à nos enfants que les "blancs n'avaient rien à faire ici, qu'il fallait rentrer chez nous".

La situation est explosive. Nous ne travaillons plus depuis dimanche dernier. La brigade est fermée. On reprend demain, mais on ne s'expose plus et au moindre danger, on décroche. Nous sommes prêts à arrêter de travailler définitivement.

Paris s'est déplacé, en la personne du Major Général, du Général TRAVERS (SEGOM) et d'une cohorte d'officiers. Nous avons été reçus. Nos épouses également. Ils ont pris la mesure réelle de tous les voyants qui étaient au rouge sur St Martin mais qu'ils continuaient d'ignorer tant que nous"tenions". C'est terminé. Ils bougent ou il n'y aura pas de Gendarme au travail à ST MARTIN.

Il est prévu que SARKO se déplace en Mars. Je l'espère.

Car son représentant local, le sous-préfet, ne s'est absolument pas manifesté. Il ne peut pas voir les gendarmes surtout lorsque ces derniers arrêtent son propre chauffeur...

Je voudrais vous décrire et vous dire tellement de choses. Cela serait trop long. Pour ceux qui ont croisé mon chemin dans les missions, vous savez que les situations délicates voire dangereuses ne m'ont pas fait peur. Et nous étions seul. Ici j'ai peur pour nos familles. Et j'ai peur pour les familles qui vont être envoyées sur l'île, comme chaque année au moment des mutations.

Alors je vous demande à tous de dire autour de vous que ceux qui veulent aller dans les Antilles doivent bien réfléchir. Paris a déjà un manque énorme en volontaires pour cette destination ainsi que pour l'OM en général. Il faut que Paris comprenne que la chair à canon appartient aux livres d'histoire et qu'un Gendarme doit être respecté, protégé. Sa famille a fortiori.

Je suis, et nous sommes tous ici touchés par ce drame. Je ne parlerai pas de Raphaël en détail. Je dirai que c'est simplement une grosse perte pour la population. J'ai mis toute cette peine de côté pour écrire ce courrier. Je vous envoie ces mots pour que cette tragédie soit la dernière.

Et si vous voulez envoyer un mot de soutien à Stéphanie et à Ines, leur fille de 4 ans, vous me répondez, je transmettrai.

Merci à tous et surtout, tous les jours, faites attention.

Christian

 
 
     
         
 

 

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