31 mars 2006
 

Violences du 23 mars - Les médias

 
 

 


Contrairement à ce qui s'était passé l'année précédente, la dimension raciste - ou interraciale - des agressions ne sera pas évoquée dans les médias, mis à part l'hebdomadaire Valeurs Actuelles. Il faut écouter l'émission "On refait le Monde" diffusée sur RTL dans les heures qui suivent la manifestation, pour mesurer le degré de conformisme, la pesanteur de la chappe de plomb qui reigne dans les médias et pour comprendre à quel point le sujet est tabou. Claude Askolovitch, un journaliste du Nouvel Observateur, va évoquer sans fioriture les scènes auxquelles il a assité. Mais pour décrire les dépouilleurs, il va utiliser des précautions oratoires qui ne suffiront pas à lui éviter une attaque en règle d'un autre intervenant.

Il décrit les scènes dont il a été témoin "comme quelque chose qui n'a rien à voir avec ce qui s'est passé précédemment, que ce soit à la nation ou devant la sorbonne. ce n'est pas un mélange d'anarchistes, d'étudiants ou de casseurs qui affronterait les CRS, là c'était tout à fait autre chose. Ca ressemble à ce qui s'est passé lors des manifestations lycéennes contre la loi fillon ou à ce qui s'est passé au mois de Novembre dernier dans les Banlieues. Des centaines et des centaines de jeunes de Banlieue, de caillera, de racailles, comme ils s'appellent eux-mêmes" et lorsque son interlocutrice lui demande ce qu'il entend par là, il répond par une vaste périphrase: "Ca se voyait. c'est un mélange de looks, d'attitudes, de suivis, de parlés, de comportements, qui étaient venus pour dépouiller, pour casser, et qui ont dépouillé, et qui ont cassé. Mais à plusieurs centaines. Moi j'ai vu, à quatre cinq metres de moi, trois quatre personnes se faire lyncher. Litteralement lyncher! Par un groupe de dix mecs qui tombent dessus, coups de pieds dans la gueule, barre à mine, tout ce que vous pouvez imaginer [...] quand toutes ces bandes, plusieurs centaines, se sont mise à attaquer, ils attaquaient les filles en premier... Cela n'avait absolument rien avoir avec le CPE, mais tout à voir avec la barbarie contemporaine."

Des "looks"? "Ca se voit voit" ? Ce sont les mots de trop pour le bien pensant David Dufresne, rédacteur en Chef d'I-Télé, qui va immédiatement entonner le couplet de la stigmatisation, pour que le problême sensible de l'origine des dépouilleurs ne soit pas évoqué.: "Je voudrais d'abord dire à Claude, répond-il sur un ton consterné, que oui, ça se voit quand on vient de banlieue... mais ce qui serait chouette, c'est de dire que y'a les mêmes qui défilent aussi sous les banderolles donc les choses sont un poil plus compliqué qu'une histoire de look, de phrasés, d'intonations... On ne résume pas la banlieue à ça." En d'autres termes, il y a des choses qu'on ne doit pas dire quand on est journaliste.

Comme souvent, ce qu'on ne peut ni dire ni écrire, (Le monde, avec un article de Luc Bronner, fera exeption) les Français le verront lorsque seront diffusés sur les journaux de 20h00 des grandes chaines de télévisions. Le journal de 20h00 du 23 mars diffusé par TF1 montre parfois des scènes surréalites, tel celle de ce Naïf qu'on interroge parce qu'il distribue des autocollants intitulés "rêve général". Soudain, une racaille approche de la camera et déclare avec un accent afro-maghrébin inimitable "...Baise la police..." la scène qui a suivi a été coupée au montage avant que l'interview du rêveur ne reprenne.

Les violences anti-blancs, c'est seulement sur le Journal de 20h00 de France 2 diffusé le 24 mars 2006 qu'on y voit une allusion. L'hebdomadaire Valeurs Actuelles publiera également un article intitulé “Le spectre du racisme anti-Blancs” reprenant un entretien avec le député Alain Marsaud, qui était présent aux invalides.

Autre évènement marquant, le fait que les journalistes aient été à leur tour pris à partis a été largement documenté. Le Monde y a consacré un article. L'express, qui ne fait aucune mention des violences anti-CPE dans son dernier numéro, résume celles-ci en publiant la photo d'un journaliste Blanc en train de se faire passer à tabac par plusieurs personnes, visiblement d'origine afro-maghrébine. La photo de l'agression de Georges Merillon a circulé dans le monde entier. Sur son site web, le quotidien 20 minutes a également diffusé un entretien audio de Vincent Baillais qui a lui aussi été agressé par les dépouilleurs.

La dimension interaciale des violences qui ont entachées la manifestations anti-CPE du 23 Mars va être en grande partie mise de côté. Et ce sont surtout grâce aux images de télévision qu'on va pouvoir en mesurer la dimension. Si le Nouvel Observateur, dans son édition en ligne, a mis en ligne des photographies montrant des agresseurs et des victimes de violences, l'hebdomadaire a minimisé le sujet dans son numéro suivant, parlant de "haine de classe" et préférant mettre l'accent sur les affrontements de Rennes, où les casseurs étaient plus politisés... et blancs.

En fait, les journaux télévisés ou les photos montrant la nature inter-raciales des agressions sur lesquelles on voit clairement les bandes ethniques et les Blancs pris à partie vont surtout être diffusées grâce à des internautes sur des sites de partage en ligne comme Flicker.com, Dailymotion.com ou sur des sites institutionnels étrangers comme Yahoo news US et Getty images . Ce sont aussi, et principalement, des sites alternatifs et des Blogs comme France-Echo, François Desouche et quelques autres, qui ont fait circuler les images "interdites" qui montrent le plus clairement la nature exacte des violences qui ont eu lieu ce jour là.

 
 
 
 
 
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