Contrairement
à ce qui s'était passé l'année
précédente, la dimension raciste - ou interraciale
- des agressions ne sera pas évoquée dans
les médias, mis à part l'hebdomadaire Valeurs
Actuelles. Il faut écouter l'émission "On
refait le Monde" diffusée sur RTL dans les heures
qui suivent la manifestation, pour mesurer le degré
de conformisme, la pesanteur de la chappe de plomb qui reigne
dans les médias et pour comprendre à quel
point le sujet est tabou. Claude Askolovitch, un journaliste
du Nouvel Observateur, va évoquer sans fioriture
les scènes auxquelles il a assité. Mais pour
décrire les dépouilleurs, il va utiliser des
précautions oratoires qui ne suffiront pas à
lui éviter une attaque en règle d'un autre
intervenant.
Il
décrit les scènes dont il a été
témoin "comme quelque chose qui n'a rien
à voir avec ce qui s'est passé précédemment,
que ce soit à la nation ou devant la sorbonne. ce
n'est pas un mélange d'anarchistes, d'étudiants
ou de casseurs qui affronterait les CRS, là c'était
tout à fait autre chose. Ca ressemble à ce
qui s'est passé lors des manifestations lycéennes
contre la loi fillon ou à ce qui s'est passé
au mois de Novembre dernier dans les Banlieues. Des centaines
et des centaines de jeunes de Banlieue, de caillera, de
racailles, comme ils s'appellent eux-mêmes"
et lorsque son interlocutrice lui demande ce qu'il entend
par là, il répond par une vaste périphrase:
"Ca se voyait. c'est un mélange de looks,
d'attitudes, de suivis, de parlés, de comportements,
qui étaient venus pour dépouiller, pour casser,
et qui ont dépouillé, et qui ont cassé.
Mais à plusieurs centaines. Moi j'ai vu, à
quatre cinq metres de moi, trois quatre personnes se faire
lyncher. Litteralement lyncher! Par un groupe de dix mecs
qui tombent dessus, coups de pieds dans la gueule, barre
à mine, tout ce que vous pouvez imaginer [...] quand
toutes ces bandes, plusieurs centaines, se sont mise à
attaquer, ils attaquaient les filles en premier... Cela
n'avait absolument rien avoir avec le CPE, mais tout à
voir avec la barbarie contemporaine."
Des
"looks"? "Ca se voit voit"
? Ce sont les mots de trop pour le bien pensant David Dufresne,
rédacteur en Chef d'I-Télé, qui va
immédiatement entonner le couplet de la stigmatisation,
pour que le problême sensible de l'origine des dépouilleurs
ne soit pas évoqué.: "Je voudrais
d'abord dire à Claude, répond-il sur
un ton consterné, que oui, ça se voit
quand on vient de banlieue... mais ce qui serait chouette,
c'est de dire que y'a les mêmes qui défilent
aussi sous les banderolles donc les choses sont un poil
plus compliqué qu'une histoire de look, de phrasés,
d'intonations... On ne résume pas la banlieue à
ça." En d'autres termes, il y a des choses
qu'on ne doit pas dire quand on est journaliste.
Comme
souvent, ce qu'on ne peut ni dire ni écrire, (Le
monde, avec un article de Luc Bronner, fera exeption) les
Français le verront lorsque seront diffusés
sur les journaux de 20h00 des grandes chaines de télévisions.
Le journal de 20h00 du 23 mars diffusé par TF1 montre
parfois des scènes surréalites, tel celle
de ce Naïf qu'on interroge parce qu'il distribue des
autocollants intitulés "rêve général".
Soudain, une racaille approche de la camera et déclare
avec un accent afro-maghrébin inimitable "...Baise
la police..." la scène qui a suivi a été
coupée au montage avant que l'interview du rêveur
ne reprenne.
Les
violences anti-blancs, c'est seulement sur le Journal de
20h00 de France 2 diffusé le 24 mars 2006 qu'on y
voit une allusion. L'hebdomadaire Valeurs Actuelles publiera
également un article intitulé “Le
spectre du racisme anti-Blancs” reprenant un entretien
avec le député Alain Marsaud, qui était
présent aux invalides.
Autre
évènement marquant, le fait que les journalistes
aient été à leur tour pris à
partis a été largement documenté. Le
Monde y a consacré un article. L'express, qui ne
fait aucune mention des violences anti-CPE dans son dernier
numéro, résume celles-ci en publiant la photo
d'un journaliste Blanc en train de se faire passer à
tabac par plusieurs personnes, visiblement d'origine afro-maghrébine.
La photo de l'agression de Georges Merillon a circulé
dans le monde entier. Sur son site web, le quotidien 20
minutes a également diffusé un entretien
audio de Vincent Baillais qui a lui aussi été
agressé par les dépouilleurs.
La
dimension interaciale des violences qui ont entachées
la manifestations anti-CPE du 23 Mars va être en grande
partie mise de côté. Et ce sont surtout grâce
aux images de télévision qu'on va pouvoir
en mesurer la dimension. Si le Nouvel Observateur, dans
son édition en ligne, a mis en ligne des photographies
montrant des agresseurs et des victimes de violences, l'hebdomadaire
a minimisé le sujet dans son numéro suivant,
parlant de "haine de classe" et préférant
mettre l'accent sur les affrontements de Rennes, où
les casseurs étaient plus politisés... et
blancs.
En
fait, les journaux télévisés ou les
photos montrant la nature inter-raciales des agressions
sur lesquelles on voit clairement les bandes ethniques et
les Blancs pris à partie vont surtout être
diffusées grâce à des internautes sur
des sites de partage en ligne comme Flicker.com,
Dailymotion.com
ou sur des sites institutionnels étrangers comme
Yahoo news US et Getty images . Ce sont aussi, et principalement,
des sites alternatifs et des Blogs comme France-Echo,
François
Desouche et quelques autres, qui ont fait circuler les
images "interdites" qui montrent le plus clairement
la nature exacte des violences qui ont eu lieu ce jour là.